Israël, un parfum de renouveau

Bienvenue en Israël, terre de vin depuis la plus haute antiquité. Un vignoble en pleine mutation ces vingt-cinq dernières années, où apparaissent des dizaines de petites caves produisant quelques milliers de bouteilles chacune, aux côtés d’une poignée de géants, qui dominent l’industrie.

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DE L’OMBRE À LA LUMIÈRE

Le vignoble israélien revient de loin. Au milieu du VIIe siècle, la conquête musulmane marqua un coup d’arrêt brutal pour la viticulture, et ce pendant plus de 1 200 ans. Ce n’est qu’à partir de la fin du XIXe siècle, en 1882 plus exactement, que la culture de la vigne redémarre, sous l’impulsion d’un français, le Baron Edmond de Rothschild (château Lafite).

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Répartie en cinq régions – avec la Galilée au nord, les collines de Judée, entourant la ville de Jérusalem, Samson, située entre les collines de Judée et la plaine côtière, le Néguev au sud (région désertique semi-aride) et la plaine de Sharon, près de la côte méditerranéenne – l’industrie du vin en Israël s’est beaucoup développée en termes de qualité à partir des années 80. Auparavant, il n’existait qu’une quinzaine d’acteurs. Désormais, on estime à environ 250 le nombre de domaines. Bien que 5 grands vignobles dominent toujours le paysage viticole israélien, représentant à eux seuls plus de 80% de la production totale.

RECANATI WINERY, LA BELLE ASCENSION

Fondé en 2000 par Lenny Recanati et Uri Shaked, le domaine Recanati fait partie de ces vignobles à l’ascension fulgurante, qui en l’espace de quelques années seulement, a réussi à se faire un nom sur le marché international.

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La cave, située à une heure au nord de Tel Aviv, travaille avec 90 hectares de vignobles sous contrat, dans tout le pays, sur quelques uns des plus jolis terroirs, comme les hauteurs du Golan et les collines de Judée. Reconnu pour travailler des cépages méditerranéens tels que la petite sirah, le marselan et le carignan, Recanati s’appuie également sur des variétés internationales comme le cabernet sauvignon, le sauvignon blanc, le chardonnay et le chenin blanc, apparues en Israël dans les années 70-80.

En compagnie de Gil Shatsberg, l’œnologue du domaine, nous visitons une nouvelle parcelle de 3 hectares, plantée par Recanati il y a un an dans le nord du pays, à moins d’1km de la frontière libanaise et à seulement 15 km de la mer.

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Un endroit magnifique, à 650m d’altitude, avec une brise fraîche venant de la mer, où ont été plantées les variétés locales argaman(1) (rouge) et marawi (blanc). Il nous tarde déjà de goûter le résultat de cette nouvelle production!

TZORA VINEYARDS, L’ART DE L’ASSEMBLAGE

Créé en 1996 dans les collines de Judée, à l’ouest de Jérusalem, Tzora Vineyards est un domaine incontournable d’Israël. Situé à 700 mètres d’altitude, ce vignoble de 20 hectares est surprenant.

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J’y ai ressenti une grande énergie en provenance des sols. Ces derniers, très anciens et riches en roches fossiles, ont été divisés en méso-climats. Un travail méticuleux qui a permis de reconnaître différents terroirs sur un même site, afin d’y planter les bons cépages au bon endroit : syrah, cabernet sauvignon, merlot, petit verdot, sauvignon blanc et chardonnay (il y a même une touche de gewürztraminer).

« Je crois aux assemblages de cépages internationaux » , confie Eran Pick MW, l’œnologue et directeur du domaine, qui excelle dans cet exercice.

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Un travail pointilleux, qu’il aime réaliser avec le consultant français Jean-Claude Berrouet (auparavant directeur technique de Petrus). Résultat : de superbes vins avec beaucoup de fraîcheur, de profondeur et d’équilibre, même pour les vins blancs. Superbe!

UNE NOUVELLE VAGUE DE VIGNERONS

Nous en parlions en préambule, le vignoble israélien voit éclore ces dernières années de nombreux talents. Des petites structures pour la plupart, qui ne manquent pas d’idées.

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Comme chez Kadma, un domaine familial aussi petit que charmant, établi en 2010 à Kfar Uriah, dans les contreforts de la Judée. C’est actuellement la seule cave d’Israël à utiliser de grands fûts en argile dans le processus de production du vin, en provenance de Géorgie (à ne pas confondre avec les qvevri géorgiennes, qui elles, sont enterrées).

Le fruit d’une recherche approfondie, en collaboration avec le professeur Amos Hadas (auteur de Vigne et vin dans l’archéologie de l’ancien Israël) et le Dr Arkadi Papikian, un producteur de vin israélien reconnu.

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« La fermentation dans ces fûts d’argile confère au vin des arômes et des saveurs uniques », nous explique Lina Slutzkin, la fondatrice et propriétaire de Kadma : résine, tabac, fruits noirs et bois précieux. Des vins frais et juteux, qui se marient bien avec la viande grillée locale. Le vignoble israélien n’a pas fini de nous surprendre.

L’objectif est maintenant de comprendre quelle sera la prochaine étape de développement de cette industrie vinicole en plein boom et au potentiel certain. Investir dans les cépages autochtones, pour donner plus d’identité au vignoble local, pourrait être l’une des clés.

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« Pour autant que je sache, l’objectif principal est d’éduquer les jeunes Israéliens à aimer le vin, afin que l’industrie ait un avenir solide sur lequel s’appuyer« , témoigne Itay Gleitman, journaliste chez Haaretz. Affaire à suivre.

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JBA

 

Merci aux domaines Recanati, Tzora Vineyards et Kadma, pour leur accueil chaleureux. Enfin, merci à Itay Gleitman, journaliste chez Haaretz, pour ces précieuses informations sur le vignoble israélien.

(1) Argaman est un croisement entre les cépages rouges Souzão (Portugal) et Carignan (France).

Sous le charme absolu du vignoble libanais

Depuis les ruines de Byblos (l’une des plus vieilles villes du monde continuellement habitée), en passant par l’énigmatique forêt de cèdres, la palpitante vie nocturne de Beyrouth, ou encore le charme pittoresque des villages de montagne, sans oublier les vignobles, du nord au sud, amoureusement façonnés par la main de l’homme, je suis littéralement tombé amoureux du Liban.

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Découverte d’une des plus anciennes cultures de la vigne, aux terroirs incontestables et aux nombreux cépages autochtones. Un pays qui a su se relever fièrement de nombreuses guerres et qui produit aujourd’hui 8,5 millions de bouteilles par an, sur un peu plus de 2 000 hectares. Un “petit“ vignoble à l’échelle du monde, concentré à 90% dans la vallée de la Bekaa et qui compte pourtant parmi les plus beaux crus du pourtour méditerranéen… voir du monde.

Les cépages indigènes, le futur du vignoble libanais

Grâce à l’ancienneté de la culture de la vigne au Liban (environ 7 000 ans av. J.-C.), les cépages autochtones y sont innombrables.

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La légende raconte même que Noé, dont la tombe se trouverait dans la mosquée de Kerak (Bekaa), se serait arrêté sur le mont Sannine et y aurait planté la vigne. Toutefois, en raison d’un manque de préservation de ces cépages, “on est encore au stade de l’expérimentation côté vin“, confie Fabrice Guiberteau, du Château Kefraya, qui œuvre activement pour redonner vie à de nombreux cépages disparus.

Deux cépages blancs cependant, le merwah et l’obeidi, traditionnellement utilisés dans la production de l’arak (une eau-de-vie de vin anisée), semblent tirer leur épingle du jeu. 

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“Ces cépages présentent d’incroyables profils aromatiques et méritent d’être vinifiés. Ils représentent l’identité et le futur du vignoble libanais“, explique Maher Harb, du domaine Sept.

Des cépages délicieux, que l’on retrouve notamment dans la grande cuvée en blanc du Château Musar. “Ici, les vins passent jusqu’à 7 ans en bouteilles avant commercialisation pour les grandes cuvées“, nous explique Gaston Hochar, l’un des deux fils de Serge Hochar, qui a repris à son tour le flambeau.

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La visite de la cave, creusée dans la roche sous le domaine, est un véritable spectacle en soi. De longues allées, à perte de vue, remplies de trésors!

Domaine Sept : ne jamais s’arrêter de rêver…

Un dimanche d’octobre, je découvrais avec bonheur Sept, le domaine de mon ami Maher Harb, tout jeune vigneron sur la scène libanaise et déjà ô combien talentueux. 

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Un hectare de vigne pour l’instant, que Maher a planté seul, dans le village de Nehla, au nord du Liban (région de Batroun), pour renouer avec ses racines. Portrait d’un autodidacte assumé, qui se bat pour insuffler un visage neuf à la viticulture libanaise – et qui objectivement, toute amitié et jugement affectif mis de côté – représente très certainement le futur du vin au Liban.

En 2009, alors cadre consultant à Paris dans le secteur bancaire, il se voit dans le reflet de la vitre du métro de la ligne 13, agglutiné et serré par la foule, dans son costume, telle une sardine prise au piège dans sa boîte.

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L’électrochoc. Il quitte tout et rentre au pays : l’envie de renouer avec ses racines et la nature. Fin 2011, il plante 1 hectare de vigne (principalement en grenache, syrah et cabernet sauvignon), dans des conditions climatiques hivernales extrêmes.

Pas le choix : il vient de recevoir ses plants de vigne et doit les planter avant de partir pour deux ans en Arabie Saoudite, histoire de remettre un peu d’argent dans les caisses afin de concrétiser son rêve de devenir vigneron. En 2014, il part faire le tour du monde du vin avec l’OIV MSc (le master de l’OIV(1)) et revient en 2016, l’esprit léger et plein d’idées, pour son premier millésime. 

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Des vins gorgés de fruit, de fraîcheur (remarquable pour le Liban) et déjà pleins de promesse… Comme quoi, « il ne faut jamais s’arrêter de rêver ».

Château Kefraya, sur la faille de Yammouneh

Depuis de nombreuses années, j’ai impatiemment attendu de visiter le Château Kefraya. Pourquoi? Parce que c’est l’un des domaines viticoles majeurs du Liban. Parce que ses 300 hectares de vignes en terrasses, 1000 mètres au-dessus de la mer Méditerranée, sur les contreforts du mont Barouk dans la vallée de la Bekaa, m’ont toujours fait rêver.

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Parce que j’ai eu l’occasion de déguster les vins du domaine plusieurs fois par le passé. Et je dois admettre que millésime après millésime, les vins deviennent de plus en plus élégants.

Mais comme vous le savez, goûter un vin chez soi et le comprendre profondément en visitant le domaine lui-même, sont deux choses bien différentes. Et j’ai été encore plus impressionné de découvrir, de ressentir et de toucher du bout des doigts sa grande mosaïque de terroirs : sols argilo-calcaires, sableux et graveleux, combinés à une exposition solaire exceptionnelle, le tout sans aucune irrigation.

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« Les vignobles de Château Kefraya se situent sur la faille de Yammouneh (la Grande Cassure Africaine au Liban), à l’extrême sud de la Bekaa. Résultat, une météo unique au Liban, avec 1000mm de pluie par an et des températures plus modérées qu’ailleurs », nous explique Fabrice Guiberteau, l’oenologue du domaine. Probablement l’un des plus jolis terroirs au monde. Tout pour faire de grands vins.

La Bekaa, un panorama à couper le souffle

Vous cherchez la « meilleure vue sur la vallée de la Bekaa »?! Nous l’avons trouvée pour vous! Au sommet du Château Qanafar, un domaine de 17 hectares planté à 1200m d’altitude, vous pourrez admirer la beauté de la vallée de la Bekaa dans son ensemble.

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Un paysage incroyable et une belle façon de comprendre l’unicité de cette région viticole. Eddy Naim, l’œnologue, qui a repris le travail de son père en 2011, nous a expliqué comment la construction de la cave actuelle (toujours en cours) avait commencé.

«Nous avons investi tout ce que nous avions pour la construction de cet endroit, parce que nous voulions le meilleur pour notre production. Nous avons commencé tout petit. Dans un garage du centre-ville.

