Le Brésil, promis à un avenir pétillant

Nous ne sommes qu’à quelques heures de Rio de Janeiro, de ses plages endiablées et de son atmosphère électrique. Pourtant c’est bien pour découvrir une industrie viticole en pleine révolution que nous sommes au Brésil. Où la production de vin de qualité – bien que promise à un bel avenir – fête tout juste ses 25 ans !

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C’est au sud du pays, dans la Serra Gaucha, que nous avons rendez-vous pour visiter la plus grande région de production du pays (1), là où la vigne fut introduite par les jésuites dès 1626 (2). Arrivés en bus depuis Montevideo, nous sommes attendus à Porto Alegre par Joana Monteiro, de l’équipe de Schenker do Brasil, qui nous accompagne à la découverte du vignoble brésilien.

Une jeune viticulture à prendre très au sérieux

Sitôt arrivés à Bento Gonçalves, le chef-lieu de la viticulture, nous sommes invités à déjeuner par l’équipe de Wines of Brasil (l’organisme de promotion des vins brésiliens), pour une brève leçon d’histoire. L’occasion de savourer un délicieux Churrasco (3). La ronde des serveurs, avec leurs plats de viande tous plus appétissants les uns que les autres, est incessante. Quel accueil formidable !

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Nous apprenons que le Brésil est le cinquième plus grand producteur de vin dans l’hémisphère sud et cultive la vigne depuis le début de sa colonisation. Toutefois, ça n’est qu’avec l’ouverture du marché aux importations au début des années 90 – qui a permis aux consommateurs de réaliser ce qu’était un « bon » vin sur un plan international – que le Brésil a commencé à se tourner vers la qualité. « Sans référents préalables avec d’autres vins du monde, il était bien difficile pour les viticulteurs brésiliens de tirer leur production vers le haut », nous confie-t-on.

La Vale dos Vinhedos, comme un air de Toscane

Le programme de nos visites est en grande partie concentré dans la Vale dos Vinhedos, la 1ère Indication Géographique reconnue du Brésil depuis 2002.

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Le paysage est d’une beauté naïve, sauvage et rappelle curieusement la Toscane – région d’où viennent de nombreux immigrés brésiliens. Nous voilà face à des reliefs escarpés, une topographie morcelée et parsemée de petites collines culminant à 700 mètres d’altitude, où les vignes sont majoritairement plantées en coteau, obligeant à un travail manuel rigoureux.
Nous sommes fin décembre et l’effervescence des vendanges commence à se faire sentir (4).

Perini

Perini


La Vale Trentino, à 1h à l’est d’ici, est également une région à fort potentiel, où des domaines comme Perini, bordés de grandes étendues sauvages et de forêts, tirent la production vers le haut.

Des effervescents de classe internationale

Le constat est sans appel, la bulle brésilienne est fine. Et nous, on s’est régalé ! Que ce soit en méthode traditionnelle ou en méthode Charmat (5) (souvent plus industrielle, mais pouvant donner de très jolis résultats, comme chez Chandon, par exemple, un domaine pionnier en viticulture et en vinification dès 1973, qui produit des bulles très fines), les vins effervescents brésiliens nous ont bluffés par leur constance et leur fraîcheur. Promis à un bel avenir, ils sont aujourd’hui au centre de toutes les attentions. Rien qu’au domaine Casa Valduga, on ne compte pas moins de 12 cuvées effervescentes dans la gamme !

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Coup de cœur pour Cave Geisse, un très joli domaine dans les hauteurs de Pinto Bandeira qui produit des bulles d’exception, sur des sols volcaniques et basaltiques du Jurassique. Daniel Geisse, l’œnologue, est un grand perfectionniste, jugez-en par vous même : vieillissement moyen de 2 à 5 ans (va jusqu’à 15 ans pour les magnums!), un stock tampon de 30 jours maximum et des dégorgements tous les jours, remuage traditionnel et vendanges manuelles en caissettes de 3-5 kg. Quand on pense que le domaine stock 600 000 bouteilles dans ses caves alors qu’il en produit à peine 200 000 par an…

Cave Geisse

Cave Geisse


Nos coups de cœur en vins effervescents :
Extra Brut 2011 de Cave Geisse  (50% pinot noir, 50% chardonnay ; 3 ans sur lies)

Gran Nature 2009 de Casa Valduga (70% chardonnay, 30% pinot noir ; 5 ans sur lies)
Safra Nature 2009 de Cave Geisse (50% pinot noir, 50% chardonnay ; 5 ans sur lies)
Brut 2011 du domaine Miolo (50% pinot noir, 50% chardonnay ; 18 mois sur lies)
Excellence Prestige Rosé NM du domaine Chandon (20% chardonnay, 80% pinot noir, méthode charmât, vin de base de 3 ans ; 12 mois sur lies)
José « Bepi » Salton Nature NM de chez Salton (50% pinot noir, 50% chardonnay ; 4 ans sur lies)

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Aurora, la cave coopérative aux mille et un vignerons

Située en plein centre ville de Bento Gonzalvez, la cave coopérative Aurora – qui représente 10% de la production du Brésil – est un formidable levier économique qui préserve la ruralité historique de la région. Créée en 1931 avec 16 fermiers, la coopérative compte désormais plus de 1 100 familles vigneronnes actionnaires, répartis sur 3 000 hectares de vigne. Chaque vigneron est ainsi copropriétaire de l’entité. Et l’achat des raisins se fait en fonction du taux de sucre, et non au kilo, pour obliger les familles à travailler davantage sur la qualité.

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Nos coups de cœur en vins tranquilles brésiliens :
Grande Vindimia Merlot 2008 du domaine Lidio Carraro (100% merlot)
Raizes Corte 2010 du domaine Casa Valduga (40% cabernet sauvignon, 40% cabernet franc, 20% tannat)
Sesmarias 2011 du domaine Miolo (touriga nacional, tinta roriz (tempranillo), tannat, petit verdot, cabernet sauvignon, merlot)
Talento 2009 de chez Salton (40% cabernet  sauvignon, 30% merlot, 10% tannat)
Merlot Reserva 2011 du domaine Pizzato (100% merlot)
Pinto Bandeira Pinot noir 2013 de la cave Aurora (100% pinot noir)
Quatro 2009 du domaine Perini (cabernet sauvignon, merlot, tannat, ancelota)

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L’oenotourisme, atout charme par excellence

Le Brésil a tout compris, l’oenotourisme est partout ! Dans un monde où la surproduction et la concurrence font rage, la clé du succès et de la reconnaissance passe d’abord par une image forte. Autrement, n’importe quel nouveau vin – aussi qualitatif soit-il – peut ne jamais recevoir la reconnaissance qu’il dessert.
Déjà au domaine Casa Valduga, Maria Valduga, la grand-mère bienveillante était précurseur en la matière : elle aimait offrir à manger à chaque visiteur de passage.

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Aujourd’hui les domaines rivalisent de créativité, comme chez Miolo avec le projet « Winemaker », où des amateurs de vin viennent cinq fois par an pour apprendre à faire le vin et repartent avec dix caisses de vin avec leur propre étiquette. Chez Salton, c’est une visite inoubliable de la « Cave da Evoluçao » à la lanterne, sous 8 mètres de profondeur et sur fond de chants religieux qui nous a envoutés. Au domaine Don Giovanni, l’hôtel de sept chambres ne comporte ni télévision, ni internet, pour se ressourcer pleinement et mieux vivre en communauté.
Ou encore chez Lidio Carraro, où l’une des cuvées du domaine a été choisie en 2014 comme vin officiel de la coupe du monde de football au Brésil. Une revanche amicale pour un domaine qui a débuté en 1998, année d’un fameux 3-0 de la France fasse au Brésil. Un doux souvenir, qui semble déjà bien lointain.

Miolo

Miolo


Le cœur rempli d’émotions et de belles découvertes, nous terminons notre séjour par un passage éclair sur São Paulo pour une interview avec la chaine nationale Globo. Nous sommes hébergés chez notre amie Janaina Costa Pereira et sa famille. Le moment est touchant car c’est la première fois qu’ils invitent des étrangers chez eux. Toute la famille et leurs amis ont fait le déplacement pour dîner avec nous. Malgré la barrière de la langue, nous passons un moment merveilleux, où viande grillée, caïpirinha et fous rires rythmeront la soirée jusqu’à l’aube. 

WineExplorers’ment votre,
JBA


Merci aux domaines Casa Valduga, Miolo, Lidio Carraro, Aurora, Cave Geisse, Salton, Perini, Peterlongo, Pizzato, Don Giovanni et Chandon pour leur accueil chaleureux ; à Joana Monteiro de nous avoir accompagnés sur le terrain, à l’équipe de Wines of Brazil pour l’organisation extraordinaire de notre séjour et pour avoir permis ces rencontres ; à l’équipe de Schenker Do Brazil pour leur soutien, à Janaina Costa Pereira et sa famille pour leur accueil extraordinaire sur San Paulo et leur hébergement en fin de séjour, malgré la barrière de la langue, à Vino e Arte et Barbarella Bakery pour ces belles dégustations à Porto Alegre.

 

(1) En addition des régions de Serra Gaucha et Campanha au sud, l’état de Bahia, loin au nord, défit les lois de la nature en produisant des vins sur des sols arides à seulement 1050 km de l’équateur, dans la Vale do Sao Francisco (9ème parallèle sud).
(2) Les premières vignes ont été amenées au Brésil par le portugais Martim Afonso de Souza en 1532, dans un but agricole avant tout. Ça n’est qu’en 1551 qu’apparaît le premier vin brésilien. Mais ce n’est qu’à partir de 1626 que l’industrie se développe, sous l’impulsion des jésuites (pour les célébrations religieuses).
(3) Churrasco : barbecue brésilien
(4) Vendanges de fin décembre à début janvier pour les effervescents, début février pour les blancs et de fin février à début mars pour les rouges.
(5) Méthode Charmat (méthode de fermentation en cuve close). Cette méthode fait appel aux mêmes principes que la méthode champenoise ou traditionnelle avec cependant une différence de taille : la prise de mousse se déroule dans une cuve sous haute pression et non en bouteille, ce qui permet la clarification finale du vin en vrac. Elle porte le nom de son inventeur en 1907, Jean-Eugène Charmat de l’université de Montpellier. La plupart des effervescents de type Prosecco spumante, Lambrusco italiens et Sekt  allemands recourent à la méthode Charmat. 

Pour plus d’informations sur les vins du Brésil : http://www.winesofbrasil.com.

L’Uruguay, entre bovins et bons vins

Partis de Bolivie un mardi matin à l’aube, il nous faudra pas moins de trois vols, deux escales et une journée pleine dans les transports pour rallier l’Uruguay à la nuit tombante !

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Les vols directs ne sont pas monnaie courante entre les deux pays. Le trajet Tarija-La Paz, La Paz-Buenos Aires, Buenos Aires-Montevideo une fois enduré, nous sommes accueillis à l’aéroport par Pablo Huarte, un ami d’école originaire de Montevideo et rencontré quelques années auparavant lors de nos études respectives à Bordeaux.

La seconde patrie du Cognac !

Notre périple viticole débute par la Bodega Juanico (à 1 heure au nord de Montevideo), le domaine le plus important d’Uruguay avec 360 ha de vigne répartis sur cinq régions de production. Il représente à lui seul 1/4 de la production de vin du pays. Autant dire qu’en période de vendanges, ce ne sont pas moins de 200 travailleurs qui s’activent. Car en Uruguay la récolte se fait exclusivement à la main !

