Le Maroc, un vignoble en pleine mutation

Depuis 40 ans, le vignoble marocain est en mutation. On y voit une diversité de styles affichés et la réhabilitation de vignobles oubliés. Pour notre plus grand bonheur. Car n’oublions pas que le Maroc reste l’un des berceaux des dernières vignes sauvages. Un Royaume où les premiers vins furent élaborés vers le VIe siècle av. J.-C., lors des installations des comptoirs phéniciens et grecs.

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Aujourd’hui, treize domaines redonnent au Maroc ses lettres de noblesse, se partageant près de 7 000 hectares de vigne, pour environ 50 millions de bouteilles produites par an(1). On y compte même trois AOC et quelques AOG(2). De quoi ravir notre curiosité. De Meknès à Casablanca, tour d’horizon d’un vignoble placé sous le signe du soleil.

Le long des contreforts du Rif, la vigne

Embarquant avec notre camping-car depuis l’Espagne, à bord du ferry de la société FRS, il nous faudra à peine une heure de traversée pour rallier Tarifa à Tanger. Puis un peu moins de deux heures pour rejoindre la région de Meknès, au nord, sur un réseau routier aussi neuf qu’agréable à conduire.

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Notre première visite nous amène entre Rabat et Fès, au domaine Castel (Société de Vinification et de Commercialisation du Maroc), l’un des acteurs majeurs du pays. Nous arrivons soudain, aux pieds du Mont Zerhoun, face aux contreforts du Rif, où s’étendent des hectares de vigne à perte de vue. Le spectacle est grandiose.

Malgré l’altitude (700m), il fait déjà 32°C à 10h du matin lors de notre visite à la mi-août. « Les températures sont montées jusqu’à 46-48°C en juillet », nous raconte Paul D’Herbès, l’œnologue du domaine. Nous visitons le vignoble de 500 hectares, d’une seule parcelle, majoritairement planté en cabernet sauvignon, merlot, syrah, grenache et cinsault, et travaillé en culture raisonnée(3).

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Au total, le domaine Castel s’étend sur 1400 hectares. L’une des spécialités du domaine – qui produit une large gamme de vins – est le Vin Gris, un délicieux vin à la couleur rose pâle, très rafraîchissant et obtenu par pressurage direct des raisins grenache et cinsault.

Les Celliers de Meknès, à l’initiative de la première AOC du Maroc

Bienvenue aux Celliers de Meknès, le long des contreforts de l’Atlas. Avec 2400 hectares de vignes, c’est le principal – et incontournable – acteur de la viticulture marocaine depuis les années 50′.

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Grâce à la protection des montagnes, la région reste tempérée, avec 34°C en moyenne l’été, et de fortes variations climatiques en hiver. Il n’est d’ailleurs pas rare d’y voir de la neige en janvier. Un terroir bien spécifique, aux terres grasses et argileuses uniques, que Brahim Zniber, fondateur des Celliers de Meknès et premier producteur de vin du Maroc(4), a toujours souhaité mettre en avant.

Les Celliers de Meknès furent ainsi les pionniers dans la mise en place d’appellations d’origines contrôlées, avec la création en 2005 des Coteaux de l’Atlas, la première AOC marocaine. Puis en 2012, avec la première méthode traditionnelle du Royaume et la création de l’AOC Crémant de l’Atlas.

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« Nous sommes également en train de convertir 400 hectares en agriculture biologique depuis cette année », nous confie Josselin Desprez De Gesincourt, le directeur export. Une initiative à souligner et qui s’inscrit dans le renouveau du vignoble marocain. Les vins du Château Roslane, la propriété iconique des Celliers de Meknès, sont très prometteurs, surtout en rouge (cabernet sauvignon, merlot et syrah). Un très joli domaine que l’on peut visiter et qui ouvrira prochainement un hôtel de luxe et un restaurant gastronomique. Avis aux amateurs.

La région de Rommani retrouve un nom

Autre belle découverte : la région de Rommani, dans la province de Khemisset (à mi-chemin entre Rabat et Fès). Probablement l’un des terroirs les plus prometteurs du Maroc, avec en moyenne 5°C de moins qu’à Meknès. Un point très appréciable pour les occidentaux que nous sommes!

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Visite de l’Hacienda des Cigognes, pionnier viticole de Rommani. Un domaine à l’initiative de la famille Moullablad, installée dans la région depuis 1914. Dans les années 90, Abdeslam Moullablad et son fils Karim, l’actuel propriétaire, replantèrent le vignoble sur ces anciennes terres viticoles, redonnant ainsi vie à la viticulture dans la région.

La nouvelle cave, en construction, affiche déjà de somptueuses voûtes, dites « cathédrales ». Une forme de cave en hauteur, typique au Maroc, permettant une meilleure aération des bâtiments et jouant un rôle de régulateur thermique naturel. Les cuves sont principalement en béton, pour une production de vins sur le fruit et avec davantage de fraîcheur. L’ensemble est très impressionnant. Il faudra cependant patienter encore quelques mois pour voir éclore le premier millésime…qu’il nous tarde déjà de goûter!

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En attendant, nous découvrons les 98 hectares de vigne du domaine, répartis sur deux sites et principalement plantés en merlot, cabernet sauvignon, syrah, carignan et tempranillo. Les équipes sont en pleine vendange.

« Au Maroc, ce sont les femmes qui font la vendange, tout comme la taille et les autres travaux méticuleux de la vigne », nous explique Boris Bille (sommelier et membre Fondateur de l’Association des Sommeliers du Maroc(5)), lors de la visite. 

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Avec la grande variété de tuniques des travailleuses, toutes plus colorées les unes que les autres, la vigne a comme un air de fête.

Autre fer de lance de l’AOC Côtes de Rommani : La Ferme Rouge. Créé en 1908, le domaine est aujourd’hui entre les mains de l’oenologue français Jacques Poulain. « La Ferme Rouge jouit d’une situation unique en plein cœur de la région des Zaërs : à 450m d’altitude et à 45 km de l’océan, le vignoble bénéficie toujours d’une forte influence atlantique. Il est également protégé à l’ouest par les vallées de l’oued Korifla et au sud par les premiers contreforts du Moyen-Atlas », nous explique Jacques.

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Ce domaine de 300 hectares, planté d’un seul tenant, présente une richesse de sols exceptionnels : sables anciens, argiles rouges, schistes et glaise ferrique, sur des sous-sols argilo-calcaire. Les vins sont vinifiés et élevés dans un chai ultra moderne. La Ferme Rouge a tout pour faire de très jolis vins.

Des vins rouges généreux et gourmands

Notre séjour s’achève à 50 km au nord-est de Casablanca, au Domaine des Ouled Taleb de Benslimane, exploité par la société Thalvin depuis 1968 et désormais entre les mains de la famille Zniber.

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Cette magnifique propriété, créée en 1926, est la plus ancienne cave viticole encore en activité au Maroc. Le domaine a vu se succéder ces dernières années deux œnologues français, aussi talentueux que sympathiques : Jacques Poulain (désormais à La Ferme Rouge) et Stéphane Mariot, directeur du domaine depuis 2011.

Thalvin est un formidable exemple du potentiel du vignoble marocain pour produire des vins rouges généreux et gorgés de fruits. Notamment autour du cépage rouge arinarnoa, une découverte pour nous.

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Ce croisement entre les cépages tannat et cabernet sauvignon, produit des vins gourmands, sur des notes de mûre et de myrtille. Ce domaine de 240 hectares est également planté en sauvignon blanc, chardonnay, viognier, syrah, grenache, cinsault, merlot et cabernet sauvignon. Ici aussi, c’est la vendange. Et l’enthousiasme des travailleurs autour de nous, tout comme l’effervescence qui règne sur le domaine, font plaisir à voir!

Nous ne pouvions conclure ce séjour sans évoquer Aït Souala, l’ancienne cave viticole d’État, dont nous avons eu la chance de pouvoir visiter les vestiges ; la cave ayant arrêté son activité avec le millésime 2011.

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Un moment intense et chargé d’émotion, dans ces lieux aujourd’hui fantomatiques et qui furent, pendant la période faste du vignoble marocain (1970-1990), rien d’autre que la plus grosse cave coopérative au monde, avec quelques 650 000 hL de capacité.

WineExplorers’ment vôtre,
JBA

 

Merci aux domaines Castel (Société de Vinification et de Commercialisation du Maroc), Celliers de Meknès, La Ferme Rouge, Thalvin et à l’Hacienda des Cigognes, pour leur accueil chaleureux. Un immense merci à Driss Mouhib, Josselin Desprez De Gesincourt et Boris Bille, pour nous avoir organisé ce programme marocain haut en couleurs. Enfin, merci à Karim Moullablad et à toute l’équipe de l’Hacienda des Cigognes, pour ces magnifiques chapeaux traditionnels qui nous ont été offerts, clin d’œil amical aux chapeaux traditionnels des travailleurs dans le vignoble.


(1)
Chiffres 2016.

(2) Le Maroc compte trois appellations d’origine contrôlée (AOC) : Coteaux de l’Atlas, Côtes de Rommani, et Crémant de l’Atlas ; six principales appellations d’origine géographique (AOG) : Zaer, Zenata, Ben M’tir, Guerrouanne, Zemmour et Berkane.
(3) La culture raisonnée est l’application à la viticulture du concept d’agriculture raisonnée, c’est à dire des démarches globales de gestion d’exploitation qui visent, au-delà du respect de la réglementation, à renforcer les impacts positifs des pratiques agricoles sur l’environnement et à en réduire les effets négatifs, sans remettre en cause la rentabilité économique des exploitations.
(4) Brahim Zniber, qui s’est éteint en septembre 2016 à l’âge de 96 ans, fut un homme d’affaires, agriculteur et vigneron marocain, connu comme étant l’un des pionniers du renouveau de la viticulture marocaine.
(5) Créée en 2012, l’Association des Sommeliers du Maroc (ASMA) permet au Royaume de se doter de la première association de sommeliers d’Afrique et d’intégrer l’élite de la sommellerie internationale. À sa tête, Michèle Chantôme, qui est également secrétaire de l’Association des Sommeliers Internationale (ASI).

L’Egypte – derrière les pyramides, la vigne

Egypte, belle inconnue. Pays aux mille secrets. Terre des sphinx, des pyramides, des pharaons, des hiéroglyphes. Toi qui nous fais rêver depuis notre plus tendre enfance, nous baladant sur le Nil au grès des vents. Mais qu’es-tu donc devenue ? Où sont passées ta grandeur et ton âme ?

La pyramide de Khéops face au Caire

La pyramide de Khéops face au Caire


Nous débarquons au Caire et nous tombons des nues. La capitale est venue se coller aux pyramides de Gizeh : Khephren, Mykérinos et Khéops – seule des sept merveilles du monde de l’Antiquité à avoir survécu. L’aridité du désert se ressent dans chaque ruelle de la ville. Les murs tiennent à peine debout. L’atmosphère est pesante.
Et pourtant, le Caire a gardé une beauté pudique, discrète, presque gênée.
L’Egypte, qui a longtemps été une terre de vin, abrite encore quelques hectares de vigne, à mi chemin entre le Caire et Alexandrie. Une belle carte postale.

