Le Cambodge, nouveau venu sur la carte viticole asiatique

Parti de Birmanie de bon matin et après une journée pleine avec trois avions (Heho-Mandalay, Mandalay-Bangkok, Bangkok-Siem Reap), je suis très excité à l’idée de débarquer au Cambodge. J’ai entendu dire qu’il y avait un petit domaine perdu dans la campagne de Battambang et je compte bien mettre la main dessus !

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Où se trouve-t-il exactement ? À quoi ressemble-t-il ? Pourquoi avoir planté de la vigne au Cambodge ? Autant de questions auxquelles il me tarde de trouver des réponses… En route pour une exploration hors des sentiers battus des plus rocambolesques.

Un vignoble bien caché

Croyez-vous en la bonne étoile ? Personnellement, oui. À chaque fois que je me suis retrouvé au pied du mur dans cette formidable aventure, j’ai toujours eu la chance de croiser une personne pour me remettre sur le bon chemin. J’en suis d’ailleurs reconnaissant chaque matin.

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Ma bonne étoile cambodgienne se nomme Visooth Lohitnavy (propriétaire du domaine GranMonte en Thaïlande et que j’avais rencontré trois semaines plus tôt). Il a croisé il y a quelques années de cela Mr Chan Thaychheoung, le propriétaire du fameux domaine cambodgien, et m’a proposé de nous mettre en relation. Quelle veine !

Après quelques brefs échanges dans un anglais sommaire, mais efficace, me voilà débarqué à Siem Reap avec pour seule indication, qu’il me faut prendre un bus demain jusqu’à Battambang. C’est tout. Je ne sais ni où, ni à quelle heure prendre le bus. Le staff de la maison d’hôtes dans laquelle je suis hébergé pour la nuit ne parle pas anglais. Il m’envoie à la blanchisserie voisine, où la patronne semble avoir l’habitude d’aiguiller les voyageurs. “C’est 6$ pour Battambang, départ à 10h“.

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Le lendemain, un mini bus passe me récupérer. Il est rempli d’une dizaine de sympathiques voyageurs. J’apprends que l’on a tous payé un prix différent, entre 5 et 7$. C’est un peu à la tête du client, paraît-il. Direction la gare ferroviaire à la sortie de la ville – car les bus sont interdits dans Siem Reap. Après 200 km, une circulation quelque peu chaotique sous un soleil de plomb et quelques 4h30 de route plus tard, j’arrive avec presque 2h de retard à un “arrêt de bus“, qui n’est autre qu’un petit shop littéralement perdu au milieu de nulle part.
Je m’interroge : j’espère que je suis au bon endroit et que mes hôtes auront eu la patience de m’attendre.

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Dehors, une douzaine de cambodgiens fait le pied de grue sur le bord de la route, portant à bout de bras des pancartes, toutes faisant la réclame de leur Guest House. Un peu plus loin, à l’écart, Mr Chan Thaychheoung et son fils Chan Senghong sont là. Ils m’attendent, le sourire aux lèvres et me font de grands signes. Quel accueil ! Nous ne nous connaissons pas encore mais j’aime déjà cette famille. Ils dégagent une telle énergie positive. 
L’aventure vin peut enfin commencer. Et commence par un mémorable diner. 

Chan Thay Chhoeung Winery, l’unique

Mr Chan Thaychheoung a une histoire aussi touchante. Amoureux de vin dès l’âge de 21 ans, il décide à l’époque d’acheter une vingtaine de pieds de vigne, qu’il tente de faire pousser dans son jardin. L’échec. Mettant son rêve de côté, il devient fermier, et comme beaucoup d’autres producteurs dans la région, fait pousser des oranges. Mais la compétition est forte autour de chez lui.

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Il se met donc à réfléchir : il aimerait faire pousser un fruit différent de ceux des autres fermiers cambodgiens. Il se souvient alors de sa tentative infructueuse de jeunesse et l’idée lui prend de se mettre à contre courant de la profession en faisant pousser du raisin – chose unique dans le pays.

Mr Chan Thaychheoung commence prudemment avec 9 plants du cépage rouge black queen, histoire de voir. Il réussit son premier vin en 2004, avec quelques bouteilles produites pour les amis et la famille. C’est la révélation. Chan Thay Chhoeung Winery est né. Dans la foulée, il plante 3 hectares de black queen et quelques pieds de shiraz, un cépage qu’il affectionne tout particulièrement. Un investissement conséquent et un pari risqué : il joue toutes ses économies.

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Travailleur infatigable, il agrandit petit à petit son vignoble, toujours en réinvestissant chaque sou de son petit capital. En 2013, il achète des pieds de shiraz en provenance d’Israël et plante 3 hectares supplémentaires. Aujourd’hui, il en compte 10 hectares.
Pour l’heure l’équipement est modeste. Le vin est vinifié dans des bonbonnes en verre. Qu’importe, Rome ne s’est pas construite en un jour. Ils viennent d’ailleurs d’investir dans 3 cuves inox made in China pour l’an prochain, avec une capacité totale de production de 7 000L.

Jus de fruit, éducation et pédagogie

Cette année, la saison des pluies a été très intense et la récolte n’est pas à la hauteur. 

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Résultat, pas de vin produit et un focus sur l’élaboration d’un (excellent) jus de raisin organique maison 100% syrah, qui fait le bonheur des papilles et dont je me suis délecté à de nombreuses reprises.

Nous dégustons la production de l’an passé. Un vin atypique, également issu du cépage syrah et loin des standards européens. Mais qui remis dans son contexte et accompagné de quelques glaçons (c’est une coutume ici), rafraîchit le palais et accommode très bien les plats à base de légumes fermentés.

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Mr Chan Thaychheoung me fait visiter avec beaucoup de fierté le jardin pédagogique qu’il a créé en face de chez lui. Un véritable musée à ciel ouvert, où les cambodgiens viennent en nombre admirer la vigne, une plante qui jusqu’alors leur était inconnue.

“Il est important que nous éduquions les locaux en leur montrant à quoi ressemble une vigne et comment pousse une grappe de raisin“. Un véritable succès, où chacun des touristes en visite semble repartir conquis, sirotant un verre de jus de syrah à la paille. 

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Et il y en a pour tous les publics. Nous croisons même un groupe de moines curieux venus découvrir cette nouvelle attraction, aussi ludique qu’indispensable. Bravo !

Bambou Train & Angkor : deux incontournables

Un peu de fun ce week-end, avant le départ pour le Vietnam, à bord du “train de bambou“, une attraction incontournable dans la région de Battambang que j’ai le plaisir de découvrir avec la famille Chan. Il s’agit d’un genre de draisine motorisée constituée d’une plate-forme de bambou, qui permettait dans les années 70′ au personnel chargé d’entretenir les voies ferrées de se déplacer, puis dans les années 80′ à amener les soldats et leurs alliés vers le front.

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Ce qui en fait son charme et son attractivité indéniable pour les touristes du monde entier : un seul rail pour deux sens de circulation. Du coup, lorsque l’on rencontre un train arrivant dans l’autre sens, on s’arrête et on démonte l’un pour laisser passer l’autre. Et à une vitesse maximum de 50km/h, ça secoue drôlement. Mieux vaut garder une main sur son chapeau.

Autre lieu immanquable et des plus spectaculaires : Angkor, à Siem Reap, avec ses temples classés au patrimoine mondial par l’UNESCO. Lever à l’aube (les guichets ouvrent à 5h du matin et sont pris d’assaut), pour un moment inoubliable et magique.

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Voir se lever le jour sur le temple d’Angkor Vat – le plus grand des temples du complexe – est un moment unique. Il y a un côté mystique à voir se dessiner soudain dans la nuit les colonnes gigantesques de cet édifice sculpté de toutes parts. Comme le monde est beau quand il est vu sous cet angle…

Alors bien sûr, le Cambodge présente (encore) toutes les difficultés pour l’élaboration de vin : des températures extrêmes, une saison des pluies en été et une forte humidité constante. Sans compter un manque d’accès à des équipements de pointe. Qu’importe. Ici, on fait du vin avec les tripes, tout est vendu sur place, et en plus les gens reviennent. Comme quoi, un vin peut toujours trouver chaussure à son pied.

