Connaissez-vous le vin vietnamien ?

Du vin au Vietnam ?! Impensable, m’étais-je dit à l’époque, en préparant le projet. Et pourtant. On y compte pas moins d’une vingtaine de domaines…et quelques millions de bouteilles produites chaque année(1). Je décide donc de m’y rendre, avec l’aide précieuse de Raymond Ringhoff, PDG de Vietnam Wine Tours – la seule compagnie du pays spécialisée dans les voyages oenotouristiques.
Direction Dalat, la grande région de production, au nord du pays.

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À la sortie de l’avion, je suis attendu par Mr Huang Thê Hung, un adorable guide local, qui va m’accompagner dans mon voyage et m’aider dans la traduction et les visites de domaines. Indispensable au Vietnam.

Dalat, quartier général de la production vietnamienne

Depuis l’aéroport, il ne nous faudra pas moins de quatre heures de route pour  rejoindre Dalat, à 180km dans les terres. La ville est perchée à 1700 mètres d’altitude. Parcourant des routes plus sinueuses et abîmées les unes que les autres, la succession de paysages sauvages par lesquels nous passons est à couper le souffle. Rizières, forêts, rivières, montagnes, plantations de café. 

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Je suis aux anges. Même l’humidité dans l’air, qui colle littéralement les habits sur la peau, ne peut altérer l’émerveillement qui m’anime.

La fin de la route se fait à la nuit tombée. Soudain, des milliers de points blancs se mettent à briller autour de nous dans le noir, nous suivant sur les bords de la route. On se croirait dans un dessin animé tout droit sorti d’un studio japonais. Comme si une colonie de lucioles avait élu domicile dans la montagne… Le moment est féérique. Quasi mystique. Mais qu’est-ce donc ? Ce sont les lampes chauffantes qui servent à la croissance des fleurs sous serre dans la région, m’explique mon guide. Dalat, avec son climat d’altitude plus tempéré, est en effet réputé pour ses cultures florales. Je ris devant tant de naïveté de ma part.

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Le lendemain, rendez-vous est pris avec Dalat Beco, l’un des domaines phares du pays, créé en 2000. Avec 670 000 bouteilles produites par an, l’équipe de Dalat Beco me confie faire partie des domaines vietnamiens de taille moyenne. Un cépage domine le vignoble ici : le cardinal. Sa particularité : il est vinifié aussi bien en blanc qu’en rouge !

Visitant le site d’embouteillage, je suis curieux de ne pas avoir vu la moindre parcelle de vigne autour du domaine et interroge mes hôtes. “Il y a eu une tentative de vignoble à quelques kilomètres d’ici : un échec, à cause de l’altitude. Tout est désormais produit sur la côte, à trois heures d’ici. Les raisins sont acheminés en camion jusqu’à Dalat“, m’explique-t-on.

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Les achats se font auprès de fermiers, exclusivement. Pourquoi ne pas délocaliser la production dans ce cas ? Tout simplement parce que “seule l’altitude de Dalat assure des conditions optimales pour la fermentation et l’élevage des vins“.
Ainsi, dans cette partie du monde au climat extrême, on produit jusqu’à trois vendanges par an. Par conséquent, la vigne ne se repose jamais et son espérance de vie ne dépasse pas les 8 ans (on peut pousser jusqu’à 15 ans avec un porte-greffe). Comme à Bali, on peut donc faire ici du vin toute l’année, simplement en espaçant les périodes de taille sur différentes parcelles. Cela permet aux domaines d’avoir un vin plus frais et non millésimé.

Ladora Winery, à l’initiative du “vin issu de raisins“ vietnamien

Avant 1976 – et l’indépendance du Vietnam – il existait dans le pays une production de liqueur et de vin de fruit, gérée par les Français.

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Il faudra cependant attendre 1998, pour voir apparaître les premières plantations de raisin, sous l’impulsion de Ladora Winery. En 1999, le premier “vin issu de raisins“ vietnamien est né (en milieu tropical, la vigne pousse dès la 2ème année !).

Visite du site, aussi imposant qu’impressionnant, avec ses immenses cuves en inox installées en intérieur comme en extérieur, et où l’on produit plus de 2,5 millions de bouteilles. Port de la charlotte, de la blouse blanche et de protège-chaussures obligatoires : Ladora Winery applique à la lettre les standards de production européenne. On le ressent d’ailleurs dans les vins, plus homogènes qu’ailleurs.