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Propriété du gouvernement entre 1945 et 1979, l’histoire de Juanico est touchante. Le chai en béton du domaine, créé en 1945, fut un cadeau de la France au domaine pour y commencer une production de Cognac. Oui, oui, de Cognac. En remerciement de la viande envoyée par Juanico pendant la seconde Guerre Mondiale pour aider notre pays. Une belle leçon d’humanité et une exception rare dans le monde puisque l’appellation Cognac est protégée. Exception faite d’une micro-production uruguayenne…

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Avec 2 000 mm de pluie/an (plus du double des précipitations bordelaises) répartis sur les périodes juillet-aout-septembre et janvier-février, combinés à des sols argilo-calcaires lourds, la région est sujette aux maladies et doit faire de nombreux traitements, tant préventifs que curatifs. Fort heureusement, les brises amenées par le climat océanique aident à sécher la vigne et permettent la production de vin de qualité. En témoigne leur délicieuse cuvée Botrytis Noble 2010, un assemblage de gewurztraminer, sauvignon blanc, gros manseng, sauvignon gris (90g de sucre résiduel).

El Vino de Mesa

L’histoire du vin en Uruguay remonte aux immigrants italiens et espagnols au XVIIIème siècle. Aujourd’hui, 95% des 9 000 hectares de vin du pays sont estampillés « Vino de Mesa » et sont généralement vendus en Tetra Pack ou en bouteille d’un litre. Ces vins sont chaptalisés (1) et bus exclusivement en Uruguay.

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La plupart des domaines en produisent, comme chez Juanico (40% de la production) ou encore chez Varela Zarranz (90% de la production) par exemple. Car même si ces vins ne présentent que peu d’intérêt pour l’amateur de vins fins, ils sont ancrés dans les traditions du pays et beaucoup de consommateurs s’y retrouvent. Cela permet également aux domaines de ne garder que les meilleurs raisins pour leur production de grand vin, et ainsi d’en augmenter la qualité.

Tannat & Co

Une balade à vélo ou en voiturette de golf, ça vous tente ? Bienvenue au domaine Finca Narbona, à Puerto Carmelo, où nous nous promenons en toute liberté pour visiter les 15 hectares de vigne de ce très joli domaine classé Relais & Château.

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Ici, la pierre granitique est idéale pour l’élaboration de vins rouges en raison de son pH élevé. Les blancs, quant à eux, sont plantés au sud, à Punta del Este, non loin des fameuses plages du St Tropez de l’Amérique du Sud, où le climat océanique, plus frais, convient mieux. Une belle surprise avec la cuvée Blend 001, un vin rouge dont les cépages et l’assemblage sont gardés secrets et issus de trois millésimes (2010, 2012 et 2013 !). Je les soupçonne d’y mettre un peu de tannat…mais le mystère reste entier.

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Poursuite du voyage au domaine Pisano, à El Progresso, notre coup de cœur d’Uruguay.
Un vignoble familial tenu par trois frères aussi talentueux qu’adorables. Le domaine bénéficie de sols argilo-calcaires avec des pH très élevés (7,5 à 8), qui donnent des vins minéraux et complexes. Au centre de la grande région viticole du pays, ce vignoble à 95% organic ne cesse d’innover. Une de leurs dernières créations : le surprenant et délicieux Tannat Brut Nature 2011, un vin rouge effervescent au nez de petits fruits noirs, avec une bulle fine, de la fraîcheur et des tannins bien présents. S’accommode à merveille avec les morceaux de viande saignants et juteux de l’asado servi au déjeuner !

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Les autres vins retenus lors de nos visites :
Bodegas Carrau, cuvée Tannat de Reserva 2003
Juanico, cuvée Botrytis Noble 2010 (gewurztraminer, sauvignon blanc, gros manseng, sauvignon gris), 90g sucre

Varela Zarranz, cuvée Brut Nature Chardonnay
Pisano, cuvée Arretxea Gran Reserva Tannat 2009
Vina Progreso, cuvée Suenos de Elisa 2011, un tannat fermenté en barriques en grappes entières

L’asado, bien plus qu’une tradition, une institution

On nous avait prévenus : avec quelques 52kg de viande consommés par an et par habitant, les uruguayens sont parmi les plus gros mangeurs de viande de la planète. Pas étonnant lorsque l’on connaît la qualité de la viande, réputée comme étant l’une des meilleures au monde, et l’amour qu’ont les uruguayens à la cuire avec leur traditionnel asado.

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Le processus de cuisson est très simple : il consiste à exposer la viande à la chaleur des braises – et des braises uniquement ; aucune flamme malheureux, ça carbonise les chairs! – pour une cuisson lente et tendre ; arrosée régulièrement du jus de viande en cour de cuisson.
Ce plat traditionnel, véritable fierté nationale, est un catalyseur social. Une coutume ancrée dans le pays depuis la nuit des temps. « Chaque maison uruguayenne est construite avec son four-barbecue en pierre à l’extérieur, spécialement conçu pour la cuisson de l’asado », nous confie-t-on.

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Dégusté à plusieurs reprises et pour notre plus grand plaisir – comme ici avec les frères Pisano – le “barbecue” uruguayen est bien plus qu’une grillade, c’est une institution (2).

 

WineExplorers’ment votre,
JBA


Merci aux domaines Pisano, Juanico, Varela Zarranz, Narbona et Bodegas Carrau pour leur accueil
chaleureux, et à Pablo Huarte pour avoir permis ces rencontres.

Pour plus d’informations sur les vins d’Uruguay : http://www.winesofuruguay.com

(1) Chaptalisation : ajout de sucre au moût pour augmenter le degré d’alcool final du vin après la fermentation alcoolique.
(2) Une rivalité cordiale sur la qualité de la viande qui perdure depuis toujours avec l’Argentine et avec laquelle les uruguayens aiment à rire.

La Bolivie, à mi chemin entre ciel et terre

L’arrivée depuis le Pérou en bus a été éprouvante avec ces quelques 32 heures de trajet sur des routes plus chaotiques les unes que les autres!

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Arrivés à la Paz, la capitale du pays qui culmine à 3 660 mètres d’altitude, impossible de retrouver une respiration normale. Mon crâne va exploser. Il me faudra rester couché deux jours dans le noir pour reprendre pied…on ne rigole pas avec le mal aigu des montagnes.

“Vinos de Altura“

Remis, nous prenons l’avion direction la vallée centrale de Tarija (1), au sud, où 2 400 hectares de vignes nous attendent, perchés entre 1 600 et 2 150 mètres d’altitude. Une topographie viticole unique au monde et baptisée Vinos de Altura par l’organisation Wines of Bolivia pour leurs campagnes de communication et de promotion : tous les vignobles du pays sont cultivés entre 1600 et 3000 mètres au dessus du niveau de la mer !

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Par conséquent – et bien que les vignes soient situées entre le 17º et le 22º parallèle au sud de l’équateur – le climat y est tempéré et semi-aride et permet la production de vin de qualité.
Une aubaine également pour le développement de l’oenotourisme dans la région, via des randonnées et des excursions couplées à des visites de caves.

Une viticulture héroïque 

Nous avons justement rendez-vous pour une promenade dans le vignoble avec José Luis Aguirre, gérant du domaine familial Casa Real, l’un des six acteurs majeurs du pays (2).
Face à nous, d’anciens lacs du Jurassique s’étendant à perte de vue ont laissé place à des étendues lunaires d’une rare beauté.

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 « À Tarija, la viticulture est héroïque », nous explique José Luis. Car l’érosion des sols est importante et les conditions de travail sont rudes. Aussi bien pour l’homme, avec la chaleur accablante et la topographie morcelée des sols, que pour les machines, qui ont bien du mal à se frayer un chemin.
Rendez-vous compte, ajoute-t-il, la luminosité est telle dans cette partie du monde que le resvératrol (3) y est plus important qu’usuellement dans le pinot noir (supposé être le cépage qui en contient le plus !).

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Résultat, le domaine s’est concentré sur la production de vins effervescents très qualitatifs, comme la cuvée Altosama NV, assemblage de chardonnay, pinot meunier, pinot blanc, muscat et xarell lo, que nous avons eu le plaisir de goûter lors du déjeuner.

Du vin de messe à la modernité

L’histoire viticole de la Bolivie remonte à 1548 avec l’arrivée des conquérants espagnols et n’est pas sans rappeler celle de ses voisins sud-américains (4). Bien loin des vins de messe de l’époque, le pays est aujourd’hui tourné vers une production de vins tout en finesse et qui se gardent parfois très bien. Comme au domaine La Concepción, où Claudia Morales, la propriétaire des lieux, nous a organisé une dégustation de vins du millésime 2006 au milieu des vignes.

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Sa cuvée Cepas de Altura Syrah 2006 est remarquable. « Ici le terroir est merveilleux et l’on a tous les ingrédients pour faire de grands vins. Le seul problème, c’est le vol de raisins la nuit pendant les vendanges. Il nous faut être vigilants. Il y a encore quelques années, on pouvait perdre jusqu’à 50% de la récolte à cause de ce fléau ! », nous confie Claudia.

Quelques autres jolis vins boliviens dégustés : le Cabernet Sauvignon 2012 de Kohlberg, la délicieuse cuvée Juan Cruz Tannat 2012 du domaine Aranjuez ; la cuvée Colección de Altura 2010 (assemblage de petit verdot, tannat et malbec) de Campos de Solana ou encore le Cabernet Sauvignon 2010 du domaine Sausini.

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Chuflay ou Singani Sour ?

S’il y a bien un vignoble où l’on poserait ses valises le temps d’un week-end, c’est chez Sausini, le domaine de Mario Hinojosa Antezana, à une heure de Tarija. Tel un conquistador, Panama vissé sur la tête, la barbe bien taillée, chemise en lin blanc impeccable, cigare dans une main et canne dans l’autre, Mario nous attend, fier, sur le perron de la maison familiale qui jouxte le domaine. « L’endroit est rustique et nous faisons ici un travail de paysans », nous dit-il en souriant.

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Le domaine est minuscule. Il nous suffit d’ailleurs de quelques pas pour passer du vignoble au jardin, où nous rencontrons deux magnifiques perroquets, aussi bavards que curieux.
La visite terminée, place à l’apéritif. Un mot sacré qui rime ici avec Singani (5), l’eau-de-vie traditionnelle, élaborée à partir de la distillation du vin de muscat d’Alexandrie, aux parfums caractéristiques de pelure d’orange.

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Décliné en plusieurs cocktails à l’heure du déjeuner, comme le Chuflay (servi sur glace avec du ginger ale ou du Canada Dry) ou le Singani Sour (base de jus de citron et de bitter), prenez garde à ne pas abuser de cette délicieuse boisson qui se boit mieux que du petit lait.
Au risque de devoir vous plier à une autre coutume locale : celle d’une courte sieste salvatrice…

WineExplorers’ment votre,
JBA

 


Merci à Sergio Prudencio Navarro de Wines of Bolivia pour son aide précieuse et la formidable organisation de notre séjour, ainsi qu’aux domaines Casa Real, La Concepción, Kohlberg, Aranjuez, Campos de Solana et Sausini pour leur accueil chaleureux.

