Le Brésil, promis à un avenir pétillant

Nous ne sommes qu’à quelques heures de Rio de Janeiro, de ses plages endiablées et de son atmosphère électrique. Pourtant c’est bien pour découvrir une industrie viticole en pleine révolution que nous sommes au Brésil. Où la production de vin de qualité – bien que promise à un bel avenir – fête tout juste ses 25 ans !

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C’est au sud du pays, dans la Serra Gaucha, que nous avons rendez-vous pour visiter la plus grande région de production du pays (1), là où la vigne fut introduite par les jésuites dès 1626 (2). Arrivés en bus depuis Montevideo, nous sommes attendus à Porto Alegre par Joana Monteiro, de l’équipe de Schenker do Brasil, qui nous accompagne à la découverte du vignoble brésilien.

Une jeune viticulture à prendre très au sérieux

Sitôt arrivés à Bento Gonçalves, le chef-lieu de la viticulture, nous sommes invités à déjeuner par l’équipe de Wines of Brasil (l’organisme de promotion des vins brésiliens), pour une brève leçon d’histoire. L’occasion de savourer un délicieux Churrasco (3). La ronde des serveurs, avec leurs plats de viande tous plus appétissants les uns que les autres, est incessante. Quel accueil formidable !

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Nous apprenons que le Brésil est le cinquième plus grand producteur de vin dans l’hémisphère sud et cultive la vigne depuis le début de sa colonisation. Toutefois, ça n’est qu’avec l’ouverture du marché aux importations au début des années 90 – qui a permis aux consommateurs de réaliser ce qu’était un « bon » vin sur un plan international – que le Brésil a commencé à se tourner vers la qualité. « Sans référents préalables avec d’autres vins du monde, il était bien difficile pour les viticulteurs brésiliens de tirer leur production vers le haut », nous confie-t-on.

La Vale dos Vinhedos, comme un air de Toscane

Le programme de nos visites est en grande partie concentré dans la Vale dos Vinhedos, la 1ère Indication Géographique reconnue du Brésil depuis 2002.

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Le paysage est d’une beauté naïve, sauvage et rappelle curieusement la Toscane – région d’où viennent de nombreux immigrés brésiliens. Nous voilà face à des reliefs escarpés, une topographie morcelée et parsemée de petites collines culminant à 700 mètres d’altitude, où les vignes sont majoritairement plantées en coteau, obligeant à un travail manuel rigoureux.
Nous sommes fin décembre et l’effervescence des vendanges commence à se faire sentir (4).

Perini

Perini


La Vale Trentino, à 1h à l’est d’ici, est également une région à fort potentiel, où des domaines comme Perini, bordés de grandes étendues sauvages et de forêts, tirent la production vers le haut.

Des effervescents de classe internationale

Le constat est sans appel, la bulle brésilienne est fine. Et nous, on s’est régalé ! Que ce soit en méthode traditionnelle ou en méthode Charmat (5) (souvent plus industrielle, mais pouvant donner de très jolis résultats, comme chez Chandon, par exemple, un domaine pionnier en viticulture et en vinification dès 1973, qui produit des bulles très fines), les vins effervescents brésiliens nous ont bluffés par leur constance et leur fraîcheur. Promis à un bel avenir, ils sont aujourd’hui au centre de toutes les attentions. Rien qu’au domaine Casa Valduga, on ne compte pas moins de 12 cuvées effervescentes dans la gamme !

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Coup de cœur pour Cave Geisse, un très joli domaine dans les hauteurs de Pinto Bandeira qui produit des bulles d’exception, sur des sols volcaniques et basaltiques du Jurassique. Daniel Geisse, l’œnologue, est un grand perfectionniste, jugez-en par vous même : vieillissement moyen de 2 à 5 ans (va jusqu’à 15 ans pour les magnums!), un stock tampon de 30 jours maximum et des dégorgements tous les jours, remuage traditionnel et vendanges manuelles en caissettes de 3-5 kg. Quand on pense que le domaine stock 600 000 bouteilles dans ses caves alors qu’il en produit à peine 200 000 par an…

Cave Geisse

Cave Geisse


Nos coups de cœur en vins effervescents :
Extra Brut 2011 de Cave Geisse  (50% pinot noir, 50% chardonnay ; 3 ans sur lies)