La viticulture égyptienne, l’une des plus anciennes du monde

Rendez-vous compte : la vigne est cultivée en Égypte depuis 3000 ans avant notre ère, soit plus de 2000 ans avant l’apparition de la culture de la vigne en France !

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Bien loin des fastes de l’époque gréco-romaine, c’est en 1882 que la viticulture est relancée dans le pays, sous l’impulsion de Nestor Gianaclis, un homme d’affaires grec. Il créa de toutes pièces le domaine Gianaclis Wines, qui connut son apogée entre 1930 et 1945 – durant l’Age d’Or de l’Egypte – avant d’être nationalisé en 1966 par Nasser, puis privatisé en 1999. Gianaclis Wines, avec ses 12à hectares de vignoble, appartient depuis 2002 à Al-Ahram Beverages Company (groupe Heineken).
Et ça tombe bien !  Nous avons rendez-vous avec le domaine pour une visite des vignobles. En route !

La sécheresse, un fléau de taille en Egypte

Faire pousser de la vigne en Egypte est un véritable challenge. Les températures moyennes avoisinent les 38-40°C et il n’est pas rare d’atteindre 48°C en pleine journée. Ce qui a pour conséquence de bloquer les maturités phénoliques des raisins*, les empêchant de murir correctement.
De plus, le pays manque cruellement d’eau douce et les réserves sont bien rares. Car il tombe en Egypte en moyenne 80 à 120 mm de pluie par an, contre 600-800mm pour un pays comme la France. Il faut donc creuser des forages de plus en plus profonds pour trouver des nappes phréatiques non-asséchées.

Le sel remontant en surface dans les vignes

Le sel remontant en surface dans les vignes


Or les seules eaux que l’on trouve aujourd’hui dans les basses-couches des sous-sols sont des eaux fossiles, dont la particularité est d’être très chargées en sel. “Ce qui, à terme, est mauvais pour les sols en surface“, nous explique Sébastien Boudry, l’œnologue du domaine.
Mais soyez rassurés, la vigne est belle et les raisins sont bons ! Les égyptiens veillent sur leurs vignes avec attention, la protégeant du vent avec des allées de palmiers et ne traitant qu’en cas d’extrême nécessité.
Comble de l’ironie – ou clin d’œil de la nature – nous commençons notre promenade dans le vignoble sous une pluie battante. Un véritable déluge s’abatsur nous ! Si bien qu’il nous faut revenir tôt le lendemain pour faire quelques photos. Moment improbable et magique.

Le savoir-faire d’un grand groupe au service de Gianaclis

Photos prises, nous nous mettons en route le jour suivant pour la cuverie, située à 2 heures de route du vignoble. Nous sommes sur le site de production d’Al-Ahram Beverages Company, un lieu à la pointe de la technologie, où une centrifugeuse – qui aide à la clarification des moûts – côtoie les trois presses en extérieur. La première centrifugeuse que nous croisons sur notre périple africain.
A côté des 60 000 HL de vin produits chaque année, on distille à grande échelle de l’alcool neutre pour la vodka.
Sébastien Boudry, qui a fait le déplacement pour nous accueillir, nous raconte que les raisins – qui seront vendangés manuellement entre la fin juin (pour les premiers blancs) et la fin août – sont acheminés à la cuverie en camions réfrigérés ; une obligation vu la chaleur !

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Et lorsque les cuves pleines de raisin sont rapidement refroidies pour faire baisser la température des raisins – via des systèmes d’eau glacée en circuit fermé – c’est un chai sorti tout droit de la brume qui s’offre à nous en spectacle.
Le caveau est superbe et invite à la dégustation. Mais avant de passer aux choses sérieuses nous partageons un délicieux repas avec nos hôtes : légumes, riz aux épices, crème de pois chiches, bœuf mariné…de quoi prendre des forces avant de goûter les vins.

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Dégustation de la gamme Gianaclis Wines

En plus des vins estampillés Domaine de Gianaclis, le domaine produit également des vins avec des raisins importés d’Afrique du Sud, de France et du Liban.**
Nous avons focalisé notre dégustation sur les vins “made in Egypte“.

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Valmont Rosé NM, Tempranillo et Sangiovese, un vin effervescent d’apéritif, frais et agréable en bouche, avec des arômes de fraise et de groseille.
Domaine de Gianaclis, Ayam blanc 2012, un assemblage de Viognier, Chardonnay et Sauvignon Blanc. Nez de fruits exotiques. Vin blanc égyptien premium. Belle fraîcheur.
Domaine de Gianaclis, Ayam rouge 2011, Cabernet Sauvignon, Syrah et Carignan. 12.5% ; Nez un peu fermé, la Syrah est discrète quoi que sur les épices et du fruit rouge ; déséquilibre d’alcool et manque un peu de maturité
Omar Kayyam rouge 2013, cépage Bobal (cépage rouge très utilisé en Espagne), avec un nez de prune et de cerise, des tanins souples en bouche et une jolie fraîcheur.

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Le tourisme, moteur dans la vente de vin

Près de la Mer-Rouge, à El Gouna, se trouve également le domaine EgyBev Wadi : 75 ha de vigne appartenant à un passionné, André Hadji-Thomas, avec entre autre sa jolie cuvée bio Les Jardins du Nil. Il représente environ 15% de la production du pays.
Le tourisme – avec l’attrait des devises étrangères – reste  la principale source de vente du vin égyptien et les proclamations de principe sur l’interdiction du vin ne portent pas ombrage à la production, même si l’alcool reste un sujet sensible en Egypte.

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Alors un conseil d’explorateur : allez vous promener au Caire dans le souk, respirer les odeurs de cuir, d’épices et de shisha. Sirotez un café à El-Fishawy, l’un des plus vieux cafés de la ville et sans doute le plus célèbre du monde arabe. Perdez-vous dans le désert, au milieu des pyramides.
Car l’Egypte est une invitation au voyage et restera à jamais l’une des civilisations les plus brillantes de l’Histoire.

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JBA

 

* Les composés phénoliques du vin, en particulier les tanins et les anthocyanes, proviennent des parties solides du raisin (pépins et pellicules). Ils présentent de nombreuses propriétés : les anthocyanes sont responsables de la couleur des vins et les tanins sont responsables des propriétés gustatives qui donnent aux vins ses caractéristiques d’astringence.
**Pour plus d’informations : http://gianacliswines.com

L’Ethiopie, un joyau africain

Bienvenue en Ethiopie ! Un pays d’une beauté touchante et où l’on se sent bien.
Quelle chaleur à la descente de l’avion ! Nous venons d’atterrir à Addis Ababa, la capitale la plus haute d’Afrique, perchée à 2300 mètres d’altitude. Une ville incroyable, en pleine révolution culturelle, témoignage vivant des civilisations passées.

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L’Ethiopie est connu pour être le carrefour stratégique de l’Afrique – la quasi-totalité des pays du globe ont une Ambassade à Addis Ababa – puisqu’elle abrite l’Union africaine, ainsi que la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique.
Certains d’entre vous connaissent également le tedj, ce vin de miel éthiopien parfumé aux feuilles de gersho, similaire au houblon. Mais saviez-vous que le pays abrite une culture ancienne dans la fabrication du vin, possède aujourd’hui deux domaines viticoles produisant à eux deux 11 millions de bouteilles et consomme du vin depuis le début du XX siècle ?

Awash Winery, le plus ancien domaine d’Ethiopie

Awash Winery, avec ses 70 ans d’existence, est le plus ancien domaine viticole du pays en activité. Ce domaine de 117 hectares, qui trône majestueusement sur un plateau montagneux s’élevant à 1200 mètres au dessus du niveau de la mer, compte bien agrandir son vignoble en plantant 180 hectares supplémentaires dans les prochaines années, à côté des vignes existantes.

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Car le domaine, racheté en 2013 par la société Blue Nile, créé grâce à un partenariat entre Mr. Mulugeta Tesfakiros – un promoteur immobilier éthiopien émergent – et 8 Mile, une société de capital présidée par Sir Bob Geldof, célèbre musicien irlandais et grand militant pour la cause africaine – affiche aujourd’hui de très belles perspectives de développement. “Amélioration constante de la qualité des vins, rénovation des équipements et formation continue du personnel vont aider à ancrer Awash comme une marque solide dans le pays“, nous confit Mr. Tesfakiros. Le domaine a un potentiel certain.
Les travaux sont nombreux et le chai vieillissant mais qu’importe, une fois le chantier terminé la qualité des vins n’aura jamais été aussi bonne.

Abraham de Klerk and JBA @ Awash Winery

Abraham de Klerk and JBA @ Awash Winery


Pour l’instant le domaine n’est pas loin des 10 millions de bouteilles produites par an, ces dernières étant intégralement consommées sur le marché éthiopien. Et même si Awash Winery a déjà été approché par des clients étrangers, pas d’export prévu pour le moment : il n’y a pas assez de vin pour satisfaire la demande locale.

Vendanges et transport des raisins : le cas d’école Awash

Le vignoble se trouve à Awash Merti Jersu, à 115 km au sud-est d’Addis Ababa. Il faut pourtant nous lever à l’aube car nous devons faire l’aller-retour dans la journée et il faut bien 3 heures 30 de 4×4 pour parcourir  les routes de terre qui jalonnent notre itinéraire. Les paysages sont d’une beauté ahurissante : maisons aux toits de chaume, enfants à moitié nus jouant sur le sol ocre devant les pas de porte, étendues désertiques infinies, palmiers et dromadaires majestueux nous saluant tout au long de notre périple, le tout dans un patchwork de couleurs digne des plus beaux clichés.

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Ici les vignes sont proches de l’équateur, ce qui implique un cycle végétatif beaucoup plus court qu’en Europe ou en Afrique du Sud par exemple. On peut donc faire jusqu’à deux vendanges par an : de novembre à décembre et de juin à juillet. C’est le cas à Awash. (Exceptionnellement nous assistons aux vendanges en avril, car le rachat du domaine a pris un peu plus de temps que prévu). “Le temps que la vigne reprenne son cours normal. Dès novembre prochain le cycle sera rétabli“, nous explique Abraham de Klerk, l’œnologue d’Awash.
Et même si nous ne sommes qu’à une centaine de kilomètres des infrastructures de production d’Awash, en plein centre de la capitale, n’oublions pas qu’en Ethiopie les routes peuvent être (très) mauvaises, surtout pour les camions ! Il faut donc plus de 7 heures à un camion chargé de raisins pour faire le trajet vignoble-cuverie. Une mission périlleuse et à haut risque puisque les raisins – malgré la protection des bâches – chauffent sous le soleil africain.

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Très prochainement les poids-lourds seront remplacés par de nouveaux camions frigorifiques. Pour le moment, les raisins sont laissés une nuit entière dans le camion afin de faire redescendre la température des baies avant de les presser au petit matin.