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Puis, nous avons dû agrandir, parce que nous sommes devenus un peu plus grands. Nous avons alors loué un second petit garage, à côté du premier. Puis la production a encore augmenté et nous avons dû en louer un troisième… Puis un quatrième!

Enfin, c’était une taille critique et nous avons décidé de créer notre propre cave ». Nous nous sommes arrêtés à l’ancienne « cave ». Incroyable de voir l’évolution du domaine en seulement quelques années. Conclusion : si vous créez un jour votre domaine, ne commencez jamais trop grand. Soyez patients, comme Eddy. Autrement, vous risqueriez de vous brûler les ailes.

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Et cerise sur le gâteau, les vins du Château Qanafar sont délicieux. À l’image de la syrah 2013… Une explosion de gourmandise!

Conclusion avec le Château Marsyas

Nous avons terminé notre séjour au Liban par la visite du Château Marsyas. Cité par Pline l’Ancien, « Marsyas » est l’antique nom de la vallée de la Bekaa, située en contrefort du Mont Liban.

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Perché à 900m d’altitude, le domaine est à l’initiative de la famille Johnny R. Saadé, également propriétaire du domaine Bargylus, en Syrie (que nous espérons avoir le plaisir de pouvoir visiter un jour!).

Le sol rouge que l’on voit ici montre la présence de fer et de pierres blanches formant un très joli profil argilo-calcaire, favorable à la vigne, sur lequel sont plantés cabernet sauvignon, syrah et merlot en rouge, ainsi que sauvignon blanc et chardonnay en blanc.

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Belle découverte que le Château Marsyas Blanc 2014 (sauvignon blanc et chardonnay), un vin plein de fraîcheur, sur les agrumes et les fruits blancs mûrs.

Impossible de refermer ce volet libanais sans parler de Vinifest, le grand salon annuel du vin libanais, organisé à l’hippodrome de Beyrouth chaque année, fin octobre. Trois soirs de festivités autour du vin, où chaque convive a la possibilité, moyennant un ticket d’entrée très raisonnable (<30$), de pouvoir goûter à l’ensemble des vins libanais présents ; soit une grande majorité des domaines.

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Une organisation incroyable, un public nombreux et conquis, des vignerons de talent. Et le témoignage d’un véritable engouement pour le vin au Liban! Une question m’anime désormais : quand vais-je pouvoir revenir au Liban? Le pays me manque déjà…

WineExplorers’ment vôtre,
JBA

 

Merci aux domaines Château Musar, Sept, Château Kefraya, Château Qanafar et Château Marsyas pour leur accueil chaleureux. Merci tout particulièrement à Fabrice Guiberteau, du Château Kefraya, pour son aide précieuse lors de notre séjour. Enfin, un immense merci à Maher Harb, du domaine Sept, pour m’avoir accompagné tout au long de ce voyage et pour m’avoir fait partager l’amour de son pays.

(1) OIV : International Organisation of Vine and Wine

Connaissez-vous le vin vietnamien ?

Du vin au Vietnam ?! Impensable, m’étais-je dit à l’époque, en préparant le projet. Et pourtant. On y compte pas moins d’une vingtaine de domaines…et quelques millions de bouteilles produites chaque année(1). Je décide donc de m’y rendre, avec l’aide précieuse de Raymond Ringhoff, PDG de Vietnam Wine Tours – la seule compagnie du pays spécialisée dans les voyages oenotouristiques.
Direction Dalat, la grande région de production, au nord du pays.

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À la sortie de l’avion, je suis attendu par Mr Huang Thê Hung, un adorable guide local, qui va m’accompagner dans mon voyage et m’aider dans la traduction et les visites de domaines. Indispensable au Vietnam.

Dalat, quartier général de la production vietnamienne

Depuis l’aéroport, il ne nous faudra pas moins de quatre heures de route pour  rejoindre Dalat, à 180km dans les terres. La ville est perchée à 1700 mètres d’altitude. Parcourant des routes plus sinueuses et abîmées les unes que les autres, la succession de paysages sauvages par lesquels nous passons est à couper le souffle. Rizières, forêts, rivières, montagnes, plantations de café. 

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Je suis aux anges. Même l’humidité dans l’air, qui colle littéralement les habits sur la peau, ne peut altérer l’émerveillement qui m’anime.

La fin de la route se fait à la nuit tombée. Soudain, des milliers de points blancs se mettent à briller autour de nous dans le noir, nous suivant sur les bords de la route. On se croirait dans un dessin animé tout droit sorti d’un studio japonais. Comme si une colonie de lucioles avait élu domicile dans la montagne… Le moment est féérique. Quasi mystique. Mais qu’est-ce donc ? Ce sont les lampes chauffantes qui servent à la croissance des fleurs sous serre dans la région, m’explique mon guide. Dalat, avec son climat d’altitude plus tempéré, est en effet réputé pour ses cultures florales. Je ris devant tant de naïveté de ma part.

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Le lendemain, rendez-vous est pris avec Dalat Beco, l’un des domaines phares du pays, créé en 2000. Avec 670 000 bouteilles produites par an, l’équipe de Dalat Beco me confie faire partie des domaines vietnamiens de taille moyenne. Un cépage domine le vignoble ici : le cardinal. Sa particularité : il est vinifié aussi bien en blanc qu’en rouge !

Visitant le site d’embouteillage, je suis curieux de ne pas avoir vu la moindre parcelle de vigne autour du domaine et interroge mes hôtes. “Il y a eu une tentative de vignoble à quelques kilomètres d’ici : un échec, à cause de l’altitude. Tout est désormais produit sur la côte, à trois heures d’ici. Les raisins sont acheminés en camion jusqu’à Dalat“, m’explique-t-on.

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Les achats se font auprès de fermiers, exclusivement. Pourquoi ne pas délocaliser la production dans ce cas ? Tout simplement parce que “seule l’altitude de Dalat assure des conditions optimales pour la fermentation et l’élevage des vins“.
Ainsi, dans cette partie du monde au climat extrême, on produit jusqu’à trois vendanges par an. Par conséquent, la vigne ne se repose jamais et son espérance de vie ne dépasse pas les 8 ans (on peut pousser jusqu’à 15 ans avec un porte-greffe). Comme à Bali, on peut donc faire ici du vin toute l’année, simplement en espaçant les périodes de taille sur différentes parcelles. Cela permet aux domaines d’avoir un vin plus frais et non millésimé.

Ladora Winery, à l’initiative du “vin issu de raisins“ vietnamien

Avant 1976 – et l’indépendance du Vietnam – il existait dans le pays une production de liqueur et de vin de fruit, gérée par les Français.

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Il faudra cependant attendre 1998, pour voir apparaître les premières plantations de raisin, sous l’impulsion de Ladora Winery. En 1999, le premier “vin issu de raisins“ vietnamien est né (en milieu tropical, la vigne pousse dès la 2ème année !).

Visite du site, aussi imposant qu’impressionnant, avec ses immenses cuves en inox installées en intérieur comme en extérieur, et où l’on produit plus de 2,5 millions de bouteilles. Port de la charlotte, de la blouse blanche et de protège-chaussures obligatoires : Ladora Winery applique à la lettre les standards de production européenne. On le ressent d’ailleurs dans les vins, plus homogènes qu’ailleurs.

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Un Skype est organisé avec la direction du groupe, Ladofoods (aussi producteur de noix de cajou), basée à Hô Chi Minh-Ville, la capitale. Une situation amusante et des plus originales. Me voilà à discuter sur grand écran avec Messieurs Nguyen Hun Thuy (directeur général) et Nguyen Tran Quang (directeur du conseil d’administration). L’occasion d’apprendre que Château Dalat, créée en 2013, est la marque premium du groupe. On y retrouve des cépages internationaux comme la syrah, le cabernet sauvignon et le chardonnay. Une volonté clairement affichée vers davantage de qualité. Et un pas en avant vers une viticulture plus moderne.

Un vignoble au niveau de la mer

Que ce soit Dalat BecoLadora Winery ou tout autre domaine de Dalat, les vignobles se trouvent tous dans la région côtière de Ning Thuan, à 130km de là, au niveau de la mer.

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Seule cette partie du Vietnam semble donner des résultats probants pour la culture de la vigne. C’est également la région la plus chaude du pays. Aujourd’hui, alors que nous visitons quelques domaines de Ning Thuan, il ne fait “que“ 30°C. On atteint aisément les 36°C en cette période de l’année.

J’apprends que Ning Thuan était très fréquentée jusque dans les années 2000. Or l’ouverture de nouvelles régions, plus attractives, a vidé la côte de ses touristes. Résultat, une région aujourd’hui délaissée, avec des plages désertes et une atmosphère des plus fantomatique. Étrange. Qu’importe, le vignoble qui fait face à nous est magnifique. 

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Ladora Winery y a planté 20 hectares de Vitis vinifera pour ses grandes cuvées. Le reste des parcelles, plantées en cardinal, correspond à des contrats avec des fermiers locaux.

Rencontre avec les propriétaires du domaine My Hoa, l’un des rares microvignobles familiaux du Vietnam, commencé en 2000. Une production artisanale, faite à l’arrière de la maison, sans prétention, mais au charme fou. Ici, le vin fermente tranquillement dans de petites cuves en plastique. Rencontre avec une famille aussi discrète qu’attachante. On est bien loin des grosses productions du pays. 2 hectares de vigne, majoritairement plantés en cardinal et avec un peu de NH01-48, un hybride blanc local sans nom.

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Le vignoble, lui, est planté en pergola à 1,5 mètre du sol, permettant aux propriétaires de travailler à hauteur d’homme.

Dégustation du vin blanc, 100% issu du cépage NH01-48. Le breuvage est servi frais, avec des glaçons. Pourquoi pas. La bouche est sucrée et a un goût aigre, mais s’accommode bien avec le poulet bouilli servi lors du repas, à ma grande surprise. Je goûte le vin rouge avec un peu d’alcool de riz ajouté. Un gout âpre et inhabituel pour le plais d’un occidental. “C’est comme ça que les hommes le boivent ici“, m’explique-t-on en riant.

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Le domaine semble rencontrer un fier succès : pour satisfaire la demande, la famille Hoa projette de planter un nouvel hectare de vigne l’an prochain, derrière la maison, à la place de l’actuelle rizière. Comme quoi, tous les goûts sont dans la nature et se doivent d’être respectés.

Nous terminons le repas – et le séjour – par la découverte du Vú sữa (aussi appelé Chrysophyllum cainit), un fruit vert en forme de pomme, à l’aspect laiteux à l’intérieur, et dont la chair, aussi délicieuse que juteuse, a un goût d’amande et de fruits blancs mûrs.

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Une merveille ! À découvrir en exclusivité au Vietnam.

WineExplorers’ment vôtre,
JBA

 

Merci aux domaines Dalat BecoLadora Winery et My Hoa pour leur accueil chaleureux. Merci à Raymond Ringhoff, PDG de Vietnam Wine Tours, de m’avoir si bien aidé, guidé et conseillé dans l’organisation de ce voyage. Enfin, merci à mon ami Denis Gastin de m’avoir présenté Raymond.

(1) Bien qu’il soit compliqué d’avoir les chiffres exacts de la viticulture au Vietnam, on estime qu’il y a une vingtaine de domaines, pour une production annuelle dépassant les 10 millions de bouteilles produites.

Le Cambodge, nouveau venu sur la carte viticole asiatique

Parti de Birmanie de bon matin et après une journée pleine avec trois avions (Heho-Mandalay, Mandalay-Bangkok, Bangkok-Siem Reap), je suis très excité à l’idée de débarquer au Cambodge. J’ai entendu dire qu’il y avait un petit domaine perdu dans la campagne de Battambang et je compte bien mettre la main dessus !

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Où se trouve-t-il exactement ? À quoi ressemble-t-il ? Pourquoi avoir planté de la vigne au Cambodge ? Autant de questions auxquelles il me tarde de trouver des réponses… En route pour une exploration hors des sentiers battus des plus rocambolesques.

Un vignoble bien caché

Croyez-vous en la bonne étoile ? Personnellement, oui. À chaque fois que je me suis retrouvé au pied du mur dans cette formidable aventure, j’ai toujours eu la chance de croiser une personne pour me remettre sur le bon chemin. J’en suis d’ailleurs reconnaissant chaque matin.