Gran Nature 2009 de Casa Valduga (70% chardonnay, 30% pinot noir ; 5 ans sur lies)
Safra Nature 2009 de Cave Geisse (50% pinot noir, 50% chardonnay ; 5 ans sur lies)
Brut 2011 du domaine Miolo (50% pinot noir, 50% chardonnay ; 18 mois sur lies)
Excellence Prestige Rosé NM du domaine Chandon (20% chardonnay, 80% pinot noir, méthode charmât, vin de base de 3 ans ; 12 mois sur lies)
José « Bepi » Salton Nature NM de chez Salton (50% pinot noir, 50% chardonnay ; 4 ans sur lies)

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Aurora, la cave coopérative aux mille et un vignerons

Située en plein centre ville de Bento Gonzalvez, la cave coopérative Aurora – qui représente 10% de la production du Brésil – est un formidable levier économique qui préserve la ruralité historique de la région. Créée en 1931 avec 16 fermiers, la coopérative compte désormais plus de 1 100 familles vigneronnes actionnaires, répartis sur 3 000 hectares de vigne. Chaque vigneron est ainsi copropriétaire de l’entité. Et l’achat des raisins se fait en fonction du taux de sucre, et non au kilo, pour obliger les familles à travailler davantage sur la qualité.

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Nos coups de cœur en vins tranquilles brésiliens :
Grande Vindimia Merlot 2008 du domaine Lidio Carraro (100% merlot)
Raizes Corte 2010 du domaine Casa Valduga (40% cabernet sauvignon, 40% cabernet franc, 20% tannat)
Sesmarias 2011 du domaine Miolo (touriga nacional, tinta roriz (tempranillo), tannat, petit verdot, cabernet sauvignon, merlot)
Talento 2009 de chez Salton (40% cabernet  sauvignon, 30% merlot, 10% tannat)
Merlot Reserva 2011 du domaine Pizzato (100% merlot)
Pinto Bandeira Pinot noir 2013 de la cave Aurora (100% pinot noir)
Quatro 2009 du domaine Perini (cabernet sauvignon, merlot, tannat, ancelota)

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L’oenotourisme, atout charme par excellence

Le Brésil a tout compris, l’oenotourisme est partout ! Dans un monde où la surproduction et la concurrence font rage, la clé du succès et de la reconnaissance passe d’abord par une image forte. Autrement, n’importe quel nouveau vin – aussi qualitatif soit-il – peut ne jamais recevoir la reconnaissance qu’il dessert.
Déjà au domaine Casa Valduga, Maria Valduga, la grand-mère bienveillante était précurseur en la matière : elle aimait offrir à manger à chaque visiteur de passage.

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Aujourd’hui les domaines rivalisent de créativité, comme chez Miolo avec le projet « Winemaker », où des amateurs de vin viennent cinq fois par an pour apprendre à faire le vin et repartent avec dix caisses de vin avec leur propre étiquette. Chez Salton, c’est une visite inoubliable de la « Cave da Evoluçao » à la lanterne, sous 8 mètres de profondeur et sur fond de chants religieux qui nous a envoutés. Au domaine Don Giovanni, l’hôtel de sept chambres ne comporte ni télévision, ni internet, pour se ressourcer pleinement et mieux vivre en communauté.
Ou encore chez Lidio Carraro, où l’une des cuvées du domaine a été choisie en 2014 comme vin officiel de la coupe du monde de football au Brésil. Une revanche amicale pour un domaine qui a débuté en 1998, année d’un fameux 3-0 de la France fasse au Brésil. Un doux souvenir, qui semble déjà bien lointain.

Miolo

Miolo


Le cœur rempli d’émotions et de belles découvertes, nous terminons notre séjour par un passage éclair sur São Paulo pour une interview avec la chaine nationale Globo. Nous sommes hébergés chez notre amie Janaina Costa Pereira et sa famille. Le moment est touchant car c’est la première fois qu’ils invitent des étrangers chez eux. Toute la famille et leurs amis ont fait le déplacement pour dîner avec nous. Malgré la barrière de la langue, nous passons un moment merveilleux, où viande grillée, caïpirinha et fous rires rythmeront la soirée jusqu’à l’aube. 