WineExplorers’ment vôtre,
JBA

 

Merci à Mr Chan Thaychheoung et à sa famille pour leur accueil extraordinaire et pour m’avoir ouvert leur maison avec tant de simplicité et de gentillesse. Merci à son fils, Chan Senghong, pour avoir été un si bon guide et pour m’avoir fait découvrir la magie de Battambang. Enfin, merci à Visooth Lohitnavy (propriétaire du domaine GranMonte en Thaïlande), pour cette précieuse mise en relation.

Le vignoble thaïlandais : inoubliable et inclassable

Aussi beau que fragile, aussi sauvage qu’accueillant. Au delà de toutes mes attentes. Défiant les lois de la viticulture classique. En dehors des sentiers battus et réservant quelques pépites côté vin… Le vignoble thaïlandais est une vraie belle découverte !

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La Thaïlande, qui compte une douzaine de domaines viticoles, principalement dans la région de Khao Yai (dans le nord), s’étend sur moins de 4 000 hectares(1). Voyage à la découverte d’un univers viticole fascinant, composé d’une poignée de (fous) passionnés.

Un enthousiasme affiché malgré des défis de taille

Atterri à l’aube à l’aéroport de Bangkok (4h30 du matin), je suis agréablement surpris par le professionnalisme des taxis thaïlandais : des prix affichés clairement, une file d’attente unique et un service impeccable ; pour une arrivée dans la capitale des plus douces. À peine le pied posé dans Bangkok, une atmosphère particulière m’envoûte.

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Le joyeux bazar des fils électriques dans les rues, les odeurs enivrantes de nourriture, le chant matinal des oiseaux et la ville encore endormie donnent une impression de plénitude absolue.

Rencontre avec Mr Pairach Intaput, président de l’Association des Sommeliers de Thaïlande, au restaurant Bo Lan – le raffinement ultime en matière de nourriture thaïlandaise. L’occasion d’apprendre que l’histoire viticole du pays – qui a démarré en 1995 avec le Château de Loei (aujourd’hui à l’abandon), puis avec le domaine GranMonte en 1999 – commence à peine à émerger. “La promotion du vin étant interdite en Thaïlande, il est pour l’instant interdit d’écrire de livre sur le sujet. De plus, l’association des sommeliers n’est officiellement reconnue que depuis 2015 : avant, c’était assimilé à de l’alcoolisme“, confit Mr Intaput.

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Ici, comme dans de nombreux pays au climat humide et tropical, on pourrait faire jusqu’à deux vendanges par an, avec une saison sèche – où les températures peuvent aisément dépasser les 40°C, et une saison des pluies – où le cycle végétatif de la vigne est mis à rude épreuve.

Pour les vignerons les plus consciencieux, seule la vendange en saison sèche est récoltée. Ensuite, grâce à un produit appelé le Dormex – un régulateur de croissance des plantes appliqué en général dans les 48 heures suivant la vendange – on favorise un arrêt du bourgeonnement uniforme ; afin que la plante puisse rentrer en repos.

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« Ça n’est pas difficile de faire pousser de la vigne en Thaïlande ; seulement, avec la pression atmosphérique et l’humidité permanente, il est impossible de faire des vins bio : obligation de traiter la vigne contre les maladies tel que le Mildiou ou la pourriture grise », constate Mr Intaput.

GranMonte, une jolie succes story familiale

Après avoir récupéré mon amie Amélie Mornex – œnologue française qui aime par-dessus tout faire les vinifications en Asie et qui y passe la majeure partie de son temps depuis des années – nous prenons la direction de GranMonte, à 2h30 de voiture au nord de Bangkok.

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La première impression en arrivant devant ce domaine de 15 hectares d’un seul tenant à 350 mètres au-dessus du niveau de la mer me laisse sans voix. Un vignoble planté en 1999 sur des sols d’argile, de loess et de calcaire, rigoureusement découpé en 20 blocks et où pas moins d’une vingtaine de cépages cohabitent… Parmi eux, quelques variétés internationales comme la syrah, le cabernet sauvignon, le chenin blanc, le grenache et le viognier. Et d’autres cépages plus surprenants, comme le semillon, le verdelho ou le durif(2) !

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Aux commandes de ce domaine : l’adorable famille Lohitnavy. Visooth, le papa – ancien pilote de course et rédacteur en chef d’un magazine automobile, qui a eu envie de changer de vie. Sakuna, la maman, qui gère les restaurants et le café du domaine. Mimi, la fille cadette, directrice marketing en charge des relations publiques. Et Nikki, l’ainée des deux sœurs, responsable de la viticulture et œnologue du domaine.

C’est tout excité que nous nous levons le lendemain aux aurores pour une session vendange du chenin blanc ! Ciseaux en main (une fois n’est pas coutume), nous coupons les grappes dans la bonne humeur et sous un soleil de plomb.

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L’état sanitaire des raisins est superbe. Ça promet un beau millésime.

Nikki Lohitnavy, la révélation en viticulture tropicale

Je le dis sans détour : qui affirme n’avoir jamais bu un “grand vin“ issu d’une viticulture tropicale n’a pas encore bu l’un des vins du domaine GranMonte
J’en vois d’ici monter au créneau sur la notion de grands vins ; criant à l’hérésie. Pas du tout ! D’abord, qu’est-ce qu’un grand vin ? Voilà une question bien personnelle… Une question d’émotions, de joie, de ressenti profond, de plénitude, de gourmandise, que j’aime à décrire comme un moment aussi intense et réconfortant qu’une soirée au coin du feu dans les bras de l’être aimé.

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Rencontre avec Nikki Lohitnavy. “À l’âge de 10 ans, je voulais être botaniste“, raconte-t-elle. Diplômée en œnologie de la prestigieuse université d’Adélaïde, Nikki parcours le monde et forme sa technique, notamment dans le nord du Brésil, où elle apprend à dompter la vigne en milieu humide. En 2009, elle fait son premier millésime à GranMonte. Un virage qualitatif certain pour le domaine. C’est la révélation.

Depuis la paille sur les pieds de vigne pour réduire le nombre de spray herbicide et donner de la matière organique aux sols, jusqu’aux fibres de banane servant à attacher la vigne pour leur côté écolo, Nikki expérimente sans cesse. “J’expérimente actuellement quatre nouveaux cépages : sangiovese, barbera, touriga nacional et touriga franca. Mon rêve sera d’avoir plus de place encore pour tester bien d’autres cépages, mais l’hectare coûte cher ici“.

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Côté technologie, ça n’est pas mal non plus. “Nous exploitons notre vignoble avec un système agricole de précision appelé ‘’Smart Vineyard’’, qui intègre une surveillance microclimatique nous aidant à obtenir le meilleur potentiel de qualité des raisins dans ce climat à la viticulture non conventionnelle“.

Nikki m’a tout simplement ouvert les yeux sur la viticulture en culture tropicale, en m’apportant la preuve qu’avec de la passion, beaucoup de savoir-faire, un travail acharné à la vigne et un équipement de pointe, il est possible d’y faire de très jolis vins.

L’Oenotourisme, la clé du succès

Malgré son histoire viticole récente, la Thaïlande est déjà très avancée côté oenotourisme et a tout compris.
Comme chez Silverlake, à Pattaya, où l’on compte pas moins de 800 000 visiteurs par an (!). Ces derniers raffolent de la visite des jardins du domaine en minibus. Une véritable expérience façon “parc d’attraction“, prolongée le midi au restaurant et le soir dans l’une des chambres de style hollywoodien du complexe.