(1) Avec un total de 3 000 hectares, la Bolivie compte de nombreuses vallées où le vin est produit : la vallée centrale de Tarija avec 2 400 hectares de vignes (1 600 – 2 150 mètres d’altitude) ; la vallée de Los Cintis avec 300 hectares (2 220 – 2 414 m d’altitude) ;  la vallée de Santa Cruz avec 100 hectares (1 600 – 2 030 m d’altitude) et divers vallées à Potosí, La Paz et Cochabamba, avec près de 200 hectares entre 1 600 et 3 000 mètres d’altitude.
(2) Le pays compte une centaine de domaines, dont 6 acteurs majeurs.
(3) Le resvératrol est un polyphénol de la classe des stilbènes présent dans certains fruits comme les raisins, les mûres ou les cacahuètes. On le retrouve en quantité notable dans le vin où sa présence a été évoquée pour expliquer les effets bénéfiques pour la santé d’une consommation modérée de vin.
(4) Cf. articles précédents sur le Mexique et le Pérou
(5) Les Singani des domaines Casa Real, La Concepción et Sausini sont particulièrement délicieux. 

Pour plus d’informations sur les vins de Bolivie : http://www.winesofbolivia.com 

Le Pérou, un terroir incontestable en terre Inca

Bien loin des somptueux Machu Picchu et autre lac Titicaca, c’est à Lima que nous commençons notre séjour. Nous y avons rendez-vous avec le Professeur Eduardo D’Argent – directeur de l’Institut du Vin et du Pisco – pour un cours d’histoire accéléré sur la viticulture du Pérou (1). Une jolie mise en bouche.

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C’est à Ica qu’ont été amenées les premières vignes, dès 1540, soit peu de temps après la conquête du pays par l’Espagne. Et même si l’industrie viticole péruvienne connait son apogée courant du 17ème siècle – grâce à la demande créée par la ville minière de Potosí, dans l’actuelle Bolivie (la plus grande ville des Amériques de l’époque) – cette dernière va s’effondrer suite à la guerre de Sécession (1861- 1865). Elle compte aujourd’hui un peu plus de 14 000 hectares de vignes pour une production de 610 000 hectolitres de vin par an, entre les villes de Pisco et Ica (2).

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Tacama, le domaine pionnier en viticulture moderne

Nous sommes attendus par Tacama, le plus ancien domaine du Pérou (établi au milieu du 16ème siècle).
Et c’est grâce à une voiture avec chauffeur (merci Tacama !) que nous prenons la direction de la vallée d’Ica, à “seulement“ 300 km de la capitale. Soit quelques 6 heures de trajet tout de même ! Car les routes du pays sont précaires et les embouteillages interminables… Un peu secoués par le voyage, nous arrivons à la nuit tombée devant les grilles du vignoble. À notre plus grande surprise, nous sommes accueillis par des gardes en tenue militaire et armés de fusils et de pistolets.

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Nous avions été mis en garde à de nombreuses reprises sur l’insécurité qui règne dans la région, mais là… « La violence et les pillages sont nombreux dans la région, car la réussite des uns suscite les plus vives convoitises de beaucoup d’autres », nous confiera le lendemain Frédéric Thibaut, l’œnologue du domaine. Car pour l’heure, il nous est demandé de faire demi-tour et de trouver un hôtel pour la nuit : nous sommes arrivés tard et rester ici la nuit est trop dangereux.
Après une courte nuit de sommeil et un café soluble avalé sur le pouce, un 4×4 du domaine Tacama vient nous chercher. Le domaine de 200 hectares est aussi beau que surprenant avec ses airs de ranch et d’hacienda espagnole. Pas étonnant lorsque l’on apprend que le propriétaire aime venir y monter à cheval.

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Toutefois, c’est bien avec la France que l’on collabore ici depuis un siècle (1920), tant du point de vue des cépages et de la technologie, que du savoir-faire. Tacama s’est toujours entouré des plus grands spécialistes, parmi lesquels, les professeurs Jean Ribéreau-Gayon, Émile Peynaud
(3), Max Rives, Alain Carbonneau et Pascal Ribéreau-Gayon… rien que ça ! Aujourd’hui, Frédéric Thibaut a pris le relais.

Les vins du domaine sont délicieux, comme les cuvées Seleccion Especial 2012 (un assemblage petit verdot/tannat très fruité), Don Manuel Tannat 2012 et Don Manuel Petit Verdot 2013 (deux superbes vins élevés en barriques françaises). Nous avons même l’occasion de déguster un Pisco (4).

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La vallée d’Ica, des terroirs d’exception aux airs de Chili

Le potentiel des terroirs est incontestable dans la Vallée d’Ica et l’on joue ici dans la cour des grands. Car à l’époque préhistorique, pendant la grande période de dégel, d’énormes coulées de boue dévastatrices glissèrent vers le bas de la cordillère des Andes  – jusque dans l’océan Pacifique – formant au passage les vallées actuelles. Cela a forgé le sous-sol de la vallée, avec des fondements caillouteux et sablonneux. En résultent de superbes sols d’alluviaux.

« Le climat, sec et chaud, n’est pas sans rappeler le Chili », nous confie-t-on lors de nos visites. D’ailleurs, le Professeur Max Rives, qui a passé beaucoup de temps à étudier le Pérou, disait en parlant d’Ica : « cette région est adaptée pour produire des vins dans des conditions exceptionnelles… grâce aux caractéristiques de son climat et à ses sols ». Et bien que le manque de précipitations à Ica oblige une irrigation contrôlée, le professeur était persuadé que l’on pouvait y produire une qualité de vins comparable aux produits des meilleurs pays producteurs de vin dans le monde. C’est dire le potentiel.

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Il ne serait donc pas surprenant que les investissements viticoles fleurissent dans les années à venir, surtout lorsque l’on connaît la très belle croissance du PIB péruvien, en augmentation constante pour la 15ème année consécutive (5). En témoignent des projets d’études menés actuellement dans la vallée de Sagrado –  à 3000m d’altitude – ainsi que du côté d’Arequipa, plus au sud.

Santiago Queirolo, un petit coin de paradis au pied des Andes

Non loin de Tacama, à seulement vingt minutes de voiture, se trouve le domaine Santiago Queirolo, heureux propriétaire de l’Hôtel Viñas Queirolo, le seul complexe oenotouristique du pays, où nous sommes invités à séjourner deux jours pour apprécier la vallée et découvrir ses plats traditionnels.

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Ça tombe bien, la gastronomie péruvienne est parmi les plus diversifiées au monde, comme en témoigne le fait qu’elle aurait le plus grand nombre de plats (491). Découverte du ceviche, une spécialité à base de poisson blanc cru – de préférence du lenguado (sole) – « cuit » dans le jus de citron et servi accompagné de patate douce, de manioc et de maïs. L’occasion rêvée pour apprécier les vins blancs du domaine avec ce plat très frais. Car le Pérou produit également d’élégants vins blancs. « Ils ont une très belle fraîcheur et sont des vins très intéressants », nous confirme Melina Bertocchi, journaliste vin à Lima.

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La gamme premium du domaine, “Intipalka“, offre des vins souples et sur la fraîcheur, comme les cuvées Sauvigon Blanc 2014, Malbec-Merlot Reserva 2012, Cabernet Sauvignon-Syrah Reserva 2012 ou encore le très sérieux Intipalka N°1 2010 (assemblage de cabernet sauvignon, tannat et syrah).

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Le dernier soir, nous admirons le coucher de soleil depuis le sommet du vignoble, à 500 mètres d’altitude, devant les contreforts de la cordillère des Andes, une coupe de la cuvée Extra Brut NV en main (100% chardonnay). D’ici, nous pouvons admirer les 120 hectares de vigne (6) qui jouxtent le complexe hôtelier. Entre la montagne dans notre dos et les étendues sableuses à nos pieds, la vue est à couper le souffle.

Le Borgoña, vin emblématique du pays

Près de Pisco, arrêt au domaine Tabernero, le 3ème plus gros producteur du pays, pour y découvrir le Borgoña, un vin qu’il est difficile d’ignorer puisqu’il représente 85% de la production du pays ! C’est d’ailleurs le « vin » (7) préféré des péruviens. Issu du cépage Isabelle (le cépage qui rend fou, paraît-il), c’est une bonne introduction pour commencer à boire du vin. Le résultat est un vin très sucré qui rappelle les arômes de bonbons.

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Nous terminons le séjour par une visite des chais de Santiago Queirolo à Pachacamac, dans la banlieue de Lima. Un nom qui n’est pas sans rappeler les aventures de Tintin et Le Temple du Soleil, une de mes bandes dessinées préférées et dans laquelle Tintin et le capitaine Haddock, une fois arrivés au Pérou, recherchent le professeur Tournesol…qui se trouve à bord du cargo Pachacamac.

En route pour La Paz désormais…en bus ! Alors chers amis soyez avertis : qui n’a pas (encore) passé 32h enfermé dans un bus roulant à toute allure, sur des routes escarpées et sinueuses, grimpant jusqu’à des sommets perchés à 4 300 mètres d’altitude, aura du mal à s’imaginer l’horreur du trajet Lima-La Paz.

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1 552 km sous un soleil de plomb. Sans compter qu’il ne faut pas sortir du bus plus de 5 minutes – lors des rares pauses – au risque de voir le bus repartir sans vous! Résultat, arrivé à La Paz (3600 m, la capitale la plus haute du monde), j’ai été malade pendant 2 jours. Vive le mal aigu des montagnes (MAM) – ou maladie de Monge…une expérience vécue ici contre mon gré ! 

WineExplorers’ment votre,
JBA

 

Merci au Professeur Eduardo D’Argent et la journaliste Melina Bertocchi pour leurs précieux conseils, ainsi qu’aux domaines Tacama, Santiago Queirolo et Tabernero pour leur accueil chaleureux.

 

(1) Le Professeur Eduardo D’Argent vient d’écrire un livre sur l’histoire du vin péruvien, intitulé Vino y pisco en la historia del Perú. Et il y a d’ailleurs toujours eu une rivalité amicale entre le Pérou (1540) et le Mexique (1520) pour savoir lequel des deux fut le pionnier viticole des Amériques…
(2) Les principaux cépages cultivés étant l’alicante bouschet, le barbera, le cabernet sauvignon, le grenache, le malbec, le moscatel, le sauvignon blanc et le torontel.
(3) Emile Peynaud, surnommé le « père de l’œnologie moderne », a révolutionné les techniques de vinification dans la seconde moitié du XXe siècle ; introduisant notamment des techniques comme le foulage et la fermentation en lots séparés.
(4) Le Pisco est une eau-de-vie de raisin ; principalement produite par distillation du fruit de la vigne, comme le brandy et le cognac, mais sans la prolongation du vieillissement dans les fûts de bois. Généralement considéré comme une catégorie de cognac, il titre entre 30° et 45° d’alcool.
(5) Source : Le Figaro
(6) 350 hectares, plantés dans la vallée de Cañete, viennent compléter la production de Santiago Queirolo.
(7) Techniquement, le Borgoña ne peut pas être considéré comme vin, puisque c’est un Vitis Labrusca, et non un Vitis Vinifera.

Le Mexique, pionnier des Amériques

Lorsque l’on évoque le vin des Amériques, on pense d’abord aux États-Unis, à l’Argentine ou au Chili, voire au Brésil ou à l’Uruguay. Mais certainement pas au Mexique. À tort, c’est la plus ancienne destination viticole des Amériques! Dès 1554, c’est bien au pays de la tequila et des sombreros qu’apparaissent les premières vignes et raisins cultivés, sous l’impulsion des conquêtes espagnoles. Aujourd’hui, on y trouve même des perles rares  – notamment du côté des vins rouges.
Nous nous sommes donc rendus au nord du Mexique, dans la Vallée de Guadalupe, là où les Jésuites commencèrent à planter la vigne pour l’élaboration de leur vin de messe.

