La Chine, nouvel eldorado et superpuissance du vin – Partie 2

Acte 2/2 : Tianjin, Hebei, Pékin & Shandong

Nous vous en parlions dans notre précédent article, la Chine est devenue le 1er pays au monde consommateur de vin rouge.
Pourquoi un tel engouement pour le vin ? Principalement grâce à l’ouverture de la Chine sur le monde. Car si ces dernières années on y constate une baisse de la consommation d’alcools forts comme le baijiu, le vin, lui, est en plein boom.

Château Junding (Shandong)

Château Junding (Shandong)


Boire du vin rouge serait bon pour la santé, mais pas que ! Les nouvelles générations voyagent, étudient à l’étranger et occidentalisent leur consommation. Le vin est à leurs yeux un produit à la mode, générateur de lien social. Et les investisseurs chinois l’ont bien compris : les domaines viticoles naissent et s’agrandissent à tours de bras. Focus sur quatre des principales régions reconnues de Chine, toutes concentrées autour de Pékin : Tianjin, Hebei, Pékin (elle-même) & Shandong.

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Tianjin, région pionnière en joint-ventures Sino-étrangères

Nous avons rendez-vous au sud-est de Pékin au domaine Dynasty, une joint-venture sino-française entre Tianjin City Grape Garden et Remy Martin, établie en Chine en 1980.

C’est par le train que nous devons nous y rendre, depuis la gare centrale de Pékin. Rien de tel pour expérimenter les joies des transports en communs chinois. Quoi que…
Des heures d’attente sous la chaleur et dans le brouhaha pour récupérer nos billets à un guichet bondé de monde. Autour de nous des gens dorment à même le sol, leur baluchon sous la tête en guise d’oreiller ; d’autres jouent aux cartes, les doigts de pied en éventail, attendant probablement une correspondance tardive. Un véritable parcours du combattant qui s’achève par un trajet debout, sacs de 70L entre les jambes. Nous rions aux éclats devant une telle anarchie.

Dynasty

Dynasty


Arrivés au domaine Dynasty, la surprise est de taille. Nous tombons nez à nez avec un véritable château. Devant le bâtiment,  a même été édifiée une réplique miniature de la pyramide du Louvre (cette dernière ayant été conçue – cela dit en passant – par l’architecte sino-américain Ieoh Ming Pei en 1983…plutôt amusant).
Les décorations intérieures et les hauteurs de plafond, font elles aussi, dans la démesure.

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Les 27 hectares de riesling italien et de muscat d’Hambourg du domaine, sont entourés de bâtiments industriels. La ville est venue encercler le domaine. Une question me vient alors : d’où viennent les 40 millions de bouteilles produites chaque année par Dynasty? La réponse est simple (et fréquente pour beaucoup de grands domaines dans le monde) : le reste du vignoble – 1500 hectares de vigne – se trouve à 1200 km de là, dans la région de Ningxia ! Difficile d’aborder la notion de terroir dans de telles conditions.

Hebei, la région côtière en plein boom

Premier constat à notre arrivée : les grues ont envahi le paysage. Les ambitions de la région sont clairement affichées.
Illustration avec Bodegas Langues, un domaine imaginé par le milliardaire autrichien Gernot Langes-Swarovski (petit-fils du créateur de bijoux Daniel Swarovski) et qui n’est autre qu’un joli cadeau de son propriétaire envers lui même.

Bodegas Langues

Bodegas Langues


Imaginez : 300 millions de dollars US d’investissement pour 200 hectares de vigne plantés à flanc de montagne (principalement en cabernet sauvignon, merlot, syrah et cabernet franc) ; un chai par gravité entièrement automatisé d’une capacité de 1600 tonnes ; deux ascenseurs conçus pour déplacer les cuves inox de 600 HL, et cerise sur le gâteau…une tonnellerie produisant ses propres barriques de chêne, 100% « made in China » ! Les vins sont vendus en moyenne 150€ et peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros pour un double magnum de la cuvée haut de gamme, serti de pierres précieuses.

Un voisin, le Château Huaxia Greatwall, qui a marqué les débuts de Greatwall en Chine (groupe COFCO), pèse quant à lui 1300 hectares de vigne – plantés dans la région le long de la montagne Yanschan, sur des sols sablo-argileux riches en minéraux – pour 46 000 tonnes de production et un chai gigantesque de 23 000 barriques ! De quoi faire tourner la tête.