WineExplorers’ment votre,
JBA


Merci aux domaines Casa Valduga, Miolo, Lidio Carraro, Aurora, Cave Geisse, Salton, Perini, Peterlongo, Pizzato, Don Giovanni et Chandon pour leur accueil chaleureux ; à Joana Monteiro de nous avoir accompagnés sur le terrain, à l’équipe de Wines of Brazil pour l’organisation extraordinaire de notre séjour et pour avoir permis ces rencontres ; à l’équipe de Schenker Do Brazil pour leur soutien, à Janaina Costa Pereira et sa famille pour leur accueil extraordinaire sur San Paulo et leur hébergement en fin de séjour, malgré la barrière de la langue, à Vino e Arte et Barbarella Bakery pour ces belles dégustations à Porto Alegre.

 

(1) En addition des régions de Serra Gaucha et Campanha au sud, l’état de Bahia, loin au nord, défit les lois de la nature en produisant des vins sur des sols arides à seulement 1050 km de l’équateur, dans la Vale do Sao Francisco (9ème parallèle sud).
(2) Les premières vignes ont été amenées au Brésil par le portugais Martim Afonso de Souza en 1532, dans un but agricole avant tout. Ça n’est qu’en 1551 qu’apparaît le premier vin brésilien. Mais ce n’est qu’à partir de 1626 que l’industrie se développe, sous l’impulsion des jésuites (pour les célébrations religieuses).
(3) Churrasco : barbecue brésilien
(4) Vendanges de fin décembre à début janvier pour les effervescents, début février pour les blancs et de fin février à début mars pour les rouges.
(5) Méthode Charmat (méthode de fermentation en cuve close). Cette méthode fait appel aux mêmes principes que la méthode champenoise ou traditionnelle avec cependant une différence de taille : la prise de mousse se déroule dans une cuve sous haute pression et non en bouteille, ce qui permet la clarification finale du vin en vrac. Elle porte le nom de son inventeur en 1907, Jean-Eugène Charmat de l’université de Montpellier. La plupart des effervescents de type Prosecco spumante, Lambrusco italiens et Sekt  allemands recourent à la méthode Charmat. 

Pour plus d’informations sur les vins du Brésil : http://www.winesofbrasil.com.

L’Uruguay, entre bovins et bons vins

Partis de Bolivie un mardi matin à l’aube, il nous faudra pas moins de trois vols, deux escales et une journée pleine dans les transports pour rallier l’Uruguay à la nuit tombante !

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Les vols directs ne sont pas monnaie courante entre les deux pays. Le trajet Tarija-La Paz, La Paz-Buenos Aires, Buenos Aires-Montevideo une fois enduré, nous sommes accueillis à l’aéroport par Pablo Huarte, un ami d’école originaire de Montevideo et rencontré quelques années auparavant lors de nos études respectives à Bordeaux.

La seconde patrie du Cognac !

Notre périple viticole débute par la Bodega Juanico (à 1 heure au nord de Montevideo), le domaine le plus important d’Uruguay avec 360 ha de vigne répartis sur cinq régions de production. Il représente à lui seul 1/4 de la production de vin du pays. Autant dire qu’en période de vendanges, ce ne sont pas moins de 200 travailleurs qui s’activent. Car en Uruguay la récolte se fait exclusivement à la main !

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Propriété du gouvernement entre 1945 et 1979, l’histoire de Juanico est touchante. Le chai en béton du domaine, créé en 1945, fut un cadeau de la France au domaine pour y commencer une production de Cognac. Oui, oui, de Cognac. En remerciement de la viande envoyée par Juanico pendant la seconde Guerre Mondiale pour aider notre pays. Une belle leçon d’humanité et une exception rare dans le monde puisque l’appellation Cognac est protégée. Exception faite d’une micro-production uruguayenne…

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Avec 2 000 mm de pluie/an (plus du double des précipitations bordelaises) répartis sur les périodes juillet-aout-septembre et janvier-février, combinés à des sols argilo-calcaires lourds, la région est sujette aux maladies et doit faire de nombreux traitements, tant préventifs que curatifs. Fort heureusement, les brises amenées par le climat océanique aident à sécher la vigne et permettent la production de vin de qualité. En témoigne leur délicieuse cuvée Botrytis Noble 2010, un assemblage de gewurztraminer, sauvignon blanc, gros manseng, sauvignon gris (90g de sucre résiduel).