Les vins d’Awash Winery

Une fois la visite du vignoble terminée nous retournons à Addis Ababa. La dégustation des vins du domaine nous y attend dès le lendemain matin.
La gamme se compose de quatre vins.
Un blanc et un rouge issus des cépages du domaine :
Kemila Medium Dry White 2013*, un blanc légèrement sucré issu principalement de Chenin blanc (80%) et de Grenache blanc. De couleur or, nez sur des notes oxydatives (cire d’abeille). Bouche fraîche et sur les fruits à chair blanche.
Axumit Sweet Red Wine 2013*, un assemblage Grenache noir (60%), Sangiovese, Petite Syrah, Gamay, Nebbiolo, Dodoma et Tinta Amarela, le vin le plus populaire d’Ethiopie, avec un nez de fruits rouges et une grande acidité en bouche.
Et deux cuvées de résineux** : Awash White wine 2014* en blanc et Gouder Red Wine 2013* en rouge.

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Une particularité à Awash : on recycle en permanence les bouteilles. On trouve ainsi des bouteilles vieilles de 40 à 50 ans sur le marché ! Une belle initiative environnementale.
Info exclu : un effervescent de type Méthode Cap Classique (MCC) et élaboré avec le Chenin blanc du domaine, viendra agrandir la gamme en novembre.

L’heure du mouton a sonné

Mr. Mulugeta Tesfakiros nous a gentiment organisé pour le lendemain matin une visite du second domaine viticole du pays, Castel Winery. “Parce qu’en Ethiopie on n’est pas concurrent, on est avant tout ami et voisin“, nous explique Mulugeta en souriant. Mais pour l’heure direction le lac de Langano, où nous sommes invités pour la nuit, au Langano Bekele Molla Hotel, un complexe d’hôtellerie restauration qui ouvrira prochainement ses portes au public. Les cuisines viennent tout juste d’être construites et aménagées, mais les frigos sont encore vides ! Une équipe de chefs locaux, venue pour la soirée, a apporté avec elle de quoi cuisiner pour le dîner : des légumes, du poisson, et surprise…un mouton vivant, prévu pour le lendemain !
Parler à son futur repas est un moment assez étrange, assister au sacrifice de l’animal – dans les règles de l’art et le respect de la bête – est en revanche une expérience unique et que je ne suis pas prêt d’oublier (je dois avouer que j’étais bien pâlichon sur le moment).
Au final le diner fut un délice.

Castel Winery, le nouveau domaine d’Ethiopie

Remis de nos émotions et après une bonne nuit de sommeil en pleine nature, nous voici à Castel Winery, dans la ville de Ziway, à 163 km au sud d’Addis Ababa.

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Ce projet de vignoble est né en 2007 d’un partenariat entre le gouvernement éthiopien et le groupe Castel (un des plus grands producteurs de vin dans le monde et le n°2 dans la production de bière en Afrique). Ce tout jeune domaine – dont les 120 hectares de vigne ont été plantés entre 2007 et 2009 – vendait jusqu’alors une grande partie de sa production à Awash Winery et vient tout juste d’embouteiller son 1er millésime en ce début d’année 2014. Nous arrivons au bon moment !
Chez Castel Winery on a fait le choix d’une seule vendange par an, pour une production totale d’un million de bouteilles. La 2ème récolte est vendangée en vert, nous explique Olivier Spillebout, l’œnologue du domaine. “Nous ne produirions pas forcément beaucoup plus avec une 2ème vendange, donc on préfère laisser à la vigne le temps de se reposer“, ajoute-t-il.
Allons faire le tour du propriétaire en pick-up, propose Olivier !
Un joli vignoble nous fait face, entièrement planté en cépages internationaux : 55 hectares de Syrah, 38 de Cabernet Sauvignon, 14 de Merlot et 12 de Chardonnay. Viennent s’ajouter à cela 42 hectares de Sangiovese, plantés dans les années 80 par le Gouvernement.

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Et soudain, surprise. “Que font là ces immenses tranchées tout le long de la rivière ?“, demande-t-on à Olivier. “ça, c’est pour protéger le vignoble des hippopotames“, répond Olivier sourire aux lèvres. En plus d’être l’une des espèces animales les plus dangereuses d’Afrique, les hippopotames pourraient venir saccager la vigne sans cette barrière naturelle !

Les vins de Castel Winery

Situé à 1600 mètres d’altitude, avec une pluviométrie annuelle de 650 mm, des températures moyennes de 25° degrés toute l’année et des sols de type sablonneux, le domaine Castel réuni de bonnes conditions pour l’élaboration de vin de qualité. Sans compter que son chai est flambant neuf.
Deux gammes de vin chez Castel.
Accacia, la gamme tradition du domaine, avec des vins sur le fruit élevés en cuve inox.
Acacia Medium sweet white 2013, un 100% Chardonnay, avec des parfums de banane et de fleurs blanches et une sucrosité moyenne en bouche.
Acacia Medium sweet red 2013, un assemblage à part égale de Cabernet Sauvignon, Sangiovese et Syrah. Nez de fruits noirs. Le côté sucré en bouche est très apprécié des palets éthiopiens.
Acacia Dry red 2013, le même assemblage en version sec, avec un fruit noir intense et de la fraîcheur.

Rift Valley, une gamme premium avec des vins en partie élevés en barriques françaises.

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Rift Valley Chardonnay 2013, un nez et une bouche sur la pêche de vigne et les agrumes. Très frais. L’ajout de copeaux de bois donne un peu de rondeur.
Rift Valley Merlot 2013, un vin plein de fruits rouges, croquant. Le bois assoupli les tanins.
Rift Valley Cabernet Sauvignon 2013, un vin plus puissant avec une belle matière en bouche et de la mâche. Bien fait.
Rift Valley Syrah 2013, le vin le plus abouti et le plus intéressant de la dégustation, avec des notes d’épices, de fruits noirs et de violette. Belle surprise.

Le Fouettard veille sur les vignes d’Ethiopie

Impossible de conclure cet article sans vous présenter un métier unique…
La vigne a beaucoup de prédateurs – plus ou moins dangereux d’ailleurs – lorsque les grappes poussent sur la vigne. Au Zimbabwe et au Kenya il faut faire face à des attaques de singes en quête de baies sucrées à se mettre sous la dent, et dans ce cas des gardes armés sont en poste, c’est efficace et dissuasif. En Ethiopie nous venons de voir qu’il y avait même les hippopotames qui s’en mêlent. Mais le principal fléau pour beaucoup de vignobles reste les attaques d’oiseaux ! Lorsqu’un escadron attaque un vignoble, il peut décimer une récolte en seulement quelques minutes. Une méthode, notamment utilisée en Namibie, consiste à mettre des filets sur la vigne. Plutôt efficace mais couteux s’il faut couvrir plus de 100 hectares…

Fouettard @ Awash Winery

Fouettard @ Awash Winery


Alors en Ethiopie – chez Awash comme chez Castel – nous avons vu pour la première fois un métier tout aussi unique qu’improbable : le métier de fouettard ! Car la main d’œuvre n’est pas chère. Et le bruit du fouet claquant l’air est très impressionnant. Nous avons eu une démonstration dans les règles : ça fait du bruit et c’est spectaculaire. Imaginez, tous les 30 mètres autour du vignoble, un fouettard en poste, agitant son lacet de cuir avec énergie. Un joli concert !

En résumé, l’Ethiopie a été pour nous une invitation au voyage, à une méditation profonde sur notre Moi intérieur. Un retour à des valeurs fondamentales, où l’homme et la nature s’écoutent. Ce pays nous a ouvert les yeux sur la beauté du monde qui nous entoure (si ce n’était déjà fait cela l’a amplifié) et nous a montré à quel point notre écosystème est fragile et se doit d’être préservé.
Allez visiter ces deux domaines, vous y serez très bien accueillis, parole d’explorateurs !

WineExplorers’ment votre,
JBA


*Le millésime n’est pas mentionné sur les bouteilles.
**Les éthiopiens consomment surtout des résineux depuis le début du XXème siècle, c’est à dire des vins issus de raisins déshydratés après la vendange – en provenance de Turquie ou d’Afrique du Sud – puis réhydratés sur place avant la fermentation.

Le Kenya viticole, un trésor bien gardé

Chers amis lecteurs, nos plus sincères excuses pour cette petite interruption : nous avons fait un break de quelques jours en France mi-avril pour alléger nos sac à dos et faire nos demandes de visas Asie.
Nous voilà repartis de plus belle sur les routes du vin avec vous, avec le récit de notre passage au Kenya !

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De retour à Nairobi après notre mésaventure tanzanienne, nous décidons de prendre les choses en main et de faire appel aux bons contacts. Il va falloir que nous soyons bien guidés…car trouver les vignobles du Kenya relève avant tout du défi !
Nous savons qu’il existe deux domaines viticoles pour tout le pays. L’un d’entre eux se trouve dans la Rift Valley – à l’ouest de Nairobi – et le second de l’autre côté, à deux heures de voiture à l’est de la capitale. C’est un début.

Quand partenariat rime avec synergie

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Rendez-vous est pris avec l’équipe kenyane de DB Schenker, notre partenaire logistique (grâce auquel nous envoyons et stockons des échantillons de vin en France, dans le but de les redéguster). Eux, sauront certainement nous guider dans notre exploration.
En moins d’une matinée et quelques échanges téléphoniques plus tard, nos informations sont belles et bien confirmées : les deux domaines sont toujours en activité. Une voiture de location nous est trouvée. Et cerise sur le gâteau, notre chauffeur est natif de la Rift Valley. On gagne toujours à barouder avec les locaux !
Merci DB Schenker pour cette efficacité !

Tout vient à point pour qui sait attendre…

Après trois heures de route en direction de l’ouest – et un pneu crevé ! – nous arrivons sur les plateaux qui dominent la Rift Valley, à 1 900 mètres d’altitude.

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Autour de nous, des montagnes. La vue est à couper le souffle. Mais pas la moindre trace de vignoble…
Notre chauffeur – qui connaît pourtant bien la région – s’arrête soudain pour passer un coup de fil. Il est perdu ! “On attend là. » Nous explique-t-il. Vingt minutes plus tard, un homme sorti de nulle part s’approche de la voiture. Il monte, nous salue et se met à donner des indications à notre homme. Nous roulons sur des chemins de terre. Aucun panneau indiquant un domaine viticole à proximité. Quand soudain, au détour d’un sentier, nous tombons nez à nez avec un immense portail. Des gardes sont en faction. Nous sommes arrivés à la Rift Valley Winery.
Le domaine, qui fait partie de la Kenya Nut Company, une grande entreprise privée du pays, spécialisée dans la production de noix de macadamia, de café et l’élevage de bovins, se cache à l’abri des regards indiscrets, et de surcroit sait se faire désirer. Car y rentrer est un autre challenge…

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En effet nous n’avons pas de rendez-vous, faute de contact. Nous nous présentons donc à la grille. Après quelques minutes d’attente, les responsables du vignoble nous font savoir qu’ils aimeraient bien nous recevoir mais qu’il y a des procédures à respecter. Nous sommes invités à repasser plus tard. Tôt le lendemain matin, nous voilà de retour, sur le pied de guerre. L’attente est longue. Vers midi nous recevons une réponse : pas d’autorisation, nous devons attendre un jour de plus… Mais il en faut plus pour nous décourager, parole d’explorateurs ! Nous serons là demain matin à la première heure.