Château Huaxia Greatwall

Château Huaxia Greatwall


Pékin, ou quand la vigne se fait rattraper par l’urbanisme

C’est en métro que nous nous rendons dans le district de Fangshan, en périphérie de Pékin. Bien loin des grandes productions du pays, cette nouvelle région ne compte pour l’instant qu’une vingtaine de domaines, entre 10 et 60 hectares. Pour se démarquer, le gouvernement local a mis en place une politique très stricte pour l’élaboration des vins : interdiction d’acheter des raisins ailleurs, tout doit provenir du domaine. Une certification BIO pour la viticulture et la vinification est également à l’étude.
Car la région de Fangshan a d’abord été prospère grâce à ses productions de marbre. Mais les richesses se sont appauvries et il faut aujourd’hui trouver de nouvelles idées pour conserver les 260 000 emplois en jeu. Le développement de l’industrie viticole est donc le nouveau cheval de bataille de Fangshan.

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Nous visitons le Château Bolongbao, un domaine expérimental de 60 hectares où sont plantés de la roussanne, du viognier ou encore du petit manseng, aux côtés de cépages plus traditionnels comme le chardonnay, le cabernet sauvignon et le merlot. Le défi est de taille dans le vignoble : humidité élevée, pluies estivales et gelées d’hiver obligent à protéger la vigne quatre mois durant. Mais cela n’empêche pas la production d’un vin qualitatif dans l’ensemble, souple, facile à boire et sur le fruit.

Au Château Lion, à une heure de route de là, il a aussi fallu s’adapter à des contraintes supplémentaires et pour le moins inattendues. Il y a 4 ans le domaine s’est vu « couper en deux » par une voix de chemin de fer aérienne reliant la banlieue pékinoise à son centre.

Château Lion

Château Lion


Un coup dur qui n’enlève en rien l’optimisme débordant du propriétaire, très fier de la conduite de sa vigne en guyot double. Il s’amuse même à nous faire déguster à l’aveugle un délicieux vin blanc pris sur cuve, aux arômes de menthe, de pêche et d’agrumes et qui se révèlera être un 100% vidal, un cépage que l’on retrouve normalement au Canada pour la production de vin de glace. Coup de chapeau.

Shandong, un potentiel non négligeable

Voilà une région forte intéressante d’un point de vue climatique.
Ici pas besoin d’enterrer la vigne en hiver (contrairement à toutes les autres régions viticoles chinoises par lesquelles nous sommes passés) : il y fait plus chaud. Normal, le vignoble de Shandong est sur la même latitude que la Grèce ou encore la Turquie.

Futur Domaine Lafite (Shandong)

Futur Domaine Lafite (Shandong)


C’est dans le district de Penglai que nous sommes attendus, là où sont produits les 2/3 des vins du Shandong. Et si à l’heure où nous écrivons cet article, les Domaines Barons de Rothschild (Lafite) sont en train de mettre un pied dans la région*, c’est loin d’être un hasard. Le potentiel est là : un très bel ensoleillement, des pluies modérées, des sols pauvres composés – sur les plus beaux vignobles – de granite, de calcaire et de minéraux ; un vent marin qui vient sécher la vigne en été et la protège de beaucoup de maladies ; la possibilité de planter une grande diversité de vitis vinifera et d’avoir – à terme –  de plus vieux pieds de vigne qu’ailleurs en Chine.

Ici les domaines rivalisent d’originalité, comme le château Treaty Port Vineyards, d’inspiration écossaise, qui trône juste en face du futur domaine Lafite. On y produit même un whisky avec du malt importé d’Ecosse.

Treaty Port Vineyards (Shandong)

Treaty Port Vineyards (Shandong)


Autre belle réussite locale, à la française cette fois, le Château Reifeng-Auzias, né en 2003 d’une coentreprise entre Dominique Auzias (Château Auzias), Michel Behar (financier), et Wu Feng et Mei Ling (un couple dans le pétrole en Chine). Le château serait même, de l’avis de Bernard Burtschy, « l’un des vignobles les mieux plantés de la Chine et même d’ailleurs ».

Et comment goûtent les vins dans tout ça ?

La province de Hebei nous a particulièrement marqué par la qualité de sa production.

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-“Grand Réserve 2009“, du domaine Bodegas Langues (district de Changli) : un assemblage de cabernet sauvignon, syrah, merlot et cabernet franc. Nez complexe de fruits rouges, cuir et violette. Bouche sur les fruits noirs (dominante cassis) et le cacao. Prix caveau : 220€, tout de même…
-“Cabernet Sauvignon Spécial Réserve 2005“, du Château Huxia Greatwall (district de Changli) : un nez de fruits noirs très mûrs (cerise noire et pruneau), réglisse. Une très belle bouche, fraîche, avec des tannins agréables, souples et élégants. Prix caveau : 78€.
-“Réserve 2009“, du Château Nubes (district de Huailai) : un 100% cabernet sauvignon aux notes de fruits noirs confiturés, de cuir et d’épices. Bouche sur les fruits cuits, avec des tannins fins et soyeux. Jolie longueur. Prix caveau : 130€.
-“Danbian Marselan 2011“, du Domaine Amethys Manor, (district de Huailai) : un vin rouge 100% marselan élevé pour moitié en barriques américaines et pour moitié en barriques hongroises. Nez très chargé en épices (poivre noir, clou de girofle), avec des fruits noirs et une finale légèrement herbacée. Bouche fraîche avec un fruit croquant. Délicieux.
-“Petit Manseng Late Harvest 2010“, du Domaine Franco-Chinois (district de Huailai) : un vin que nous ouvrons pour notre anniversaire sur la Grande Muraille de Chine. Nez de fruits confits, complexe et très agréable. Bouche vive avec une belle acidité, des fruits confits et une finale sur l’abricot sec. Superbe.