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Ma bonne étoile cambodgienne se nomme Visooth Lohitnavy (propriétaire du domaine GranMonte en Thaïlande et que j’avais rencontré trois semaines plus tôt). Il a croisé il y a quelques années de cela Mr Chan Thaychheoung, le propriétaire du fameux domaine cambodgien, et m’a proposé de nous mettre en relation. Quelle veine !

Après quelques brefs échanges dans un anglais sommaire, mais efficace, me voilà débarqué à Siem Reap avec pour seule indication, qu’il me faut prendre un bus demain jusqu’à Battambang. C’est tout. Je ne sais ni où, ni à quelle heure prendre le bus. Le staff de la maison d’hôtes dans laquelle je suis hébergé pour la nuit ne parle pas anglais. Il m’envoie à la blanchisserie voisine, où la patronne semble avoir l’habitude d’aiguiller les voyageurs. “C’est 6$ pour Battambang, départ à 10h“.

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Le lendemain, un mini bus passe me récupérer. Il est rempli d’une dizaine de sympathiques voyageurs. J’apprends que l’on a tous payé un prix différent, entre 5 et 7$. C’est un peu à la tête du client, paraît-il. Direction la gare ferroviaire à la sortie de la ville – car les bus sont interdits dans Siem Reap. Après 200 km, une circulation quelque peu chaotique sous un soleil de plomb et quelques 4h30 de route plus tard, j’arrive avec presque 2h de retard à un “arrêt de bus“, qui n’est autre qu’un petit shop littéralement perdu au milieu de nulle part.
Je m’interroge : j’espère que je suis au bon endroit et que mes hôtes auront eu la patience de m’attendre.

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Dehors, une douzaine de cambodgiens fait le pied de grue sur le bord de la route, portant à bout de bras des pancartes, toutes faisant la réclame de leur Guest House. Un peu plus loin, à l’écart, Mr Chan Thaychheoung et son fils Chan Senghong sont là. Ils m’attendent, le sourire aux lèvres et me font de grands signes. Quel accueil ! Nous ne nous connaissons pas encore mais j’aime déjà cette famille. Ils dégagent une telle énergie positive. 
L’aventure vin peut enfin commencer. Et commence par un mémorable diner. 

Chan Thay Chhoeung Winery, l’unique

Mr Chan Thaychheoung a une histoire aussi touchante. Amoureux de vin dès l’âge de 21 ans, il décide à l’époque d’acheter une vingtaine de pieds de vigne, qu’il tente de faire pousser dans son jardin. L’échec. Mettant son rêve de côté, il devient fermier, et comme beaucoup d’autres producteurs dans la région, fait pousser des oranges. Mais la compétition est forte autour de chez lui.

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Il se met donc à réfléchir : il aimerait faire pousser un fruit différent de ceux des autres fermiers cambodgiens. Il se souvient alors de sa tentative infructueuse de jeunesse et l’idée lui prend de se mettre à contre courant de la profession en faisant pousser du raisin – chose unique dans le pays.

Mr Chan Thaychheoung commence prudemment avec 9 plants du cépage rouge black queen, histoire de voir. Il réussit son premier vin en 2004, avec quelques bouteilles produites pour les amis et la famille. C’est la révélation. Chan Thay Chhoeung Winery est né. Dans la foulée, il plante 3 hectares de black queen et quelques pieds de shiraz, un cépage qu’il affectionne tout particulièrement. Un investissement conséquent et un pari risqué : il joue toutes ses économies.

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Travailleur infatigable, il agrandit petit à petit son vignoble, toujours en réinvestissant chaque sou de son petit capital. En 2013, il achète des pieds de shiraz en provenance d’Israël et plante 3 hectares supplémentaires. Aujourd’hui, il en compte 10 hectares.
Pour l’heure l’équipement est modeste. Le vin est vinifié dans des bonbonnes en verre. Qu’importe, Rome ne s’est pas construite en un jour. Ils viennent d’ailleurs d’investir dans 3 cuves inox made in China pour l’an prochain, avec une capacité totale de production de 7 000L.

Jus de fruit, éducation et pédagogie

Cette année, la saison des pluies a été très intense et la récolte n’est pas à la hauteur. 

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Résultat, pas de vin produit et un focus sur l’élaboration d’un (excellent) jus de raisin organique maison 100% syrah, qui fait le bonheur des papilles et dont je me suis délecté à de nombreuses reprises.

Nous dégustons la production de l’an passé. Un vin atypique, également issu du cépage syrah et loin des standards européens. Mais qui remis dans son contexte et accompagné de quelques glaçons (c’est une coutume ici), rafraîchit le palais et accommode très bien les plats à base de légumes fermentés.

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Mr Chan Thaychheoung me fait visiter avec beaucoup de fierté le jardin pédagogique qu’il a créé en face de chez lui. Un véritable musée à ciel ouvert, où les cambodgiens viennent en nombre admirer la vigne, une plante qui jusqu’alors leur était inconnue.

“Il est important que nous éduquions les locaux en leur montrant à quoi ressemble une vigne et comment pousse une grappe de raisin“. Un véritable succès, où chacun des touristes en visite semble repartir conquis, sirotant un verre de jus de syrah à la paille. 

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Et il y en a pour tous les publics. Nous croisons même un groupe de moines curieux venus découvrir cette nouvelle attraction, aussi ludique qu’indispensable. Bravo !

Bambou Train & Angkor : deux incontournables

Un peu de fun ce week-end, avant le départ pour le Vietnam, à bord du “train de bambou“, une attraction incontournable dans la région de Battambang que j’ai le plaisir de découvrir avec la famille Chan. Il s’agit d’un genre de draisine motorisée constituée d’une plate-forme de bambou, qui permettait dans les années 70′ au personnel chargé d’entretenir les voies ferrées de se déplacer, puis dans les années 80′ à amener les soldats et leurs alliés vers le front.

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Ce qui en fait son charme et son attractivité indéniable pour les touristes du monde entier : un seul rail pour deux sens de circulation. Du coup, lorsque l’on rencontre un train arrivant dans l’autre sens, on s’arrête et on démonte l’un pour laisser passer l’autre. Et à une vitesse maximum de 50km/h, ça secoue drôlement. Mieux vaut garder une main sur son chapeau.

Autre lieu immanquable et des plus spectaculaires : Angkor, à Siem Reap, avec ses temples classés au patrimoine mondial par l’UNESCO. Lever à l’aube (les guichets ouvrent à 5h du matin et sont pris d’assaut), pour un moment inoubliable et magique.

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Voir se lever le jour sur le temple d’Angkor Vat – le plus grand des temples du complexe – est un moment unique. Il y a un côté mystique à voir se dessiner soudain dans la nuit les colonnes gigantesques de cet édifice sculpté de toutes parts. Comme le monde est beau quand il est vu sous cet angle…

Alors bien sûr, le Cambodge présente (encore) toutes les difficultés pour l’élaboration de vin : des températures extrêmes, une saison des pluies en été et une forte humidité constante. Sans compter un manque d’accès à des équipements de pointe. Qu’importe. Ici, on fait du vin avec les tripes, tout est vendu sur place, et en plus les gens reviennent. Comme quoi, un vin peut toujours trouver chaussure à son pied.

WineExplorers’ment vôtre,
JBA

 

Merci à Mr Chan Thaychheoung et à sa famille pour leur accueil extraordinaire et pour m’avoir ouvert leur maison avec tant de simplicité et de gentillesse. Merci à son fils, Chan Senghong, pour avoir été un si bon guide et pour m’avoir fait découvrir la magie de Battambang. Enfin, merci à Visooth Lohitnavy (propriétaire du domaine GranMonte en Thaïlande), pour cette précieuse mise en relation.

La Birmanie, deux vignobles du bout du monde

Suite du périple en Asie avec l’incontournable et fascinante Birmanie, un pays merveilleux et d’une beauté pittoresque. Au cœur de ses montagnes, sur les bords du lac Inle, se cachent les deux seuls et uniques domaines birmans(1) – aussi discrets qu’intrigants.

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En route pour un périple haut en couleurs, en compagnie de mon amie œnologue Amélie Mornex, une passionnée de la viticulture asiatique.

Mandalay et son énergie positive

Arrivée à Mandalay, la capitale, sous un soleil écrasant. Beaucoup de poussière, une pauvreté omniprésente. J’ai l’impression de faire un bond en arrière de 50 ans : seulement 30% des foyers sont connectés à l’électricité dans le pays(2). Malgré cela, les gens que nous rencontrons ont tous le sourire aux lèvres et une joie de vivre palpable dans le regard. Ça fait chaud au cœur.

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Nous arpentons les rues de la ville à califourchon sur un vélo avec deux sièges dos à dos et conduit par un chauffeur. Amélie devant, dans le sens de la route, et moi à l’arrière, faisant face à la circulation. Pratique pour admirer le paysage.

Rien de plus agréable que de dîner le long du fleuve Irrawaddy, là où les bateaux, pirogues et autres embarcations de fortune déchargent les sacs de toile remplis de denrées alimentaires, dans un va et vient incessant, aussi organisé que peut l’être une fourmilière. Nous rencontrons un couple d’allemands arrivés de Munich et décidons de partager un dîner ensemble, au coucher du soleil. L’endroit est beau, dénué de tout artifice. Beaucoup de familles vivent ici dans des abris de fortune en bois, les pieds nus dans le sable, la poussière et les détritus.

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Face à nous, le linge sèche sur des palissades en bambou. Les enfants jouent dans le sable. Les plus petits ont les fesses à l’air. Quelques cochons se promènent au milieu d’eux, cherchant de quoi manger dans les poubelles. C’est l’heure de la douche. On se savonne dans le fleuve.

Le lendemain à l’aube, départ en avion pour Hého, à 230km au sud : c’est le plus simple pour rejoindre les deux domaines viticoles, compte tenu de l’état des routes (il faudrait pratiquement une journée en bus pour y arriver). Lever à 6h. Il fait encore nuit noire dehors et le spectacle qui s’offre à nous dans les rues de la ville a un côté mystique : des dizaines de moines défilent pieds nus, drapés de tuniques violettes, en quête d’offrandes pour leur seul et unique repas de la journée(3). Un rituel ancestral très respecté en Birmanie.

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Aythaya, le pionnier birman

Il fait frais en sortant de l’avion. C’est agréable. Nous sommes à 1200 mètres d’altitude, sur les pentes des Montagnes Taunggyi.
C’est là que Berth Morsbach, un allemand spécialisé en cultures tropicales, trouve un terrain en 1998 pour y fonder Aythaya (Myanmar Estate), le premier domaine de Birmanie. Un défi de taille, se souvient-il, dans un pays sans aucune culture du vin et aux conditions climatiques hostiles. L’endroit est magnifique ! 

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Avec ses bungalows écologiques faisant face à un vignoble aussi fleuri qu’impeccable et son délicieux restaurant mêlant plats traditionnels et cuisine du monde, Myanmar Estate est un lieu privilégié de la haute bureaucratie birmane.

Hans Leiendecker, le directeur et œnologue du domaine – lui aussi allemand et diplômé de la prestigieuse université de Geisenheim – nous livre une explication passionnante sur les différents lieux de production.

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Au total, 10 hectares en propre et autant sous contrat, répartis un peu partout dans le pays, jusqu’à 800km du domaine :
-dans le nord, à 1200 mètres d’altitude, le long de la rivière Kyan Hnyat, une région propice pour les cépages rouges ;
-à Loikaw, à l’est, à 850 mètres d’altitude, où Bert avait créé en 1986 la première plantation de riz basmati dans le pays ;
-à Mektila et Yamethin, au centre du pays, où l’on trouve également la plus grosse production de raisins de table de Birmanie ;
-ou encore au Mont Popa, à 300 mètres d’altitude, un ancien volcan au centre du pays qui a explosé environ 400 ans avant JC et offre des sols très fertiles.

En ce matin de février, du sauvignon blanc arrive au domaine en petites caissettes.

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Les raisins sont beaux. Ils vont servir à l’élaboration de la cuvée Shan Panya Brut, un vin effervescent rafraîchissant et très aromatique ; parfait pour l’apéritif.