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Un Skype est organisé avec la direction du groupe, Ladofoods (aussi producteur de noix de cajou), basée à Hô Chi Minh-Ville, la capitale. Une situation amusante et des plus originales. Me voilà à discuter sur grand écran avec Messieurs Nguyen Hun Thuy (directeur général) et Nguyen Tran Quang (directeur du conseil d’administration). L’occasion d’apprendre que Château Dalat, créée en 2013, est la marque premium du groupe. On y retrouve des cépages internationaux comme la syrah, le cabernet sauvignon et le chardonnay. Une volonté clairement affichée vers davantage de qualité. Et un pas en avant vers une viticulture plus moderne.

Un vignoble au niveau de la mer

Que ce soit Dalat BecoLadora Winery ou tout autre domaine de Dalat, les vignobles se trouvent tous dans la région côtière de Ning Thuan, à 130km de là, au niveau de la mer.

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Seule cette partie du Vietnam semble donner des résultats probants pour la culture de la vigne. C’est également la région la plus chaude du pays. Aujourd’hui, alors que nous visitons quelques domaines de Ning Thuan, il ne fait “que“ 30°C. On atteint aisément les 36°C en cette période de l’année.

J’apprends que Ning Thuan était très fréquentée jusque dans les années 2000. Or l’ouverture de nouvelles régions, plus attractives, a vidé la côte de ses touristes. Résultat, une région aujourd’hui délaissée, avec des plages désertes et une atmosphère des plus fantomatique. Étrange. Qu’importe, le vignoble qui fait face à nous est magnifique. 

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Ladora Winery y a planté 20 hectares de Vitis vinifera pour ses grandes cuvées. Le reste des parcelles, plantées en cardinal, correspond à des contrats avec des fermiers locaux.

Rencontre avec les propriétaires du domaine My Hoa, l’un des rares microvignobles familiaux du Vietnam, commencé en 2000. Une production artisanale, faite à l’arrière de la maison, sans prétention, mais au charme fou. Ici, le vin fermente tranquillement dans de petites cuves en plastique. Rencontre avec une famille aussi discrète qu’attachante. On est bien loin des grosses productions du pays. 2 hectares de vigne, majoritairement plantés en cardinal et avec un peu de NH01-48, un hybride blanc local sans nom.

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Le vignoble, lui, est planté en pergola à 1,5 mètre du sol, permettant aux propriétaires de travailler à hauteur d’homme.

Dégustation du vin blanc, 100% issu du cépage NH01-48. Le breuvage est servi frais, avec des glaçons. Pourquoi pas. La bouche est sucrée et a un goût aigre, mais s’accommode bien avec le poulet bouilli servi lors du repas, à ma grande surprise. Je goûte le vin rouge avec un peu d’alcool de riz ajouté. Un gout âpre et inhabituel pour le plais d’un occidental. “C’est comme ça que les hommes le boivent ici“, m’explique-t-on en riant.

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Le domaine semble rencontrer un fier succès : pour satisfaire la demande, la famille Hoa projette de planter un nouvel hectare de vigne l’an prochain, derrière la maison, à la place de l’actuelle rizière. Comme quoi, tous les goûts sont dans la nature et se doivent d’être respectés.

Nous terminons le repas – et le séjour – par la découverte du Vú sữa (aussi appelé Chrysophyllum cainit), un fruit vert en forme de pomme, à l’aspect laiteux à l’intérieur, et dont la chair, aussi délicieuse que juteuse, a un goût d’amande et de fruits blancs mûrs.

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Une merveille ! À découvrir en exclusivité au Vietnam.

WineExplorers’ment vôtre,
JBA

 

Merci aux domaines Dalat BecoLadora Winery et My Hoa pour leur accueil chaleureux. Merci à Raymond Ringhoff, PDG de Vietnam Wine Tours, de m’avoir si bien aidé, guidé et conseillé dans l’organisation de ce voyage. Enfin, merci à mon ami Denis Gastin de m’avoir présenté Raymond.

(1) Bien qu’il soit compliqué d’avoir les chiffres exacts de la viticulture au Vietnam, on estime qu’il y a une vingtaine de domaines, pour une production annuelle dépassant les 10 millions de bouteilles produites.