3 autres vins rouges très intéressants dégustés dans les autres régions.

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-“Bolongbao Red 2010“, du Château Bolongbao (PÉKIN, district de Fangshan) : assemblage de cabernet sauvignon et merlot. Après un passage d’un an en barriques françaises, développe des notes de mûre sauvage, de cacao et de cuir. Bouche fraîche, souple et très structurée. Prix caveau : 60€.
-“Private Reserve 2005“, du Château Gooding (SHANDONG) : le vin iconique du domaine, un cabernet sauvignon produit exclusivement en magnum. Nez de fruits noirs, d’épices et de sous-bois. Tannins très fins. Puissant en bouche, avec des notes de réglisse et de cassis.
-“The Commissioner 2009“, domaine Treaty Port Vineyards (SHANDONG) : assemblage de marselan et de merlot. Joli nez de mûre, myrtille et cerise griotte. Bouche souple avec un fruit équilibré et croquant, poivre noir en finale. Fin de bouche courte mais fraîche. Prix caveau : 40€.
-et une curiosité hors vin : un XO de 15 ans d’âge du domaine Dynasty (TIANJIN), qui peut rivaliser sans rougir avec quelques cognacs français. Prix caveau : 78€.

Conclusion : quand il s’agit de vins premium (au dessus des 50€), la qualité est souvent au rendez-vous.

La barrique de vin chinoise, ça existe !

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Dans les montagnes du nord est de la Chine, aux pieds de la Mongolie, se trouve une forêt de chênes d’à peine quelques hectares. Juste assez d’arbres pour faire le bonheur de deux tonneliers chinois installés en bord de mer, à l’est de Pékin. La barrique de chêne « made in China » existe donc bel et bien. Et après dégustation il semblerait que les tannins et arômes apportés au vin soient plus fins et plus discrets qu’une barrique de chêne hongrois ou français.
Toutefois la barrique de chêne chinoise n’est qu’un doux rêve éphémère. Le chêne est amené à disparaître rapidement. Car il faut entre 70 et 80 ans pour qu’un chêne arrive à une taille adulte, et il est impossible d’en replanter en montagne, le coût est trop onéreux. « D’ici 3 à 4 ans les tonnelleries chinoises seront obligées d’importer du chêne de l’étranger si elles souhaitent continuer à produire », nous confit le directeur d’une des tonnelleries.

La Chine est donc un acteur majeur du monde du vin au XXIème siècle, tant part la taille de sa production (5ème pays producteur), que part les chiffres de sa consommation de vin rouge (1ère place mondiale). Elle se doit donc d’être prise très au sérieux.
Une nuance toutefois – et de taille : les exportations de vin chinois ne dépassent pas les 2% de la production totale, et avec le nombre de consommateurs potentiels dans le pays (chaque jour en croissance) cette tendance n’est pas prête de s’inverser. Le vin chinois ne sera donc pas (encore) demain sur toutes nos tables.

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Quittons-nous sur un moment magique vécu le 16 juillet dernier, jour de l’anniversaire commun des deux explorateurs baroudeurs : une promenade sur une partie laissée à l’abandon de la Grande Muraille de Chine. Un moment de quiétude absolue et où l’immensité du monde vient nous rappeler courtoisement que nous ne sommes que de petites gouttes d’eau dans l’océan.

WineExplorers’ment votre,
JBA

 

*Les Domaines Barons de Rothschild (Lafite) se sont associés au groupe chinois CITIC en 2012 pour construire un domaine dans la région viticole de Penglai. Le vignoble est déjà entièrement planté ; les travaux de réalisation des différents bâtiments sont en cours.

Merci à Nancy Pan et Brian Yao pour leur aide précieuse sur le terrain et les nombreuses traductions du chinois vers l’anglais.
Pour toute autre information liée au marché chinois : http://www.wines-info.com

Emma GAO, la grande dame de Silver Heights

Zoom sur le domaine Silver Heights, un micro vignoble chinois, bien loin des standards établis, produisant à peine 40 000 bouteilles par an, et où nous avons eu la chance de déguster le meilleur vin rouge de notre séjour en Chine. Une petite merveille…
Résumé de notre rencontre avec Emma Gao, l’œnologue du domaine familial, une jeune femme délicieuse et proche du terroir.

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WINE EXPLORERS : Comment êtes-vous devenue œnologue ?