El Vino de Mesa

L’histoire du vin en Uruguay remonte aux immigrants italiens et espagnols au XVIIIème siècle. Aujourd’hui, 95% des 9 000 hectares de vin du pays sont estampillés « Vino de Mesa » et sont généralement vendus en Tetra Pack ou en bouteille d’un litre. Ces vins sont chaptalisés (1) et bus exclusivement en Uruguay.

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La plupart des domaines en produisent, comme chez Juanico (40% de la production) ou encore chez Varela Zarranz (90% de la production) par exemple. Car même si ces vins ne présentent que peu d’intérêt pour l’amateur de vins fins, ils sont ancrés dans les traditions du pays et beaucoup de consommateurs s’y retrouvent. Cela permet également aux domaines de ne garder que les meilleurs raisins pour leur production de grand vin, et ainsi d’en augmenter la qualité.

Tannat & Co

Une balade à vélo ou en voiturette de golf, ça vous tente ? Bienvenue au domaine Finca Narbona, à Puerto Carmelo, où nous nous promenons en toute liberté pour visiter les 15 hectares de vigne de ce très joli domaine classé Relais & Château.

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Ici, la pierre granitique est idéale pour l’élaboration de vins rouges en raison de son pH élevé. Les blancs, quant à eux, sont plantés au sud, à Punta del Este, non loin des fameuses plages du St Tropez de l’Amérique du Sud, où le climat océanique, plus frais, convient mieux. Une belle surprise avec la cuvée Blend 001, un vin rouge dont les cépages et l’assemblage sont gardés secrets et issus de trois millésimes (2010, 2012 et 2013 !). Je les soupçonne d’y mettre un peu de tannat…mais le mystère reste entier.

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Poursuite du voyage au domaine Pisano, à El Progresso, notre coup de cœur d’Uruguay.
Un vignoble familial tenu par trois frères aussi talentueux qu’adorables. Le domaine bénéficie de sols argilo-calcaires avec des pH très élevés (7,5 à 8), qui donnent des vins minéraux et complexes. Au centre de la grande région viticole du pays, ce vignoble à 95% organic ne cesse d’innover. Une de leurs dernières créations : le surprenant et délicieux Tannat Brut Nature 2011, un vin rouge effervescent au nez de petits fruits noirs, avec une bulle fine, de la fraîcheur et des tannins bien présents. S’accommode à merveille avec les morceaux de viande saignants et juteux de l’asado servi au déjeuner !

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Les autres vins retenus lors de nos visites :
Bodegas Carrau, cuvée Tannat de Reserva 2003
Juanico, cuvée Botrytis Noble 2010 (gewurztraminer, sauvignon blanc, gros manseng, sauvignon gris), 90g sucre

Varela Zarranz, cuvée Brut Nature Chardonnay
Pisano, cuvée Arretxea Gran Reserva Tannat 2009
Vina Progreso, cuvée Suenos de Elisa 2011, un tannat fermenté en barriques en grappes entières

L’asado, bien plus qu’une tradition, une institution

On nous avait prévenus : avec quelques 52kg de viande consommés par an et par habitant, les uruguayens sont parmi les plus gros mangeurs de viande de la planète. Pas étonnant lorsque l’on connaît la qualité de la viande, réputée comme étant l’une des meilleures au monde, et l’amour qu’ont les uruguayens à la cuire avec leur traditionnel asado.

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Le processus de cuisson est très simple : il consiste à exposer la viande à la chaleur des braises – et des braises uniquement ; aucune flamme malheureux, ça carbonise les chairs! – pour une cuisson lente et tendre ; arrosée régulièrement du jus de viande en cour de cuisson.
Ce plat traditionnel, véritable fierté nationale, est un catalyseur social. Une coutume ancrée dans le pays depuis la nuit des temps. « Chaque maison uruguayenne est construite avec son four-barbecue en pierre à l’extérieur, spécialement conçu pour la cuisson de l’asado », nous confie-t-on.

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Dégusté à plusieurs reprises et pour notre plus grand plaisir – comme ici avec les frères Pisano – le “barbecue” uruguayen est bien plus qu’une grillade, c’est une institution (2).

 

WineExplorers’ment votre,
JBA


Merci aux domaines Pisano, Juanico, Varela Zarranz, Narbona et Bodegas Carrau pour leur accueil
chaleureux, et à Pablo Huarte pour avoir permis ces rencontres.