L'Escuelita @ San Antonio de la Minas

L’Escuelita @ San Antonio de la Minas


La Vallée de Guadalupe, une beauté pittoresque

Partis de Tarija, nous arrivons après 4h de route dans le village de San Antonio de la Minas. Dehors, le thermomètre affiche 40° C. Le ciel est d’un bleu aveuglant. L’endroit est éblouissant de beauté avec ses couleurs de feu et ses terres rouge sang entourées de montagnes. Il n’a pas plu ici depuis des lustres et pourtant, l’énergie positive qui se dégage de cette région quasi désertique est presque palpable. Bienvenue dans la Vallée de Guadalupe, au cœur du vignoble mexicain ; là où sont produits pas moins de 90% des vins de qualité du pays (1).

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Trois grands domaine se taillent la part du lion : L.A. CETTO, le géant mexicain (1 million de caisses par an à lui seul!), Santo Tómas et Monte Xanic (< 20 000 caisses/an chacun). Bien loin derrière – et c’est là que se trouve la partie la plus intéressante et excitante du vignoble mexicain – quelques producteurs de petites et moyennes tailles rivalisent de créativité et de talent pour produire des vins de très belle qualité. Et globalement, il faut noter que le niveau de connaissances en viticulture et en œnologie dans la vallée est remarquable.

« Le vin ici, ce n’est pas du business comme à la californienne ; ça reste avant tout des petits projets », aime souligner Thomas Egli, l’un des grands œnologues de la vallée.

Thomas Egli

Thomas Egli


Quelques coups de cœur : Calixa Chardonnay 2013 de Monte Xanic ; Seleccion de Barricas 2012 (savant assemblage de carignan, grenache, tempranillo et zinfandel) et Cumulus 2010 (vieilles vignes de grenache, carignan et tempranillo), tous deux issus du domaine Las Nubes ; Serafiel 2012 (50% cabernet sauvignon, 50% syrah) et Kerubiel 2005 (syrah, cinsault et grenache), tous deux du domaine Adobe Guadalupe ; ou encore la cuvée Mogor-Badan 2009 du domaine El Mogor, un délicieux bordeaux-blend.

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L’Oenotourisme, fer de lance de l’économie viticole locale

Ce qui frappe en arrivant dans la Vallée de Guadalupe – après la beauté du lieu – c’est le dynamisme oenotouristique qui s’en dégage. Une initiative à la fois locale et collective qui mérite d’être soulignée, surtout lorsque l’on connaît les difficultés que rencontre la viticulture mexicaine à être reconnue comme étant un (réel) levier de croissance par le gouvernement (2).
Une route des vins composée de panneaux de signalisation, de cartes et de points d’information est présente dans toute la vallée ; indiquant l’emplacement de chaque domaine. Un musée du vin fraîchement construit retrace l’histoire viticole du pays et met à la disposition des visiteurs une multitude d’outils ludiques. 

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Des projets architecturaux, tous plus créatifs et visionnaires les uns que les autres, fleurissent un peu partout ; comme à Vena Cava, où les structures des toits ne sont autres que des coques de bateaux renversées ; ou encore à Encuentro Guadalupe, où l’on peut dormir dans des cabanes en bois à flanc de montagne. Les tables d’hôtes sont nombreuses et de haute volée ; quelques food trucks sont même parqués dans le vignoble. Les Bed & Breakfast (3) sont légions. La démarche environnementale est très forte… Bref, une sacrée leçon d’oenotourisme qui devrait en inspirer plus d’un.

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Et cerise sur le gâteau, au domaine Quinta Monasterio, le SPA vous accueil pour un moment de détente avec des produits de bien-être issus exclusivement des raisins du domaine. On a testé pour vous : l’endroit est envoutant.

Hugo d’Acosta, le « gourou » de la Vallée

On rencontre parfois des hommes visionnaires, ambitieux ou un peu fous ; certains capables de produire de grands vins là où personne ne leur donnerait raison, d’autres capables d’impulser à eux seuls un mouvement participatif et pédagogique pour le bien être de la communauté. Nous avons eu la chance de rencontrer un homme qui possède toutes ces qualités (oui, avoir un brun de folie est indéniablement une qualité). Rencontre avec Hugo d’Acosta, l’un des pionniers de la viticulture moderne au Mexique, surnommé affectueusement par ses confrères le « gourou » de la Vallée ; tant son travail est reconnu. Et l’homme est avant tout à l’écoute du terroir, créant des projets à taille humaine et en lien avec la nature ; sortes de laboratoires expérimentaux à ciel ouvert. Chacun de ses cinq projets a son identité propre et met en avant le vin mexicain à sa manière.

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Casa de Piedra, créé en 1997, met en avant “l’assemblage“, avec les cépages tempranillo et cabernet sauvignon. Selon le millésime, la proportion des deux cépages change, pour mettre en valeur le lieu. On se rapproche de la notion de « parcellaire ».
Paralelo, où l’on recherche à exprimer la personnalité du terroir. Une même base merlot et cabernet sauvignon (avec une touche de petite Sirah, zinfandel et barbera) pour deux vins rouges différents : « Ensamble Colina », sur des sols argileux le long de la colline et « Ensamble Arenal », sur des parcelles sableuses situées dans le plat de la vallée. Les deux terroirs sont mis en parallèle et la lumière du soleil, le type de sol, l’exposition et la réaction au vent sont au cœur du débat chaque année.
Firmamento, où l’on étudie “l’effet millésime“. Cinq cépages – tempranillo, cabernet sauvignon, merlot, grenache et cinsault – sont assemblés chaque année en proportion égale pour une cuvée unique, 5 Estrellas ; quelle qu’est été la météo et donc la qualité des raisins.

Casa de Piedra

Casa de Piedra


Aborigen, le projet familial de Hugo d’Acosta fondé en 2000, signifiant « l’homme qui vient de la terre », et représente l’engagement de l’homme envers son environnement, en reconnaissant l’intervention de l’homme comme un élément de plus du contexte, via une série d’expérimentations œnologiques.
Et enfin l’Escuelita, un projet génial permettant à des amateurs de réaliser leur rêve et d’appendre à faire leur vin de A à Z, sans avoir à investir dans le moindre équipement. Un concept simple: les élèves formés en équipes de deux personnes achètent une ½ tonne de raisins du cépage de leur choix. Les cours sont ensuite dispensés depuis la vendange jusqu’à la mise en bouteille. Les élèves repartent au final avec leur cuvée – étiquette personnalisée en prime. Non seulement le concept marche, mais il génère des vocations: depuis la création de l’école fin des années 90, plusieurs élèves ont fondé leur propre domaine dans la Vallée. Un véritable incubateur pour jeunes vignerons!

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Cinq grands coups de cœur en rouge parmi ces différents projets : Vino de Piedra Tinto 2011 du domaine Casa de Piedra ; Ensamble Arenal “ba II“ 2010 et Ensamble Colina “ba I“ 2009, tous deux issus du projet Paralelo ; 5 Estrellas 2009, du projet Firmamento et Acrata Tinta del Valle 2007 (un assemblage à dominante grenache avec un peu de petite sirah).

Un vignoble en péril et dont il faut prendre soin

Une problématique visible – et que personne ne mentionne dans la Vallée de Guadalupe, tellement cela fait parti du quotidien – c’est la poussière présente dans l’air ambiant, recouvrant voitures, maisons et vignobles d’une couche quotidienne de terre fine. C’est impressionnant. On en respire en permanence.

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Alors une question se pose : cette poussière peut-elle affecter le « goût » du vin ? Quand on y regarde de plus près, une pellicule importante est présente sur les baies de raisin avant la vendange. Et les raisins ne sont-ils pas directement pressés après la récolte ?… Curieux et concerné par le phénomène, Hugo d’Acosta nous a promis d’investiguer lors du prochain millésime en ajoutant quelques kilos de terre à l’une de ses cuves ; histoire de voir jusqu’où cet « effet poussière » pouvait jouer sur le goût et l’aspect du produit final. Affaire à suivre de (très) près !

Côté climat, n’oublions pas non plus que nous sommes ici dans le désert. L’eau douce, puisée entre 30 et 150 m de profondeur, est un bien rare. Et les nappes phréatiques sont basses. On murmure même que la proximité avec l’océan apporterait un côté salin aux vins blancs…

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« Nous n’avons pas assez d’eau », confit Thomas Egli. Il ne pleut en moyenne que 250 mm par an. « En 2014, à peine 100 mm sont tombés et 40% de la récolte de la région a été perdue ». Dans de telles conditions, difficile de voir comment la viticulture de la vallée pourrait grandir dans le futur. Elle semble d’ailleurs avoir atteint sa taille critique. 

Et mis à part L.A. CETTO qui exporte quelques vins en Europe, trouver par chez nous des bouteilles de vin mexicain relève tout simplement du parcours du combattant. La production est trop petite pour penser à l’export. Il ne vous reste plus qu’à venir apprécier le charme et les vins de la Vallée – l’occasion rêvée pour des vacances œnologiques et épicuriennes en famille ou en amoureux !

Une parenthèse hors du temps à El Mogor

Coup de cœur pour El Mogor, sans doute le plus français des domaines mexicains de la Vallée. Nathalia Badan, en maîtresse de maison, nous accueille avec un immense sourire et dans un français impeccable. Car bien que Nathalia soit née dans la vallée, ses origines sont françaises. Son frère a d’ailleurs toujours eu une admiration sans bornes pour les vins de Bordeaux ; passion à l’origine de leur unique cuvée, Mogor-Badan, un très bel assemblage de cabernet sauvignon, cabernet franc et merlot.

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Nathalia est un peu la Mama de la région, toujours un œil bienveillant sur les travailleurs et à l’écoute des gens. Soucieuse de l’environnement, elle a mis en place un principe ingénieux d’enrichissement du sol par le bétail. Les animaux sont changés de place régulièrement dans de petits enclos, labourant naturellement les sols tous en les enrichissant d’un savant mélange excréments-paille-terre. Car El Mogor n’est pas seulement un vignoble, c’est avant tout l’une des plus grandes fermes de la région avec orangers, citronniers, oliviers, vaches, poules et cochons. Tous les samedis c’est le marché à la ferme. On vient des quatre coins de la région pour acheter les confitures maisons et autres produits frais.

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Pablo Rujas, le cowboy de la ferme, nous fait la visite. Il a beau être œnologue de métier, jouer du lasso et s’occuper des vaches du haut de son cheval reste son activité préférée. « La poussière est également un problème pour le bétail. Je suis obligé d’hydrater les yeux des bêtes régulièrement ». Intrigué par l’expérience cowboy, Ludo a passé la journée à comprendre et expérimenter ce corps de métier hors norme. Séance de lasso obligatoire !

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Notre séjour se termine par un dimanche radieux et à marquer dans les annales. Un tournoi officiel de pétanque est organisé à Ensenada par la fédération de pétanque mexicaine. Une invitation qui ne se refuse pas…je suis un accro de la discipline. Et ça tombe bien, Hugo d’Acosta cherche un partenaire ! Nous jouons face à la mer, sous le soleil et dans la bonne humeur ; échouant non sans un petit regret, aux portes des ¼ de finale.
Quand à Ludo, c’est depuis l’océan, sur sa planche de surf, qu’il nous regarde de loin ; à quelques centaines de mètres de là.