Emma GAO : C’est mon père qui a eu l’idée de me faire apprendre l’œnologie en France. Pour un meilleur futur dans ma carrière. J’ai d’abord débuté à Orange, puis à Bordeaux, pour un total de quatre années en France. Le life style à la française et la richesse culturelle du pays m’ont impressionnée. J’ai adoré étudier à l’université du vin de Bordeaux, avec des stages dans plusieurs grands domaines. Comme vous le savez cette école est très sérieuse et les meilleurs professeurs y enseignent. Leur grand professionnalisme m’a beaucoup inspirée.
Je suis rentrée en Chine en 2004 pour travailler comme œnologue dans un domaine de la région de Xinjiang. Ensuite j’ai travaillé sur Shanghai dans la vente de vin, pour avoir une approche plus globale du business du vin.

WE : Comment est né le domaine Silver Heights ?

EG : Pendant les 3 années où j’ai travaillé dans un domaine viticole de taille industrielle, j’ai réalisé qu’il y était très difficile de faire des vins de qualité. J’étais découragée et en colère et j’en ai parlé à mon père. Au téléphone il m’a dit de rentrer dans le Ningxia, et que nous allions acheter des cuves et construire une petite cave pour moi, pour faire le vin que je souhaitais faire. Mes parents avaient une parcelle de terre de moins d’un hectare où ils cultivaient de la vigne, des fruits et des légumes, là où ils habitaient. J’étais tellement heureuse de pouvoir commencer notre propre vin ici ! En 2007, notre production a été reconnue par des amateurs de vin chinois et des professionnels étrangers. En 2009 Torres Chine, notre distributeur, nous a aidés à la fois à trouver le nom Silver Heights mais aussi à faire le marketing et la promotion des vins dans les grands hôtels et restaurants en Chine.

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WE : Pourquoi le domaine Silver Heights a-t-il faillit disparaître récemment ?

EG : Il y a quelques années c’était encore la campagne ici. Maintenant nous sommes entourés d’immeubles. Et malheureusement un promoteur immobilier local souhaite reprendre nos terres pour construire ici un parc avec une résidence. Parce qu’en Chine chaque terre reste la propriété du Gouvernement (1).
L’Ambassadeur de France, qui était venu nous rendre visite lors de sa venue dans le Ningxia, a trouvé que nous avions un petit coin de paradis préservé au milieu de la ville et reconnu que Silver Heights était avant tout un modèle de coopération viticole entre la France et la Chine. Il voulait nous apporter son soutien et a donc écrit une lettre au maire d’Yinchuan pour le convaincre de garder un morceau du parc pour nous, afin d’y construire un musée du vin pour l’accueil des visiteurs.
Avec la lettre très attentionnée de l’Ambassadeur de France, nous avons pu garder une partie de notre domaine, là où l’histoire de notre 1er millésime a commencé. Une fin heureuse ! Les millésimes 2012 & 2013 de Silver Heights vont également être vieillis ici.

WE : Quel est ce projet de cave à vin dans la montagne que vous développez ?

EG : Au tout début nous avons commencé avec 10 barriques, uniquement pour la famille et les amis. Et puis chaque année nous avons grandi un petit peu plus, parce que le vin a commencé à avoir bonne réputation, ce qui était inattendu !  Puis avec mon père nous avons décidé de partir sur un développement stable, nous avons trouvé un terrain dans les montagnes et nous y avons planté de nouvelles vignes ; 40 hectares au total. Nous y avons construit une cave plus grande, à fleur de montagne.  Nous sommes aidés par l’architecte français Philippe Mazier, qui avait déjà eu d’excellentes idées pour dessiner le domaine Silver Heights. C’est lui également qui s’occupera des plans de transformation de notre ancienne ferme en musée du vin.

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WE : Qu’est ce qui fait de Silver Heights l’un des domaines les plus en vue en Chine aujourd’hui ?

EG : Nos vignes de 16 ans ont toujours été soigneusement entretenues par mon père. L’altitude de 1200 m, le bon ensoleillement, le vent sec et les montagnes d’Helan qui protègent la vigne offrent un environnement très sain pour produire des raisins de qualité et faire du bon vin. L’écart de température entre le jour et la nuit est supérieur à 20 degrés ici, ce qui est un plus pour la maturation des composés phénoliques.
Et puis surtout le vin que nous produisons reflète bien le terroir du Ningxia dans lequel nous sommes, vierge de toutes maladies et donc très pur. Maintenant, avec les nouveaux porte-greffes français que l’on vient de planter je crois que l’on va encore gagner en qualité dans le futur.

WE : Cependant la région de Ningxia fait fasse à une viticulture extrême, pourquoi ?