Pour plus d’informations sur les vins d’Uruguay : http://www.winesofuruguay.com

(1) Chaptalisation : ajout de sucre au moût pour augmenter le degré d’alcool final du vin après la fermentation alcoolique.
(2) Une rivalité cordiale sur la qualité de la viande qui perdure depuis toujours avec l’Argentine et avec laquelle les uruguayens aiment à rire.

La Bolivie, à mi chemin entre ciel et terre

L’arrivée depuis le Pérou en bus a été éprouvante avec ces quelques 32 heures de trajet sur des routes plus chaotiques les unes que les autres!

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Arrivés à la Paz, la capitale du pays qui culmine à 3 660 mètres d’altitude, impossible de retrouver une respiration normale. Mon crâne va exploser. Il me faudra rester couché deux jours dans le noir pour reprendre pied…on ne rigole pas avec le mal aigu des montagnes.

“Vinos de Altura“

Remis, nous prenons l’avion direction la vallée centrale de Tarija (1), au sud, où 2 400 hectares de vignes nous attendent, perchés entre 1 600 et 2 150 mètres d’altitude. Une topographie viticole unique au monde et baptisée Vinos de Altura par l’organisation Wines of Bolivia pour leurs campagnes de communication et de promotion : tous les vignobles du pays sont cultivés entre 1600 et 3000 mètres au dessus du niveau de la mer !

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Par conséquent – et bien que les vignes soient situées entre le 17º et le 22º parallèle au sud de l’équateur – le climat y est tempéré et semi-aride et permet la production de vin de qualité.
Une aubaine également pour le développement de l’oenotourisme dans la région, via des randonnées et des excursions couplées à des visites de caves.

Une viticulture héroïque 

Nous avons justement rendez-vous pour une promenade dans le vignoble avec José Luis Aguirre, gérant du domaine familial Casa Real, l’un des six acteurs majeurs du pays (2).
Face à nous, d’anciens lacs du Jurassique s’étendant à perte de vue ont laissé place à des étendues lunaires d’une rare beauté.

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 « À Tarija, la viticulture est héroïque », nous explique José Luis. Car l’érosion des sols est importante et les conditions de travail sont rudes. Aussi bien pour l’homme, avec la chaleur accablante et la topographie morcelée des sols, que pour les machines, qui ont bien du mal à se frayer un chemin.
Rendez-vous compte, ajoute-t-il, la luminosité est telle dans cette partie du monde que le resvératrol (3) y est plus important qu’usuellement dans le pinot noir (supposé être le cépage qui en contient le plus !).

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Résultat, le domaine s’est concentré sur la production de vins effervescents très qualitatifs, comme la cuvée Altosama NV, assemblage de chardonnay, pinot meunier, pinot blanc, muscat et xarell lo, que nous avons eu le plaisir de goûter lors du déjeuner.

Du vin de messe à la modernité

L’histoire viticole de la Bolivie remonte à 1548 avec l’arrivée des conquérants espagnols et n’est pas sans rappeler celle de ses voisins sud-américains (4). Bien loin des vins de messe de l’époque, le pays est aujourd’hui tourné vers une production de vins tout en finesse et qui se gardent parfois très bien. Comme au domaine La Concepción, où Claudia Morales, la propriétaire des lieux, nous a organisé une dégustation de vins du millésime 2006 au milieu des vignes.

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Sa cuvée Cepas de Altura Syrah 2006 est remarquable. « Ici le terroir est merveilleux et l’on a tous les ingrédients pour faire de grands vins. Le seul problème, c’est le vol de raisins la nuit pendant les vendanges. Il nous faut être vigilants. Il y a encore quelques années, on pouvait perdre jusqu’à 50% de la récolte à cause de ce fléau ! », nous confie Claudia.

Quelques autres jolis vins boliviens dégustés : le Cabernet Sauvignon 2012 de Kohlberg, la délicieuse cuvée Juan Cruz Tannat 2012 du domaine Aranjuez ; la cuvée Colección de Altura 2010 (assemblage de petit verdot, tannat et malbec) de Campos de Solana ou encore le Cabernet Sauvignon 2010 du domaine Sausini.

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Chuflay ou Singani Sour ?