Une viticulture tropicale des plus complexes

Au domaine Aythaya, on a bien conscience des difficultés à produire des Vitis vinifera dans un climat aussi tropical. C’est pourquoi l’herbe est coupée très ras : pour protéger les pieds de vigne de l’humidité. Ici, comptez minimum 20% d’humidité en journée et 90% d’humidité la nuit. Résultat : on peut avoir en Birmanie des maladies de la vigne – comme l’oïdium – sans même avoir eu de pluie ! Cette année, pour la première fois, on a même vu du botrytis. “On ferait mieux de cultiver des champignons“, dit Hans en rigolant.

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Pour lui, les pays tropicaux ne seront jamais de véritables pays viticoles. Les conditions de croissance y sont trop complexes et le coût de production y est deux fois plus élevé. “Impossible de faire du vin bio par exemple, avec vingt à vingt-deux sprays par an, contre sept à huit en moyenne en Europe“. C’est là le revers de la médaille. “S’il n’y a que deux établissements vinicoles au Myanmar, c’est bien qu’il y a une raison“, ajoute-t-il.
Quant à la faune locale, mieux vaut être sur ses gardes. Il n’est pas rare de croiser des Cobras cracheurs à cou noir, des Crotales des Bambous (un serpent vert qui ressemble à s’y méprendre à une branche dans l’herbe), ou encore quelques Pythons, perdus entre les rangs de vigne.

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Je réalise soudain que je me promène en tongs dans le vignoble… Pas très malin.

Red Mountain Estate

Très joli domaine au sommet d’une petite colline surplombant le lac d’Inle et faisant face à la chaîne de montagnes de Paung Paing, Red Mountain a été créé en 2003, sous l’expertise de l’oenologue français François-Xavier Raynal – qui a établi le vignoble et l’a managé jusqu’en 2015.
Réparti en deux sites, le vignoble de 75 hectares a été le terrain de nombreuses expérimentations. Des variétés internationales comme le petit verdot, le macabeu, l’alicante bouschet, le cabernet sauvignon, le cabernet franc ou encore le merlot, ont très vite été abandonnées, faute de raisins arrivant à maturité.

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Désormais, Red Mountain se concentre sur les cépages sauvignon blanc, muscat à petits grains, chenin blanc et chardonnay en blanc ; shiraz, carignan, pinot noir et tempranillo en rouge.

“Nous nous concentrons sur une seule vendange, pour une production d’environ 160 000 bouteilles par an“, confie la jeune oenologue Naw Naw Aye, qui reprend cette année le flambeau. Un défi important pour elle, car après un passage de quelques années au marketing chez Red Moutain, Naw Naw débute de zéro côté vin. Elle revient tout juste d’un an d’apprentissage à l’Université du Vin Suze la Rousse, en France, où elle y a appris quelques bases.

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Sa professeur, Marie-Josée Richaud, est venue tout spécialement pour un mois, afin d’encourager son élève, dont la première vendange débute dans quelques jours. Nous lui souhaitons bonne chance dans cette belle aventure !

Découverte du lac Inle

Les deux domaines viticoles birmans n’étant qu’à quelques minutes du célèbre lac d’Inle, nous en profitons pour partir à sa découverte, à bord d’une pirogue. Sillonnant les rives du lac au soleil couchant, nous admirons les villages de pêcheurs sur pilotis.
Sur de petites embarcations longues et étroites, les pêcheurs ont un style acrobatique et des plus originales : une jambe enroulée autour d’une pagaye pour avancer avec des mouvements circulaires, l’autre en équilibre sur la proue.

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Une barque s’approche de nous. Deux pêcheurs prennent littéralement la pose. Je me prends au jeu des photos. Au final, ils nous demandent des sous… Je refuse poliment. Les pêcheurs reprennent le large sans rancune, se dirigeant aussitôt vers une autre embarcation touristique.

Conclusion de notre séjour en beauté à l’hôtel View Point Lodge, où nous sommes reçus par notre ami Arno Di Biase. L’endroit est idyllique : bungalow en bois sur pilotis, spa, cocktail de bienvenue sur la terrasse… ici chaque petit détail compte et rend le séjour inoubliable.

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Dernier moment de détente au SPA de l’hôtel, avec une application de thanaka sur le visage, une crème obtenue à partir d’écorce d’arbres. Ça hydrate la peau et protège du soleil. C’est très agréable et rafraîchissant. Les enfants, les femmes et les personnes âgées en appliquent tous les matins. Avis aux amateurs.

WineExplorers’ment vôtre,
JBA

 

Merci aux domaines Aythaya (Myanmar Estate) et Red Moutain pour leur accueil chaleureux. Merci à Hans Leiendecker pour nous avoir aidés dans nos déplacements dans le pays. Merci à mon amie Amélie Mornex de m’avoir si bien accompagné dans ce pays qu’elle connaît comme sa poche. Et enfin, merci à Arno Di Biase, directeur du ViewPoint Lodge & Fine Cuisines, pour nous avoir accueillis dans son si joli établissement et pour son rôle précieux de guide dans les rues de Nyaungshwe.

 

(1) Il semblerait qu’il y ait deux à trois nouveaux projets de vignobles dans le pays, selon des sources locales, mais personne n’est sûr que cela aboutisse.
(2) Pour faire un peu d’argent, la Birmanie vend une partie de son électricité en Chine et en Thaïlande.
(3) Les moines ont jusqu’à 11h du matin pour manger. Ensuite, il leur faut attendre le lendemain avant de reprendre leur prochain repas.

Le vignoble thaïlandais : inoubliable et inclassable

Aussi beau que fragile, aussi sauvage qu’accueillant. Au delà de toutes mes attentes. Défiant les lois de la viticulture classique. En dehors des sentiers battus et réservant quelques pépites côté vin… Le vignoble thaïlandais est une vraie belle découverte !

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La Thaïlande, qui compte une douzaine de domaines viticoles, principalement dans la région de Khao Yai (dans le nord), s’étend sur moins de 4 000 hectares(1). Voyage à la découverte d’un univers viticole fascinant, composé d’une poignée de (fous) passionnés.

Un enthousiasme affiché malgré des défis de taille

Atterri à l’aube à l’aéroport de Bangkok (4h30 du matin), je suis agréablement surpris par le professionnalisme des taxis thaïlandais : des prix affichés clairement, une file d’attente unique et un service impeccable ; pour une arrivée dans la capitale des plus douces. À peine le pied posé dans Bangkok, une atmosphère particulière m’envoûte.

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Le joyeux bazar des fils électriques dans les rues, les odeurs enivrantes de nourriture, le chant matinal des oiseaux et la ville encore endormie donnent une impression de plénitude absolue.

Rencontre avec Mr Pairach Intaput, président de l’Association des Sommeliers de Thaïlande, au restaurant Bo Lan – le raffinement ultime en matière de nourriture thaïlandaise. L’occasion d’apprendre que l’histoire viticole du pays – qui a démarré en 1995 avec le Château de Loei (aujourd’hui à l’abandon), puis avec le domaine GranMonte en 1999 – commence à peine à émerger. “La promotion du vin étant interdite en Thaïlande, il est pour l’instant interdit d’écrire de livre sur le sujet. De plus, l’association des sommeliers n’est officiellement reconnue que depuis 2015 : avant, c’était assimilé à de l’alcoolisme“, confit Mr Intaput.

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Ici, comme dans de nombreux pays au climat humide et tropical, on pourrait faire jusqu’à deux vendanges par an, avec une saison sèche – où les températures peuvent aisément dépasser les 40°C, et une saison des pluies – où le cycle végétatif de la vigne est mis à rude épreuve.

Pour les vignerons les plus consciencieux, seule la vendange en saison sèche est récoltée. Ensuite, grâce à un produit appelé le Dormex – un régulateur de croissance des plantes appliqué en général dans les 48 heures suivant la vendange – on favorise un arrêt du bourgeonnement uniforme ; afin que la plante puisse rentrer en repos.

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« Ça n’est pas difficile de faire pousser de la vigne en Thaïlande ; seulement, avec la pression atmosphérique et l’humidité permanente, il est impossible de faire des vins bio : obligation de traiter la vigne contre les maladies tel que le Mildiou ou la pourriture grise », constate Mr Intaput.

GranMonte, une jolie succes story familiale

Après avoir récupéré mon amie Amélie Mornex – œnologue française qui aime par-dessus tout faire les vinifications en Asie et qui y passe la majeure partie de son temps depuis des années – nous prenons la direction de GranMonte, à 2h30 de voiture au nord de Bangkok.

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La première impression en arrivant devant ce domaine de 15 hectares d’un seul tenant à 350 mètres au-dessus du niveau de la mer me laisse sans voix. Un vignoble planté en 1999 sur des sols d’argile, de loess et de calcaire, rigoureusement découpé en 20 blocks et où pas moins d’une vingtaine de cépages cohabitent… Parmi eux, quelques variétés internationales comme la syrah, le cabernet sauvignon, le chenin blanc, le grenache et le viognier. Et d’autres cépages plus surprenants, comme le semillon, le verdelho ou le durif(2) !

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Aux commandes de ce domaine : l’adorable famille Lohitnavy. Visooth, le papa – ancien pilote de course et rédacteur en chef d’un magazine automobile, qui a eu envie de changer de vie. Sakuna, la maman, qui gère les restaurants et le café du domaine. Mimi, la fille cadette, directrice marketing en charge des relations publiques. Et Nikki, l’ainée des deux sœurs, responsable de la viticulture et œnologue du domaine.

C’est tout excité que nous nous levons le lendemain aux aurores pour une session vendange du chenin blanc ! Ciseaux en main (une fois n’est pas coutume), nous coupons les grappes dans la bonne humeur et sous un soleil de plomb.

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L’état sanitaire des raisins est superbe. Ça promet un beau millésime.

Nikki Lohitnavy, la révélation en viticulture tropicale

Je le dis sans détour : qui affirme n’avoir jamais bu un “grand vin“ issu d’une viticulture tropicale n’a pas encore bu l’un des vins du domaine GranMonte
J’en vois d’ici monter au créneau sur la notion de grands vins ; criant à l’hérésie. Pas du tout ! D’abord, qu’est-ce qu’un grand vin ? Voilà une question bien personnelle… Une question d’émotions, de joie, de ressenti profond, de plénitude, de gourmandise, que j’aime à décrire comme un moment aussi intense et réconfortant qu’une soirée au coin du feu dans les bras de l’être aimé.

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Rencontre avec Nikki Lohitnavy. “À l’âge de 10 ans, je voulais être botaniste“, raconte-t-elle. Diplômée en œnologie de la prestigieuse université d’Adélaïde, Nikki parcours le monde et forme sa technique, notamment dans le nord du Brésil, où elle apprend à dompter la vigne en milieu humide. En 2009, elle fait son premier millésime à GranMonte. Un virage qualitatif certain pour le domaine. C’est la révélation.

Depuis la paille sur les pieds de vigne pour réduire le nombre de spray herbicide et donner de la matière organique aux sols, jusqu’aux fibres de banane servant à attacher la vigne pour leur côté écolo, Nikki expérimente sans cesse. “J’expérimente actuellement quatre nouveaux cépages : sangiovese, barbera, touriga nacional et touriga franca. Mon rêve sera d’avoir plus de place encore pour tester bien d’autres cépages, mais l’hectare coûte cher ici“.

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Côté technologie, ça n’est pas mal non plus. “Nous exploitons notre vignoble avec un système agricole de précision appelé ‘’Smart Vineyard’’, qui intègre une surveillance microclimatique nous aidant à obtenir le meilleur potentiel de qualité des raisins dans ce climat à la viticulture non conventionnelle“.

Nikki m’a tout simplement ouvert les yeux sur la viticulture en culture tropicale, en m’apportant la preuve qu’avec de la passion, beaucoup de savoir-faire, un travail acharné à la vigne et un équipement de pointe, il est possible d’y faire de très jolis vins.

L’Oenotourisme, la clé du succès

Malgré son histoire viticole récente, la Thaïlande est déjà très avancée côté oenotourisme et a tout compris.
Comme chez Silverlake, à Pattaya, où l’on compte pas moins de 800 000 visiteurs par an (!). Ces derniers raffolent de la visite des jardins du domaine en minibus. Une véritable expérience façon “parc d’attraction“, prolongée le midi au restaurant et le soir dans l’une des chambres de style hollywoodien du complexe.