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Dans un registre plus “zen“, chez Village Farm & Winery, dans la région de Khao Yai, on peut venir méditer au milieu des vignes le temps d’un week-end, et profiter du calme des chambres sans télévision ni internet.

Côté “nature“, Alcidini Winery, le plus petit vignoble thaïlandais avec 8 hectares, accueille les visiteurs dans son domaine pédagogique conduit organiquement. Un sacré défi dans une partie du monde aussi tropicale : pas de pesticides, utilisation de moutons pour manger l’herbe entre les rangs de vigne et achat de fumier de vache au fermier voisin.

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Enfin côté “musique“, le festivale Jazz & Wine annuel organisé au domaine GranMonte, et auquel nous avons eu la chance de participer, est un événement culturel incontournable.

Une nature belle et fragile à préserver

Sur le chemin du retour, nous avons le bonheur de faire deux stops nature épiques. L’occasion pour vous narrer la beauté de la biodiversité thaïlandaise et, je l’espère, vous donner envie de le (re)visiter !
Elephant Stay, tout d’abord : un site de protection et de préservation des éléphants. Ces derniers sont entraînés pour les parades et les démonstrations militaires (en mémoire de leur usage comme force de frappe en temps de guerre). Nous assistons à la douche quotidienne de ces grands mammifères, aussi à l’aise que des poissons dans l’eau.

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Khao Yai National Park, enfin. Le clou du spectacle. Avec 80km de long d’est en ouest, le deuxième plus grand parc du pays fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO et constitue l’une des plus vastes forêts d’Asie. On peut y planter la tente…pour un réveil nature des plus dépaysant.

WineExplorers’ment vôtre,
JBA

 

Merci aux domaines GranMonte, Alcidini, Village Farm Winery, Silverlake and PB Valley pour leur accueil chaleureux.
Merci à la direction du Khao Yai National Park et tout particulièrement à Ms. Issaya Siriwachanawong, notre adorable guide, pour nous avoir amenés hors des sentiers battus. Enfin, merci à l’équipe d’Elephant Stay de nous avoir permis d’admirer le bain des éléphants : un moment inoubliable. Et un grand merci à mon amie Amélie Mornex, pour son aide précieuse sur le terrain.

(1) La viticulture thaïlandaise se retrouve sur trois régions variant de 110 à 530 mètres d’altitude : Prachuap Khiri Khan (Hua Hin) et Pattaya dans le centre du pays et Khao Yai dans le nord.
(2) Le durif est un cépage de cuve noir français originaire du Dauphiné, croisement spontané des cépages peloursin et syrah. Appelé petite syrah ou petite sirah en Californie, il est aussi connu sous ce nom en Australie, en Nouvelle-Zélande ou en Afrique du Sud. Enfin, il est également connu sous les noms de bas plant, dure, duret, dureza, duriff, dyurif, gros noir, Kek Durif, nérin, pareux noir, petit duret, petite serine, petite sirah, petite syrah, pinot de l’Ermitage, pinot de Romans, plant durif, plant fourchu, serine, serine des Mauves, sirane fourchue ou sirane de Tain.

La Hongrie, bien plus que des grands liquoreux

« Il n’existe pas un village hongrois sans une cave ».
Voilà qui résume bien la culture du vin en Hongrie, ancrée dans l’histoire depuis l’Antiquité et la conquête de la rive sud du Danube par les Romains.

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Ayant souffert du communisme jusqu’à la fin des années 90 – comme de nombreux pays de l’Europe de l’Est – le vignoble hongrois se restructure petit à petit, avec un retour progressif à des vins de qualité. Le pays compte aujourd’hui quelques 150 000 hectares de vigne(1), répartis sur 22 régions.
D’est en ouest, focus sur deux d’entre elles : Tokaj et Etyek-Buda.

Tokaj, terre d’aszú et de puttonyos

En arrivant depuis Budapest, la route n’est qu’une succession de champs verdoyants. Puis soudain, surgissent de petites montagnes en forme de dômes, tels des champignons tout juste sortis de terre. Sur ces collines, de la vigne plantée en coteaux.

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Bienvenue à Tokaj, 3ème plus grande appellation hongroise avec 5500 hectares plantés(2). Une ancienne région volcanique sur les contreforts des Carpates, classée au Patrimoine mondial de l’Humanité depuis 2002, où l’on comptait autrefois plus de 400 volcans en activité.

Ici on parle aszú et puttonyos. Coincé entre les rivières Tisza et Bodrog, le vignoble de Tokaj bénéficie de conditions idéales pour le développement du fameux Botrytis cinerea. Une fois les raisins atteints de pourriture noble récoltés grain par grain (!), ce sont ces unités de mesure qui vont déterminer le niveau de sucre et la concentration des vins(3). Ces derniers sont vieillis au moins trois ans dans des caves traditionnelles, où se développe sur les murs un champignon noir, le Cladosporium Cellare, qui aide au développement du vin.

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Nous visitons avec admiration les tunnels naturels que forme la cave d’1km du Château Dereszla, où pas moins de 1000 barriques couvent amoureusement une partie de l’or liquide de Tokaj, dans une humidité constante de 90%.

Quelques grands liquoreux hongrois issus du cépage furmint, dégustés lors de notre périple :
Tokaji Muskotaly Réserve 2003, du Château Dereszla (“Coup de Coeur“ Wine Explorers)
Tokaji Aszú 2006, du domaine Samuel Tinon
Tokaji Aszú 6 Puttonyos 2008, du domaine Demeter Zoltán
Tokaji Aszú 6 Puttonyos 2008, du domaine Grof Degenfeld
Tokaji Aszuescencia 2003, du domaine Erzsébet Pince

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Un vignoble en pleine mutation tourné vers les vins blancs secs

La région de Tokaj n’est pas qu’une (grande) région de liquoreux. Au contraire, il est important de s’y diversifier avec une production de vins blancs secs. « La production du dernier Aszu remonte à 2010 dans la région. Depuis, les conditions climatiques ne permettent pas la production de liquoreux ; ou bien une production en quantités extrêmement faibles. Et les petits domaines qui ne font que des vins liquoreux sont actuellement en danger », nous explique László Kalocsai, directeur du Château Dereszla, au cours d’une dégustation de vins blancs secs pris sur cuves passionnante (en vue d’assemblages).

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De plus, la région reste la plus pauvre de Hongrie(4) avec 4/5 du vignoble géré par des agriculteurs qui ont moins d’un hectare en moyenne et n’arrivent pas à en vivre. Un programme gouvernemental a ainsi été mis en place pour développer le tourisme dans la région de Tokaj. Avec un budget de 300 M€ qui s’étale de 2013 à 2020, il est supposé aider en priorité les petits domaines familiaux(5).

Quelques très jolis vins hongrois (hors liquoreux) dégustés :
Ré:serve 2012, du domaine Abraham Pince (100% furmint)
Tokaj Szamorodni 2007, du domaine Samuel Tinon (“Coup de Cœur“ Wine Explorers)
Tokaji Kabar 2013, du Château Dereszla (100% kabar – un cépage unique à Tokaj, avec seulement 11 hectares)
Cabernet Franc 2012, du domaine Demeter Zoltán
Kékfrankos 2013, du domaine Etyeki Kúria (100% kékfrankos, équivalent du blaufränkisch autrichien)

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Une production de vins effervescents se développe également en Hongrie depuis environ 8 ans. Le domaine Grof Degenfeld, converti organique depuis 2008 et produisant une délicieuse cuvée “Furmint Sparkling Brut 2011“, en est un bel exemple.

Samuel Tinon, le génie discret de Tokaj

Samuel Tinon est né dans les vignes à Sainte-Croix-du-Mont, une autre belle région de liquoreux(7). En 1991, il a 21 ans quand il arrive en Hongrie. Samuel apprend le hongrois sur place et devient rapidement directeur de la Royal Tokaj Wine Company, la première joint venture entre l’est et l’ouest, créée en 1989. Il a déjà de l’or dans les doigts. En 1999, il crée son vignoble avec 5 hectares sur l’appellation Tokaj.