S’il y a bien un vignoble où l’on poserait ses valises le temps d’un week-end, c’est chez Sausini, le domaine de Mario Hinojosa Antezana, à une heure de Tarija. Tel un conquistador, Panama vissé sur la tête, la barbe bien taillée, chemise en lin blanc impeccable, cigare dans une main et canne dans l’autre, Mario nous attend, fier, sur le perron de la maison familiale qui jouxte le domaine. « L’endroit est rustique et nous faisons ici un travail de paysans », nous dit-il en souriant.

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Le domaine est minuscule. Il nous suffit d’ailleurs de quelques pas pour passer du vignoble au jardin, où nous rencontrons deux magnifiques perroquets, aussi bavards que curieux.
La visite terminée, place à l’apéritif. Un mot sacré qui rime ici avec Singani (5), l’eau-de-vie traditionnelle, élaborée à partir de la distillation du vin de muscat d’Alexandrie, aux parfums caractéristiques de pelure d’orange.

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Décliné en plusieurs cocktails à l’heure du déjeuner, comme le Chuflay (servi sur glace avec du ginger ale ou du Canada Dry) ou le Singani Sour (base de jus de citron et de bitter), prenez garde à ne pas abuser de cette délicieuse boisson qui se boit mieux que du petit lait.
Au risque de devoir vous plier à une autre coutume locale : celle d’une courte sieste salvatrice…

WineExplorers’ment votre,
JBA

 


Merci à Sergio Prudencio Navarro de Wines of Bolivia pour son aide précieuse et la formidable organisation de notre séjour, ainsi qu’aux domaines Casa Real, La Concepción, Kohlberg, Aranjuez, Campos de Solana et Sausini pour leur accueil chaleureux.

(1) Avec un total de 3 000 hectares, la Bolivie compte de nombreuses vallées où le vin est produit : la vallée centrale de Tarija avec 2 400 hectares de vignes (1 600 – 2 150 mètres d’altitude) ; la vallée de Los Cintis avec 300 hectares (2 220 – 2 414 m d’altitude) ;  la vallée de Santa Cruz avec 100 hectares (1 600 – 2 030 m d’altitude) et divers vallées à Potosí, La Paz et Cochabamba, avec près de 200 hectares entre 1 600 et 3 000 mètres d’altitude.
(2) Le pays compte une centaine de domaines, dont 6 acteurs majeurs.
(3) Le resvératrol est un polyphénol de la classe des stilbènes présent dans certains fruits comme les raisins, les mûres ou les cacahuètes. On le retrouve en quantité notable dans le vin où sa présence a été évoquée pour expliquer les effets bénéfiques pour la santé d’une consommation modérée de vin.
(4) Cf. articles précédents sur le Mexique et le Pérou
(5) Les Singani des domaines Casa Real, La Concepción et Sausini sont particulièrement délicieux. 

Pour plus d’informations sur les vins de Bolivie : http://www.winesofbolivia.com 

Le Pérou, un terroir incontestable en terre Inca

Bien loin des somptueux Machu Picchu et autre lac Titicaca, c’est à Lima que nous commençons notre séjour. Nous y avons rendez-vous avec le Professeur Eduardo D’Argent – directeur de l’Institut du Vin et du Pisco – pour un cours d’histoire accéléré sur la viticulture du Pérou (1). Une jolie mise en bouche.

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C’est à Ica qu’ont été amenées les premières vignes, dès 1540, soit peu de temps après la conquête du pays par l’Espagne. Et même si l’industrie viticole péruvienne connait son apogée courant du 17ème siècle – grâce à la demande créée par la ville minière de Potosí, dans l’actuelle Bolivie (la plus grande ville des Amériques de l’époque) – cette dernière va s’effondrer suite à la guerre de Sécession (1861- 1865). Elle compte aujourd’hui un peu plus de 14 000 hectares de vignes pour une production de 610 000 hectolitres de vin par an, entre les villes de Pisco et Ica (2).

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Tacama, le domaine pionnier en viticulture moderne

Nous sommes attendus par Tacama, le plus ancien domaine du Pérou (établi au milieu du 16ème siècle).
Et c’est grâce à une voiture avec chauffeur (merci Tacama !) que nous prenons la direction de la vallée d’Ica, à “seulement“ 300 km de la capitale. Soit quelques 6 heures de trajet tout de même ! Car les routes du pays sont précaires et les embouteillages interminables… Un peu secoués par le voyage, nous arrivons à la nuit tombée devant les grilles du vignoble. À notre plus grande surprise, nous sommes accueillis par des gardes en tenue militaire et armés de fusils et de pistolets.