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Dans un registre plus “zen“, chez Village Farm & Winery, dans la région de Khao Yai, on peut venir méditer au milieu des vignes le temps d’un week-end, et profiter du calme des chambres sans télévision ni internet.

Côté “nature“, Alcidini Winery, le plus petit vignoble thaïlandais avec 8 hectares, accueille les visiteurs dans son domaine pédagogique conduit organiquement. Un sacré défi dans une partie du monde aussi tropicale : pas de pesticides, utilisation de moutons pour manger l’herbe entre les rangs de vigne et achat de fumier de vache au fermier voisin.

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Enfin côté “musique“, le festivale Jazz & Wine annuel organisé au domaine GranMonte, et auquel nous avons eu la chance de participer, est un événement culturel incontournable.

Une nature belle et fragile à préserver

Sur le chemin du retour, nous avons le bonheur de faire deux stops nature épiques. L’occasion pour vous narrer la beauté de la biodiversité thaïlandaise et, je l’espère, vous donner envie de le (re)visiter !
Elephant Stay, tout d’abord : un site de protection et de préservation des éléphants. Ces derniers sont entraînés pour les parades et les démonstrations militaires (en mémoire de leur usage comme force de frappe en temps de guerre). Nous assistons à la douche quotidienne de ces grands mammifères, aussi à l’aise que des poissons dans l’eau.

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Khao Yai National Park, enfin. Le clou du spectacle. Avec 80km de long d’est en ouest, le deuxième plus grand parc du pays fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO et constitue l’une des plus vastes forêts d’Asie. On peut y planter la tente…pour un réveil nature des plus dépaysant.

WineExplorers’ment vôtre,
JBA

 

Merci aux domaines GranMonte, Alcidini, Village Farm Winery, Silverlake and PB Valley pour leur accueil chaleureux.
Merci à la direction du Khao Yai National Park et tout particulièrement à Ms. Issaya Siriwachanawong, notre adorable guide, pour nous avoir amenés hors des sentiers battus. Enfin, merci à l’équipe d’Elephant Stay de nous avoir permis d’admirer le bain des éléphants : un moment inoubliable. Et un grand merci à mon amie Amélie Mornex, pour son aide précieuse sur le terrain.

(1) La viticulture thaïlandaise se retrouve sur trois régions variant de 110 à 530 mètres d’altitude : Prachuap Khiri Khan (Hua Hin) et Pattaya dans le centre du pays et Khao Yai dans le nord.
(2) Le durif est un cépage de cuve noir français originaire du Dauphiné, croisement spontané des cépages peloursin et syrah. Appelé petite syrah ou petite sirah en Californie, il est aussi connu sous ce nom en Australie, en Nouvelle-Zélande ou en Afrique du Sud. Enfin, il est également connu sous les noms de bas plant, dure, duret, dureza, duriff, dyurif, gros noir, Kek Durif, nérin, pareux noir, petit duret, petite serine, petite sirah, petite syrah, pinot de l’Ermitage, pinot de Romans, plant durif, plant fourchu, serine, serine des Mauves, sirane fourchue ou sirane de Tain.

L’Inde viticole, entre défis et (belles) découvertes

Arrivé depuis Paris avec Saudia – une compagnie aérienne que je recommande vivement au passage pour le confort inégalable de sa classe éco – je suis impatient de mettre pour la première fois un pied sur le sol indien ; qui plus est pour en découvrir son vignoble !

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Sitôt débarqué à Bombay, l’atmosphère si particulière de la ville m’électrise. L’odeur d’épices dans l’air, la chaleur accablante, le ballet incessant de voitures et les concerts de klaxons, font de la ville la plus peuplée d’Inde un lieu unique. Aussi addictif pour certains qu’invivable pour d’autres.
En route pour une visite haute en couleurs, dans un pays où la viticulture a réellement débuté dans les années 1970, et qui compte aujourd’hui 90 domaines pour environ 20 millions de litres produits l’an passé.

Une viticulture en plein boom, menée tambour battant par Sula Vineyards

C’est en compagnie de quelques membres de l’Association des Producteurs de Vin d’Asie (l’AWPA) – Denis Gastin (fondateur), Sumedh Mandla (président) et Visooth Lohitnavy (fondateur, domaine GranMonte, Thaïlande), ainsi que Sumit Jaiswal (directeur marketing, domaine Grover Zampa, Inde) et du professeur Charoen Charoenchai de Thaïlande, que j’ai le plaisir de faire le voyage. Une bien belle équipe !

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Après 3h de voiture, nous arrivons à Nashik, au nord est de Bombay, la principale région de production de vin du pays avec 40 domaines. Un plateau perché à 680 mètres d’altitude, connu avant tout pour sa production de fruits et légumes (n°1 dans la culture des oignons, par exemple).

L’occasion d’apprendre que la production de vin en Inde se répartit principalement entre trois régions viticoles(1) : Nasik et Pune sur la côte ouest, deux régions situées dans l’Etat du Maharashtra (80% du vignoble indien) et Bangalore, au sud, dans le Karnataka (10% du vignoble).

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Avec 120 000 hectares de vignes en 2015 et une superficie qui a doublé en quinze ans, le vignoble indien est en plein boom.

Nous sommes attendus chez Sula, le leader viticole indien, avec 60% des parts de marché. Peut-être avez-vous d’ailleurs eu l’occasion de goûter l’un de leurs vins? Vous savez, ces étiquettes au logo si caractéristique en forme de soleil moustachu ! Bien que difficile d’accès (routes indiennes parfois en piteux état et manque de signalétique), la success story de Sula force l’admiration. Avec pas moins de 250.000 visiteurs par an, ce domaine précurseur en oenotourisme a tout compris. Son festival annuel de musique – le Sulafest – à la programmation internationale (plus de 120 artistes sur trois jours), est un modèle du genre. Sans compter les 35 chambres du domaine qui affichent toujours complet.

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Côté vin, toutefois, je m’interroge. Une grande partie des raisins de Sula (comme pour la majorité des domaines indiens, nous y reviendrons plus bas), est achetée aux fermiers de la région. Comment faire, alors, pour s’assurer d’avoir des raisins de qualité ? Surtout avec une production aussi importante.
“La politique de Sula se veut stricte“, nous explique-t-on. “Si les fermiers n’amènent pas les raisins à la bonne date, ils ont des pénalités : cela évite que les grappes soient récoltées trop tôt“.

Faire du vin en Inde, un défi de taille

N’oublions pas que la culture de la vigne en Inde reste avant tout un challenge. Le climat tropical du pays, avec une saison sèche – où les températures peuvent aisément dépasser les 40°C, et une saison des pluies – où le cycle végétatif de la vigne est mis à rude épreuve, en font un lieu de production extrême. On y fait deux vendanges par an (la plus qualitative étant en avril, lors de la période sèche).

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Deux tailles sont également nécessaires. La première juste avant l’arrivée des pluies en mai. La seconde, plus précise, après les moussons d’été, pour une croissance de la vigne programmée d’octobre à mars.

De plus, les systèmes de taxation du vin varient d’un État du pays à l’autre. Un véritable paradoxe, illustré par le domaine Grover Zampa. En 2012, une fusion a eu lieu entre Grover (à Bangalore) et une cave de Nashik, pour éviter les taxes sur le prix des bouteilles entre les deux États (plus d’1/3 du prix de vente final).
Et le protectionnisme sur les terres agricoles oblige les producteurs à sous-louer des terres aux agriculteurs voisins pour s’étendre et se fournir en raisins. Ainsi, pour avoir accès à plus de terres, mais pour pouvoir contrôler la qualité de la viticulture, les domaines prennent des baux à long terme sur les terres appartenant à des agriculteurs locaux (20 ans, avec une option de renouvellement de 15 ans).

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Ajoutez à cela le fait que l’Inde n’est pas un pays de tradition vinicole ; ses habitants consommant 9 millilitres par personne et par an (contre 42 litres(2) en France). Et pour couronner le tout, non seulement l’alcool est prohibé dans de nombreux États ; mais en plus, la publicité sur le vin est interdite en Inde. Autant de facteurs qui pourraient décourager.

Malgré cela, l’enthousiasme des domaines visités est palpable et fait plaisir à voir. Et bien qu’il semblerait globalement que le climat réussisse mieux aux vins blancs, la qualité est là et certaines cuvées indiennes méritent franchement le détour dans toutes les couleurs, effervescents compris.

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Cinq délicieux vins indiens découverts et que je recommande vivement :
Insignia 2015, du domaine Grover Zampa (“Coup de cœur Wine Explorers“ – 100% syrah – Bangalore)
Sparkling Cuvée NM, du domaine York (100% chenin blanc – Nasik)
Réserve Collection Viognier 2015, du domaine Grover Zampa (Bangalore)
Sauvignon Blanc 2016, du domaine York (Nasik)
Dindori Réserve Viognier 2016, du domaine Sula

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Bangalore, région de prédilection pour les vins blancs

Réveil à l’aube pour 1h30 d’avion, direction Bangalore, au sud. Quel changement radical à la sortie de l’avion ! Finis la pollution urbaine et le brouhaha de la ville. On entend même les oiseaux chanter. Le trafic est calme. Les routes bitumées, larges et bien plates. La végétation luxuriante.

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Bienvenue dans la « silicone vallée » de l’Inde, une région à la prospérité économique fulgurante. Rendez-vous est pris au domaine Grover Zampa, le deuxième acteur viticole majeur du pays, dont les premières vignes (cabernet sauvignon, shiraz, merlot, sauvignon blanc, viognier et chenin blanc), ont été plantées au milieu des années 1980. Le domaine est consulté par l’œnologue français Michel Roland.

Ici, certaines parcelles des 180 hectares de vigne du domaine culminent à plus de 1 000 mètres. Résultat, des journées moins chaudes (26 à 28°C) et des nuits fraîches.

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La veille encore, nous visitions leurs vignobles dans la région de Nasik (40 hectares). La gamme de vin étant identique aux deux régions, cela permet de se rendre compte immédiatement de la différence de profil entre les vins : indiscutable. L’altitude de Bangalore – combinée à des sols argilo-limoneux – offre des vins tendus, plus aromatiques et plus complexes ; notamment en blanc.

Une parcelle de sauvignon blanc vient d’ailleurs d’être vendangée en cette matinée de fin janvier. Un travail fait à 70% par les femmes. Les raisins vont maintenant être sélectionnés à la main sur la table de tri. Un contrôle exigeant et qui s’en ressent sur la production, avec des vins élégants dans l’ensemble.

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York Winery, une histoire de famille

D’un autre côté, de plus en plus de petites structures familiales, comme le domaine York Winery, voient le jour. York est un projet initié par l’indien Lilo Gurnani en 2003, à une époque où il développe une passion pour le vin et commence à lire beaucoup sur le sujet. Né à Nasik, il a envie de suivre le mouvement viticole en plein essor de sa région. Il nomme son domaine YORK, en reprenant les initiales de ses trois enfants, Yogita, Ravi & Kailash. Tout un symbole.

Aujourd’hui, deux d’entre eux ont repris les rênes. Rencontre avec Kailash Gurnani, l’un des fils, directeur et œnologue en chef du domaine ; ayant fait ses classes à l’université d’Adélaïde.

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“Si notre marque est aujourd’hui reconnue, c’est parce que nous sommes une entreprise familiale. C’est notre histoire et nous en sommes les visages derrière. Voilà notre stratégie marketing“, raconte-t-il. Et d’ajouter : “avec une gestion familiale, nous nous assurons également un meilleur contrôle sur nos vins“.

L’industrie viticole indienne est donc belle et bien en pleine expansion. Mais aussi au cœur des débats. Quel avenir pour ce jeune secteur aux nombreuses contraintes ?…

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« L’industrie du vin croît régulièrement, à un rythme de 10 à 15%. Cette croissance pourrait être beaucoup plus grande si d’autres États en Inde devenaient accessibles pour vendre du vin“, confie Kailash. Car sur 1,2 milliard de personnes en Inde, moins de 100 millions sont des consommateurs potentiels. Cela dit, l’augmentation actuelle du tourisme viticole est très encourageante et semble concerner des hommes et des femmes de tous âges. Un signe encourageant.