 WineExplorers’ment votre,
JBA


Merci à Jean Lemaignen pour ses précieuses recommandations, aux domaines Casa de Piedra, Adobe Guadalupe, Monte Xanic, El Mogor, Las Nubes et tout particulièrement à Hugo d’Acosta, Thomas Egli et Nathalia Badan pour leur accueil et leur générosité.

 

(1) La viticulture au Mexique se pratique également dans les États de Coahuila, Querétaro, Aguascalientes et Zacatecas mais la plus grande partie de la production est essentiellement concentrée dans la Vallée de Guadalupe, en Basse-Californie. C’est également au Mexique qu’a été mise en œuvre pour la première fois dans le monde entier, la pratique de la greffe de Vitis vinifera européens sur des pieds américains. Une pratique devenue populaire dans toute l’Europe et le reste du monde après les ravages du phylloxéra qui a anéanti 80% des vignobles Européens courant du XIXe siècle.
(2) La taxe sur le vin au Mexique est autour de 50% du prix final (une fois la T.V.A. ajoutée).
(3) Bed & Breakfast : équivalent des gîtes en France, offrant la nuit et le petit déjeuner directement chez l’habitant.

John Barbier, le cuisinier-vigneron du Colorado

« Je n’ai jamais suivi une recette de ma vie, je suis un homme d’instinct »

Né le 28 mai 1972 à Arpajon dans l’Essonne, rien ne prédestinait John Barbier à devenir vigneron dans les plaines reculées du Colorado. Et pourtant… Voilà un portrait de success story à l’américaine comme on les aime : un homme aussi survolté que discret, aussi exigeant que généreux, épicurien avant tout et qui vinifie par conviction, au plus grand plaisir de nos papilles.

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WINE Explorers : Peux-tu nous parler de ton parcours atypique ?

John BARBIER : Mon prénom est un homage à John Wayne, mon père l’adorait. À croire que les États-Unis et moi étions fait pour cohabiter ! Après des études dans la restauration, je suis parti dans l’armée comme maître d’hôtel du Général de la base de Bourges. Après quoi j’ai mis mon sac sur le dos, direction l’Australie et l’Asie. J’ai toujours eu envie de voyager, d’explorer la planète. J’ai tout fait : serveur à Adélaïde, cuisinier dans la brousse, guide dans des sites touristiques. Il fallait bien gagner mon pain quotidien. S’en est suivie une période de deux ans et demie où j’ai sillonné les Caraïbes et les Bermudes à servir sur un bateau de croisière.

WE : Comment as-tu commencé le domaine Maison la Belle Vie ?

JB : Je suis arrivé aux États-Unis en 1996. J’avais décidé d’y tenter ma chance, parce que les voyages, ça vous ouvre l’esprit et vous met des rêves plein la tête. J’ai choisi le Colorado pour travailler à Aspen, une très belle station de ski. Le travail en restauration m’a toujours passionné et j’ai très vite eu envie d’ouvrir mon propre business, pour le challenge à relever. J’ai eu l’opportunité d’ouvrir mon premier restaurant à Glenwood Spring, au nord du Colorado. Il a tout de suite bien tourné et j’en ai ouvert un deuxième à Grand Junction. Le domaine Maison la Belle Vie est arrivé naturellement et dans la continuité.

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WE : Le vin est il toujours lié à la gastronomie selon toi ?

JB : J’ai grandi à la ferme et j’adore les produits du terroir, leur histoire, le savoir faire à la française et tout ce qui va avec. La gastronomie  et le vin sont deux grands amis de toujours. Ma famille m’a beaucoup appris sur la vie et le respect. Être à table est un moment très important pour moi, où un bon repas s’accorde avec un bon vin, mais aussi avec l’endroit et le moment. La gastronomie c’est un mélange entre savoir vivre et savoir recevoir.

WE : As-tu encore le temps de cuisiner ?

JB : Je cuisine quand j’ai des amis à la maison. Je prends le temps pour eux et c’est très agréable. J’adore créer des plats selon la saison et surtout en fonction de ce que je trouve dans mon jardin. Savoir marier les éléments d’un plat entre eux est un défi permanent. D’ailleurs je n’ai jamais suivi une recette de ma vie, je suis un homme d’instinct.

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WE : Pourquoi défends-tu avec tant de ferveur le concept “d’oenotourisme“ ?

JB : L’oenotourisme pour moi ce sont tous les petits plus que l’on ajoute à la degustation du vin. C’est essentiel pour se différencier dans un marché aussi concurrentiel que celui du vin aujourd’hui.
Mon vignoble est petit mais très chaleureux. Mes clients se sentent comme à la maison et ne veulent jamais partir. Nous offrons à nos clients un plateau de charcuterie comme du jambon de pays et du saucisson, du bon fromage, de la baguette traditionnelle, des antipastis…bref nous recréons un état d’esprit convivial que les gens ont perdu et que tout le monde recherche. Nous faisons même des dîners à la ferme, avec des accords mets/vins simples dans une ambiance chaleureuse. Le retour aux sources et à une vie plus sereine, le temps d’une soirée, est très important pour nos clients, qui aiment à dire : “ça c’est la vraie vie”.
Nous organisons aussi des marriages la moitié de l’année, souvent jusqu’à deux par week-end tant la demande est forte. Alors on court partout et on s’organise en fonction !

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WE : Que penses-tu des vins du Colorado ?

JB : Le Colorado viticole est jeune, on a commencé à y produire du vin au début des années 80. Après beaucoup d’ajustements et d’expérimentations les vins se sont petit à petit améliorés. Nous avons fait beaucoup de progrès depuis 10 ans et les vins, surtout en rouge, sont souvent délicieux. On arrive aujourd’hui à une centaine de domaines sur tout l’État.
Nous avons maintenant des programmes qui nous aident beaucoup à nous développer et à devenir plus compétitifs. Cela nous apprend non seulement à faire du vin mais surtout à faire pousser de la vigne en altitude, car à 1600m au-dessus du niveau de la mer, nous devons nous adapter. On ne peut pas planter tout ce que l’on veut mais ce que la terre veut bien nous donner.
D’ailleurs l’État du Colorado a bien vu que les revenus financiers de l’industrie viticole étaient importants et c’est pour cela que des aides financières ont été mises en place pour développer un centre de recherche pour nous aider dans le domaine de la viticulture mais aussi dans l’élaboration et le marketing de nos vins.

WE : Ce que tu détestes le plus ?

JB : le snobisme !

WE : Ta devise ?

JB : Faire ce que l’on aime. Ne pas boire des vins tord-boyaux, ne pas garder les beaux verres et la belle vaisselle uniquement pour les grandes occasions.

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WE : Ton coup de cœur vin ?

JB : Hummm mon vin préféré… J’ai un grand penchant pour B&E Vineyard à Paso Robles(1)comme leur cabernet 2003. Côté vins français, je raffole d’un bon Gigondas. Et même si je ne suis pas très penché sur les vins blancs, j’aime ouvrir un Condrieu de temps à autre.

WE : Ce que tu aimes par dessus tout ?

JB : Partager un bon repas et mes vins coup de coeur avec des bons amis.

WineExplorers’ment votre,
JBA

 

(1) Pour plus d’information sur B&E Vineyard : http://www.bevineyard.com

La face cachée des Etats-Unis

Sortir des sentiers battus…
Tel était notre objectif avant d’entamer notre tournée des vignobles américains. Beaucoup nous ont d’ailleurs pris pour des hurluberlus lorsque nous avons décidé de ne pas nous rendre en Californie, l’État super star du pays. Normal me direz-vous: il représente à lui seul 90% de la production du pays(1).
Sauf que voilà… chacun des 51 États des Etats-Unis produit du vin, y compris l’Alaska et Hawaï ! Soit une multitude de découvertes en perspective. Alors nous avons loué une voiture pendant un mois et roulé de Washington au Texas, en passant par l’Idaho, l’Utah, le Colorado et le Nouveau Mexique.

Road trip des WINE Explorers - USA

Road trip des WINE Explorers – USA


Une autre façon de découvrir l’un des géants du secteur vitivinicole, 4ème producteur de vin au monde avec 22 millions d’hectolitres produits en 2013(1). En route pour un road trip de 8 400 km.

Washington, le n°2 américain

Washington est le 2ème plus grand producteur de vin aux Etats-Unis (24 000 ha pour 800+ domaines viticoles), devant New York (15 000 ha) et l’Oregon (6 700 ha). De quoi explorer… Voiture de location en main, nous commençons par la banlieue de Seattle. Il pleut des cordes, le ciel est noir ; c’est déprimant. Ici pas de vignoble à l’horizon (les vignes sont loin au sud de l’Etat), mais deux domaines qui nous intéressent pour leurs divergences. Le premier est ultra médiatique et trust les grosses notes Parker, le second est familial et beaucoup plus discret.

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Nous démarrons donc avec Quilceda Creek, où l’on tente notre chance même si je sais qu’ils ne reçoivent pas de visiteurs. « Nous vendons tout sur allocation ou directement à des magasins haut de gamme. Aucune dégustation n’est possible ici, j’en suis désolé », nous explique John D. Ware, l’un des copropriétaires, qui accepte de nous recevoir et de nous montrer le chai. Mais alors, comment nous faire une opinion du domaine sans en goûter la production? Devant notre déception, John nous offre une bouteille de leur Quilceda Creek « CVR » 2012 (80$), histoire d’affronter la grisaille du dehors. Nous apprécions le geste. Surtout que nous découvrirons là un très joli vin rouge (majoritairement cabernet sauvignon), souple, sur les épices et avec de jolis fruits noirs. Notre moral a retrouvé des couleurs.

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Direction Efeste, notre seconde visite, pour une séance de travaux pratiques sur la table de tri avec les ouvriers du domaine. C’est bon de mettre la main dans les raisins dès qu’on en a l’occasion ! L’odeur du jus de raisin frais emplit la pièce et régale les narines. De quoi nous mettre en appétit avant de déguster les vins ; comme leur cuvée Emmy 2011, qui restera dans les annales : un assemblage rhodanien de type GSM(2) avec un nez sur le poivre, la réglisse et la prune et une bouche veloutée sur les fruits noirs, la violette et le cacao. Un régal ! (45$/bouteille).

Mais c’est dans la région de Walla Walla, à 4h de voiture au sud, que se trouve la plupart du vignoble de Washington, car il y fait chaud et sec. Nous prenons donc la route car nous sommes attendus sur place par Gilles Nicault, un français passionné (et passionnant) implanté dans la région depuis 20 ans.

Gilles Nicault

Gilles Nicault


Gilles est l’œnologue permanant de
Long Shadows Vintners, une collection unique et ultra-premium à Washington, créée par Allen Shoup (ancien directeur de Château Ste Michelle), et regroupant 9 œnologues de renommée internationale. On y retrouve des noms célèbres comme Armin Diel, John Duval, Randy Dunn, Michel Rolland ou encore les frères Folonari. Choix des levures, choix de l’élevage, choix des tonnelleries…chaque œnologue à ses secrets et Gilles, en chef d’orchestre, élabore les vins dans le respect des souhaits de chacun. « Il faut sans cesse se remettre en question afin de refléter au mieux la personnalité de chaque œnologue dans leurs cuvées respectives, c’est très plaisant », nous confie Gilles. Il décide de nous emmener voir le vignoble de plus près, histoire de mieux ressentir l’atmosphère des vendanges. Après une heure de voiture nous arrivons sur les hauteurs de la Columbia River, l’une des deux grandes rivières de l’Etat.