EG : Même si nous sommes sur la même latitude que Bordeaux, le climat d’ici est continental. Nous sommes dans une région désertique et très sèche, avec des précipitations annuelles d’à peine 200 mm, en comparaison à une évaporation de 1600 mm ! Une vraie problématique qui nous oblige à irriguer de manière raisonnée, au goutte à goutte. L’avantage d’un tel climat est qu’aucune maladie de la vigne ne peut s’y développer ; nous n’utilisons donc  aucun pesticide.
L’écart des températures est très grand entre été et hiver : de 37°C à -25°C. On est donc obligé d’enterrer les vignes en hiver, ce qui a pour conséquence de réduire le cycle végétatif.

WE : Peux-tu nous parler de tes différents vins ?

EG : Nous sélectionnons uniquement les meilleurs raisins pour l’élaboration des vins de Silver Heights, élevés en fût de chêne entre 12 et 16 mois, dans le respect des méthodes traditionnelles, sans filtration.
Trois vins principaux : « The Summit« , un vin fait pour la garde, assemblage de cabernet franc, cabernet sauvignon et cabernet gernischt (2).

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Et le « Family Réserve« , un vin de plaisir pour une consommation de tous les jours. Enfin nous avons une dernière étiquette, « Emma´s Réserve« , notre haut de gamme. Un vin que l’on ne fait que dans les grands millésimes.
Notre seconde marque, Vallée Enchantée, est élaborée avec le reste des raisins une fois le tri effectué. C’est une cuvée pour la consommation quotidienne et vendue régionalement.

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Nous vous le disions en introduction, c’est à Silver Heights que nous avons eu notre plus gros coup de cœur pour un vin rouge chinois : le « Emma´s Réserve 2011« , un assemblage de syrah, merlot, cabernet franc, cabernet sauvignon et cabernet gernischt. Un nez de fruits noirs (mûre, myrtille et cassis) avec des touches de violette, d’épices et de café torréfié. Une bouche élégante, fraîche, avec tes tannins veloutés et une belle longueur. À déguster exclusivement en magnum.

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WE : Où les vins de Silver Heights sont-ils vendus ?

EG : Torres China s’occupe exclusivement de la distribution de nos vins. Grâce à Torres, nous sommes présents dans les plus prestigieux restaurants et hôtels cinq étoiles de Chine, à Shanghai, Pékin ou encore à Guangzhou.

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WE : D’où viennent cette rencontre et ce lien si particulier entre vous et Torres ?

EG : J’ai beaucoup de chance d’avoir pu travailler dans l’équipe de Torres Chine en 2008-2009, comme training manager. Le directeur général, Fernandez Alberto, a découvert à l’époque notre 1er vin qui était alors en élevage en fût. Il l’a trouvé très bon et pris de passion, a pris en charge le packaging, le marketing et les relations presse. Et Damien Shee, directeur général pour Torres Pékin, a aussi investi beaucoup de passion pour référencer Silver Heights dans les grands restaurants, en organisant sans cesse des évènements pour promouvoir la marque.
Chez Torres, ils disent qu’ils sont avant tout des « investisseurs émotionnels ». Ils souhaitaient simplement nous aider en tant que petit domaine et faire en sorte que le rêve de mon père et moi puisse devenir réalité. Torres Chine représente exclusivement des domaines familiaux à travers le monde. Et ils ne croient qu’en des domaines familiaux pour réussir à faire de la qualité sur du long terme. Torres aide dans beaucoup de pays comme au Chili, en Chine, en Russie…pour la protection de l’environnement et l’aide à la production locale.

WE : Comment vois-tu évoluer le vin en Chine dans les prochaines années ?

EG : Si l’on regarde d’un point de vu global l’évolution de la croissance économique de la Chine ces dix dernières années, la demande est encore très tournée vers le luxe et le haut de gamme, et les vins du monde sont bien représentés sur le marché. Le vin a également une très bonne image de santé et on aime donc en offrir – surtout du vin rouge, c’est très respectueux. Mais ça ne représente même pas 1% de la population.
Car le vin est plus dans la culture occidentale que chinoise. Dans le futur il faudra compter sur l’influence des sommeliers, des critiques du vin, l’éducation du consommateur chinois, et je l’espère en même temps, sur une production chinoise de plus en plus qualitative et abordable. Alors peut être, le vin sera un jour choisi à la place du Baijiu et du Huangjiu – les spiritueux traditionnels – dans le verre d’1 milliard de consommateurs chinois.
On attend 20 ans de plus et on en reparle… 

WineExplorers’ment votre,
JBA


Pour plus d’informations :
www.silverheights.com.cn

(1) [Refers to the state land expropriation in the public interest so requires, in accordance with procedures prescribed by law and authority farmers collectively owned land into state-owned land, and shall be given the rural collective economic organisation of landless peasants and landless reasonable compensation and proper placement of legal acts.]
(2) le cabernet gernischt, cultivé dans le pays depuis au moins un siècle, semblerait être un très proche cousin du cabernet franc, d’après des études récentes.