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Nous avions été mis en garde à de nombreuses reprises sur l’insécurité qui règne dans la région, mais là… « La violence et les pillages sont nombreux dans la région, car la réussite des uns suscite les plus vives convoitises de beaucoup d’autres », nous confiera le lendemain Frédéric Thibaut, l’œnologue du domaine. Car pour l’heure, il nous est demandé de faire demi-tour et de trouver un hôtel pour la nuit : nous sommes arrivés tard et rester ici la nuit est trop dangereux.
Après une courte nuit de sommeil et un café soluble avalé sur le pouce, un 4×4 du domaine Tacama vient nous chercher. Le domaine de 200 hectares est aussi beau que surprenant avec ses airs de ranch et d’hacienda espagnole. Pas étonnant lorsque l’on apprend que le propriétaire aime venir y monter à cheval.

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Toutefois, c’est bien avec la France que l’on collabore ici depuis un siècle (1920), tant du point de vue des cépages et de la technologie, que du savoir-faire. Tacama s’est toujours entouré des plus grands spécialistes, parmi lesquels, les professeurs Jean Ribéreau-Gayon, Émile Peynaud
(3), Max Rives, Alain Carbonneau et Pascal Ribéreau-Gayon… rien que ça ! Aujourd’hui, Frédéric Thibaut a pris le relais.

Les vins du domaine sont délicieux, comme les cuvées Seleccion Especial 2012 (un assemblage petit verdot/tannat très fruité), Don Manuel Tannat 2012 et Don Manuel Petit Verdot 2013 (deux superbes vins élevés en barriques françaises). Nous avons même l’occasion de déguster un Pisco (4).

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La vallée d’Ica, des terroirs d’exception aux airs de Chili

Le potentiel des terroirs est incontestable dans la Vallée d’Ica et l’on joue ici dans la cour des grands. Car à l’époque préhistorique, pendant la grande période de dégel, d’énormes coulées de boue dévastatrices glissèrent vers le bas de la cordillère des Andes  – jusque dans l’océan Pacifique – formant au passage les vallées actuelles. Cela a forgé le sous-sol de la vallée, avec des fondements caillouteux et sablonneux. En résultent de superbes sols d’alluviaux.

« Le climat, sec et chaud, n’est pas sans rappeler le Chili », nous confie-t-on lors de nos visites. D’ailleurs, le Professeur Max Rives, qui a passé beaucoup de temps à étudier le Pérou, disait en parlant d’Ica : « cette région est adaptée pour produire des vins dans des conditions exceptionnelles… grâce aux caractéristiques de son climat et à ses sols ». Et bien que le manque de précipitations à Ica oblige une irrigation contrôlée, le professeur était persuadé que l’on pouvait y produire une qualité de vins comparable aux produits des meilleurs pays producteurs de vin dans le monde. C’est dire le potentiel.

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Il ne serait donc pas surprenant que les investissements viticoles fleurissent dans les années à venir, surtout lorsque l’on connaît la très belle croissance du PIB péruvien, en augmentation constante pour la 15ème année consécutive (5). En témoignent des projets d’études menés actuellement dans la vallée de Sagrado –  à 3000m d’altitude – ainsi que du côté d’Arequipa, plus au sud.

Santiago Queirolo, un petit coin de paradis au pied des Andes

Non loin de Tacama, à seulement vingt minutes de voiture, se trouve le domaine Santiago Queirolo, heureux propriétaire de l’Hôtel Viñas Queirolo, le seul complexe oenotouristique du pays, où nous sommes invités à séjourner deux jours pour apprécier la vallée et découvrir ses plats traditionnels.

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Ça tombe bien, la gastronomie péruvienne est parmi les plus diversifiées au monde, comme en témoigne le fait qu’elle aurait le plus grand nombre de plats (491). Découverte du ceviche, une spécialité à base de poisson blanc cru – de préférence du lenguado (sole) – « cuit » dans le jus de citron et servi accompagné de patate douce, de manioc et de maïs. L’occasion rêvée pour apprécier les vins blancs du domaine avec ce plat très frais. Car le Pérou produit également d’élégants vins blancs. « Ils ont une très belle fraîcheur et sont des vins très intéressants », nous confirme Melina Bertocchi, journaliste vin à Lima.