Le Kenya est un pays merveilleux et sauvage, où l’homme et la nature cohabitent en parfaite harmonie. Nous partons donc en excursion pour l’après midi, à deux pas d’ici, dans une réserve naturelle où vivent des espèces d’oiseaux endémiques ainsi que des hippopotames. L’occasion d’une bien jolie parenthèse hors du temps.

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Le 3ème jour nous nous présentons de nouveau à la grille dans l’espoir de rentrer. Le verdict tombe enfin : nous sommes invités au domaine pour déguster les vins !

Leleshwa wines, la marque de Rift Valley Winery

Un terroir propice à la viticulture au Kenya…c’est possible ! Ici à Naivasha les températures ne montent jamais au dessus de 32°. Et grâce à l’altitude – le vignoble culmine entre 1900 et 2100 mètres – les nuits sont fraîches. Les sols de type volcanique bénéficient d’un bon drainage, ce qui permet d’évacuer rapidement les fortes pluies de mars, juste avant les vendanges. Le vignoble, créé en 1992, a donc tous les atouts pour faire du bon vin.
D’abord expérimental, ce n’est qu’en 2002 que la 1ère production vit le jour. On y trouve du Sauvignon blanc, du Colombard, du Chenin blanc et du Muscat d’Alexandrie pour les blancs, du Shiraz, du Cabernet Sauvignon, du Merlot et de l’Alphonse Lavallée pour les rouges.
La Rift Valley Winery, qui commercialise ses vins sous la marque “Leleshwa wines“, produit actuellement 60 000 bouteilles et affiche de sérieuses ambitions. « D’ici moins de dix ans nous allons planter plus de 150 hectares de vigne et visons le million de bouteilles », nous confit Emma Nderitu, la jeune et prometteuse oenologue du domaine.

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4 cuvées : Leleshwa Sauvignon blanc 2012, un blanc sec avec une touche de Chenin blanc (10%), Leleshwa Merlot-Shiraz 2011, et Leleshwa Merlot-Shiraz semi-sweet 2011, un rouge sucré qui rencontre un franc succès au Kenya.
Mention spéciale pour la cuvée
Leleshwa Rosé semi-sweet 2012, un assemblage de Cabernet Sauvignon et de Syrah. Un nez de mûre et de violette. Une bouche qui se rapproche d’un Tavel (rosé puissant des Côtes du Rhône méridionales). Très frais, le sucre du vin s’équilibre bien face à une forte acidité. Un compagnon de grillades fort sympathique !

Yatta Winery & le Tetra Pack

Aussitôt notre plaisir digéré, nous voilà repartis sur les routes. Il est 6h du matin et un autre domaine nous attend à 3 heures à l’est d’ici. Nous arrivons à Yatta, un village pittoresque dans la campagne. L’endroit semblait tout aussi isolé et inaccessible que le précédent. Les check-points militaires sont nombreux à l’approche du vignoble. Normal, nous dit notre chauffeur, le domaine appartient à l’état. Lorsque nous arrivons devant le domaine, surprise : il ne semble pas y avoir âme qui vive ici. C’est déconcertant. « Il y a quelqu’un? », demande-t-on. Soudain un homme vêtu d’une chemise beige sort d’une petite maison en face de nous. La seule construction dans le coin semble-t-il.
Nous n’avons pas de rendez-vous. Va-t-il nous laisser entrer ? Oui, le manager du domaine, Juma Dennis, le sourire grand aux lèvres, nous invite à entrer et nous fait visiter le vignoble : 13 hectares de vignes plantés en 1992 sur des sols sablo-limoneux. Nous avons une bonne étoile au dessus de nos têtes !

JBA & Juma Dennis, from Yatta Winery

JBA & Juma Dennis, from Yatta Winery


« Attention où vous mettez les pieds – précise-t-il – l’endroit est infesté de serpents ». Pitons, boas, black mambas et autres espèces amicales… Précautions prises, (nous marchons sur des œufs) nous entamons une promenade à travers vigne, et croisons même quelques singes curieux. Juma nous apprend que la cuverie se trouve à Nairobi et nous organise une dégustation dans l’après-midi. De retour à la capitale, nous voici dans les locaux de la Kenya Wine Agencies Ltd (KWAL), groupe propriétaire de la Yatta Winery.
Et là, surprise…deux vins sont produits, un blanc et un rouge…en Tetra Pack d’1L ! “Question de coût, tout simplement“, nous explique Charles Kamau, le directeur de production. Et pourquoi pas, après tout ? On trouve bien de très bons vins en Bag In Box®. Nous sommes impatients de déguster les vins en tout cas !

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Le Yatta Vineyards White Wine est un assemblage de Chenin, Sauvignon blanc et Colombard. Des arômes de pomme, de citron et de bonbon acidulé. Une bouche fraîche.
Le Yatta Vineyards White Red est un assemblage original de Ruby cabernet et de Cabernet sauvignon, avec un nez de fruits rouges et des tanins souples en bouche.
Les vins ne sont pas millésimés. Et pourquoi pas, après tout.

Yatta Winery

Yatta Winery


Une chose est sûre, le Kenya est un pays plein de surprises. Et ses terroirs, nichés au creux des montagnes, loin à l’abri des regards indiscrets, ont un potentiel certain. 
Avis aux amateurs…
Mais pour l’instant cap sur l’Ethiopie, notre prochaine escale !

WineExplorers’ment votre,
JBA

Karibou ! Bienvenue en Tanzanie

On ne peut parler de la Tanzanie sans évoquer la magie des safaris à la rencontre de sa majesté le roi lion, la grandeur de la ville de Daar El Salam ou encore la beauté des plages de Zanzibar…
En revanche, on ne soupçonnerait pas un seul instant que l’on puisse y trouver de la vigne. Et pourtant…la Tanzanie est bel et bien un pays producteur de vin !

Arusha

Arusha


Pour voyager en Tanzanie… mieux vaut avoir un (bon) guide

Il y a différents moyens d’arriver en Tanzanie depuis Maurice. Nous décidons de voler jusqu’à Nairobi (Kenya) et de passer la frontière tanzanienne en bus. Cela nous permet de nous arrêter à Arusha, carrefour stratégique entre Dodoma (la région de production au sud) et le Kilimandjaro, à l’est. Avec du recul je dois admettre que ce fut l’option la plus rapide…mais ça, c’était en admettant que nous ayons pris le bon bus !
Notre guide – avec qui nous avons échangé quelques emails dans un anglais très scolaire – nous indique un bus “partant de Nairobi à 14h et arrivant à Arusha vers 18h30“. Parfait ! Enfin presque… Car il y a deux bus pour arriver à Arusha – mais ça, nous l’avons appris plus tard.
Le 1er est un bus express depuis l’aéroport. Manque de bol, nous prenons l’option n°2 : un mini bus reliant l’aéroport au centre ville, puis un bus pour Arusha – très difficile à trouver, ce qui nous vaut de courir comme des dératés par 35°C, sac de 70L sur le dos, arrivant à 14h pile pour acheter deux tickets, trempés de la tête aux pieds. Sauf que ce bus là, ne part qu’à 17h, va rouler 3 heures de plus que l’express…et nous déposera finalement à Arusha en pleine nuit, à 2h du matin !

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Heureusement, notre guide nous attend toujours au point de rendez-vous. Oui, il est toujours là, au beau milieu de la nuit. C’est un petit miracle.
Le lendemain au petit déjeuner, nous rions de notre mésaventure devant une bonne tasse de café. Il est temps de nous mettre en route pour le vignoble.

Dodoma, là où les missionnaires introduisirent la vigne en Tanzanie

Notre guide nous annonce qu’il y a une production de vin à 40 minutes au sud d’Arusha : le domaine Masika Brand. Un sacré scoop ! Nous décidons d’aller voir de plus près. Arrivés sur place nous sommes accueillis par Erik Zweig, le propriétaire. Tiens, mais où sont les vignes ? Il n’y en a pas, nous explique-t-il, ici ce sont des vins de prune, de banane et de mangue que l’on produit. Fausse piste… Nous prenons tout de même le temps de discuter avec notre hôte, tout en sirotant un verre de vin sucré à base de banane et de citron. Erik nous apprend l’existence d’un vignoble à 5h de voiture à l’est d’Arusha : le Monastère de Sakarani, tenu par des Frères Bénédictins.
L’occasion est trop belle ! Nous prenons contact avec le monastère. Deux jours d’attente à Arusha – où nous tentons quelques sorties en ville et au cours desquelles nous sommes en permanence alpagués par des gens en quête d’un peu de monnaie. Sortir l’appareil photo est impensable dans ces conditions.
Toujours pas de réponse du monastère. Nous décidons de prendre des tickets de bus pour le lendemain. Rien ne vaut une exploration du terrain improvisée. Le soir même, nous recevons une réponse du Frère Célestin: “nous avons en effet un petit vignoble mais nous pensons le fermer définitivement dès cette année car nous sommes trop occupés avec les travaux de la ferme. Nous ne pouvons recevoir personne et nous en sommes désolés“. Petite déception…

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Heureusement nous sommes flexibles et décidons de partir dès  le lendemain à Dodoma, la capitale, où se trouve la région viticole du pays. Départ prévu à 6h du matin avec le guide car il y a plus de 10 heures de trajet pour faire Arusha-Dodoma. Sauf que notre guide n’est jamais venu…or, lui seul peut conduire en Tanzanie, passer les contrôles de police et demander son chemin ! Nous avons attendu pendant 3 jours avant de nous rendre à l’évidence : notre homme avait disparu dans la nature.
Le constat est un peu amer : nous avons « perdu » une semaine et nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre ici, à la recherche d’un nouveau guide, car d’autres vignobles nous attendent ailleurs. Pas de photos de vigne en Tanzanie donc chers lecteurs, nous nous en excusons.
Mais les Wine Explorers sont tenaces ! Après avoir parcouru tous les supermarchés de la ville nous finissons par mettre la main sur quatre bouteilles de vin tanzanien. Un véritable trésor de guerre !

Deux domaines : Dowico & Cetawico

Nous décidons d’improviser une dégustation dans un hôtel de la ville, où nous demandons deux verres à vin par personne, histoire de ne pas mélanger le blanc et le rouge. Soyons professionnels. La terrasse qui surplombe l’établissement est le lieu adéquat pour une dégustation en règles.