La Chine, nouvel eldorado et superpuissance du vin – Partie 1

Acte 1/2 : Xinjiang, Ningxia & Shanxi

Aujourd’hui – plus que jamais – le monde du vin a les yeux braqués sur la Chine. Mais pourquoi donc me direz-vous ?
Souvenez-vous. Début janvier 2014, la nouvelle a fait grand bruit dans tous les journaux : l’empire du Milieu devenait le premier pays au monde consommateur de vin rouge (avec 1,865 milliard de bouteilles consommées en 2013), détrônant au passage la France (1) ! Autant vous dire qu’en tant qu’explorateurs passionnés nous avions hâte de nous rendre sur place pour nous faire une idée globale de la situation. Nous avons passé 30 jours dans le pays, visité 32 domaines viticoles dans 7 régions différentes et dégusté plus de 230 vins. Récit d’un mois de voyage en Chine.

Château Changyu Baron Balboa Kinjiung (Xinjiang)

Château Changyu Baron Balboa Kinjiung (Xinjiang)


Des ambitions de développement clairement affichées

Jusque dans les années 1980 – c’est à dire hier à l’échelle de l’histoire de l’humanité – la Chine était principalement orientée vers la production de raisins de table dans les régions musulmanes de l’ouest. Et bien que l’histoire de la viticulture dans le pays remonterait à 7000 ans avant notre ère, la viticulture moderne chinoise, elle, a moins de 35 ans d’existence.
Imaginez… En à peine trois décennies la Chine arrive au 5ème rang mondial des pays producteurs de vin (en 2012), avec une production proche des 15 millions d’hectolitres (2) ! Et le pays ne compte pas s’arrêter en si bon chemin ; loin de là. La Chine ambitionne de devenir le premier vignoble au monde d’ici cinq ans (3). Rien que ça.
Pour l’heure on peut distinguer sept régions principales de production, dans les provinces de Xinjiang à l’ouest, Ningxia et Shanxi au centre, Tianjin, Hebei, Pékin et Shandong à l’est.

Voyage des WINE Explorers en Chine - Juillet 2014

Voyage des WINE Explorers en Chine – Juillet 2014


Xinjiang, région de l’extrême aux investissements colossaux

Nous commençons notre exploration par la province de Xinjiang, au nord ouest de la Chine. Premier constat : le désert est roi (seulement 70mm de précipitations par an !). La montagne, omniprésente, garde bien jalousement ses sommets enneigés ; l’une des principales sources d’irrigation pour la vigne avec les lacs de la région. Dehors la température avoisine les 35° à l’ombre – normal pour un mois de juillet. Les vendanges sont donc précoces, dès la fin août.
Que de vignobles à l’horizon… Les hectares poussent ici à la vitesse des pâquerettes au printemps, et les paysages qui s’offrent à l’œil du voyageur sont d’une rare beauté.

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Au nord de la province, non loin de la ville d’Urumqi, la vigne a été impulsée par les japonais en 1985, avec un réel boom fin des années 1990. Ici c’est l’armée qui s’occupe de la gestion des 10 000 hectares plantés. Et les domaines rivalisent de gigantisme : une cuverie de 40 000 tonnes pour le domaine Tatary Winery, deux presses d’une capacité de 50 tonnes/heure chacune pour le domaine Sandyland, ou encore une production de 6 millions de bouteilles pour Citic Guoan Wine (qui exporte même un peu de vin dans les restaurants chinois parisiens).

Domaine Sandyland

Domaine Sandyland


Un peu plus au sud, vers Korla, la toute jeune sous-région de Gobi, créée en 1998 avec le domaine Les Champs d’Or, affiche déjà une superficie de 6 000 hectares. Un bon début.
Le domaine Tian Sai Vineyard, avec son vignoble de 140 hectares planté en 2010, est bien parti pour y faire figure de référence : les vins sont très prometteurs. On y trouve des cépages internationaux comme le cabernet franc, le merlot ou le chardonnay, ainsi que deux variétés chinoises : le bei hong (rouge) et le bei mei (rosé) ; bei signifiant « Beijing », lieu d’où proviennent ces deux hybrides. On n’y lésine pas sur les moyens non plus : quatre hélicoptères viennent d’être achetés par le domaine et attendent sagement de transporter les clients VIP depuis l’aéroport de Korla jusqu’aux chambres d’hôtes de la propriété.
Autre domaine incroyable, et tout juste sortie de terre, le Château Changyu Baron Balboa Kinjiung, qui, avec ses immenses tourelles n’est pas sans rappeler un joyau de l’architecture Médocaine. Les vins ne sont pas encore prêts. Ouverture au public très prochainement.