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Avec sa femme Mathilde Hulot – correspondante pour de nombreuses revues viticoles et co-auteur d’ouvrages viticoles de référence(6) – ils s’installent sur la commune d’Olaszliszka en 1998, au coeur du grand cru Hatari.

Samuel cultive deux cépages : le furmint et l’harslevelu, plantés sur des sols d’argile, de tuff et de lœss, sur les coteaux du Zemplén (pente entre 30 et 40% orientée plein sud). Parmi ses vins – qui, je dois le reconnaître, sont tous délicieux – un m’a littéralement mis KO : son Szamorodni sec. Un vin – ou plutôt une méthode à la base – qui signifie « comme il vient » en polonais, à une époque où les travailleurs ramassaient les grappes botrytisées entières (et non pas grain à grain).

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Samuel en fait une version en sec avec un élevage sous voile. Un vin unique au monde et qui fait partie à ce jour des grand coups de cœur Wine Explorers, tant pour sa complexité, que pour l’émotion qu’il nous a procuré. Un pur moment de méditation.

Etyek Buda, l’autre visage (prometteur) du vignoble hongrois

La région d’Etyek est connue pour le vin depuis 200 ans ; notamment ses sols de craie et sa production de vins effervescents. Pourtant, elle ne fait pas toujours figure de favorite lorsque l’on parle des vins hongrois. À tort…

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Le domaine Etyeki Kúria en est un formidable exemple de réussite. Débuté en 1996, il s’est notamment fait un nom grâce à sa production de vins rouges ; excellents avec les cépages pinot noir et kékfrankos. Sára Matolcsy, la propriétaire, a fait appel à Sándor Mérész en 2009 – l’un des grands œnologues du pays – pour la gestion des 26 hectares (plus 17 hectares dans la région de Sopron).

À eux deux, ce duo de choc fait d’Etyeki Kúria l’un des fleurons de la région.

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Conclusion (incontournable) sur l’Eszencia, un nectar très rare que nous avons eu le plaisir de découvrir au Château Dereszla et qu’il faut goûter au moins une fois dans sa vie tant ce vin liquoreux est une explosion de parfums et de saveurs. Pourquoi ? Imaginez un sirop de raisin en réalité, issu des meilleurs raisins botrytisés vendangés grain par grain, fermentant parfois plus de vingt ans en bonbonne de verre, avec plus de 600g de sucre, moins de 3° d’alcool et 17g d’acidité… Voilà, tout est dit.

WineExplorers’ment vôtre,
JBA

 

Merci aux domaines Château Dereszla, Grof Degenfeld, Erzsébet Pince, Demeter Zoltán, Samuel Tinon, Abraham Pince, Tokaj-Hétszőlő et Etyeki Kúria pour leur accueil chaleureux.
Merci à Gergely Somogyi, éditeur chez Tokaj Today, pour nous avoir si bien guidés dans nos pérégrinations viticoles à Tokaj. Pour plus d’info sur les visites de vignobles organisées par l’agence dans la région de Tokaj : www.tokajtoday.com.

(1) Source : Sommeliers International
(2) Sur les 11 000 hectares d’appellation Tokaj en Hongrie, seulement 5 500 hectares sont plantés.

(3) Une unité d’aszú équivaut à 25 kg. Après macération, le vin est filtré et de nouveau mis en fût de chêne pour vieillir pendant au moins deux ans. Puis il est mis en bouteilles et reste en cave au moins trois ans, dont deux en fût de chêne. Le vin ainsi obtenu, appelé « Tokaji Aszú », est commercialisé dans des bouteilles de 50 cl. Ainsi, 4 puttonyos signifie un minimum de 90 g/L, 5 Puttonyos minimum 120 g/L, 6 Puttonyos minimum 150 g/L et Aszú Eszencia minimum 180 g/L.
(4) Avant la seconde Guerre Mondiale, plus de 25% de la population était juive. Beaucoup d’entre eux ont été déportés et la région s’est industrialisée et mécanisée, entraînant chômage et pauvreté.
(5) D’après un calcul du gouvernement, il faut en moyenne 10 hectares à un producteur pour réussir à vivre de sa production. => Une personne qui viendrait s’installer dans la région recevrait 10 hectares, gratuits sur 30 ans (déjà plantés) + 30K€ + 60K€ d’un crédit avec des intérêts à 1,9% sur 20 ans + un contrat d’achat pour l’achat des raisins + programme de marketing du vin pour la promotion de Tokaj.
(6) Quelques ouvrages de référence sur le vin co-écrits par Mathilde Hulot : Le petit Larousse des Vins : Connaître, choisir, déguster, 1900-2000 : Un siècle de millésimes, Visages de Vignerons-Figures du Vin, Voyage au-dessus des vignobles de France ou encore Les 100 vins cultes. Pour plus d’info sur Mathilde Hulot : http://mathildehulot.com.
(7) Le sainte-croix-du-mont, ou appellation sainte-croix-du-mont contrôlée, est un vin français d’appellation d’origine contrôlée produit sur la commune de Sainte-Croix-du-Mont. Avec les appellations cadillac et loupiac, ils forment ensemble une petite région produisant des vins liquoreux au sein du vignoble de l’Entre-deux-Mers, dans le vignoble de Bordeaux. L’AOC sainte-croix-du-mont s’étendant sur 500 hectares plantés des cépages sémillon, sauvignon, et muscadelle.

John Barbier, le cuisinier-vigneron du Colorado

« Je n’ai jamais suivi une recette de ma vie, je suis un homme d’instinct »

Né le 28 mai 1972 à Arpajon dans l’Essonne, rien ne prédestinait John Barbier à devenir vigneron dans les plaines reculées du Colorado. Et pourtant… Voilà un portrait de success story à l’américaine comme on les aime : un homme aussi survolté que discret, aussi exigeant que généreux, épicurien avant tout et qui vinifie par conviction, au plus grand plaisir de nos papilles.

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WINE Explorers : Peux-tu nous parler de ton parcours atypique ?

John BARBIER : Mon prénom est un homage à John Wayne, mon père l’adorait. À croire que les États-Unis et moi étions fait pour cohabiter ! Après des études dans la restauration, je suis parti dans l’armée comme maître d’hôtel du Général de la base de Bourges. Après quoi j’ai mis mon sac sur le dos, direction l’Australie et l’Asie. J’ai toujours eu envie de voyager, d’explorer la planète. J’ai tout fait : serveur à Adélaïde, cuisinier dans la brousse, guide dans des sites touristiques. Il fallait bien gagner mon pain quotidien. S’en est suivie une période de deux ans et demie où j’ai sillonné les Caraïbes et les Bermudes à servir sur un bateau de croisière.

WE : Comment as-tu commencé le domaine Maison la Belle Vie ?

JB : Je suis arrivé aux États-Unis en 1996. J’avais décidé d’y tenter ma chance, parce que les voyages, ça vous ouvre l’esprit et vous met des rêves plein la tête. J’ai choisi le Colorado pour travailler à Aspen, une très belle station de ski. Le travail en restauration m’a toujours passionné et j’ai très vite eu envie d’ouvrir mon propre business, pour le challenge à relever. J’ai eu l’opportunité d’ouvrir mon premier restaurant à Glenwood Spring, au nord du Colorado. Il a tout de suite bien tourné et j’en ai ouvert un deuxième à Grand Junction. Le domaine Maison la Belle Vie est arrivé naturellement et dans la continuité.

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WE : Le vin est il toujours lié à la gastronomie selon toi ?

JB : J’ai grandi à la ferme et j’adore les produits du terroir, leur histoire, le savoir faire à la française et tout ce qui va avec. La gastronomie  et le vin sont deux grands amis de toujours. Ma famille m’a beaucoup appris sur la vie et le respect. Être à table est un moment très important pour moi, où un bon repas s’accorde avec un bon vin, mais aussi avec l’endroit et le moment. La gastronomie c’est un mélange entre savoir vivre et savoir recevoir.