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Une surprise de taille nous attend. Devant nous apparaît ce qui est sans aucun doute l’un des plus beaux vignobles au monde : des rangs de vigne verdoyants qui plongent à flanc de canyon avec en contrebas la rivière, le tout sur fond de ciel azur. Une carte postale dont j’ai même fait mon fond d’écran d’ordinateur.
Sauf que voilà… de l’autre côté de la Snake River, à tout juste quelques centaines de mètres de là, le spectacle est tout autre. Face à nous se dresse une pleine désertique à perte de vue – une réserve indienne réquisitionnée par le gouvernement dans les années 30, actuellement laissée à l’abandon et dont les américains ne savent plus quoi faire aujourd’hui tellement l’endroit est pollué et dangereux. Mais quel est donc cet endroit ?

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« Nous sommes devant le site nucléaire qui a construit les deux bombes tombées sur Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août 1945 ». Nous sommes sans voix. Je reste là, fébrile, à méditer de longues minutes face à une telle horreur. Comment le monde peut-il nous “offrir“ des contrastes aussi saisissants ?!
La rivière et le canyon sont-ils des barrières suffisantes à la protection du vignoble ? Pas sûr… Mais le vin reste la plus saine et la plus hygiénique des boissons, nous affirmait Pasteur. Et ceux la sont délicieux ; comme les cuvées Sequel 2011 (60$) et Chester-Kidder 2011 (50$), deux très beaux vins taillés pour la garde. Alors régalons nous.

Quelques autres belles découvertes en rouges : la cuvée Estate Barbera 2012 (29$) du domaine Woodward Canyon et le GSM 2011 (33$) du domaine Forgeron Cellars.

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L’Idaho, un air de campagne d’antan

Quand on pense à l’Idaho, on imagine les montagnes enneigées et les stations de ski. Mais vers Caldwell, au sud de l’Etat, on fait du vin depuis 1865 ! Certes la production de vin y est toute petite (50 domaines pour 485 ha), mais les vignobles ont du charme. On retrouve ce côté rural et champêtre qui parfois manque au paysage viticole américain. Comme chez Ron Bitner, docteur en biologie et grand connaisseur des sols, qui aime flâner sur les 10 ha de son domaine, Bitner Vineyards, pour admirer les espèces d’insectes bénéficiaires venus coloniser naturellement le vignoble. « Ici chaque insecte joue un rôle majeur dans la protection de la plante et remplace l’utilisation de pesticides. Ça n’est pas de la magie, c’est un écosystème », aime-t-il souligner à juste titre. Un couple qui ne manque pas d’humour puisque sa femme, Marie, a créé une étiquette au nom des plus originaux : Ménopause Merlot. Un vin rouge au charme provocateur, qui ne manque ni de fruit ni d’énergie.

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Non loin de là, à Fujishin Family Cellars, c’est chez une famille d’origine japonaise que nous avons rendez-vous. Une gamme de vins aussi impressionnante que diversifiée, que l’on déguste au rythme des cépages : riesling, viognier, gewurztraminer, chardonnay, petite sirah, tempranillo, cabernet sauvignon… « En Idaho les gens boivent d’abord de la bière et du whisky, du coup on essaye de proposer une gamme de vins très diversifiée pour que chacun puisse y trouver son compte », souligne Martin, le propriétaire des lieux. Coup de projecteur sur leur cuvée Amatino 2010, un assemblage de syrah (92%), viognier (5%) et petite sirah (3%), au prix de 22$ la bouteille.

Utah, le défi (impossible) : Vinifier au pays des mormons

Nous ne sommes pas là pour parler religion, cela va de soi. Chacun est libre de sa pensée et fait le choix de sa religion, de son athéisme, voir même de son agnosticisme(3). Sauf que…essayez d’imaginer un instant vendre votre vin dans un Etat où la majorité des gens – parce qu’ils sont mormons, ou devrais-je dire de “L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours“ – doivent s’abstenir de consommer de l’alcool(4) ! Autant scier la branche sur laquelle vous êtes assis.

Native Wines - Mt. Pleasant, UT

Native Wines – Mt. Pleasant, UT


Nous avons été séduits et touchés par les quelques irréductibles gaulois que nous avons rencontrés. Car vins de fruits mis à part (comme The Hive Winery à Layton, des vins de fruits déments à goûter d’urgence), il suffit des doigts d’une main pour compter le nombre de vignerons en Utah. Michael Knight, du domaine Kiler Grove est l’un d’entre eux. Sa particularité : son unité de production est à Salt Lake alors que son vignoble est en Californie… à 12h de voiture. Atypique ? « Hélas non, c’est une pratique très courante aux Etats-Unis et qui se pratique dans beaucoup d’Etats », non confie-t-il. Deux raisons à cela : les prix au kilo sont imbattables en Californie, et le climat permet une qualité constante année après année. Difficile de parler d’“identité du vin“ ou de “terroir“ dans tout ça. Il existe toutefois deux domaines qui possèdent leurs propres vignobles en Utah. Et pas n’importe où : dans les montagnes rouges de Moab, là où ont été tournés des films cultes comme Indiana Jones et la dernière croisade, Mission impossible 2 ou encore la course de vaisseaux dans Star Wars, épisode I : La Menace fantôme. Un véritable paysage de feu.

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Arrivés à la nuit tombée à Spanish Valley, un domaine familial fort sympathique, nous sommes invités à rester pour la nuit. Au programme de la soirée : dégustation mets et vins avec les meilleures pizzas de la ville. Je dois admettre que les duos pizza aux légumes/Riesling 2012 et pizza napolitaine/Cabernet Sauvignon 2012 auront fait mouche ce soir là ! Le lendemain, nous prenons la direction de Castle Creek, à 20 km de là, où nous découvrons une production de vins frais et fruités, comme leur 100% muscat de la cuvée Lily Rose 2012 (11$). Un joli domaine, simple et modeste, qui vend en partie sa production aux touristes venus visiter la région.

C’est bel et bien un défi que d’être vigneron en Utah. Car outre une grande dose de courage et de passion, il faut surtout réussir à vivre de son labeur. Et de nombreux domaines ont tout simplement rendu les armes, faute de moyens. C’est le cas de Native Wines, du côté de Mt. Pleasant. Son propriétaire prend la chose avec philosophie. Il s’est depuis reconverti en professeur de guitare. « Il y a dix ans je n’ai pas survécu, faute de clients. Et maintenant j’ai bien plus d’élèves que je  n’avais de clients à l’époque», s’amuse-t-il à raconter. 

Round Mountain, UT

Round Mountain, UT


Même cas de figure à Round Moutains, vers Moab, où deux retraités s’étaient lancés dans le vin par amour du produit. « Nous avons dû arrêter en 2008 à cause des taxes et du prix exorbitant de la licence. Et les stocks qu’ils nous restent ne peuvent être vendus, sinon nous serions dans l’illégalité. Alors on offre des bouteilles aux amis », nous expliquent-ils dans un soupir.
Force est de constater que le vin n’est pas toujours le bienvenu dans certaines régions du monde. Oui je sais, on ne peut pas plaire à tout le monde…
En chemin pour le Colorado nous consolons notre amertume grâce aux paysages qui bordent notre route. Quel spectacle.

Colorado, vins d’altitude et de copains

La suite de notre road trip américain prend désormais de la hauteur : le Colorado est sur un plateau. Et c’est à 1600 m au dessus du niveau de la mer, autour de la ville de Palisade, que nous avons décidé de nous arrêter. Un climat tempéré, sec et ensoleillé (300 jours de soleil par an) aide ici au développement de la vigne et permet à une trentaine de domaines(5) d’exprimer tout le potentiel de cépages exigeants comme la syrah, le merlot ou le cabernet sauvignon.

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À Mesa Park Vineyards, nous retrouvons Brad et Brooke Webb, un jeune couple qui a décidé de se lancer dans l’aventure en 2009, avec l’aide des parents de Brooke. « Un nouveau défi pour une nouvelle vie », nous raconte-t-elle le sourire aux lèvres. Cette année la météo a été particulièrement capricieuse et il a fallu acheter des raisins à d’autres producteurs du Colorado. Mais qu’importe. « Ça fait partie du jeu. Il faut savoir écouter la nature et rester humble ». C’est ça aussi le vin. Le Merlot 2012 (25$) et le Cabernet Sauvignon 2011 (20$) se défendent d’ailleurs très bien. Brad a cuisiné mexicain et nous festoyons en regardant SOMM, un documentaire illustrant le parcours de quatre candidats au prestigieux concours de Master Sommelier. Une belle soirée.

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Au petit déjeuner le lendemain, Brad nous suggère de nous rendre au domaine Maison la Belle Vie, où son ami français John Barbier a élu domicile dans les années 90.  « Je l’appelle ! ». Une heure après, le Frenchy – comme on l’appelle ici – nous attend, gai comme un pinson et plus survolté qu’une pile électrique neuve ! John est branché sur 1000 volts. Pas étonnant, ce week-end il a deux mariages à gérer ici. Car John est un fervent défenseur de l’oenotourisme et il fait tout pour que le client se sente bien à Maison la Belle Vie (un domaine qui ne pouvait porter meilleur nom).

Maison la Belle Vie

Maison la Belle Vie


Son temps est précieux mais qu’importe, nous sommes désormais ses invités. « Ici on fait des vins légers, fruités et avec de belles acidités ; pour accompagner les charcuteries et les fromages français dont raffolent nos clients. On est d’abord là pour se faire plaisir ». En témoignent trois très jolies cuvées :
Cabernet Sauvignon Reserve 2011 (30$), Syrah Reserve 2012 (32$) et Red Blend 2011, un assemblage de merlot, petit verdot et syrah. John est un phénomène…portrait à suivre.

Le Nouveau Mexique, une touche d’Italie dans le désert

Rouler est un plaisir, surtout dans cette partie du monde. Et bien que nous venions déjà d’engloutir aisément quelques 4000 km, la route est encore longue car bien que le Nouveau Mexique compte une cinquantaine de domaines éparpillés sur tout le territoire(6), c’est au sud de l’État que nous avons décidé de nous rendre. Jamais je n’aurais imaginé croiser ici tant de beauté et de diversité de paysages.

Landscapes, NM
Nous avons jeté notre dévolu sur le domaine Luna Rossa Winery, à Deming. Un bel exemple de réussite à l’italienne. Paolo D’Andrea, 4ème génération de vignerons dans le Frioul, a quitté le pays en 1986 pour venir apprendre aux travailleurs hispaniques comment tailler la vigne. N’oublions pas que nous ne sommes qu’à quelques kilomètres du Mexique et qu’ici – encore plus qu’ailleurs dans le pays – tous les travailleurs sont hispaniques. En 2001 il a l’opportunité de créer, avec sa femme Sylvia, son domaine de 120 hectares. Paolo est un puriste. « Sur les grands cépages italiens plantés ici, c’est minimum 5 ans d’élevage et 4 ans en bouteille avant de commercialiser le vin. Sinon les gens n’ont pas la patience d’attendre et boivent le vin sans le comprendre ». Une initiative rare et géniale qui offre des vins profonds et complexes ; comme le Reserve Barbera 2006 (50$), une petite merveille.

Luna Rossa Winery

Luna Rossa Winery


Une fois par mois Paolo sort le camion à pizza au feu de bois pour une soirée de fête au domaine. Et ça tombe bien, c’est aujourd’hui. Comme à l’accoutumée il y a foule. « La base de la pizza, ce sont les ingrédients. J’importe tout d’Italie. C’est ça qui fait notre succès ». Plus de 250 pizzas préparées lors du dîner… objectif atteint ! En guise de clôture et après avoir célébré l’événement dignement, Paolo nous invite à dormir dans son camping-car de vacances, situé à l’orée du vignoble, histoire d ‘économiser une nuit dans un motel. « Vous êtes les gardiens du domaine cette nuit », nous dit-il en riant.