Tian Sai Vineyard

Tian Sai Vineyard


Nous vous parlions de viticulture extrême en été… et bien ça n’est pas tout ! Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Viennent s’ajouter à cela des températures glaciales en hiver : -20 à -25°C ; obligeant les domaines à enterrer chaque pied de vigne à la fin de l’automne, au risque de les voir dépérir durant l’hiver. Un travail de titan.
Autre problématique : la main d’oeuvre. Car aussi paradoxal que cela puisse paraître, on manque cruellement de travailleurs dans cette partie de la Chine. Et même si le gouvernement chinois y investit massivement en vu d’attirer de nouveaux ouvriers, on ne se bouscule pas (encore) à la porte. La mécanisation du vignoble est donc très développée dans le Xinjiang.

Ningxia, la région œnotouristique en plein boom

de gauche à droite : JB, Mr Cao Kailong, Ludo & le Professeur De Mei LI à Yinchuan (Ningxia)

de gauche à droite : JB, Mr Cao Kailong, Ludo & le Professeur De Mei LI à Yinchuan (Ningxia)


Qui a entendu parler de vin chinois a du entendre parler du Ningxia, la province la plus médiatique, et à ce jour l’unique région officielle reconnue en Chine. Certains signes ne trompent pas : le Ningxia possède son propre organisme de régulation du vin (le seul du pays), une zone viticole expérimentale internationale à été mise en place (où l’OIV, ou encore Denis Dubourdieu, y ont une parcelle de vigne) et le salon Vinitech Chine a été déplacé à Yinchuan, la capitale de la province.
Ici nous sommes sur le même parallèle que Bordeaux. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire (à tort), le climat y est bien différent car de type continental, avec des précipitations moindre (200 mm/an) et de très forts écarts de température entre l’été et l’hiver, obligeant également à couvrir la vigne en hiver. Fort heureusement, la protection des montagnes d’Helan, la haute altitude du vignoble (1200 m),  les 73 lacs de la région et la Rivière Jaune offrent des conditions très propices à la culture de la vigne.

Futurs vignobles, région de Ningxia

Futurs vignobles, région de Ningxia


La volonté de croissance du Ningxia est forte, nous explique Mr Cao Kailong (Directeur du Bureau of Grape and Floriculture Development du Ningxia), lors d’un diner à Yinchuan avec le professeur De Mei LI : «beaucoup d’entrepreneurs sérieux investissent dans le vin ici et nous souhaitons dans un futur proche doubler la superficie viticole du Ningxia pour atteindre les 66 000 hectares ». Et les investissements du gouvernement local en faveur du développement œnotouristique sont considérables : 50 milliards de RMB (l’équivalent de 6 milliards d’euros) ont été investis dans la construction des routes ainsi que pour l’acheminement de l’eau et de l’électricité.
Et la région regorge d’excellents domaines produisant de très bons vins, comme les vignobles Silver Heights (probablement le meilleur vin rouge chinois), Helan QingXue, LeirenshouHelan Mountain, ou encore le Château Septembre.

Château Septembre, une histoire de famille

Château Septembre, une histoire de famille


Shanxi, entre gigantisme et modernité

Nous quittons la province de Ningxia pour celle de Shanxi – plus à l’est – à 1h30 d’avion. Dans la voiture qui nous conduit à l’aéroport un message à notre attention passe à la radio locale : « Nous espérons que vous avez passé un agréable séjour ici et souhaitons aux WINE Explorers un bon voyage en Chine ». L’attention est sympathique.
Shanxi est une province magnifique, recouverte de montagnes verdoyantes et avec peu d’espace habitable au sol. C’est aussi (et malheureusement) la région la plus polluée de Chine. Les vignobles, préservés par l’altitude, y sont cultivés entre 700 et 1 200 m. On y trouve des vins absolument délicieux. Après avoir roulé 4h et emprunté nombre de routes sinueuses taillées dans la roche, nous arrivons enfin au premier domaine de notre visite, le Château Rongzi. Et quelle surprise !

Château Rongzi

Château Rongzi


Ce n’est pas un château qui se dresse devant nous, mais un village tout entier – en cours de construction – qui est littéralement venu se poser sur la montagne. Impressionnant… Les 400 hectares de vigne, plantés en 2007, produisent actuellement 400 tonnes de raisin pour des vins d’une belle qualité, surtout en rouge. Il faut dire que l’on a fait appel aux conseils avisés de Jean-Claude Berrouet pour l’élaboration des vins ; de quoi hisser le domaine vers les sommets.

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Autre pépite du Shanxi, le domaine Grace Vineyard, avec ses 200 hectares de vigne plantés en 1998, et dont la propriétaire, Judy Leissner, est l’une des grandes figures du vin en Asie (4)« L’ensoleillement, la haute altitude, les sols très pauvres et les 500 à 600 mm de précipitations par an dans la région offrent des conditions optimales pour la culture de la vigne », nous explique-t-on. Le chardonnay du domaine est particulièrement remarquable.