En conclusion de ce voyage des plus enrichissants, nous partons Denis Gastin et moi, dans les montagnes de Nandi Hills, à 30 km de Bangalore, histoire de méditer un peu sur les découvertes de la semaine. Quelques singes intrépides viennent nous tenir compagnie.

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L’Inde m’intrigue désormais davantage et je m’interroge. Dans un pays à la superficie cinq fois plus grande que celle de la France, et dont la diversité culturelle, les paysages, la gastronomie, le climat et la langue changent en moyenne tous les 100km, je sais qu’il me faudra revenir. Pour d’autres visites. Dans d’autres régions. Je m’en réjouis déjà.

WineExplorers’ment vôtre,
JBA

Merci aux domaines Sula Vineyards, Grover Zampa et York Winery pour leur accueil chaleureux et cette première visite de l’Inde inoubliable.
Merci à Denis Gastin et à l’AWPA (Asian Wine Producers Association), pour m’avoir si gentiment aidé dans l’organisation de ce voyage.

(1) Une production émerge également à Hyderabad (État du Telangana, dans le centre), ainsi que dans les États de l’Andra Pradesh (au sud), et de l’Himachal Pradesh (au nord) ; source : http://www.suddefrance-developpement.com 
(2) Estimation Vin & Société

Bali, évasion garantie

Lors de mes études à Bordeaux, je me souviens avoir entendu dire au cours d’une dégustation, qu’il existait une production de vin à Bali. « Impossible ! », m’étais-je écrié à l’époque, l’endroit est trop humide. Et pourtant…

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L’« Île des Dieux », comme on la surnomme, n’est pas qu’un haut lieu touristique mondial. Elle peut aussi réserver de bien jolies surprises côté vin. Nous voilà donc partis pour une semaine d’exploration inédite et aux airs de vacances…pour notre plus grand bonheur !

Un vignoble aux conditions climatiques extrêmes

Imaginez un instant : un territoire au climat tropical, où l’on peut vendanger jusqu’à 3 fois par an, où le vignoble n’a pas de période de dormance, où il fait 23°C en hiver et où les pieds de vigne ne vivent pas plus de 12 ans, faute d’un labeur incessant… Bienvenue à Bali, seule et unique région viticole d’Indonésie !

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Bien que son histoire soit jeune, puisqu’elle a débuté en 1994 avec le domaine Hatten Wines, le vin « made in Bali » existe bien !
Mais alors, pourquoi donc faire du vin dans de telles conditions ? « Premièrement parce que l’importation de vin reste complexe en Indonésie. Et surtout parce que les touristes veulent déguster des vins locaux », nous confie James Kalleske (1), l’œnologue d’Hatten Wines.

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Et force est de constater que la qualité des vins balinais est au rendez-vous. « Ce n’est plus une question en 2015 ; les vins sont techniquement bien faits. C’est plutôt une question d’acceptation du goût de nos vins, car les cépages sont différents, comme le belgia », ajoute Maryse LaRocque (2), en charge du développement à Hatten Wines.

Quelques vins balinais à déguster sur place :
Moscato d’Bali du domaine Sababay Winery (100% Muscat de Saint Vallier (3))
Aga White NM (100% belgia) du domaine Hatten Wines
White Velvet du domaine Sababay Winery (100% Muscat de Saint Vallier)
Pino de Bali du domaine Hatten Wines (60% belgia, 40% Alphonse Lavallé ; vieilli 5 ans en Solera (4))

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Sababay Winery, le nouveau venu balinais

Initié il y a à peine cinq ans, Sababay Winery est à la fois un rêve d’enfance et une initiative citoyenne pour Evy Gozali. « Nous avons fait le choix de travailler avec les fermiers locaux pour l’achat des raisins, afin de leur permettre de mieux vivre », nous raconte-t-elle. Comment? En achetant leur production 5000 roupies le kilo (contre 500 auparavant) et en mettant en place des aides pour que les enfants puissent être scolarisés.

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Dans un souci de développement organique, il est également demandé aux fermiers d’avoir au minimum une vache par vignoble, pour la production de compost.
Une belle démarche quand on connaît la fragilité de l’écosystème balinais. Car bien qu’à l’esprit des gens Bali évoque avant tout des paysages dignes des plus belles cartes postales – plages de sable blanc, reliefs volcaniques couverts de forêts ou encore rizières à flanc de colline – n’oublions pas qu’une grande majorité des Balinais vit encore dans des conditions précaires.

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Pour l’anecdote, certains fermiers avec lesquels Sababay Winery travaille sont musulmans (5) et cultivent la vigne sans connaître le produit final, puisqu’ils ne boivent pas de vin ! Il est donc compliqué de leur faire comprendre que les raisins ne doivent pas être cultivés au rendement, comme les raisins de table. « L’astuce : leur faire goûter des échantillons de jus de raisin », raconte Evy.

Vivre Nyepi à Bali

Nyepi, une célébration aussi belle qu’émouvante et que nous ne sommes pas prêts d’oublier. Egalement appelé « Jour du Silence Hindou », Nyepi correspond au nouvel an balinais.

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Une fois par an, il faut chasser de l’île les esprits maléfiques. Par chance, nous assistons aux célébrations. D’immenses statues ornées de divinités monstrueuses (les ogoh-ogoh), toutes plus grandes, décadentes et terrifiantes les unes que les autres, paradent dans les rue de Bali à la nuit tombée, au son des percussions traditionnelles.
S’en suit une longue procession sur la plage, où les ogoh-ogoh sont décapitées puis brûlées dans d’immenses feux de joie.

Puis vient Nyepi. Une journée de recueillement où chacun est invité à rester chez soi. Sans bruit, dans le silence et la pénombre ; pendant 24h à partir du lever du jour. Les démons ne doivent pas être tentés par un retour auprès des humains…

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Quant à nous, nous en profitons pour nous couper du travail le temps d’une journée et apprécions les joies de la piscine du Brown Feather Hotel. Une fois n’est pas coutume.

Visite matinale des vignobles

Le lendemain, un chauffeur vient nous chercher à l’aube. Nous partons visiter l’un des vignobles d’Hatten Wines. Bali dort encore. Il fait nuit noire et l’atmosphère a quelque chose de mystique. Pas une âme qui vive dans les rues, hormis quelques tribus de macaques crabiers (6).

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L’instant a quelque chose de surréaliste, comparé à la densité incessante du trafic qui règne ici les 364 autres jours de l’année.
Il est 7h du matin lorsque nous arrivons sur place. Le soleil se lève à peine. Pourtant, il fait déjà 28°C et 100% d’humidité dans l’air! Les vignes sont belles et d’un vert étincelant. D’ailleurs ici, c’est simple, la vigne ne perd pas ses feuilles… Après la vendange, une petite taille en vert suffit et la vigne repart aussitôt (7) ! De quoi donner le tournis.

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Nous terminons le séjour avec une superbe visite du Bali Safari & Marine Park, le temps de faire ami-ami avec un orang-outan et d’admirer le spectaculaire « Bali Agung show », une fresque grandeur nature reconstituant l’histoire de l’île…à couper le souffle.

 

WineExplorers’ment votre,
JBA

 

Merci aux domaines Sababay Winery et Hatten Wines pour leur accueil chaleureux, ainsi qu’aux établissements Brown Feather Hotel et Plataran Ubud pour l’hébergement dépaysant qui nous a été offert. Merci tout particulièrement à Evy Gozali de Sababay Winery et à Maryse LaRocque du domaine Hatten Wines, pour leur aide précieuse dans l’organisation de notre séjour. Enfin, merci à Ibu Yoke de nous avoir fait visiter le Bali Safari & Marine Park depuis les coulisses.


(1) James Kalleske, l’œnologue d’Hatten Wines, n’est autre que le neveu de notre ami David Kalleske (domaine Rockford Wines, Barossa). Le monde du vin est décidément microscopique !
(2) Maryse LaRocque est également secrétaire de l’Asian Wine Producers Association ; association qu’elle a montée avec Denis Gastin.
 (3) Muscat de Saint Vallier : croisement interspécifique obtenu par Seyve-Villard entre le « 12 129 Seyve-Villard » et la « panse précoce de Provence ».
(4) La solera est un système de vieillissement du vin utilisé en Espagne.
(5) Il y aurait 5 % de musulmans à Bali. On appelle ces Balinais musulmans « Bali Slam »
(6) Le macaque crabier est un singe catarhinien de la famille des cercopithécidés, originaire d’Asie du Sud Est et très présent sur l’île de Bali…
 (7) On garde beaucoup de feuillage pour une meilleure photosynthèse et donc plus de tannins et une meilleure concentration.

La Chine, nouvel eldorado et superpuissance du vin – Partie 2

Acte 2/2 : Tianjin, Hebei, Pékin & Shandong

Nous vous en parlions dans notre précédent article, la Chine est devenue le 1er pays au monde consommateur de vin rouge.
Pourquoi un tel engouement pour le vin ? Principalement grâce à l’ouverture de la Chine sur le monde. Car si ces dernières années on y constate une baisse de la consommation d’alcools forts comme le baijiu, le vin, lui, est en plein boom.

Château Junding (Shandong)

Château Junding (Shandong)


Boire du vin rouge serait bon pour la santé, mais pas que ! Les nouvelles générations voyagent, étudient à l’étranger et occidentalisent leur consommation. Le vin est à leurs yeux un produit à la mode, générateur de lien social. Et les investisseurs chinois l’ont bien compris : les domaines viticoles naissent et s’agrandissent à tours de bras. Focus sur quatre des principales régions reconnues de Chine, toutes concentrées autour de Pékin : Tianjin, Hebei, Pékin (elle-même) & Shandong.

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Tianjin, région pionnière en joint-ventures Sino-étrangères

Nous avons rendez-vous au sud-est de Pékin au domaine Dynasty, une joint-venture sino-française entre Tianjin City Grape Garden et Remy Martin, établie en Chine en 1980.

C’est par le train que nous devons nous y rendre, depuis la gare centrale de Pékin. Rien de tel pour expérimenter les joies des transports en communs chinois. Quoi que…
Des heures d’attente sous la chaleur et dans le brouhaha pour récupérer nos billets à un guichet bondé de monde. Autour de nous des gens dorment à même le sol, leur baluchon sous la tête en guise d’oreiller ; d’autres jouent aux cartes, les doigts de pied en éventail, attendant probablement une correspondance tardive. Un véritable parcours du combattant qui s’achève par un trajet debout, sacs de 70L entre les jambes. Nous rions aux éclats devant une telle anarchie.

Dynasty

Dynasty


Arrivés au domaine Dynasty, la surprise est de taille. Nous tombons nez à nez avec un véritable château. Devant le bâtiment,  a même été édifiée une réplique miniature de la pyramide du Louvre (cette dernière ayant été conçue – cela dit en passant – par l’architecte sino-américain Ieoh Ming Pei en 1983…plutôt amusant).
Les décorations intérieures et les hauteurs de plafond, font elles aussi, dans la démesure.

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Les 27 hectares de riesling italien et de muscat d’Hambourg du domaine, sont entourés de bâtiments industriels. La ville est venue encercler le domaine. Une question me vient alors : d’où viennent les 40 millions de bouteilles produites chaque année par Dynasty? La réponse est simple (et fréquente pour beaucoup de grands domaines dans le monde) : le reste du vignoble – 1500 hectares de vigne – se trouve à 1200 km de là, dans la région de Ningxia ! Difficile d’aborder la notion de terroir dans de telles conditions.

Hebei, la région côtière en plein boom

Premier constat à notre arrivée : les grues ont envahi le paysage. Les ambitions de la région sont clairement affichées.
Illustration avec Bodegas Langues, un domaine imaginé par le milliardaire autrichien Gernot Langes-Swarovski (petit-fils du créateur de bijoux Daniel Swarovski) et qui n’est autre qu’un joli cadeau de son propriétaire envers lui même.

Bodegas Langues

Bodegas Langues


Imaginez : 300 millions de dollars US d’investissement pour 200 hectares de vigne plantés à flanc de montagne (principalement en cabernet sauvignon, merlot, syrah et cabernet franc) ; un chai par gravité entièrement automatisé d’une capacité de 1600 tonnes ; deux ascenseurs conçus pour déplacer les cuves inox de 600 HL, et cerise sur le gâteau…une tonnellerie produisant ses propres barriques de chêne, 100% « made in China » ! Les vins sont vendus en moyenne 150€ et peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros pour un double magnum de la cuvée haut de gamme, serti de pierres précieuses.