WE : As-tu encore le temps de cuisiner ?

JB : Je cuisine quand j’ai des amis à la maison. Je prends le temps pour eux et c’est très agréable. J’adore créer des plats selon la saison et surtout en fonction de ce que je trouve dans mon jardin. Savoir marier les éléments d’un plat entre eux est un défi permanent. D’ailleurs je n’ai jamais suivi une recette de ma vie, je suis un homme d’instinct.

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WE : Pourquoi défends-tu avec tant de ferveur le concept “d’oenotourisme“ ?

JB : L’oenotourisme pour moi ce sont tous les petits plus que l’on ajoute à la degustation du vin. C’est essentiel pour se différencier dans un marché aussi concurrentiel que celui du vin aujourd’hui.
Mon vignoble est petit mais très chaleureux. Mes clients se sentent comme à la maison et ne veulent jamais partir. Nous offrons à nos clients un plateau de charcuterie comme du jambon de pays et du saucisson, du bon fromage, de la baguette traditionnelle, des antipastis…bref nous recréons un état d’esprit convivial que les gens ont perdu et que tout le monde recherche. Nous faisons même des dîners à la ferme, avec des accords mets/vins simples dans une ambiance chaleureuse. Le retour aux sources et à une vie plus sereine, le temps d’une soirée, est très important pour nos clients, qui aiment à dire : “ça c’est la vraie vie”.
Nous organisons aussi des marriages la moitié de l’année, souvent jusqu’à deux par week-end tant la demande est forte. Alors on court partout et on s’organise en fonction !

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WE : Que penses-tu des vins du Colorado ?

JB : Le Colorado viticole est jeune, on a commencé à y produire du vin au début des années 80. Après beaucoup d’ajustements et d’expérimentations les vins se sont petit à petit améliorés. Nous avons fait beaucoup de progrès depuis 10 ans et les vins, surtout en rouge, sont souvent délicieux. On arrive aujourd’hui à une centaine de domaines sur tout l’État.
Nous avons maintenant des programmes qui nous aident beaucoup à nous développer et à devenir plus compétitifs. Cela nous apprend non seulement à faire du vin mais surtout à faire pousser de la vigne en altitude, car à 1600m au-dessus du niveau de la mer, nous devons nous adapter. On ne peut pas planter tout ce que l’on veut mais ce que la terre veut bien nous donner.
D’ailleurs l’État du Colorado a bien vu que les revenus financiers de l’industrie viticole étaient importants et c’est pour cela que des aides financières ont été mises en place pour développer un centre de recherche pour nous aider dans le domaine de la viticulture mais aussi dans l’élaboration et le marketing de nos vins.

WE : Ce que tu détestes le plus ?

JB : le snobisme !

WE : Ta devise ?

JB : Faire ce que l’on aime. Ne pas boire des vins tord-boyaux, ne pas garder les beaux verres et la belle vaisselle uniquement pour les grandes occasions.

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WE : Ton coup de cœur vin ?

JB : Hummm mon vin préféré… J’ai un grand penchant pour B&E Vineyard à Paso Robles(1)comme leur cabernet 2003. Côté vins français, je raffole d’un bon Gigondas. Et même si je ne suis pas très penché sur les vins blancs, j’aime ouvrir un Condrieu de temps à autre.

WE : Ce que tu aimes par dessus tout ?

JB : Partager un bon repas et mes vins coup de coeur avec des bons amis.

WineExplorers’ment votre,
JBA

 

(1) Pour plus d’information sur B&E Vineyard : http://www.bevineyard.com

Emma GAO, la grande dame de Silver Heights

Zoom sur le domaine Silver Heights, un micro vignoble chinois, bien loin des standards établis, produisant à peine 40 000 bouteilles par an, et où nous avons eu la chance de déguster le meilleur vin rouge de notre séjour en Chine. Une petite merveille…
Résumé de notre rencontre avec Emma Gao, l’œnologue du domaine familial, une jeune femme délicieuse et proche du terroir.

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WINE EXPLORERS : Comment êtes-vous devenue œnologue ?

Emma GAO : C’est mon père qui a eu l’idée de me faire apprendre l’œnologie en France. Pour un meilleur futur dans ma carrière. J’ai d’abord débuté à Orange, puis à Bordeaux, pour un total de quatre années en France. Le life style à la française et la richesse culturelle du pays m’ont impressionnée. J’ai adoré étudier à l’université du vin de Bordeaux, avec des stages dans plusieurs grands domaines. Comme vous le savez cette école est très sérieuse et les meilleurs professeurs y enseignent. Leur grand professionnalisme m’a beaucoup inspirée.
Je suis rentrée en Chine en 2004 pour travailler comme œnologue dans un domaine de la région de Xinjiang. Ensuite j’ai travaillé sur Shanghai dans la vente de vin, pour avoir une approche plus globale du business du vin.

WE : Comment est né le domaine Silver Heights ?

EG : Pendant les 3 années où j’ai travaillé dans un domaine viticole de taille industrielle, j’ai réalisé qu’il y était très difficile de faire des vins de qualité. J’étais découragée et en colère et j’en ai parlé à mon père. Au téléphone il m’a dit de rentrer dans le Ningxia, et que nous allions acheter des cuves et construire une petite cave pour moi, pour faire le vin que je souhaitais faire. Mes parents avaient une parcelle de terre de moins d’un hectare où ils cultivaient de la vigne, des fruits et des légumes, là où ils habitaient. J’étais tellement heureuse de pouvoir commencer notre propre vin ici ! En 2007, notre production a été reconnue par des amateurs de vin chinois et des professionnels étrangers. En 2009 Torres Chine, notre distributeur, nous a aidés à la fois à trouver le nom Silver Heights mais aussi à faire le marketing et la promotion des vins dans les grands hôtels et restaurants en Chine.

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WE : Pourquoi le domaine Silver Heights a-t-il faillit disparaître récemment ?

EG : Il y a quelques années c’était encore la campagne ici. Maintenant nous sommes entourés d’immeubles. Et malheureusement un promoteur immobilier local souhaite reprendre nos terres pour construire ici un parc avec une résidence. Parce qu’en Chine chaque terre reste la propriété du Gouvernement (1).
L’Ambassadeur de France, qui était venu nous rendre visite lors de sa venue dans le Ningxia, a trouvé que nous avions un petit coin de paradis préservé au milieu de la ville et reconnu que Silver Heights était avant tout un modèle de coopération viticole entre la France et la Chine. Il voulait nous apporter son soutien et a donc écrit une lettre au maire d’Yinchuan pour le convaincre de garder un morceau du parc pour nous, afin d’y construire un musée du vin pour l’accueil des visiteurs.
Avec la lettre très attentionnée de l’Ambassadeur de France, nous avons pu garder une partie de notre domaine, là où l’histoire de notre 1er millésime a commencé. Une fin heureuse ! Les millésimes 2012 & 2013 de Silver Heights vont également être vieillis ici.

WE : Quel est ce projet de cave à vin dans la montagne que vous développez ?

EG : Au tout début nous avons commencé avec 10 barriques, uniquement pour la famille et les amis. Et puis chaque année nous avons grandi un petit peu plus, parce que le vin a commencé à avoir bonne réputation, ce qui était inattendu !  Puis avec mon père nous avons décidé de partir sur un développement stable, nous avons trouvé un terrain dans les montagnes et nous y avons planté de nouvelles vignes ; 40 hectares au total. Nous y avons construit une cave plus grande, à fleur de montagne.  Nous sommes aidés par l’architecte français Philippe Mazier, qui avait déjà eu d’excellentes idées pour dessiner le domaine Silver Heights. C’est lui également qui s’occupera des plans de transformation de notre ancienne ferme en musée du vin.