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Dowico (Dodoma Wine Company)
Imagi Dry White 2013 : notes de pomme et de fruits à chair blanche. Finale sur le coing. Très léger aromatiquement. A boire frais. 11% alcool.
Dodoma Natural Sweet White 2013 : un nez de rhubarbe aussi surprenant qu’agréable. Le même parfum délicieux que la tarte tiède sortant du four de ma grand-mère. La bouche est courte et sucrée. Finale sur la pomme. 8.5% alcool.
Imagi Dry Red 2013 : 11.5% ; se rapproche au nez d’un Bdx. Assez équilibré. Nez de fruits noirs, cuir et un peu de poivron (léger). Bouche courte qui manque de fruit; finale plutôt amer.
Cetawico (Central Tanzanian Wine Company)
Chenin blanc 2009 : couleur or qui indique que le vin semble bien oxydé. Nez de cire d’abeille et d’acacia. Bouche légèrement sucrée et assez courte.
Une autre cuvée existe en rouge : Sharye, un assemblage de Syrah, Aglianico, Marzemino et Teroldego.

Avec du recul, je citerai ici la devise du pays – si bien appropriée à notre mésaventure: Hakuna matata ! Ce qui signifie : “pas de problème, tout va bien“.
Il faut toujours relativiser les choses. La Tanzanie  est un pays magnifique et nous reviendrons, parole d’explorateurs. Les vins sont légers et sans grande complexité mais qu’importe, nous avons pris du plaisir avec cette dégustation improvisée. Et la prochaine fois, nous irons directement à Dodoma.
Mais pour l’instant cap sur le Kenya et la Rift Valley, où de nouvelles explorations palpitantes nous attendent !

WineExplorers’ment votre,
JBA

 

*Prix public des quatre vins: 12 000 TSH, soit environ 5.30€/bouteille

Maurice fait du vin…de fruits

Quoi ? Comment ? Wine Explorers fait aussi dans les vins de fruits ?!?
Non, chers lecteurs, soyez rassurés. Wine Explorers est bel et bien le premier recensement mondial des pays producteurs de vins « issus de raisins ». Et cela nous occupe déjà beaucoup.
Seulement voilà… Il se trouve qu’il y a eu de la vigne à Maurice – dans les années 90 ! Nous n’en n’avions pas de réelle confirmation, alors en explorateurs curieux que nous sommes et à seulement quelques kilomètres à vol d’oiseau de là – nous étions à La Réunion – nous décidâmes d’aller vérifier par nous même !

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Un vin “made in Maurice“ ?

Arrivés à Maurice, nous menons l’enquête auprès de la famille Oxenham, acteurs majeurs dans la production, l’importation et la distribution de vins et spiritueux à Maurice. Steve Oxenham, l’œnologue du groupe, nous confit que Maurice fut un terrain d’expérimentation pour le vin issu de raisins, tout d’abord avec l’importation de raisins séchés d’Afrique du Sud, remplacés dans les années 60 par des moûts de raisins concentrés.
Mais qu’en est-il de la vigne ? « Début des années 90, des sucriers ont planté par erreur des raisins de cuve au lieu de raisins de table », nous raconte Steve. Du Cabernet sauvignon, du Merlot, du Muscat, du Chenin et un peu de Sauvignon blanc. L’occasion d’essayer de faire du vin “made in Maurice“ ! Mais l’expérience ne sera que de courte durée.

de gauche à droite : Steve, Dean & Alan Oxenham

de gauche à droite : Steve, Dean & Alan Oxenham


Le climat de Maurice ne se prête pas à la vigne : durée d’ensoleillement trop courte et vendanges en pleine saison des pluies… « Avec du recul, on se rend compte que ça n’était pas un hasard si les colons plantèrent massivement de la canne à sucre à Maurice et plutôt de la vigne au Cap. Ils avaient bien compris les problématiques liées à ces deux types de plantations », nous raconte Steve en souriant. L’expérience vin à Maurice n’aura duré que 5 petites années…
Légère déception pour Wine Explorers, mais de courte durée rassurez-vous. Car si Steve est œnologue du groupe Oxenham, c’est parce qu’il y a bien une production de vin à Maurice…de fruits : ananas et lychee ! Les Oxenham sont d’ailleurs les seuls à en produire sur l’île.* Nous décidons donc de faire de Maurice “l’exception qui confirme la règle“ en vous expliquant ici comment se fabrique le vin de fruits ; le processus de fabrication étant très proche de l’élaboration d’un vin blanc traditionnel.

Comment fait-on du vin d’ananas et de lychee ?

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Nous sommes invités à assister à la fabrication du vin d’ananas. Les fruits sont récoltés mûrs, coupés à la main – on retire juste la tête – puis broyés mécaniquement. Du grand spectacle !
Le moût ainsi obtenu est immédiatement levuré afin de démarrer la fermentation alcoolique. Macération à froid (10°) en cuves inox avec les levures pendant 2-3 jours. Un peu de pigeage (action de mélanger le raisin dans la cuve pour améliorer sa macération). Ensuite on presse pour récolter le jus. La fermentation est suivie d’une chaptalisation (ajout de sucre), pour augmenter le degré d’alcool final et arriver à un vin titrant à 12% vol. Après un léger sulfitage le vin est stabilisé, filtré et embouteillé.

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Les lychees, quant à eux, sont pelés, dénoyautés puis légèrement broyés. L’extraction du jus est complexe car il ne faut surtout pas écraser le noyau : son amertume est telle que cela viendrait déstabiliser l’équilibre du vin final. Tout se fait à la main ! Le processus qui s’en suit est similaire au vin d’ananas, depuis la fermentation jusqu’à la mise en bouteille.

Des vins que l’on aimerait voir sur davantage de tables

La démonstration une fois terminée, nous dégustons les vins. Ils sont tout simplement fascinants ! Des vrais vins de gastronomie dans lesquels on retrouve la pureté et la gourmandise de l’ananas et du lychee. Il serait d’ailleurs facile, à l’aveugle, de se laisser piéger par le vin de lychee en le confondant avec un Gewürztraminer Alsacien…c’est dire.
Alan Oxenham, directeur marketing du groupe, en profite pour nous raconter une anecdote : « si vous buvez un verre de vin d’ananas après avoir pris un bain de mer, le sel que vous avez sur les lèvres amplifiera le goût de l’ananas et vous offrira des parfums encore plus intenses ».

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Sérieusement ? Devant notre air dubitatif, Dean Oxenham, 4ème génération à travailler pour le groupe, ajoute en souriant : « lorsque j’étais enfant, la seule façon pour moi de manger de l’ananas, c’était d’emporter quelques tranches sur ma planche de surf, et une fois dans l’eau, de les tremper dans la mer avant de les manger – comme on trempe une tartine dans le café le matin ».
L’idée nous paraît aussi folle que géniale. Nous décidons de tester par nous même. Et ça tombe bien, nous sommes hébergés à Trou aux Biches, au Nord de l’île, dans un très joli bungalow qui fait face à la mer. Nous voilà donc enfilant palmes, masque et tuba ; partis pour une virée sous marine, à la découverte de la faune et de la flore locales.

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Revenus de notre promenade aquatique, les yeux remplis d’images de poissons arlequins, de coraux et autres poissons clowns (j’ai cru apercevoir Némo), les lèvres gorgées d’iode, nous goûtons avec délice un verre de vin d’ananas bien frais. Oh surprise ! Le sel de mer vient se marier à merveille avec l’ananas et sublime ses parfums… Une équation improbable qui rappelle la magie des plats salés-sucrés…

Les vins de fruits de Maurice n’ont pas fini de faire parler d’eux, c’est une certitude !
Les rhums non plus d’ailleurs, parole de Ludovic. Avis aux amateurs…

WineExplorers’ment votre,
JBA

 *Pour plus d’information : www.oxenham.mu

A la découverte du vin français…de La Réunion !

De passage par Madagascar dans notre tournée africaine, l’excuse était toute trouvée pour nous rendre à La Réunion, il y a tout juste une heure de vol. L’occasion rêvée pour une brève escale en France à l’autre bout du monde – à 9300km de Paris – sur une île dont la superficie n’excède pas un tiers de la Corse.

Du vin au cœur du cirque de Cilaos

La Réunion est célèbre pour ses trois cirques : Cilaos, Mafate et Salazie. Ce sont des enceintes naturelles aux parois abruptes et de forme circulaire, formées par une dépression d’origine volcanique. Des lieux d’exception pour tout amateur de randonnée et de nature. Des trois, c’est pour le cirque de Cilaos que nous sommes venus : on y produit du vin !

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La vigne est arrivée à La Réunion avec les bateaux des premiers colons en 1665. Situé sous une latitude tropicale, le vignoble est aujourd’hui exclusivement implanté dans le cirque de Cilaos, entre 600 et 1300 mètres d’altitude. On y trouve pas moins de 51 microclimats ! Le caractère dominant reste chaud et humide de décembre à mars et frais et sec d’avril à novembre. L’érosion, très active, oblige la création de terrasses pour travailler la vigne sur des fortes pentes et impose un travail en grande partie manuel.
Au milieu de tout ça, une sacrée curiosité : l’Isabelle. Cépage de l’espèce américaine Vitis labrusca, il fut le seul cépage rouge introduit sur l’île jusqu’en 1975, date à laquelle il fut interdit par un décret de loi pour la production de vin. Officiellement, il paraîtrait que l’Isabelle ne permette pas la production de vin de qualité. Mais ici, on dit que si l’on n’a plus le droit de vinifier l’Isabelle, c’est parce que le vin rendait fou…
Sept variétés constituent aujourd’hui l’encépagement du Vin de Pays de Cilaos : Chenin blanc, Verdelho et Gros Manseng en blanc, Malbec, Pinot noir, Gamay et Syrah en rouge.

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Voiture de location en main, nous entamons notre ascension en montagne. Mieux vaut avoir le cœur bien accroché et n’avoir pris qu’un petit déjeuner léger, conseil d’ami. Les virages en épingle s’enchaînent, tous plus sinueux les uns que les autres. De l’avis des locaux que nous rencontrons sur notre chemin, il y aurait 400 virages pour arriver jusqu’à Cilaos ! Je les crois sur parole, j’ai arrêté de compter à 399.

Le vignoble réunionnais : une coopérative et quelques irréductibles

A la fin des années 80, une dizaine d’agriculteurs cilaosiens se regroupent en coopérative pour mettre en place une viticulture moderne, avec l’aide de subventions françaises et européennes. C’est la création du Chai de Cilaos, un vignoble de 20 hectares plantés en cépages nobles et dont les parcelles sont dispersées aux quatre coins du cirque.

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Coup de cœur pour la cuvée Blanc Sec 2013, un assemblage de Chenin blanc (70%) et de Verdelho (30%). Mis en bouteille à l’occasion de la fête de la lentille en octobre, le vin a un nez de mangue et d’ananas. Bouche fraîche. On y retrouve les parfums de fruits exotiques, avec une belle amertume en finale. Prix caveau : 12.50€.
Les autres vins de la gamme*: le Rouge 2013, un assemblage de Malbec (70%), Pinot noir (20%) et Syrah (10%), vendu 12€ ; le Rosé 2012, vendu 8.80€ et le Blanc Moelleux 2012, un assemblage de Chenin blanc (30%), Verdelho (30%), Gros Manseng (30%) et Couderc13 (10%), vendu 13€.
Dans les bonnes années, le Chai de Cilaos produit environ 30 000 bouteilles…sauf en 2013. “Les cyclones à La réunion peuvent être un véritable fléau pour la vigne. Cette année, nous avons perdu 80% de notre récolte“, nous confit Gianny Payet, responsable technique du Chai de Cilaos.