19_USA_Pizza time @ Luna Rossa, NM
Le Texas, l’État qui sauva la France du phylloxera

Plus grand que la France, historiquement conservateur et dominé par les républicains, le Texas m’était avant tout apparu comme la patrie du rodéo, des westerns et de la country. Et bien pas que ! Car c’était sans compter sur une industrie viticole impulsée dès les années 1650 par les colons espagnols(7), et qui compte désormais une quarantaine de vignerons, majoritairement implantés dans les environs d’Austin.

Qui plus est, nous devons une fière chandelle au scientifique texan Thomas Volney Munson, qui suggéra en 1880 à son ami français Pierre Viala – alors que le vignoble français été en train de se faire ravager par le phylloxera – d’y envoyer des porte-greffes du Texas, résistants à l’insecte. La décision fut prise et le vignoble sauvé ! Thomas fut alors fait Chevalier du Mérite Agricole, la plus haute distinction décernée à une personne étrangère par la France. Merci Mr Munson d’avoir aidé à la sauvegarde de notre patrimoine.

Fall Creek Vineyards

Fall Creek Vineyards


On comprend d’autant mieux la résistance des porte-greffes texans lorsque l’on regarde le climat local. À l’est de l’État (là où se trouvent les vignobles), la région est subtropicale. Il y fait très chaud, humide et les cyclones sont nombreux à cause de l’influence du golf du Mexique. Les lacs sont pour la plupart asséchés en été et les vendanges sont très précoces (démarrage aux environs du 15 juillet). Et pourtant il peut geler au printemps et dévaster les premiers bourgeons, comme à Flat Creek Vineyards, où l’an passé la majorité de la récolte à été détruite début mai à cause d’une forte gelée. En tout cas pas de quoi inquiéter Rick et Madelyn Naber, les propriétaires, qui malgré tout, produisent de très jolis vins, comme les cuvées Four Horsemen 2011 (45$) et Tempranillo 2011 (45$). Deux autres coups de cœur à visiter : West Cave, où les propriétaires, après avoir fait fortune dans l’industrie, ont investi tous leurs deniers dans un vignoble de 11 ha.Partis de rien en 1990, ils font aujourd’hui sensation grâce à leur philosophie très proche de la terre. En témoignent leurs cuvées Spectrum White 2012 (35$) et Ruby Cabernet 2013 (27$). Enfin le domaine Fall Creek, avec leur délicieux GSM 2012 (30$), un vin généreux et plein de fruit.

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Comble de l’ironie, notre marathon viticole américain s’achève par la Californie, non pour une visite des vignobles (la prochaine fois, c’est promis !), mais pour rendre notre voiture de location à San Diego, avant le passage de frontière vers le Mexique. L’occasion de constater que la Californie est aussi le paradis des “R.V. Resort“, autrement appelés campings de luxe. Car le caravaning est roi aux Etats-Unis et c’est en Californie qu’on en trouve le plus. Climat oblige. Plus d’un foyer sur dix serait touché par le virus. Et les plus grands camping-cars ressemblent à de véritables maisons sur roues. Nous avons visité l’un d’eux, Sunbeam Lake R.V. Resort, le temps de partager l’apéro avec quelques habitués – tous juste arrivés pour les six prochains mois d’hiver – histoire de mieux comprendre le phénomène.

19_USA_RV Resort, CA
« Tout le monde se connaît et on ne s’ennuie pas un instant ». Verre de riesling à la main, nous écoutons les histoires de chacun. Certains viennent même de la côte est, et du Canada. Santé !

WineExplorers’ment votre,
JBA

 

Merci à Gilles Nicault, Zachary Weber, la famille Stripeika, Brad & Brooke Webb, Paolo & Sylvia D’Andrea et à nos chers amis français Anne Caron et Fréderic Leclercq pour nous avoir hébergés et accueillis à bras ouverts pendant notre séjour.

 

(1) Source : Sud de France
(2) GSM : grenache, syrah et mourvèdre ; les trois principaux cépages rouges utilisés en vallée du Rhône méridionale.
(3) L’agnosticisme (ou religion de l’interrogation) est une attitude de pensée considérant la vérité de certaines propositions concernant notamment l’existence de Dieu (ou des dieux) comme inconnaissable. Les agnostiques refusent de trancher.
(4) C’est ce que l’on appel la Parole de Sagesse : une loi de santé chez les mormons qui consiste à s’abstenir d’alcool, de tabac, de café et de thé.
(5) Pour plus d’informations sur les vins du Colorado: http://www.coloradowine.com
(6) Pour plus d’informations sur les vins du Nouveau Mexique : http://nmwine.com/wineries/wineries-map/
(7) Pour plus d’informations sur les vins du Texas : https://www.texaswinetrail.com

NB : Le  » 51ème Etat « , dans le discours politique américain de l’après – 1959, est une expression qui se réfère à des zones ou lieux qui sont – de manière sérieuse ou facétieuse – considérés comme des candidats potentiels pour rejoindre les 50 États qui sont déjà en place aux États-Unis. L’expression est utilisée ici dans un sens positif, de manière humoristique et purement amicale ; pour mettre en évidence le fait que des très bons vins peuvent être produits un peu partout dans le pays.

Le Canada, une terre de grands vins à découvrir d’urgence…

Voilà un pays que j’attendais avec une certaine impatience !
Le Canada m’a toujours fasciné ; par sa culture, par sa superficie, par ses paysages, par l’accueil de ses habitants. Et je dois dire que je n’étais pas le seul à trépigner d’impatience : Ludovic, mon fidèle acolyte de voyage est né à Pointe-Claire (dans la province de Québec) et a passé les huit premières années de sa vie dans la banlieue de Montréal. Une empreinte qui l’a forgé et que Ludo avait hâte de partager avec moi. Surtout que deux de ses trois sœurs y vivent aujourd’hui ! Une histoire de famille en somme.

Painted Rock - Colombie Britannique

Painted Rock – Colombie Britannique


Quant à tout amateur de vin qui se respecte, le Canada est avant tout synonyme de vin de glace… Mais pas que ! D’est en ouest le pays tout entier nous a montré qu’il était aussi une terre de grands vins secs : comme en témoignent les blancs du Québec et les rouges d’Ontario et de Colombie Britannique. En route pour un périple de 3 semaines au pays des bûcherons et du sirop d’érable qui nous a amené de découvertes en belles surprises et de rencontres viticoles en amitiés fortes.

Le Québec, un petit vignoble de charme qui joue dans la cour des grands

Eh dis l’ami…  connais-tu les vins du Québec et ses fameux québécois ?!

Vignoble de la Chapelle Ste Agnès - Québec

Vignoble de la Chapelle Ste Agnès – Québec


Le Québec c’est 125 producteurs pour une surface de 234 hectares de vignes et quelques 2 millions de bouteilles vendues chaque année. Parmi eux, 73 producteurs se sont regroupés avec une passion commune, celle de faire grandir et rayonner cette industrie qui se raffine, dit-on, de cuvée en cuvée, au travers de l’Association des vignerons du Québec (AVQ), née en 1987. Et l’accueil des vignerons est incroyable. « Ici, on est tous comme à la maison », aime souligner Jean Joly, propriétaire du Vignoble du Marathonien.

Et l’engouement pour le vin au Québec va bien au-delà du vignoble : c’est une passion commune, une véritable fierté, un engouement quasi patriotique. Depuis l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ), où nous avons eu le privilège de présenter le projet aux élèves en sommellerie, à la très sympathique Fête des Vendanges de Magog(1), en passant par la Société des Alcools du Québec (SAQ)(2), dont nous avons eu le plaisir de visiter une succursale, et l’ensemble des médias locaux – comme la chaine d’information TVA, qui a souhaité nous interviewer pour connaître l’avis de deux globe-trotters français – tous célèbrent ici le vin québécois avec un enthousiasme contagieux. Et le virus nous a eus !

Les Pervenches - Québec

Les Pervenches – Québec


Le vin du Québec est de glace, mais pas que !

Bien qu’il soit originaire d’Europe (fin du XVIIIe siècle en Autriche et en Allemagne), c’est bien au Canada que l’on trouve la plus importante production de vin de glace au monde(3)  – notamment en Ontario. Le climat y est propice puisque le vin de glace se vendange idéalement entre -8° C et -12° C (au-delà le sucre cristallise sous l’effet du froid et le jus ne coule plus).
Le principe est simple : après la chute des feuilles, le raisin – du vidal(4) majoritairement ; voir du seyval blanc(5) – attend sur les ceps de vigne l’arrivée du gel. Lorsqu’un gel suffisant est annoncé (en dessous de -7 °C) la récolte peut avoir lieu. La vendange se fait alors entre fin décembre et fin février, souvent de nuit et dans des filets afin d’éviter les pertes. La production du précieux nectar est si faible que chaque baie compte !

Vignoble du Marathonien - Québec

Vignoble du Marathonien – Québec


Au Québec la méthode diffère quelque peu du reste du pays : le raisin est vendangé normalement, puis suspendu dans des filets jusqu’au gel. Cette méthode – qui suscite des débats (déontologiques) houleux entre ontariens et québécois… – ne change en rien le goût du vin final et produit même quelques uns des plus fins liquoreux au monde.

En témoignent ces 5 coups de cœur que nous avons eu la chance de déguster : Vignoble du Marathonien (2009), Vignoble de l’Orpailleur (2011), Vignoble de la Chapelle Ste Agnès (2010), Domaine des Côtes d’Ardoises (2012) et Domaine de Lavoie (2012).

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Des vins aux arômes de fruits confits délicieux et dont l’équilibre entre de forts taux de sucre et de grandes acidités offre des vins qui sont une pure délectation pour les sens…

Et il semblerait que le futur du Québec soit  dans la production de vins blancs (sec et liquoreux). Car comme le souligne à juste titre Charles-Henri de Coussergues – pionnier de la viticulture moderne au Québec et propriétaire du Vignoble de l’Orpailleur : « la problématique ici c’est la rudesse de l’hiver, on est obligé de faire en 7-8 mois ce que l’on fait en France en 12 mois. Et comme les cycles de maturité des raisins sont plus courts, ce sont les cépages blancs qui donnent les meilleurs résultats ». Il faut même souvent recouvrir la vigne en hiver à l’aide de toiles géotextiles pour éviter qu’elle ne meure. Un travail onéreux et fastidieux.