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WE : Qu’est ce qui fait de Silver Heights l’un des domaines les plus en vue en Chine aujourd’hui ?

EG : Nos vignes de 16 ans ont toujours été soigneusement entretenues par mon père. L’altitude de 1200 m, le bon ensoleillement, le vent sec et les montagnes d’Helan qui protègent la vigne offrent un environnement très sain pour produire des raisins de qualité et faire du bon vin. L’écart de température entre le jour et la nuit est supérieur à 20 degrés ici, ce qui est un plus pour la maturation des composés phénoliques.
Et puis surtout le vin que nous produisons reflète bien le terroir du Ningxia dans lequel nous sommes, vierge de toutes maladies et donc très pur. Maintenant, avec les nouveaux porte-greffes français que l’on vient de planter je crois que l’on va encore gagner en qualité dans le futur.

WE : Cependant la région de Ningxia fait fasse à une viticulture extrême, pourquoi ?

EG : Même si nous sommes sur la même latitude que Bordeaux, le climat d’ici est continental. Nous sommes dans une région désertique et très sèche, avec des précipitations annuelles d’à peine 200 mm, en comparaison à une évaporation de 1600 mm ! Une vraie problématique qui nous oblige à irriguer de manière raisonnée, au goutte à goutte. L’avantage d’un tel climat est qu’aucune maladie de la vigne ne peut s’y développer ; nous n’utilisons donc  aucun pesticide.
L’écart des températures est très grand entre été et hiver : de 37°C à -25°C. On est donc obligé d’enterrer les vignes en hiver, ce qui a pour conséquence de réduire le cycle végétatif.

WE : Peux-tu nous parler de tes différents vins ?

EG : Nous sélectionnons uniquement les meilleurs raisins pour l’élaboration des vins de Silver Heights, élevés en fût de chêne entre 12 et 16 mois, dans le respect des méthodes traditionnelles, sans filtration.
Trois vins principaux : « The Summit« , un vin fait pour la garde, assemblage de cabernet franc, cabernet sauvignon et cabernet gernischt (2).

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Et le « Family Réserve« , un vin de plaisir pour une consommation de tous les jours. Enfin nous avons une dernière étiquette, « Emma´s Réserve« , notre haut de gamme. Un vin que l’on ne fait que dans les grands millésimes.
Notre seconde marque, Vallée Enchantée, est élaborée avec le reste des raisins une fois le tri effectué. C’est une cuvée pour la consommation quotidienne et vendue régionalement.

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Nous vous le disions en introduction, c’est à Silver Heights que nous avons eu notre plus gros coup de cœur pour un vin rouge chinois : le « Emma´s Réserve 2011« , un assemblage de syrah, merlot, cabernet franc, cabernet sauvignon et cabernet gernischt. Un nez de fruits noirs (mûre, myrtille et cassis) avec des touches de violette, d’épices et de café torréfié. Une bouche élégante, fraîche, avec tes tannins veloutés et une belle longueur. À déguster exclusivement en magnum.

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WE : Où les vins de Silver Heights sont-ils vendus ?

EG : Torres China s’occupe exclusivement de la distribution de nos vins. Grâce à Torres, nous sommes présents dans les plus prestigieux restaurants et hôtels cinq étoiles de Chine, à Shanghai, Pékin ou encore à Guangzhou.

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WE : D’où viennent cette rencontre et ce lien si particulier entre vous et Torres ?

EG : J’ai beaucoup de chance d’avoir pu travailler dans l’équipe de Torres Chine en 2008-2009, comme training manager. Le directeur général, Fernandez Alberto, a découvert à l’époque notre 1er vin qui était alors en élevage en fût. Il l’a trouvé très bon et pris de passion, a pris en charge le packaging, le marketing et les relations presse. Et Damien Shee, directeur général pour Torres Pékin, a aussi investi beaucoup de passion pour référencer Silver Heights dans les grands restaurants, en organisant sans cesse des évènements pour promouvoir la marque.
Chez Torres, ils disent qu’ils sont avant tout des « investisseurs émotionnels ». Ils souhaitaient simplement nous aider en tant que petit domaine et faire en sorte que le rêve de mon père et moi puisse devenir réalité. Torres Chine représente exclusivement des domaines familiaux à travers le monde. Et ils ne croient qu’en des domaines familiaux pour réussir à faire de la qualité sur du long terme. Torres aide dans beaucoup de pays comme au Chili, en Chine, en Russie…pour la protection de l’environnement et l’aide à la production locale.

WE : Comment vois-tu évoluer le vin en Chine dans les prochaines années ?

EG : Si l’on regarde d’un point de vu global l’évolution de la croissance économique de la Chine ces dix dernières années, la demande est encore très tournée vers le luxe et le haut de gamme, et les vins du monde sont bien représentés sur le marché. Le vin a également une très bonne image de santé et on aime donc en offrir – surtout du vin rouge, c’est très respectueux. Mais ça ne représente même pas 1% de la population.
Car le vin est plus dans la culture occidentale que chinoise. Dans le futur il faudra compter sur l’influence des sommeliers, des critiques du vin, l’éducation du consommateur chinois, et je l’espère en même temps, sur une production chinoise de plus en plus qualitative et abordable. Alors peut être, le vin sera un jour choisi à la place du Baijiu et du Huangjiu – les spiritueux traditionnels – dans le verre d’1 milliard de consommateurs chinois.
On attend 20 ans de plus et on en reparle… 

WineExplorers’ment votre,
JBA


Pour plus d’informations :
www.silverheights.com.cn

(1) [Refers to the state land expropriation in the public interest so requires, in accordance with procedures prescribed by law and authority farmers collectively owned land into state-owned land, and shall be given the rural collective economic organisation of landless peasants and landless reasonable compensation and proper placement of legal acts.]
(2) le cabernet gernischt, cultivé dans le pays depuis au moins un siècle, semblerait être un très proche cousin du cabernet franc, d’après des études récentes.

Coco Farm & Winery – 2 Grandes Dames pour un projet merveilleux

Nous vénérons la Tradition et essayons sans cesse la Révolution“, IKEGAMI CHIEKO

Dans notre article sur les vins japonais nous avons parlé du domaine Coco Farm & Winery, un exemple touchant d’œnotourisme et d’intégration de travailleurs handicapés (les étudiants).

IKEGAMI CHIEKO (à gauche) & MACHIKO OCHI (à droite)

IKEGAMI CHIEKO (à gauche) & MACHIKO OCHI (à droite)


Focus sur ce vignoble fondé par Noboru KAWATA en 1984 à Ashikaga (préfecture de Tochigi) et aujourd’hui dans les bonnes mains de ses deux filles : Ikegami Chieko, responsable du Domaine, et Machiko OCHI, responsable du Centre.

WINE EXPLORERS : Pouvez-vous nous parler de votre parcours pour commencer ?

IKEGAMI CHIEKO : Je suis née le 15 octobre 1950. Après avoir été diplômée de la Tokyo Women’s University, j’ai commencé à travailler pour SOSHISHA, une maison d’édition en 1972. Un jour, j’ai décidé de prendre des cours d’oenologie au Tokyo Agriculture College et j’ai trouvé ça passionnant. Je suis donc entrée naturellement à Coco Farm & Winery en avril 1984.
Depuis 1989, je suis vice présidence de Coco Farm & Winery, et en 2009 j’ai été nommée chef exécutif par la Tokyo Agriculture University. Je suis également Gouverneur en Chef de COCOROMI GAKUEN (un centre de bien-être social) et membre de l’Union Japonaise des Œnologues.
MACHIKO OCHI : Je suis la 2ème fille de Noboru KAWATA. Je suis née le 23 janvier 1956. A l’université j’ai été majeure de promo en protection sociale, j’adorais ça. J’ai tout de suite intégré COCOROMI GAKUEN. Et jusqu’à ce que je prenne le relais à la suite de mon père (Chef Administrateur de COCOROMI GAKUEN), je travaillais dans la vigne en tant que vigneronne.