Mais le vignoble réunionnais c’est aussi une poignée d’irréductibles. Des passionnés qui continuent à faire du vin pour eux, des vins moelleux pour la plupart – car à La Réunion on aime beaucoup le sucre. Et avec quel cépage ? De l’Isabelle bien sûr ! Pas d’étiquette sur les bouteilles, ici on vend au domaine, directement du producteur au consommateur. C’est ce que l’on appelle communément le “Vin de Cilaos“. Il va de paire avec les lentilles du Cilaos, une variété de lentilles plantées entre les rangs de vignes en hiver, et qui offre un bon complément de revenu à nos vignerons-agriculteurs. Rencontre avec deux phénomènes.

JB & Fabrice Hoarau

JB & Fabrice Hoarau


Fabrice Hoarau, œnologue et propriétaire du Domaine du Petit Vignoble, à Bras-Sec, a fait ses armes en Alsace avant de revenir au pays avec sa femme. Il nous explique qu’ils sont quelques uns comme lui, installés dans les environs. Le métier est dur et physique. “Nous sommes également touchés par les caprices de la météo, sauf que nous n’avons pas d’aide de l’Etat, à cause des cépages que nous utilisons“, explique Fabrice. Nous apprécions son blanc à base de Couderc13 et son rouge Isabelle à l’apéritif, à l’ombre de sa terrasse. Le glaçon dans le verre est autorisé.

Eli Gonthier

Eli Gonthier


A quelques kilomètres de là, dans le village de l’Îlet à Cordes, nous faisons la connaissance d’Eli Gonthier, du domaine
 Bon Vin de Cilaos, un local. Un amoureux de sa région. Eli est illettré, mais qu’importe. “J’ai quitté l’école à 9 ans et ça ne m’empêche pas de faire du vin depuis 40 ans“, nous dit-il en rigolant. Son domaine produit essentiellement un rouge et un blanc sucré (assemblage de Muscat et de Couderc13), plus un vin de clémentine, que nous avons le privilège de déguster dans sa cave. Eli plonge le tuyau en plastique dans une barrique, aspire un coup bref, tend les verres à la volée… et le tour est joué ! Arrosage des pieds au passage, ça fait partie du folklore.

Le Piton des Neiges

Nous souhaitons terminer notre périple en beauté. Demain c’est décidé, nous faisons l’ascension du Piton des Neiges, le point culminant de l’île de la Réunion, à 3070 mètres d’altitude. En attendant, ce soir, c’est bivouac en pleine nature avec poisson en papillote dans la braise, bananes flambées et nuit en hamac. La région s’y prête à merveille. Nous sommes à flanc de falaise, au milieu de la végétation. Face à nous, deux cascades. La baignade dans la rivière qui borde le campement nous offre un moment de détente appréciable avant l’effort du lendemain.

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Gravir le Piton des Neiges est un vrai défi physique : 1500 mètres de dénivelé sur 8 kilomètres. Rien que ça. Pas de plat, mais une succession de marches qui ne vous laissent aucun répit. Nous faisons une pause-déjeuner au Refuge de la Caverne Dufour, à 2600 mètres d’altitude, après 4h de marche. Mes jambes ne voudront jamais allez plus loin. Je dois me résigner à redescendre. Il faut parfois savoir écouter son corps. Heureusement tout finit bien, et Ludo, courageux, ira au bout pour nous ramener cette superbe photo dans les nuages.

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Une dernière nuit de repos Chez Lucette à Cilaos, où un bon lit et une connexion wifi ne vous coûteront que 14€ (sourire et café de bienvenue compris). Nous repartirons même le lendemain avec quelques fruits de la passion, tout juste tombés de l’arbre. Un délice que nous gardons pour l’avion…direction la suite du périple !

WineExplorers’ment votre,
JBA 

*Plus d’informations : http://chaidecilaos.reunion.fr

Thierry Bernard, un vigneron casse-cou à Madagascar

 “La vocation, c’est d’avoir pour métier sa passion“ (Stendhal)

Enfant terrible, ancien militaire de carrière, passionné par le rugby, les armes et la bande-dessinée, parcours d’un vigneron casse-cou hors normes.

WINE EXPLORERS : Parle-nous de ton parcours atypique.
THIERRY BERNARD : Né en Décembre 1967 à Bergerac. Fils, petit-fils et arrière-arrière petit-fils d’agriculteurs-viticulteurs, passé par les Scouts d’Europe et éduqué chez les sœurs dans le privé, mon enfance stricte m’a appris les vraies valeurs de la vie. A 10 ans, je conduisais déjà le tracteur dans les vignes. Mais ce que je souhaitais avant tout : devenir militaire pour servir dans les troupes aéroportées de l’Infanterie de Marine. A 16 ans, je passe ma préparation pour devenir quelques années plus tard parachutiste. Je serai par la suite tireur d’élite.

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Après avoir servir mon pays de nombreuses années, un besoin de nouveau défi se fait sentir. La rencontre d’un voisin, Luc Deconti, du Château Tour des Gendres, m’apportera le défi recherché ! Durant un millésime (1989), je vais l’observer et apprendre l’art du vin et de la vinification. Je me lance  dans des études viti-œnologiques, et lis les écrits d’Émile Peynaud. Pendant ce temps, mon père qui à compris, décide de restructurer l’exploitation, abandonne l’élevage et….construit un chai de vinification flambant neuf. Le Château Singleyrac renaît de ses cendres. Je me lance avec le millésime 90, sous les yeux  attentifs de mes mentors. Le rêve. Mon blanc sec, un sauvignon-muscadelle, remarqué par Pierre Casamayor, sera servi chez Alain Passard à l’Arpège. C’est une première victoire. Ma passion, devenue une vocation, ne me quittera plus.

WE : D’où te vient ton surnom de « vigneron casse-cou »?
TB : Un article dans la Revue du Vin de France sur les vins du Clos des Terrasses, pour lequel j’avais travaillé, me nommera le “casse-cou vinificateur de Bergerac“ ! Ceci en rapport avec mes autres passions : la moto enduro et le rugby. A l’origine de la création du 15 de la Grappe avec Régis Lansade (vigneron en Pécharmant), un club regroupant d’anciens rugbymen et des vignerons passionnés, jouant n° 6, on me nommait déjà « l’Irlandais » pour mon tempérament combatif.

WE : Il paraît que tu as même réalisé une cuvée pour l’écrivain anglais William Boyd?
TB : Oui, le Château Pécachard 2005, un 100% Cabernet franc, vinifié dans des cuves de 1,20m de hauteur et de 2,80m de largeur, pigé aux pieds et élevé en barrique de 500 litres ! Un souvenir incroyable. Un fruit croquant, remarqué à l’époque par Antoine Gerbelle et Bernard Pivot. Egalement le rosé Pécachard 2006, adoré par le club de foot de Chelsea.

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WE : Qu’est-ce qui t’as amené à Madagascar?
TB : Après un break en 1998, suivi de deux années difficiles (divorce, accident de moto, hésitations à partir), je reviens à la vinification pour un domaine, mais sans passion… En 2005 je démissionne et part en vacances pour trois mois à….Madagascar. Là, j’y découvre une façon de vivre bien moins stressante ! Il fait chaud, les filles sont belles, et en plus il y a des vignobles ! Ca gamberge dans ma tête. Il me faut faire quelque chose. De retour en France, mon ami Luc Deconti, me demande de remplacer le chef de culture d’une propriété à Saint-Emilion, en arrêt maladie pour un mois. J’accepte. La collaboration durera finalement quatre  années ! Jusqu’au jour ou un autre ami, Jean Charles LUTAUD, me demandera de  conseiller l’un de ses amis fraîchement installé à Madagascar pour y faire du vin. J’accepte sans hésiter et l’aide pendant mes vacances à «  Mada ». En 2009 je monte à Madagascar une société de conseils en agriculture, agronomie et viticulture : OPEX Mada SARL. Je fus le premier vigneron à produire, vinifier et commercialiser du vin issu de cépages nobles français à Madagascar, avec le millésime 2010 du Clos NOMENA (propriétaires : Pâquerette et Jean ALLIMANT). Preuve établie que l’on peut produire – non sans contrainte – un vin issu de cépages nobles à Madagascar.
A ce jour, mon activité de vigneron se concentre pour SOAVITA et en agriculture pour BIOAGRI (production de pommes de terre), et Artémésia Annua (production d’artémésinine pour les nouveaux médicaments anti-paludisme).

WE : Comment t’es-tu retrouvé œnologue-viticulteur du domaine SOAVITA?
TB : En 2011, alors que la grêle a ravagé le vignoble du Clos NOMENA, je manque d’occupation… Je rencontre Nathalie Verger, qui tient un atelier de broderie sur Ambalavao, Nathocéane et qui vient de prendre la tête de Soavita, le vignoble familial. Et même si Soavita, tenu par la famille Verger depuis 1973, est l’un des vignobles les plus connus de Madagascar, c’est un sacré défi qui m’attend : le vignoble est dans un piteux état. Les ventes de vin sont en chute libre. Soavita n’est plus que l’ombre de lui-même ! Tout est à refaire, le défi est là ! Touché par l’histoire de Nathalie, je lui propose un coup de main pour lui apprendre son nouveau métier de vigneronne. Je m’investis pleinement à la vigne comme au chai. Beaucoup de travail et un premier millésime 2012 correct. Le millésime 2013 est prometteur. Soavita a repris des couleurs et les ventes redécollent.

Nathalie Verger & Thierry Bernard

Nathalie Verger & Thierry Bernard


WE : Quels sont les vins que tu y produis?
TB : En blanc, la cuvée Kameleon NM, un blanc sec issu du cépage Couderc13, titrant 11.5%. Un vin frais et de plaisir que j’aime associer à des crustacés et des poissons grillés. Prix caveau : 12000 Ariary (environ 3.70€). En rouge, le Château Verger NM, un rouge 100% Petit Bouschet, à 12.5%. Des parfums de fruit rouge. Mon vin préféré. A déguster avec la cuisine locale.  Prix caveau : 12000 Ariary (environ 3.70€). Et le Domaine Manamisoa NM, un rouge plus léger 100% Petit Bouschet, idéal à l’apéritif. Prix caveau : 10000 Ariary (environ 3.10€). Egalement une curiosité : OMBILAY, un délicieux vin de noix.