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La gamme premium du domaine, “Intipalka“, offre des vins souples et sur la fraîcheur, comme les cuvées Sauvigon Blanc 2014, Malbec-Merlot Reserva 2012, Cabernet Sauvignon-Syrah Reserva 2012 ou encore le très sérieux Intipalka N°1 2010 (assemblage de cabernet sauvignon, tannat et syrah).

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Le dernier soir, nous admirons le coucher de soleil depuis le sommet du vignoble, à 500 mètres d’altitude, devant les contreforts de la cordillère des Andes, une coupe de la cuvée Extra Brut NV en main (100% chardonnay). D’ici, nous pouvons admirer les 120 hectares de vigne (6) qui jouxtent le complexe hôtelier. Entre la montagne dans notre dos et les étendues sableuses à nos pieds, la vue est à couper le souffle.

Le Borgoña, vin emblématique du pays

Près de Pisco, arrêt au domaine Tabernero, le 3ème plus gros producteur du pays, pour y découvrir le Borgoña, un vin qu’il est difficile d’ignorer puisqu’il représente 85% de la production du pays ! C’est d’ailleurs le « vin » (7) préféré des péruviens. Issu du cépage Isabelle (le cépage qui rend fou, paraît-il), c’est une bonne introduction pour commencer à boire du vin. Le résultat est un vin très sucré qui rappelle les arômes de bonbons.

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Nous terminons le séjour par une visite des chais de Santiago Queirolo à Pachacamac, dans la banlieue de Lima. Un nom qui n’est pas sans rappeler les aventures de Tintin et Le Temple du Soleil, une de mes bandes dessinées préférées et dans laquelle Tintin et le capitaine Haddock, une fois arrivés au Pérou, recherchent le professeur Tournesol…qui se trouve à bord du cargo Pachacamac.

En route pour La Paz désormais…en bus ! Alors chers amis soyez avertis : qui n’a pas (encore) passé 32h enfermé dans un bus roulant à toute allure, sur des routes escarpées et sinueuses, grimpant jusqu’à des sommets perchés à 4 300 mètres d’altitude, aura du mal à s’imaginer l’horreur du trajet Lima-La Paz.

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1 552 km sous un soleil de plomb. Sans compter qu’il ne faut pas sortir du bus plus de 5 minutes – lors des rares pauses – au risque de voir le bus repartir sans vous! Résultat, arrivé à La Paz (3600 m, la capitale la plus haute du monde), j’ai été malade pendant 2 jours. Vive le mal aigu des montagnes (MAM) – ou maladie de Monge…une expérience vécue ici contre mon gré ! 

WineExplorers’ment votre,
JBA

 

Merci au Professeur Eduardo D’Argent et la journaliste Melina Bertocchi pour leurs précieux conseils, ainsi qu’aux domaines Tacama, Santiago Queirolo et Tabernero pour leur accueil chaleureux.

 

(1) Le Professeur Eduardo D’Argent vient d’écrire un livre sur l’histoire du vin péruvien, intitulé Vino y pisco en la historia del Perú. Et il y a d’ailleurs toujours eu une rivalité amicale entre le Pérou (1540) et le Mexique (1520) pour savoir lequel des deux fut le pionnier viticole des Amériques…
(2) Les principaux cépages cultivés étant l’alicante bouschet, le barbera, le cabernet sauvignon, le grenache, le malbec, le moscatel, le sauvignon blanc et le torontel.
(3) Emile Peynaud, surnommé le « père de l’œnologie moderne », a révolutionné les techniques de vinification dans la seconde moitié du XXe siècle ; introduisant notamment des techniques comme le foulage et la fermentation en lots séparés.
(4) Le Pisco est une eau-de-vie de raisin ; principalement produite par distillation du fruit de la vigne, comme le brandy et le cognac, mais sans la prolongation du vieillissement dans les fûts de bois. Généralement considéré comme une catégorie de cognac, il titre entre 30° et 45° d’alcool.
(5) Source : Le Figaro
(6) 350 hectares, plantés dans la vallée de Cañete, viennent compléter la production de Santiago Queirolo.
(7) Techniquement, le Borgoña ne peut pas être considéré comme vin, puisque c’est un Vitis Labrusca, et non un Vitis Vinifera.