Dégustation : la Chine a fait des progrès considérables

Il faut le reconnaître, la Chine nous a bluffés : la qualité des vins est au rendez-vous pour beaucoup de domaines. Un bémol de taille toutefois : boire du (bon) vin en Chine en coûtera à votre porte monnaie : au minimum entre 25 et 30€. Il est d’ailleurs courant de voir des vins vendus au dessus des 100€ – notamment via des systèmes d’adhésion VIP, directement à la propriété, et très prisés des clients chinois fortunés. (À noter également : la majorité de la production chinoise, vendue en grandes surfaces autour des 5€, n’est pas montrée lors des dégustations, et a très mauvaise presse).

Le cabernet sauvignon est roi en Chine, tout comme beaucoup de cépages internationaux sont très prisés (merlot, cabernet franc, syrah, chardonnay, sauvignon blanc et riesling). Cependant le cabernet gernischt (5), le principal cépage rouge chinois – et dont les origines seraient européennes – nous a particulièrement séduits. Traditionnellement cépage d’assemblage, nous avons toutefois pu en goûter sur cuve au domaine Helan Mountain : un nez herbacé, très épicé (poivre, violette, clou de girofle) et sur les fruits noirs ; peu de tanins en bouche, croquant et frais. 

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Cinq vins rouges nous ont particulièrement marqués dans ces trois régions, pour leur élégance, leur structure et la finesse de leurs tanins :
-“Skyline of Gobi Cabernet Sauvignon 2012“, du domaine Tian Sai Vineyard (XIANJIANG)
-“Jiabeilan Reserve Cabernet Sauvignon 2011“, du domaine Helan QingXue (NINGXIA)
-“Oak Reserve Wine 2011“, du domaine Leirenshou (NINGXIA), un assemblage cabernet sauvignon-merlot avec une bouche soyeuse et de jolis fruits
-“Cabernet Sauvignon Special Reserve 2010“, du domaine Helan Mountain (NINGXIA) : une structure dense et profonde avec des tanins superbes
-“Rongzi Cofee Label 2013“, du Château Rongzi  (SHANXI), un élégant assemblage bordelais de cabernet sauvignon, cabernet franc et merlot.

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Ainsi que deux vins blancs et une méthode traditionnelle :
-“Chardonnay Special Reserve 2011“, du domaine Helan Mountain (NINGXIA), sans doute le meilleur chardonnay chinois : crémeux, frais, complexe et délicat
-“Méthode Traditionnelle Brut Rosé NV“, du domaine Chandon (NINGXIA), la seule méthode traditionnelle sérieuse en Chine, assemblage de chardonnay et pinot noir
-“Tasya’s Reserve Chardonnay 2011“, du domaine Grace Vineyard  (SHANXI), un chardonnay vif, sur la tension et la fraîcheur.

Ganbei, ou l’art de boire cul sec…

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En conclusion de ce premier volet sur la Chine nous souhaitions partager avec vous une tradition chinoise – au combien respectueuse, traditionnelle et millénaire – mais tellement douloureuse pour l’organisme d’occidentaux que nous sommes : le ganbei, que l’on traduit par « cul sec ».
Elément indispensable du business en Chine, vous n’échapperez pas à un repas d’affaires sans entendre crier « Ganbei !» à tout bout de champ. Car l’affaire est sérieuse : protocole rigoureux et refus de boire son verre interdit, au risque de vexer son hôte.
Dès le premier soir de notre arrivée en Chine nous avons eu le droit à un dîner dans les règles, arrosé de baijiu, l’alcool de riz traditionnel chinois. Une bouteille de MOUTAI arrive sur la table, l’un des baijiu les plus prisés en Chine. Mais ça titre tout de même à 65% d’alcool ! La gorge en feu, transpirant, bien alcoolisés…nous essayons de faire bonne figure. Les invitations à trinquer partent dans tous les sens et s’enchaînent à une vitesse folle. Nous finirons la soirée dans un sacré état. À vivre au moins une fois pour comprendre le phénomène. Soyez prêts… 

WineExplorers’ment votre,
JBA

 

(1) selon l’étude de conjoncture Vinexpo
(2)Source OIV 2013 ; prévision. Un chiffre à nuancer cependant, puisque Debra Meiburg MW nous confiait récemment et à juste titre « qu’il est difficile de sortir des statistiques, car la Chine importe beaucoup de vin en vrac, qui est ensuite mélangé avec la production locale »
(3) source : Le Figaro
(4)Judy Leissner a été nommée « Personnalité Asiatique du Vin 2012 » par le magasine The Drinks Business.
(5) le cabernet gernischt, cultivé dans le pays depuis au moins un siècle, semblerait être un très proche cousin du cabernet franc, d’après des études récentes.

Merci à Nancy Pan et Brian Yao pour leur aide précieuse sur le terrain et les nombreuses traductions du chinois vers l’anglais.
Pour toute autre information liée au marché chinois : http://www.wines-info.com