Un voisin, le Château Huaxia Greatwall, qui a marqué les débuts de Greatwall en Chine (groupe COFCO), pèse quant à lui 1300 hectares de vigne – plantés dans la région le long de la montagne Yanschan, sur des sols sablo-argileux riches en minéraux – pour 46 000 tonnes de production et un chai gigantesque de 23 000 barriques ! De quoi faire tourner la tête.

Château Huaxia Greatwall

Château Huaxia Greatwall


Pékin, ou quand la vigne se fait rattraper par l’urbanisme

C’est en métro que nous nous rendons dans le district de Fangshan, en périphérie de Pékin. Bien loin des grandes productions du pays, cette nouvelle région ne compte pour l’instant qu’une vingtaine de domaines, entre 10 et 60 hectares. Pour se démarquer, le gouvernement local a mis en place une politique très stricte pour l’élaboration des vins : interdiction d’acheter des raisins ailleurs, tout doit provenir du domaine. Une certification BIO pour la viticulture et la vinification est également à l’étude.
Car la région de Fangshan a d’abord été prospère grâce à ses productions de marbre. Mais les richesses se sont appauvries et il faut aujourd’hui trouver de nouvelles idées pour conserver les 260 000 emplois en jeu. Le développement de l’industrie viticole est donc le nouveau cheval de bataille de Fangshan.

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Nous visitons le Château Bolongbao, un domaine expérimental de 60 hectares où sont plantés de la roussanne, du viognier ou encore du petit manseng, aux côtés de cépages plus traditionnels comme le chardonnay, le cabernet sauvignon et le merlot. Le défi est de taille dans le vignoble : humidité élevée, pluies estivales et gelées d’hiver obligent à protéger la vigne quatre mois durant. Mais cela n’empêche pas la production d’un vin qualitatif dans l’ensemble, souple, facile à boire et sur le fruit.

Au Château Lion, à une heure de route de là, il a aussi fallu s’adapter à des contraintes supplémentaires et pour le moins inattendues. Il y a 4 ans le domaine s’est vu « couper en deux » par une voix de chemin de fer aérienne reliant la banlieue pékinoise à son centre.

Château Lion

Château Lion


Un coup dur qui n’enlève en rien l’optimisme débordant du propriétaire, très fier de la conduite de sa vigne en guyot double. Il s’amuse même à nous faire déguster à l’aveugle un délicieux vin blanc pris sur cuve, aux arômes de menthe, de pêche et d’agrumes et qui se révèlera être un 100% vidal, un cépage que l’on retrouve normalement au Canada pour la production de vin de glace. Coup de chapeau.

Shandong, un potentiel non négligeable

Voilà une région forte intéressante d’un point de vue climatique.
Ici pas besoin d’enterrer la vigne en hiver (contrairement à toutes les autres régions viticoles chinoises par lesquelles nous sommes passés) : il y fait plus chaud. Normal, le vignoble de Shandong est sur la même latitude que la Grèce ou encore la Turquie.

Futur Domaine Lafite (Shandong)

Futur Domaine Lafite (Shandong)


C’est dans le district de Penglai que nous sommes attendus, là où sont produits les 2/3 des vins du Shandong. Et si à l’heure où nous écrivons cet article, les Domaines Barons de Rothschild (Lafite) sont en train de mettre un pied dans la région*, c’est loin d’être un hasard. Le potentiel est là : un très bel ensoleillement, des pluies modérées, des sols pauvres composés – sur les plus beaux vignobles – de granite, de calcaire et de minéraux ; un vent marin qui vient sécher la vigne en été et la protège de beaucoup de maladies ; la possibilité de planter une grande diversité de vitis vinifera et d’avoir – à terme –  de plus vieux pieds de vigne qu’ailleurs en Chine.

Ici les domaines rivalisent d’originalité, comme le château Treaty Port Vineyards, d’inspiration écossaise, qui trône juste en face du futur domaine Lafite. On y produit même un whisky avec du malt importé d’Ecosse.

Treaty Port Vineyards (Shandong)

Treaty Port Vineyards (Shandong)


Autre belle réussite locale, à la française cette fois, le Château Reifeng-Auzias, né en 2003 d’une coentreprise entre Dominique Auzias (Château Auzias), Michel Behar (financier), et Wu Feng et Mei Ling (un couple dans le pétrole en Chine). Le château serait même, de l’avis de Bernard Burtschy, « l’un des vignobles les mieux plantés de la Chine et même d’ailleurs ».

Et comment goûtent les vins dans tout ça ?

La province de Hebei nous a particulièrement marqué par la qualité de sa production.

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-“Grand Réserve 2009“, du domaine Bodegas Langues (district de Changli) : un assemblage de cabernet sauvignon, syrah, merlot et cabernet franc. Nez complexe de fruits rouges, cuir et violette. Bouche sur les fruits noirs (dominante cassis) et le cacao. Prix caveau : 220€, tout de même…
-“Cabernet Sauvignon Spécial Réserve 2005“, du Château Huxia Greatwall (district de Changli) : un nez de fruits noirs très mûrs (cerise noire et pruneau), réglisse. Une très belle bouche, fraîche, avec des tannins agréables, souples et élégants. Prix caveau : 78€.
-“Réserve 2009“, du Château Nubes (district de Huailai) : un 100% cabernet sauvignon aux notes de fruits noirs confiturés, de cuir et d’épices. Bouche sur les fruits cuits, avec des tannins fins et soyeux. Jolie longueur. Prix caveau : 130€.
-“Danbian Marselan 2011“, du Domaine Amethys Manor, (district de Huailai) : un vin rouge 100% marselan élevé pour moitié en barriques américaines et pour moitié en barriques hongroises. Nez très chargé en épices (poivre noir, clou de girofle), avec des fruits noirs et une finale légèrement herbacée. Bouche fraîche avec un fruit croquant. Délicieux.
-“Petit Manseng Late Harvest 2010“, du Domaine Franco-Chinois (district de Huailai) : un vin que nous ouvrons pour notre anniversaire sur la Grande Muraille de Chine. Nez de fruits confits, complexe et très agréable. Bouche vive avec une belle acidité, des fruits confits et une finale sur l’abricot sec. Superbe.

3 autres vins rouges très intéressants dégustés dans les autres régions.

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-“Bolongbao Red 2010“, du Château Bolongbao (PÉKIN, district de Fangshan) : assemblage de cabernet sauvignon et merlot. Après un passage d’un an en barriques françaises, développe des notes de mûre sauvage, de cacao et de cuir. Bouche fraîche, souple et très structurée. Prix caveau : 60€.
-“Private Reserve 2005“, du Château Gooding (SHANDONG) : le vin iconique du domaine, un cabernet sauvignon produit exclusivement en magnum. Nez de fruits noirs, d’épices et de sous-bois. Tannins très fins. Puissant en bouche, avec des notes de réglisse et de cassis.
-“The Commissioner 2009“, domaine Treaty Port Vineyards (SHANDONG) : assemblage de marselan et de merlot. Joli nez de mûre, myrtille et cerise griotte. Bouche souple avec un fruit équilibré et croquant, poivre noir en finale. Fin de bouche courte mais fraîche. Prix caveau : 40€.
-et une curiosité hors vin : un XO de 15 ans d’âge du domaine Dynasty (TIANJIN), qui peut rivaliser sans rougir avec quelques cognacs français. Prix caveau : 78€.

Conclusion : quand il s’agit de vins premium (au dessus des 50€), la qualité est souvent au rendez-vous.

La barrique de vin chinoise, ça existe !

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Dans les montagnes du nord est de la Chine, aux pieds de la Mongolie, se trouve une forêt de chênes d’à peine quelques hectares. Juste assez d’arbres pour faire le bonheur de deux tonneliers chinois installés en bord de mer, à l’est de Pékin. La barrique de chêne « made in China » existe donc bel et bien. Et après dégustation il semblerait que les tannins et arômes apportés au vin soient plus fins et plus discrets qu’une barrique de chêne hongrois ou français.
Toutefois la barrique de chêne chinoise n’est qu’un doux rêve éphémère. Le chêne est amené à disparaître rapidement. Car il faut entre 70 et 80 ans pour qu’un chêne arrive à une taille adulte, et il est impossible d’en replanter en montagne, le coût est trop onéreux. « D’ici 3 à 4 ans les tonnelleries chinoises seront obligées d’importer du chêne de l’étranger si elles souhaitent continuer à produire », nous confit le directeur d’une des tonnelleries.

La Chine est donc un acteur majeur du monde du vin au XXIème siècle, tant part la taille de sa production (5ème pays producteur), que part les chiffres de sa consommation de vin rouge (1ère place mondiale). Elle se doit donc d’être prise très au sérieux.
Une nuance toutefois – et de taille : les exportations de vin chinois ne dépassent pas les 2% de la production totale, et avec le nombre de consommateurs potentiels dans le pays (chaque jour en croissance) cette tendance n’est pas prête de s’inverser. Le vin chinois ne sera donc pas (encore) demain sur toutes nos tables.

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Quittons-nous sur un moment magique vécu le 16 juillet dernier, jour de l’anniversaire commun des deux explorateurs baroudeurs : une promenade sur une partie laissée à l’abandon de la Grande Muraille de Chine. Un moment de quiétude absolue et où l’immensité du monde vient nous rappeler courtoisement que nous ne sommes que de petites gouttes d’eau dans l’océan.

WineExplorers’ment votre,
JBA

 

*Les Domaines Barons de Rothschild (Lafite) se sont associés au groupe chinois CITIC en 2012 pour construire un domaine dans la région viticole de Penglai. Le vignoble est déjà entièrement planté ; les travaux de réalisation des différents bâtiments sont en cours.

Merci à Nancy Pan et Brian Yao pour leur aide précieuse sur le terrain et les nombreuses traductions du chinois vers l’anglais.
Pour toute autre information liée au marché chinois : http://www.wines-info.com

La Chine, nouvel eldorado et superpuissance du vin – Partie 1

Acte 1/2 : Xinjiang, Ningxia & Shanxi

Aujourd’hui – plus que jamais – le monde du vin a les yeux braqués sur la Chine. Mais pourquoi donc me direz-vous ?
Souvenez-vous. Début janvier 2014, la nouvelle a fait grand bruit dans tous les journaux : l’empire du Milieu devenait le premier pays au monde consommateur de vin rouge (avec 1,865 milliard de bouteilles consommées en 2013), détrônant au passage la France (1) ! Autant vous dire qu’en tant qu’explorateurs passionnés nous avions hâte de nous rendre sur place pour nous faire une idée globale de la situation. Nous avons passé 30 jours dans le pays, visité 32 domaines viticoles dans 7 régions différentes et dégusté plus de 230 vins. Récit d’un mois de voyage en Chine.

Château Changyu Baron Balboa Kinjiung (Xinjiang)

Château Changyu Baron Balboa Kinjiung (Xinjiang)


Des ambitions de développement clairement affichées

Jusque dans les années 1980 – c’est à dire hier à l’échelle de l’histoire de l’humanité – la Chine était principalement orientée vers la production de raisins de table dans les régions musulmanes de l’ouest. Et bien que l’histoire de la viticulture dans le pays remonterait à 7000 ans avant notre ère, la viticulture moderne chinoise, elle, a moins de 35 ans d’existence.
Imaginez… En à peine trois décennies la Chine arrive au 5ème rang mondial des pays producteurs de vin (en 2012), avec une production proche des 15 millions d’hectolitres (2) ! Et le pays ne compte pas s’arrêter en si bon chemin ; loin de là. La Chine ambitionne de devenir le premier vignoble au monde d’ici cinq ans (3). Rien que ça.
Pour l’heure on peut distinguer sept régions principales de production, dans les provinces de Xinjiang à l’ouest, Ningxia et Shanxi au centre, Tianjin, Hebei, Pékin et Shandong à l’est.