WE : On parle de nombreux problèmes qui nuisent au bon fonctionnement du vignoble malgache. Peux-tu nous en dire plus?
TB: Les problèmes viticoles à Madagascar sont nombreux. Premièrement la population est pauvre, mais consomme beaucoup de vin. Et pour acheter du vin il faut de l’argent. Les vols sont malheureusement monnaie courante: fil de fer, piquets en bois, raisins… La climatologie est une seconde problématique : absence totale de pluie lors de la pousse de la vigne, des pluies et cyclones abondants lors des vendanges, abîmant considérablement les raisins.
Le vignoble est également plus que vieillissant et il est difficile de produire des boutures hybrides ici ; encore plus compliqué d’importer des plants nobles (le prix et la paperasserie administrative découragent facilement). La viticulture Malgache souffre et n’est pas du tout soutenue par l’état – comme pour le secteur agricole en général d’ailleurs. Et pour couronner le tout, les termites attaquent les piquets en bois ! Mieux vaut donc mettre des piquets de gros diamètre, histoire de ne pas avoir à les changer tous les ans. Mais à part ça, on peut faire du vin ici. La preuve !

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WE : Toi qui reçois beaucoup d’étudiants au domaine Soavita pour leur transmettre ta passion, comment vois-tu l’évolution de la viticulture à Madagascar depuis que tu y es arrivé pour la première fois en 2005?
TB : J’aime transmettre cette passion à des jeunes de ce pays. Je reçois énormément d’étudiants malgaches, mais la culture de la vigne et la production de vin ne semblent pas être dans leurs préoccupations…ça n’est pas dans leur culture.
D’ailleurs aucune école ne dispense de formation à Madagascar, c’est fort dommage. La solution serait peut-être d’envoyer des jeunes suivre des formations en France. Encore faudrait-il que l’Ambassade de France leur délivre des visas. Affaire à suivre.

Madagascar est un pays plein de défis. C’est ce qui le rend si attirant. La viticulture y est possible, Thierry Bernard nous l’a démontré. Il suffit juste d’avoir pour métier sa passion, comme le résume si bien Stendhal.

WineExplorers’ment votre,
JBA

Madagascar – derrière la pauvreté, une grande beauté

« Rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme »,  disait Lavoisier.

S’il y a bien un pays dans le monde où la maxime de Lavoisier est appliquée à la lettre, c’est à Madagascar ! De la trousse d’écolier au pommeau de douche, en passant par une carcasse de voiture ou une paire de chaussures, chaque objet de notre quotidien d’occidentaux vient trouver à Madagascar une deuxième, une troisième, voire jusqu’à une dixième vie.

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Entre nature idyllique et recyclage permanent, Mada est un pays touchant

Ne cherchez plus de vieilles 2CV Citroën, Renault 5, Volkswagen 4L ou autres Peugeot 404 et 205 : elles sont toutes ici – ou presque – reconverties en taxi ! Un paradis pour les collectionneurs ? Probablement, me direz-vous. Mais ici, c’est plutôt un instinct de survie auquel nous sommes confrontés en permanence. Une dure réalité de la vie : Madagascar est un pays à deux vitesses où plus de 81% des 23 millions d’habitants vivent avec moins de $1,25 par jour et où 60% de la population a moins de 24 ans. Imaginez…
Quand on s’éloigne des grandes villes, c’est également une campagne sauvage à deux teintes où le verdoiement des rizières, des forêts et de la végétation vient délicieusement contraster avec le rouge-ocre des terres et des routes. Un véritable tableau de maître qui s’offre à l’œil du voyageur. Le jour et la nuit avec l’atmosphère de la ville.

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Mais Madagascar c’est aussi et avant tout – aussi saugrenu et impensable que cela puisse paraître – un pays producteur de vin. On y compte une dizaine de domaines, principalement répartis entre Fianarantsoa et Ambalavao, deux villes à environ 500km au Sud de la capitale, Antananarivo (Tananarive ou Tana en malgache).

Trouver des vignobles à Madagascar : une véritable Exploration

Chercher des contacts dans le vin peut parfois s’avérer être un chemin de croix, comme ici : très peu d’informations disponibles et aucune adresse sur les étiquettes. Ni même de millésime sur les bouteilles… Un peu compliqué donc, mais loin d’être impossible. Parole de Wine Explorers !
Nous passons quelques jours à Antananarivo à la recherche de numéros de téléphone. Après un déjeuner Au Bon Accueil, dans les hauteurs de la ville – pour apprécier un délicieux riz blanc crevettes-légumes pour moins de 2.50€ – nous nous confrontons à la dureté de la ville. Il fait chaud et humide. L’atmosphère est irrespirable par endroit. Les fumées noires des pots d’échappement nous font tousser. L’odeur nauséabonde des monticules d’ordures qui jonchent les trottoirs et dans lesquels des enfants errent, à la recherche de quelque nourriture, est difficilement soutenable. Chaque enfant que nous croisons nous agrippe la manche pour quelques billets. Pauvres petits, comment leur en vouloir ? Bienvenue dans le quart monde. Impression de tristesse et d’impuissance, d’avoir fait un bond en arrière dans le temps. Notre moral en a pris un coup.

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Enfin, après 5h de marche, nous trouvons Royal Spirits, le distributeur en vin et spiritueux de la ville. Nous y glanons quelques précieux renseignements sur les domaines locaux et apprenons par la même occasion qu’il existe une troisième région viticole, Antsirabe, à 18Okm au sud. Parfait, ça sera notre 1er stop.
Une dernière halte pour louer une voiture. Et là surprise de taille : à Madagascar…on vous impose un chauffeur ! Avec une telle misère autour de nous cela nous paraît impensable et extrêmement gênant d’avoir quelqu’un à disposition pour nous emmener où bon nous semble. Mais impossible de faire autrement. On nous explique que c’est parce que les routes sont mauvaises et dangereuses ; que c’est par mesure de sécurité. Au final je dois avouer que ce fut une grande aide pour nous d’être accompagnés par Mr Kiady Ramaroson, notre chauffeur, tout au long des 500km sur la RN7, la fameuse route du sud. Car en plus d’être un expert pour maîtriser les innombrables virages en épingle, l’étroitesse de la chaussée, les zébus qui se promènent sur la route, les trous immenses dans le bitume et le dépassement des camions de marchandises dans les côtes, Kiady a du demander son chemin à maintes reprises, et en malgache…

Kiady, notre chauffeur

Kiady, notre chauffeur


Antsirabe – cépages hybrides et bouteilles non-millésimées

Nous arrivons à Antsirabe, où nous attend Stephan Chan Fao Tong, propriétaire-viticulteur du domaine Andranomanelatra et dernier rescapé de la région. “Nous étions jusqu’à sept vignerons ici dans les années 70 – nous raconte-t-il – mais ils ont tous fermé les uns après les autres, certains n’arrivaient pas à vendre leur vin, d’autres ont vendu leurs terres pour y planter du fourrage pour les zébus“. Et il craint lui-même pour la pérennité de son domaine car ses enfants vivent en France et aucun ne songe à reprendre l’exploitation.
Sa philosophie : faire des vins mono-cépage pour garder la typicité et l’identité de chaque cépage vinifié. “Les cépages hybrides – par définition des cépages qui ont été croisés avec au moins deux espèces vitis – s’adaptent mieux à Madagascar : ils demandent moins d’eau et sont plus résistants aux maladies ; c’est pourquoi la grande majorité des domaines les utilisent“, nous explique Stephan.

Stephan dans sa cave

Stephan dans sa cave


Deux coups de cœur pour ce domaine : la cuvée
Seyve Villard et le Rouge Viala.
Grand Cru d’Antsirabe Seyve Villard NM, (non-millésimé). Un vin rouge issu du cépage hybride Seyve Villard et élevé dans des cuves béton pour garder la fraîcheur et le croquant du fruit. Nez qui se rapproche d’un Côtes du Rhône. On retrouve en bouche un goût de groseille et de violette, avec un peu de poivre. Un vin à associer avec un carpaccio de zébu ou une blanquette de poulet. Prix caveau : 9000 Ariary (environ 2.80€).

Grand Cru d’Antsirabe Rouge Viala NM. Un vin rouge issu du cépage hybride Viala, également élevé en cuve béton. Nez de groseille à maquereau et de bonbon. Bouche sur la cerise griotte. Vin très frais et de plaisir immédiat. Accompagnera des plats épicés comme un poulet coco-curry ou des côtes de porc au paprika. Prix caveau : 9000 Ariary (environ 2.80€).
Les autres vins du domaine : Rouge Alicante NM (9000 Ariary au domaine, environ 2.80€) ; Rose Viala NM (7000 Ariary, environ 2.20€) ; Gris de Gris NM (7000 Ariary, environ 2.20€) ; Blanc Couderc NM (7000 Ariary, environ 2.20€)

Fianarantsoa – entre vin de messe et vin gris

Nous sommes à 200km au sud d’Antsirabe. Pour visiter le Clos Malaza, dans la région de Fianarantsoa, oublier le GPS, il ne trouvera pas. Une adresse ? Il n’y en a pas. Nous quittons la route principale à Fiana pour nous enfoncer dans la brousse, faisant grincer les amortisseurs sur des routes étroites et défoncées, empruntant des passerelles en bois précaires pour franchir des ravins,  passant par des étendues boueuses qui nous semblent infinies, pour enfin tomber sur le Clos Malaza, perdu en pleine nature. Ce domaine caché en pleine nature appartenait jadis aux Rois Betsileo. Ce n’est qu’au début du XXème siècle que des pères jésuites y établirent l’un des premiers vignobles de Madagascar. Depuis 1987, c’est le groupe Mac & Frères qui depuis perpétue son exploitation.

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Leur cuvée Rouge NM, un assemblage de Petit Bouschet (90%), Villard, Chambourcin (aïeul Pinot noir), Villardin et Varousset nous a séduits, avec ses arômes de fraise écrasée et de mûre. Des tannins fins en bouche et un fruit croquant. Accompagne fort bien des légumes sautés au bœuf. Prix revendeur : 10300 Ariary (environ 3.20€).
Le Vin Gris NM, autre vin du domaine, est une spécialité du pays. C’est un assemblage de vin blanc majoritairement (ici 90% de Couderc13) et de vin rouge (10% de Petit Bouschet). Une curiosité. Avec un nez d’amande et une amertume très soutenue en bouche. Un vin à boire frais à l’apéritif avec des samossas. Prix revendeur : 10000 Ariary (environ 3.10€).
Les autres vins du Clos Malaza : un Blanc Sec NM et un Blanc Doux NM, un Rosé NM et un délicieux Vin d’Ananas NM sec.

De l’autre côté de Fianarantsoa, direction la région du « Petit Vatican », qui tient son nom des nombreuses congrégations religieuses présentes  – on en compte douze différentes dans un périmètre de quelques kilomètres à peine. Nous partons déguster les vins du Monastère de Maromby, fondé en 1958 par une douzaine de frères de l’Abbaye du Mont Des Cats, à Lille, et qui abrite un domaine de 7 hectares assurant aux moines leur unique source de revenu grâce à la vente des bouteilles. 50% est planté en Courdec13, le reste en Petit Bouschet.