Scarabées japonais

Scarabées japonais


Nous avons déniché pour vous quelques perles rares :
Saint-Pépin 2013 du Château de Cartes, un blanc sec surprenant puisque son propriétaire, Stéphane Lamarre, s’amuse à torréfier les pépins de ce cépage atypique(6) avant de les ajouter dans la cuve, pour « rehausser le vin avec un petit goût de noisette » (20$).
Le Couchant 2013 du domaine Les Pervenches, qui au travers de cette très savoureuse cuvée 100% Chardonnay nous démontre avec brio que des vitis vinifera bien maîtrisés peuvent s’adapter à la rudesse du climat. Coup de chapeau ! (32$)
Vendanges Tardives 2012 du Vignoble du Marathonien, un autre grand liquoreux 100% vidal qui m’a rappelé, au nez, la pâte de coing de mon enfance ; et qui en bouche laisse exalter des arômes de fruits secs et d’abricot confit. (28$ les 500 ml).
Paille du Clos Saragnat, un vin anticonformiste, à l’image de son producteur, Christian Barthomeuf, un vigneron talentueux qui marie ici vidal et geisenheim(7) dans une cuvée unique vieillit deux ans sur latte à l’air libre et pour un résultat fou…un vin hors du temps au nez de pâtisserie et à la bouche de velours.
-et un vin rouge qu’il faut particulièrement souligner…le Haute-Combe 2012 du Domaine des Côtes d’Ardoises : un assemblage de gamay, de chaunac(8) et chelois(9), non filtré, non collé. Un vin croquant, frais et gourmand à souhait. (18$)

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Et que dire des cidres du Québec… Des cidres de gastronomie, précis, tout en finesse, comme en témoignent les cidres de glace et les cidres de feu(10) du domaine Union LibreSans oublier les très beaux blancs de Léon Courville (Domaine Les Brome) et les bulles de Jean-Paul Scieur (Le Cep d’Argent) que nous avons pu déguster lors de notre conférence à l’ITHQ.
Foncez et achetez tout ! Les productions sont petites, voir confidentielles. Et les prédateurs de la vigne, nombreux et gourmands de raisins – comme le raton laveur, les scarabées japonais, les cerfs ou encore les ours – peuvent faire des ravages.

L’Ontario, le géant du Canada

Avec ses 6900 hectares de vigne, une production de 23,4 millions de litres et un chiffre d’affaires global de 395 millions de dollars canadiens  en 2014(11), l’Ontario est de loin la plus grande et la plus connue des régions de production du Canada. Nous décidons de concentrer nos visites du côté de Niagara-on-the-Lake, une région prometteuse à une heure et demie à l’est de Toronto. Tout en nous promettant que la prochaine fois, c’est vers Prince Edward County que nous irons (plus au nord) : on en dit le plus grand bien.

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Nous nous rendons dans la ville de Sainte Catherine, où nous sommes attendus par le domaine Henry of Pelham. L’accueil se fait une coupe à la main (s’il vous plait !) : nous fêtons là notre 100ème domaine viticole visité du projet. Santé ! Cette cuvée Catharine Rosé BrutNV (70% pinot noir, 30% chardonnay) est délicieuse et pleine de fraîcheur. Nous nous délectons en compagnie de Paul Speck, président du domaine familial. Ici se sont 120 hectares cultivés principalement en cépages internationaux, dont une partie est plantée en baco noir(12), un cépage oublié et très intéressant aux notes de mûre sauvage, de prune et d’épices, à l’image du Reserve Baco Noir 2011 du domaine (25$). Et cerise sur le gâteau, le baco noir et l’un des cépages les plus riches en resvératrolle au monde. Le resvéra…quoi ? Mais si vous savez, ce fameux polyphénol qui aurait des effets bénéfiques sur la santé. Raison de plus pour l’aimer.

Henry of Pelham - Ontario

Henry of Pelham – Ontario


Petit détour rapide par deux des plus grosses productions du pays, histoire de voir d’un peu plus près à quoi ressemblent ces géants canadiens : Jackson-Triggs, avec ses 800 000 caisses produites annuellement et Inniskillin, l’un des leaders en vin de glace, qui nous a surpris par son incroyable fréquentation asiatique : des bus entiers de japonais, de chinois et de coréens qui viennent s’abreuver de vins sucrés (à souhait) pour leur palais et repartent tous avec sacs et coffrets cadeaux sous les bras. Le vin de glace à de l’avenir devant lui en Asie, c’est une certitude.

Nous terminons notre périple ontarien par Lailey Vineyard, l’un des (très) rares domaines du pays à utiliser des barriques canadiennes pour l’élevage de ses vins. Les fûts viennent de la Canadian Oak Cooperage en Ontario, la dernière tonnellerie du pays.

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Derek Barnett, l’œnologue du domaine, nous offre une très belle dégustation comparative et pédagogique de trois vins – Chardonnay 2012, Pinot Noir 2010 et Syrah 2012 – pour comprendre les nuances entre un élevage en barriques canadiennes d’un côté et de l’autre un élevage en barriques françaises. Avec du recul, il semblerait que le chêne canadien soit plus discret aromatiquement, avec des tannins très subtils et des vins qui ont besoin de plus de temps pour s’ouvrir. C’est un apport intéressant dans l’élevage qui met bien en relief le côté fruité du vin.

Sur le chemin du retour nous nous arrêtons aux chutes du Niagara. Quel choc. Moi qui m’en étais fait toute une carte postale pittoresque dans mon imagination… Tant de beauté transformée en un parc d’attraction touristique, au but clairement affiché : faire du profit en masse au détriment de la beauté sauvage des lieux.

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Je reste là, à méditer face à ces chutes gigantesques qui se déversent en cascade au fond du lac dans un grondement infini, sans voix face à ce cadeau de la nature.

La Colombie Britannique, une région viticole à ne pas sous estimer

A l’image du Canada et pour notre plus grand bonheur, la Colombie Britannique est extrêmement dynamique lorsqu’il s’agit de promouvoir ses vins. Notre 1ère étape dans la province nous amène à Vancouver, sur le salon “Colour BC VQA Fall Release“, où l’association des vins de Colombie Britannique nous a chaleureusement conviés. L’occasion de rencontrer de nombreux producteurs et de découvrir leurs vins. Nous y apprenons que la province compte 215 domaines répartis sur cinq sous-régions : Vancouver Island, Fraser Valley, Similkameen Valley, Gulf Islands et Okanagan Valley.

Osyoos Larose - Colombie Britannique

Osyoos Larose – Colombie Britannique


C’est dans cette dernière que nous sommes attendus par le domaine Osyoos Larose. Après huit heures de bus dans la montagne nous arrivons dans un petit coin de paradis : l’Okanagan Valley. Nature, lacs, montagnes…l’endroit est idyllique et propice à la culture de grands vins. C’est en quad que nous visitons le vignoble, en compagnie des gérants, Julie Rapet & Mathieu Mercier, un jeune couple d’œnologues français fort sympathiques. Nous parcourons les rangs de vigne et dégustons des baies de raisin sélectionnées au hasard pour contrôler les maturités : nous sommes à quelques jours des vendanges ! Les raisins sont délicieux et prêts à être cueillis. Nous croisons sur notre route quelques cerfs à queue noire malicieux lorgnant sur les raisins avec convoitise. Au retour de notre promenade nous dégustons les vins du domaine. Le Grand Vin 2010, un assemblage bordelais (merlot, cabernet sauvignon, cabernet franc et malbec) élevé 18 mois en barrique est délicieux.

Le lendemain nous partons pour Painted Rock, un vignoble niché sur une corniche à flanc du lac Skaha, digne d’une carte postale. Chaque parcelle est traitée avec un immense soin. Nous improvisons une ascension musclée de la montagne qui surplombe le vignoble en compagnie de Tyson Archer, le responsable des lieux, afin de prendre de la hauteur et mieux comprendre l’implantation et l’ensoleillement du domaine. Après avoir sué à grosses gouttes, nous arrivons enfin au sommet. Et quel spectacle…

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Nous trinquons à la beauté du lieu avec le vin phare de la maison, le Red Icon 2012 (55$), un autre Bordeaux-blend de haute volée. Le soir venu nous dînons en compagnie de Tyson et de sa compagne. Il nous cuisine au BBQ un saumon de rivière à la chair rouge comme jamais nous n’en avions vu et mangé auparavant. Le tourne-disque du salon crache à pleins poumons un jazz enivrant et euphorique. Le temps s’est arrêté.

Nous terminons notre séjour avec le domaine Le Vieux Pin, où s’exprime ici tout l’art de vinifier la syrah (et les cépages du Rhône nord en général – Condrieu, Marsanne et Rousanne). La cuvée Equinoxe Syrah 2011 (85$) du vignoble est divine et rappelle la délicatesse du cépage avec ses notes de violette et de poivre noir.

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Le Canada nous a fait rêver et le potentiel viticole est bien là. Et bien que le pays reste un (tout) petit pays producteur de vin à l’échelle de la planète, n’oublions pas qu’avec 4,5 millions d’hectolitres bus en 2012(13) les canadiens sont aux portes du top 10 des pays consommateurs de vin dans le monde. Le Canada est donc non seulement un pays de grands vins – secs et liquoreux – mais aussi une terre d’amateurs avertis et de fins connaisseurs.
En témoigne l’achalandage spectaculaire des caves de la SAQ au Québec, qui abritent ni plus ni moins que la plus importante sélection de vin et spiritueux au monde, avec plus de 20 000 références sur catalogue.

WineExplorers’ment votre,
JBA

Merci à tous les vignerons, journalistes, agents et amis qui nous ont reçu pendant notre séjour ; et une pensée toute particulière à Annabelle, Elodie Pollet et à la famille Chevrier pour avoir hébergé deux voyageurs itinérants.

NB : Nova Scotia & les autres Provinces Atlantiques seront visitées avec beaucoup d’intérêt lors de notre prochaine venue au Canada. On y produit également de très beaux vins qui méritent toute notre attention.

 

(1) Pour plus d’information : Fête des Vendanges de Magog (Québec), chaque début septembre ; un événement incontournable initié par Jean-Paul Scieur, propriétaire du vignoble Le Cep d’Argent, dont les effervescents sont très intéressants.
(2) SAQ : la Société des alcools du Québec (SAQ) est une société d’État créée en 1921 et qui a pour mandat de faire le commerce des boissons alcoolisées sur tout le territoire du Québec.
(3) Depuis 2013 le Canada est même propriétaire des mots « vin de glace » et « ice wine ».
(4) Le vidal blanc est un cépage hybride blanc, croisement de Trebbiano et de Rayon d’Or (Seibel 4986), créé dans les années 1930 par Jean Louis Vidal et très résistant au froid.
(5) Le seyval blanc est un croisement des cépages Seibel 5656 x Seibel 4986 réalisé vers 1920. Le cépage est autorisé dans de nombreux départements en France, ainsi qu’en Grande-Bretagne, au Canada et aux États-Unis.
(6) Le Saint-Pépin est un cépage blanc hybride issu de l’elmer swenson 114 et du seyval et capable de résister à des températures allant jusqu’à -32° C.
(7) Geisenheim : plus connu sous le nom de rondo, ce cépage hybride de cuve noir d’origine tchèque est un croisement des cépages Zarya Severa x St. Laurent réalisé en 1964.
(8) Le De Chaunac est un cépage noir hybride, issu de Seibel 5163 * Seibel 793 et utilisé le plus souvent en assemblage. On le retrouve au Canada, aux Etats-Unis (New-York) et en France (Ardèche).
(9) Le Chelois est un cépage noir français hybride, croisement des cépages 5.163 Seibel x 5.593 Seibel. En 1955, le chelois couvrait en France 906 hectares. Aujourd’hui il ne reste plus que quelques souches isolées. Il est autorisé aux États-Unis (État de New York, 63 hectares) et au Canada.
(10) Le cidre de feu est obtenu par la fermentation du jus de pomme, lequel doit, uniquement par la chaleur, atteindre une concentration de sucre avant fermentation d’au moins 28°Brix et un titre alcoométrique acquis de plus de 9 %.
(11)  Source : Wine Country Ontario
(12) Le baco noir est un cépage français hybride principalement cultivé au Canada (vu sa maturité hâtive) et aux États-Unis. A ne pas confondre avec son cousin le baco blanc, dont un peu plus de 2100 hectares sont cultivés en France pour la production de l’Armagnac.
(13) Projection OIV 2013.