Voyage des WINE Explorers en Chine - Juillet 2014

Voyage des WINE Explorers en Chine – Juillet 2014


Xinjiang, région de l’extrême aux investissements colossaux

Nous commençons notre exploration par la province de Xinjiang, au nord ouest de la Chine. Premier constat : le désert est roi (seulement 70mm de précipitations par an !). La montagne, omniprésente, garde bien jalousement ses sommets enneigés ; l’une des principales sources d’irrigation pour la vigne avec les lacs de la région. Dehors la température avoisine les 35° à l’ombre – normal pour un mois de juillet. Les vendanges sont donc précoces, dès la fin août.
Que de vignobles à l’horizon… Les hectares poussent ici à la vitesse des pâquerettes au printemps, et les paysages qui s’offrent à l’œil du voyageur sont d’une rare beauté.

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Au nord de la province, non loin de la ville d’Urumqi, la vigne a été impulsée par les japonais en 1985, avec un réel boom fin des années 1990. Ici c’est l’armée qui s’occupe de la gestion des 10 000 hectares plantés. Et les domaines rivalisent de gigantisme : une cuverie de 40 000 tonnes pour le domaine Tatary Winery, deux presses d’une capacité de 50 tonnes/heure chacune pour le domaine Sandyland, ou encore une production de 6 millions de bouteilles pour Citic Guoan Wine (qui exporte même un peu de vin dans les restaurants chinois parisiens).

Domaine Sandyland

Domaine Sandyland


Un peu plus au sud, vers Korla, la toute jeune sous-région de Gobi, créée en 1998 avec le domaine Les Champs d’Or, affiche déjà une superficie de 6 000 hectares. Un bon début.
Le domaine Tian Sai Vineyard, avec son vignoble de 140 hectares planté en 2010, est bien parti pour y faire figure de référence : les vins sont très prometteurs. On y trouve des cépages internationaux comme le cabernet franc, le merlot ou le chardonnay, ainsi que deux variétés chinoises : le bei hong (rouge) et le bei mei (rosé) ; bei signifiant « Beijing », lieu d’où proviennent ces deux hybrides. On n’y lésine pas sur les moyens non plus : quatre hélicoptères viennent d’être achetés par le domaine et attendent sagement de transporter les clients VIP depuis l’aéroport de Korla jusqu’aux chambres d’hôtes de la propriété.
Autre domaine incroyable, et tout juste sortie de terre, le Château Changyu Baron Balboa Kinjiung, qui, avec ses immenses tourelles n’est pas sans rappeler un joyau de l’architecture Médocaine. Les vins ne sont pas encore prêts. Ouverture au public très prochainement.

Tian Sai Vineyard

Tian Sai Vineyard


Nous vous parlions de viticulture extrême en été… et bien ça n’est pas tout ! Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Viennent s’ajouter à cela des températures glaciales en hiver : -20 à -25°C ; obligeant les domaines à enterrer chaque pied de vigne à la fin de l’automne, au risque de les voir dépérir durant l’hiver. Un travail de titan.
Autre problématique : la main d’oeuvre. Car aussi paradoxal que cela puisse paraître, on manque cruellement de travailleurs dans cette partie de la Chine. Et même si le gouvernement chinois y investit massivement en vu d’attirer de nouveaux ouvriers, on ne se bouscule pas (encore) à la porte. La mécanisation du vignoble est donc très développée dans le Xinjiang.

Ningxia, la région œnotouristique en plein boom

de gauche à droite : JB, Mr Cao Kailong, Ludo & le Professeur De Mei LI à Yinchuan (Ningxia)

de gauche à droite : JB, Mr Cao Kailong, Ludo & le Professeur De Mei LI à Yinchuan (Ningxia)


Qui a entendu parler de vin chinois a du entendre parler du Ningxia, la province la plus médiatique, et à ce jour l’unique région officielle reconnue en Chine. Certains signes ne trompent pas : le Ningxia possède son propre organisme de régulation du vin (le seul du pays), une zone viticole expérimentale internationale à été mise en place (où l’OIV, ou encore Denis Dubourdieu, y ont une parcelle de vigne) et le salon Vinitech Chine a été déplacé à Yinchuan, la capitale de la province.
Ici nous sommes sur le même parallèle que Bordeaux. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire (à tort), le climat y est bien différent car de type continental, avec des précipitations moindre (200 mm/an) et de très forts écarts de température entre l’été et l’hiver, obligeant également à couvrir la vigne en hiver. Fort heureusement, la protection des montagnes d’Helan, la haute altitude du vignoble (1200 m),  les 73 lacs de la région et la Rivière Jaune offrent des conditions très propices à la culture de la vigne.

Futurs vignobles, région de Ningxia

Futurs vignobles, région de Ningxia


La volonté de croissance du Ningxia est forte, nous explique Mr Cao Kailong (Directeur du Bureau of Grape and Floriculture Development du Ningxia), lors d’un diner à Yinchuan avec le professeur De Mei LI : «beaucoup d’entrepreneurs sérieux investissent dans le vin ici et nous souhaitons dans un futur proche doubler la superficie viticole du Ningxia pour atteindre les 66 000 hectares ». Et les investissements du gouvernement local en faveur du développement œnotouristique sont considérables : 50 milliards de RMB (l’équivalent de 6 milliards d’euros) ont été investis dans la construction des routes ainsi que pour l’acheminement de l’eau et de l’électricité.
Et la région regorge d’excellents domaines produisant de très bons vins, comme les vignobles Silver Heights (probablement le meilleur vin rouge chinois), Helan QingXue, LeirenshouHelan Mountain, ou encore le Château Septembre.

Château Septembre, une histoire de famille

Château Septembre, une histoire de famille


Shanxi, entre gigantisme et modernité

Nous quittons la province de Ningxia pour celle de Shanxi – plus à l’est – à 1h30 d’avion. Dans la voiture qui nous conduit à l’aéroport un message à notre attention passe à la radio locale : « Nous espérons que vous avez passé un agréable séjour ici et souhaitons aux WINE Explorers un bon voyage en Chine ». L’attention est sympathique.
Shanxi est une province magnifique, recouverte de montagnes verdoyantes et avec peu d’espace habitable au sol. C’est aussi (et malheureusement) la région la plus polluée de Chine. Les vignobles, préservés par l’altitude, y sont cultivés entre 700 et 1 200 m. On y trouve des vins absolument délicieux. Après avoir roulé 4h et emprunté nombre de routes sinueuses taillées dans la roche, nous arrivons enfin au premier domaine de notre visite, le Château Rongzi. Et quelle surprise !

Château Rongzi

Château Rongzi


Ce n’est pas un château qui se dresse devant nous, mais un village tout entier – en cours de construction – qui est littéralement venu se poser sur la montagne. Impressionnant… Les 400 hectares de vigne, plantés en 2007, produisent actuellement 400 tonnes de raisin pour des vins d’une belle qualité, surtout en rouge. Il faut dire que l’on a fait appel aux conseils avisés de Jean-Claude Berrouet pour l’élaboration des vins ; de quoi hisser le domaine vers les sommets.

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Autre pépite du Shanxi, le domaine Grace Vineyard, avec ses 200 hectares de vigne plantés en 1998, et dont la propriétaire, Judy Leissner, est l’une des grandes figures du vin en Asie (4)« L’ensoleillement, la haute altitude, les sols très pauvres et les 500 à 600 mm de précipitations par an dans la région offrent des conditions optimales pour la culture de la vigne », nous explique-t-on. Le chardonnay du domaine est particulièrement remarquable.

Dégustation : la Chine a fait des progrès considérables

Il faut le reconnaître, la Chine nous a bluffés : la qualité des vins est au rendez-vous pour beaucoup de domaines. Un bémol de taille toutefois : boire du (bon) vin en Chine en coûtera à votre porte monnaie : au minimum entre 25 et 30€. Il est d’ailleurs courant de voir des vins vendus au dessus des 100€ – notamment via des systèmes d’adhésion VIP, directement à la propriété, et très prisés des clients chinois fortunés. (À noter également : la majorité de la production chinoise, vendue en grandes surfaces autour des 5€, n’est pas montrée lors des dégustations, et a très mauvaise presse).

Le cabernet sauvignon est roi en Chine, tout comme beaucoup de cépages internationaux sont très prisés (merlot, cabernet franc, syrah, chardonnay, sauvignon blanc et riesling). Cependant le cabernet gernischt (5), le principal cépage rouge chinois – et dont les origines seraient européennes – nous a particulièrement séduits. Traditionnellement cépage d’assemblage, nous avons toutefois pu en goûter sur cuve au domaine Helan Mountain : un nez herbacé, très épicé (poivre, violette, clou de girofle) et sur les fruits noirs ; peu de tanins en bouche, croquant et frais. 

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Cinq vins rouges nous ont particulièrement marqués dans ces trois régions, pour leur élégance, leur structure et la finesse de leurs tanins :
-“Skyline of Gobi Cabernet Sauvignon 2012“, du domaine Tian Sai Vineyard (XIANJIANG)
-“Jiabeilan Reserve Cabernet Sauvignon 2011“, du domaine Helan QingXue (NINGXIA)
-“Oak Reserve Wine 2011“, du domaine Leirenshou (NINGXIA), un assemblage cabernet sauvignon-merlot avec une bouche soyeuse et de jolis fruits
-“Cabernet Sauvignon Special Reserve 2010“, du domaine Helan Mountain (NINGXIA) : une structure dense et profonde avec des tanins superbes
-“Rongzi Cofee Label 2013“, du Château Rongzi  (SHANXI), un élégant assemblage bordelais de cabernet sauvignon, cabernet franc et merlot.

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Ainsi que deux vins blancs et une méthode traditionnelle :
-“Chardonnay Special Reserve 2011“, du domaine Helan Mountain (NINGXIA), sans doute le meilleur chardonnay chinois : crémeux, frais, complexe et délicat
-“Méthode Traditionnelle Brut Rosé NV“, du domaine Chandon (NINGXIA), la seule méthode traditionnelle sérieuse en Chine, assemblage de chardonnay et pinot noir
-“Tasya’s Reserve Chardonnay 2011“, du domaine Grace Vineyard  (SHANXI), un chardonnay vif, sur la tension et la fraîcheur.

Ganbei, ou l’art de boire cul sec…

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En conclusion de ce premier volet sur la Chine nous souhaitions partager avec vous une tradition chinoise – au combien respectueuse, traditionnelle et millénaire – mais tellement douloureuse pour l’organisme d’occidentaux que nous sommes : le ganbei, que l’on traduit par « cul sec ».
Elément indispensable du business en Chine, vous n’échapperez pas à un repas d’affaires sans entendre crier « Ganbei !» à tout bout de champ. Car l’affaire est sérieuse : protocole rigoureux et refus de boire son verre interdit, au risque de vexer son hôte.
Dès le premier soir de notre arrivée en Chine nous avons eu le droit à un dîner dans les règles, arrosé de baijiu, l’alcool de riz traditionnel chinois. Une bouteille de MOUTAI arrive sur la table, l’un des baijiu les plus prisés en Chine. Mais ça titre tout de même à 65% d’alcool ! La gorge en feu, transpirant, bien alcoolisés…nous essayons de faire bonne figure. Les invitations à trinquer partent dans tous les sens et s’enchaînent à une vitesse folle. Nous finirons la soirée dans un sacré état. À vivre au moins une fois pour comprendre le phénomène. Soyez prêts… 

WineExplorers’ment votre,
JBA

 

(1) selon l’étude de conjoncture Vinexpo
(2)Source OIV 2013 ; prévision. Un chiffre à nuancer cependant, puisque Debra Meiburg MW nous confiait récemment et à juste titre « qu’il est difficile de sortir des statistiques, car la Chine importe beaucoup de vin en vrac, qui est ensuite mélangé avec la production locale »
(3) source : Le Figaro
(4)Judy Leissner a été nommée « Personnalité Asiatique du Vin 2012 » par le magasine The Drinks Business.
(5) le cabernet gernischt, cultivé dans le pays depuis au moins un siècle, semblerait être un très proche cousin du cabernet franc, d’après des études récentes.

Merci à Nancy Pan et Brian Yao pour leur aide précieuse sur le terrain et les nombreuses traductions du chinois vers l’anglais.
Pour toute autre information liée au marché chinois : http://www.wines-info.com