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WE
: Comment est né le domaine Coco Farm & Winery ?

IKEGAMI
: Quand Noboru KAWATA (fondateur de COCOROMI-GAKUEN) était enseignant dans une classe spécialisée pour jeunes enfants handicapés, il constata que ses étudiants semblaient toujours nerveux devant le bureau de l’école, mais qu’au contraire ils se comportaient de manière très différente dans la montagne.
Ils chantaient et semblaient remplis de joie. Et parce que leurs capacités intellectuelles étaient altérées, les familles de ces étudiants pensaient à l’époque qu’ils ne pouvaient rien faire. Ils ne se souciaient donc pas de leurs besoins. Mais l’idée de notre père était complètement à l’opposé.
Pour ces étudiants aux capacités intellectuelles retardées, seule une tonne de travail à la ferme – et même s’ils devaient travailler dur – pouvait mettre en avant leurs capacités. Il créa le vignoble de manière à ce que les étudiants aient de la joie à vendanger et à se retrouver dans la vigne une fois par an : pour qu’ils puissent être fiers de leur vie et réaliser qui ils étaient.
MACHIKO : si notre père a choisi le raisin parmi bien d’autres fruits, c’est parce qu’il pouvait se transformer en vin ! Il a toujours adoré le vin pour le plaisir de le partager aves ses amis.

WE : Que font vos étudiants au domaine Coco Farm & Winery ?

MACHIKO
 : Les étudiants réalisent une multitude de travaux tout au long de l’année :
1. Ils entourent de papier toutes les grappes de raisin pour les protéger.
2. Coupent l’herbe dans tout le vignoble.
3. Elaguent les arbustes.
4. Effeuillent la vigne.
5. Prennent soin des jeunes pousses.
6. Récoltent le raisin dans des paniers.
7. Taillent la vigne.
8. Aident à la pulvérisation de produits dans le vignoble.
9. Pressent les raisins.
10. Travaillent sur la ligne d’embouteillage.
11. Aident au conditionnement pour l’expédition.
12. Prennent des notes… et bien plus encore!

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WE
 : Les touristes sont-ils sensibles au fait que ce soient des personnes handicapées qui travaillent au domaine ?

MACHIKO : La moitié des gens n’a pas remarqué ou ne se soucie pas d’eux. L’autre moitié est très impressionnée par le fait qu’ils travaillent.
IKEGAMI : Chacun a des réactions différentes. Mais au final, c’est toujours une chose passionnante que de travailler dans un vignoble pour obtenir des raisins d’une qualité toujours plus élevée, que les gens aient un handicap ou non.

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Ce vignoble dans les montagnes, au nord d’Ashikaga, est un défi physique à travailler : une pente raide de 38 degrés d’inclinaison moyenne ! Nous avons testé, c’est vraiment raide. Pourquoi, me direz-vous? “C’est parce qu’à l’époque il n’était pas possible d’obtenir des terres agricoles sur un terrain plat, mais uniquement sur les pentes abruptes des montagnes“, confie Machiko.

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Cependant, l’exposition sud-ouest offre de très bonnes conditions pour le mûrissement des raisins. Et les fortes pentes permettent un drainage efficace des eaux de pluie entre mi-juin et mi-octobre. Car il tombe ici entre 1100 et 1200mm par an ! Et pour les étudiants cet exercice d’endurance est des plus bénéfiques : “ils apprennent la patience, cela leur permet de travailler avec les saisons et les amène parfois à l’improvisation pour travailler les sols pentus, ce qui est très stimulant“, ajoute Ikegami.
Qui plus est, ce sont d’excellents sols pour la culture de la vigne : un mélange de graphique, basalte et schiste datant du Jurassique.

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Et lorsqu’ils ne sont pas aux travaux de la vigne, les étudiants s’occupent de transporter les rondins de bois sur le chemin qui mène de la ferme à la lisière de la forêt. Car c’est sur ce bois – d’abord humidifié, puis rangé en colonnes de tronçons bien alignés en pleine nature – que va se développer le shiitake, ce délicieux champignon japonais qui accompagne à merveille, soupes, viandes et poissons.

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WE : L’oenotourisme est très développé sur le domaine. Est-ce l’un des principaux facteurs de succès de Coco Farm & Winery ?

IKEGAMI : A l’origine de tout, le vin a une relation très forte avec la nourriture. Il doit rester quelque chose de très amusant pour que les gens qui viennent dans le vignoble et à la cave, aient envie de s’asseoir au restaurant et de commander du vin. D’autre part, COCOROMI GAKUEN est un centre de bien-être social dans lequel il n’est pas courant d’avoir un quelconque amusement. Il serait donc très agréable que de nombreux clients visitent COCOROMI GAKUEN, non seulement pour leur confort, mais aussi pour profiter de l’environnement lié au vin.
Et nous devons toujours garder à l’esprit que la visite des vignobles ne doit pas être seulement un élément pécuniaire ; nous devons continuer à améliorer la qualité du vin et satisfaire nos clients avant tout. L’oenotourisme est un point important, mais c’est l’harmonie générale qui règne sur le domaine qui fait notre force.

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WE : Rencontrez-vous des difficultés liées au fait de travailler avec des personnes handicapées ?

MACHIKO : Nos étudiants sont très honnêtes et en même tant très rigides. Nous savons donc toujours comment se comporter avec eux de la bonne façon. Ce sont des personnes fantastiques.

WE : Pourquoi avoir une telle diversité de produits dans votre gamme (une vingtaine de vins) ?

IKEGAMI : Coco Farm & Winery essaye toujours d’écouter « la voix» des raisins. Pour voir quel type de vin les raisins veulent devenir.
Nous n’utilisons donc pas de levures de cultures. La fermentation se fait uniquement avec des levures naturelles. Nous vénérons ce que les raisins veulent devenir. Le nombre de vins dans la gamme se décide naturellement. Et nous avons quelques produits dans la gamme maintenant ! Principalement issus de Muscat Bailey A, Norton, Tana, Riesling Lion*, Cabernet Sauvignon et Petit Manseng.

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WE : Vos deux vins qui ont le plus de succès ?

IKEGAMI : NOVO, notre effervescent premium, élaboré avec du Riesling Lion selon la méthode champenoise traditionnelle.
Et DAIICHI GAKUSHOU (“premier mouvement”), un rouge issu du Muscat Bailey A – l’un des principaux cépages japonais. Levures naturelles, pas de filtration et un élevage long. Ce vin est le premier pas dans le jugement de la viticulture japonaise.

WE : Allez-vous augmenter le nombre d’étudiants dans les prochaines années ?

MACHIKO : Oui. Même si je ne suis pas sûre que nous puissions le faire. Les étudiants deviennent âgés et les nouveaux étudiants présentent des troubles du comportement bien plus sévères.

WE : Un nouveau vin prévu pour agrémenter encore votre offre ?

IKEGAMI : Je ne sais pas si nous allons bientôt créer un nouveau vin pour compléter la gamme, mais ça pourrait bien arriver. “Nous vénérons la Tradition et essayons sans cesse la Révolution “.

WineExplorers’ment votre,
JBA

*Le Riesling Lion est un cépage blanc issu du croisement entre la variété japonaise Koshu Sanjaku et le Riesling. Avec les mêmes parents, existe aussi le cépage Riesling Forte.

Pour plus d’informations : http://cocowine.com

 

Thierry Bernard, un vigneron casse-cou à Madagascar

 “La vocation, c’est d’avoir pour métier sa passion“ (Stendhal)

Enfant terrible, ancien militaire de carrière, passionné par le rugby, les armes et la bande-dessinée, parcours d’un vigneron casse-cou hors normes.