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Deux vins blancs et deux vins rouges sont produits (en sec et en doux), ainsi qu’un vin gris, un vin de messe et deux vins d’orange. Prix caveau : entre 6000 et 7000 Ariary (environ 1.90€ et 2.20€). Des vins de méditation, sans aucun doute…

Ambalavao – capitale du vin et cépages nobles au milieu des hybrides

Nous visitons Soavita, l’un des vignobles les plus connus de Madagascar et tenu par la famille Verger depuis 1973 et qui a vu son vignoble gagner en qualité ces dernières années pour se hisser au sommet des vins malgaches. Dans la vigne comme au chai, celui qui a redonné à Soavita ses lettres de noblesses, c’est Thierry Bernard, œnologue bergeracois d’origine –et qui a notamment fait ses armes à St-Emilion.
En blanc, la cuvée Kameleon NM, un blanc sec 100% Couderc13. On retrouve l’amande au nez comme en bouche avec une jolie amertume et un côté un peu pommadé. Une finale fraîche sur la poire. 11.5% alcool pour un vin à déguster sur des poissons grillés. Prix caveau : 12000 Ariary (environ 3.70€).
En rouge, Château Verger NM, un rouge 100% Petit Bouschet, parfaitement équilibré et titrant à 12.5%. Une structure sur le fruit rouge avec un joli nez sur la mûre. A apprécier sur un risotto poulet-champignons.  Prix caveau : 12000 Ariary (environ 3.70€).
Egalement la cuvée Domaine Manamisoa NM, un rouge plus léger 100% Petit Bouschet, idéal pour le début de repas. Prix caveau : 10000 Ariary (environ 3.10€).

Nous apprenons que la casi-totalité des bouteilles de vin sont recyclées à Madagascar. On décolle les vieilles étiquettes, on lave, on rince, on fait sécher en plein air…et le tour est joué !

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Non loin de là se trouve le Clos Nomena, le seul vignoble de Madagascar à utiliser des cépages nobles. Les vins que nous avons eu la chance de goûter datent de la vendange 2010 et sont pour l’instant le seul millésime produit par Clos Nomena : 2011 et 2012 ne sont pas sortis faute d’une météo trop capricieuse. Qu’importe, 2010 est un délice et les deux vins que nous avons bus resteront un excellent souvenir. Rigolo : ils ont également été vinifiés par Thierry Bernard.
Le Blanc Moelleux NM, un assemblage de 90% Chenin blanc et 10% Riesling, est d’une grande finesse. Le vin a perdu de sa sucrosité mais il tend sur des notes de miel, d’épices et de pétrole. Un délice. “Garçon, un moelleux au chocolat avec ce vin s’il vous plait“.

Le Rouge NM, un assemblage de Syrah et de Malbec, affiche une fraîcheur surprenante, avec des notes de moka, de fruits noirs et d’épices. Une finale sur la mûre et la violette. Donne envie de croquer dans une souris d’agneau.

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Notre périple s’achève ici. Madagascar nous aura surpris et émus à plus d’un titre. Nous en retiendrons la beauté de ses campagnes et l’accueil des locaux. Une chose est sûre,  Antananarivo n’est pas ce que nous retiendrons. C’est une bulle à part et non représentative du pays. Un peu comme New-York et les USA si l’on veut un point de comparaison.
Un dernier expresso siroté dans les jardins du Café de la Gare, – lieu incontournable de Tana pour un déjeuner d’affaires ou entre amis –  et il est déjà temps de nous mettre en route pour notre prochaine destination.

WineExplorers’ment votre,
JBA

NB : d’autres domaines existent à Madagascar : Lazan ‘I Betsilio S.A., une coopérative de  Fianarantsoa ; S.A. Chan Foui et Fils à Ambalavao, qui produisent les Côteaux d’Ambalavao ou encore le Domaine Lovasoa, Cave de Fianarantsoa. A visiter lors d’une prochaine venue.

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Safari et Vin : bienvenue au Zimbabwe !

Voyageant en avion depuis la Namibie nous arrivons à Harare, capitale du Zimbabwe, après trois heures de vol. Dès la sortie de l’aéroport, nous sommes forcés de constater que nous venons de mettre les pieds dans la “vrai Afrique“ : routes abimées, feux tricolores qui ne fonctionnent généralement pas – ce qui nous oblige à rouler au pas avec les warnings allumés –, aucune plaque indiquant le nom des rues et des panneaux de signalisation bien trop rares. Mais ceci importe peu au final et ne change rien au charme de ce pays incroyable. Ce qu’il faut retenir du Zimbabwe : des gens accueillant avec les bras grands ouverts. Un pays magnifique avec des étendues sauvages un peu partout, comme les chutes Victoria ou encore d’immenses parcs où l’on peut apprécier les joies du safari photo.

Bushman Rock Wildlife
L’histoire de la viticulture au Zimbabwe remonte au XIXème siècle.

Les pionniers ont apporté la vigne  en « Rhodésie », l’ancien nom du Zimbabwe, en 1890, mais la viticulture n’a été entreprise commercialement qu’à partir de 1960*. Les sanctions commerciales imposées par la Grande-Bretagne – après que le gouvernement rhodésien est déclaré son indépendance en 1965 – ont contraint les agriculteurs à diversifier leurs plantations et certains d’entre eux indroduisirent la vigne avec de la Clairette blanche, du Pinotage, du Chenin blanc et du Muscat rouge. Ils se situaient dans les Cantons de l’Est, dans la vallée Hippo, à Marandellas et dans la vallée Mazoe.

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Quand le Zimbabwe a obtenu son indépendance en 1980, l’industrie du vin a été intégré sous le contrôle de trois caves: African Distillers (AFDIS), Cairns Wineries et Meadows Estate. Aujourd’hui l’industrie du vin est en baisse au Zimbabwe. D’après ce que nous avons pu voir de différentes sources d’information, deux domaines seulement semblent avoir survécu dans le pays: Mukuyu Winery et Bushman Rock Estate. Cependant, il semble que la veille de notre arrivée au Zimbabwe – incroyable mais vrai – l’un de ces deux domaines, Mukuyu Winery vienne juste de fermer ses portes ! (temporaire ou définitif ? Mystère…)

Bushman Rock Estate, où safari & vin cohabitent en parfaite harmonie.

Nous avons eu la chance de passer quelques jours à Bushman Rock Safaris and Wine Estate, un domaine viticole qui a débuté dans les  années 30 (avec des premiers vins commercialisés dans les années 60). La propriété de 102 hectares fut acheté par un ingénieur civil, Mr. D.C. Mullins en 1949. Sa vision était de réaliser un vignoble de style européen. Aidé de son épouse et de sa famille, il construisit un domaine de toutes pièces, mettant en place un vignoble de 12 hectares avec système d’irrigation, ce qui en fit l’un des premiers vignobles dans le pays.

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En 2007, une joint-venture fut créée entre les deux familles qui possédaient des propriétés adjacentes et le concept de “Busman Rock Safaris” naquit.
Les deux familles développèrent Bushman Rock en y alliant vignoble et préservation de la faune et de la flore, préservant la beauté naturelle de la vallée tout en travaillant à la production de vins de qualité. Au cours des 13 dernières années, ils replantèrent et étendirent le vignoble avec de nouveaux « cépages nobles“ importés du Cap, comme le Sémillon, le Sauvignon blanc, le Merlot, la Syrah, le Cabernet Sauvignon et le Cabernet Franc, ajoutant un système de goutte à goutte et un re-palissage des vignes .

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En tant que programme de préservation de la nature du Zimbabwe, ils introduirent dans le domaine 13 des plus belles espèces de la faune africaine : Girafes, Elands, Hippotragues noirs, Grand koudou, Nyala, Bubale de Liechtenstein, Tssesebes, Gnous, Zèbres, Impalas, Guib harnaché, Cobes à croissant et Cephalophinae. Des installations furent également créées pour répondre au tourisme équin avec l’accent mis sur le polo, mais aussi le saut et le dressage en arène: création de la Polo Arena, un terrain de de polo de taille internationale, d’un restaurant et d’une salle de conférence pour les séminaires, ainsi qu’une chapelle pittoresque pour les mariages .

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Les vins du domaine Bushman Rock.

La gamme Bushman Rock se compose de 9 vins; 4 d’entre eux ont particulièrement retenu notre attention :
Dry White 2010, un assemblage de Semillon, Sauvignon blanc et Perel (un cépage blanc d’Israël), élevé 6 mois dans des barriques françaises de 3 vins.  Un nez d’agrumes, de poire et de menthe fraiche. Frais et fruité en bouche avec une amertume délicate en finale. Structuré avec 12,5 % d’alcool. Un très joli marriage avec des asperges, par exemple. Prix caveau : $4,5 (environ 3.30€)
Charlevale 2010, un assemblage de Semillon (60%), Sauvignon blanc (35%) et Moscatel (5%), élevé 12 mois dans des barriques françaises et américaines de 3 vins.  Nez d’acacia, de miel et de fleurs blanches. Frais et équilibré en bouche avec une finale sur les agrumes. 13% d’alcool. Accompagne très bien un fromage de chèvre. Prix caveau : $7 (environ 5.10€)
Alicante Bouschet 2008, un vin rouge élaboré avec de l’Alicante Bouschet, un ancien cépage dit “tinturier“ (dont le rôle premier était d’apporter de la couleur au vin final) et que l’on trouve dans le sud de la France. Elevé 24 mois dans des barriques françaises de 3 vins. Nez de fraise. Léger en bouche, tend vers la groseille à maquereau. Frais et équilibré. S’accordera bien avec un poulet rôti. Prix caveau : $6 (environ 4.40€)
Merlot 2010, un 100% Merlot élevé 24 mois dans des barriques françaises de 3 vins. Nez de prune et de myrtille. Tannins souples et soyeux en bouche avec une finale sur les fruits noirs. Parfait avec un steak juteux sauce au poivre et des frites maison. Prix caveau : $6 (environ 4.40€)

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« Dans un avenir proche nous allons réduire la gamme de vins et nous concentrer davantage sur des produits clés comme le Charlevale ou l’Alicante Bouschet. Grâce à cela, nous espérons acquérir plus de précision et de concentration dans nos vins, pour augmenter fortement leur qualité », nous a confirmé Jonathan Passaportis, directeur général. L’arrivée de Nelia Kanyasa dans l’équipe, oenologue de renommée internationale et responsable de la vigne et du chai à Bushman rock Estate depuis 2013, va aider à aller dans ce sens.

Les autres blancs que nous avons dégustés sont Hanne 2009 (100% Hannepoot) et Moscato 2010. Pour les rouges: Syrah 2009, Cabernet Sauvignon Reserve 2009 et Stellagallen 2009 (un assemblage de Cabernet Sauvignon, Merlot et Cabernet franc).

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JBA

Pour plus d’informations : www.bushmanrock.com

* “Encyclopedia of Wine”, ©Global Book Publishing Pty Limited 2000