WINE EXPLORERS : Parle-nous de ton parcours atypique.
THIERRY BERNARD : Né en Décembre 1967 à Bergerac. Fils, petit-fils et arrière-arrière petit-fils d’agriculteurs-viticulteurs, passé par les Scouts d’Europe et éduqué chez les sœurs dans le privé, mon enfance stricte m’a appris les vraies valeurs de la vie. A 10 ans, je conduisais déjà le tracteur dans les vignes. Mais ce que je souhaitais avant tout : devenir militaire pour servir dans les troupes aéroportées de l’Infanterie de Marine. A 16 ans, je passe ma préparation pour devenir quelques années plus tard parachutiste. Je serai par la suite tireur d’élite.

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Après avoir servir mon pays de nombreuses années, un besoin de nouveau défi se fait sentir. La rencontre d’un voisin, Luc Deconti, du Château Tour des Gendres, m’apportera le défi recherché ! Durant un millésime (1989), je vais l’observer et apprendre l’art du vin et de la vinification. Je me lance  dans des études viti-œnologiques, et lis les écrits d’Émile Peynaud. Pendant ce temps, mon père qui à compris, décide de restructurer l’exploitation, abandonne l’élevage et….construit un chai de vinification flambant neuf. Le Château Singleyrac renaît de ses cendres. Je me lance avec le millésime 90, sous les yeux  attentifs de mes mentors. Le rêve. Mon blanc sec, un sauvignon-muscadelle, remarqué par Pierre Casamayor, sera servi chez Alain Passard à l’Arpège. C’est une première victoire. Ma passion, devenue une vocation, ne me quittera plus.

WE : D’où te vient ton surnom de « vigneron casse-cou »?
TB : Un article dans la Revue du Vin de France sur les vins du Clos des Terrasses, pour lequel j’avais travaillé, me nommera le “casse-cou vinificateur de Bergerac“ ! Ceci en rapport avec mes autres passions : la moto enduro et le rugby. A l’origine de la création du 15 de la Grappe avec Régis Lansade (vigneron en Pécharmant), un club regroupant d’anciens rugbymen et des vignerons passionnés, jouant n° 6, on me nommait déjà « l’Irlandais » pour mon tempérament combatif.

WE : Il paraît que tu as même réalisé une cuvée pour l’écrivain anglais William Boyd?
TB : Oui, le Château Pécachard 2005, un 100% Cabernet franc, vinifié dans des cuves de 1,20m de hauteur et de 2,80m de largeur, pigé aux pieds et élevé en barrique de 500 litres ! Un souvenir incroyable. Un fruit croquant, remarqué à l’époque par Antoine Gerbelle et Bernard Pivot. Egalement le rosé Pécachard 2006, adoré par le club de foot de Chelsea.

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WE : Qu’est-ce qui t’as amené à Madagascar?
TB : Après un break en 1998, suivi de deux années difficiles (divorce, accident de moto, hésitations à partir), je reviens à la vinification pour un domaine, mais sans passion… En 2005 je démissionne et part en vacances pour trois mois à….Madagascar. Là, j’y découvre une façon de vivre bien moins stressante ! Il fait chaud, les filles sont belles, et en plus il y a des vignobles ! Ca gamberge dans ma tête. Il me faut faire quelque chose. De retour en France, mon ami Luc Deconti, me demande de remplacer le chef de culture d’une propriété à Saint-Emilion, en arrêt maladie pour un mois. J’accepte. La collaboration durera finalement quatre  années ! Jusqu’au jour ou un autre ami, Jean Charles LUTAUD, me demandera de  conseiller l’un de ses amis fraîchement installé à Madagascar pour y faire du vin. J’accepte sans hésiter et l’aide pendant mes vacances à «  Mada ». En 2009 je monte à Madagascar une société de conseils en agriculture, agronomie et viticulture : OPEX Mada SARL. Je fus le premier vigneron à produire, vinifier et commercialiser du vin issu de cépages nobles français à Madagascar, avec le millésime 2010 du Clos NOMENA (propriétaires : Pâquerette et Jean ALLIMANT). Preuve établie que l’on peut produire – non sans contrainte – un vin issu de cépages nobles à Madagascar.
A ce jour, mon activité de vigneron se concentre pour SOAVITA et en agriculture pour BIOAGRI (production de pommes de terre), et Artémésia Annua (production d’artémésinine pour les nouveaux médicaments anti-paludisme).

WE : Comment t’es-tu retrouvé œnologue-viticulteur du domaine SOAVITA?
TB : En 2011, alors que la grêle a ravagé le vignoble du Clos NOMENA, je manque d’occupation… Je rencontre Nathalie Verger, qui tient un atelier de broderie sur Ambalavao, Nathocéane et qui vient de prendre la tête de Soavita, le vignoble familial. Et même si Soavita, tenu par la famille Verger depuis 1973, est l’un des vignobles les plus connus de Madagascar, c’est un sacré défi qui m’attend : le vignoble est dans un piteux état. Les ventes de vin sont en chute libre. Soavita n’est plus que l’ombre de lui-même ! Tout est à refaire, le défi est là ! Touché par l’histoire de Nathalie, je lui propose un coup de main pour lui apprendre son nouveau métier de vigneronne. Je m’investis pleinement à la vigne comme au chai. Beaucoup de travail et un premier millésime 2012 correct. Le millésime 2013 est prometteur. Soavita a repris des couleurs et les ventes redécollent.

Nathalie Verger & Thierry Bernard

Nathalie Verger & Thierry Bernard


WE : Quels sont les vins que tu y produis?
TB : En blanc, la cuvée Kameleon NM, un blanc sec issu du cépage Couderc13, titrant 11.5%. Un vin frais et de plaisir que j’aime associer à des crustacés et des poissons grillés. Prix caveau : 12000 Ariary (environ 3.70€). En rouge, le Château Verger NM, un rouge 100% Petit Bouschet, à 12.5%. Des parfums de fruit rouge. Mon vin préféré. A déguster avec la cuisine locale.  Prix caveau : 12000 Ariary (environ 3.70€). Et le Domaine Manamisoa NM, un rouge plus léger 100% Petit Bouschet, idéal à l’apéritif. Prix caveau : 10000 Ariary (environ 3.10€). Egalement une curiosité : OMBILAY, un délicieux vin de noix.

WE : On parle de nombreux problèmes qui nuisent au bon fonctionnement du vignoble malgache. Peux-tu nous en dire plus?
TB: Les problèmes viticoles à Madagascar sont nombreux. Premièrement la population est pauvre, mais consomme beaucoup de vin. Et pour acheter du vin il faut de l’argent. Les vols sont malheureusement monnaie courante: fil de fer, piquets en bois, raisins… La climatologie est une seconde problématique : absence totale de pluie lors de la pousse de la vigne, des pluies et cyclones abondants lors des vendanges, abîmant considérablement les raisins.
Le vignoble est également plus que vieillissant et il est difficile de produire des boutures hybrides ici ; encore plus compliqué d’importer des plants nobles (le prix et la paperasserie administrative découragent facilement). La viticulture Malgache souffre et n’est pas du tout soutenue par l’état – comme pour le secteur agricole en général d’ailleurs. Et pour couronner le tout, les termites attaquent les piquets en bois ! Mieux vaut donc mettre des piquets de gros diamètre, histoire de ne pas avoir à les changer tous les ans. Mais à part ça, on peut faire du vin ici. La preuve !

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WE : Toi qui reçois beaucoup d’étudiants au domaine Soavita pour leur transmettre ta passion, comment vois-tu l’évolution de la viticulture à Madagascar depuis que tu y es arrivé pour la première fois en 2005?
TB : J’aime transmettre cette passion à des jeunes de ce pays. Je reçois énormément d’étudiants malgaches, mais la culture de la vigne et la production de vin ne semblent pas être dans leurs préoccupations…ça n’est pas dans leur culture.
D’ailleurs aucune école ne dispense de formation à Madagascar, c’est fort dommage. La solution serait peut-être d’envoyer des jeunes suivre des formations en France. Encore faudrait-il que l’Ambassade de France leur délivre des visas. Affaire à suivre.

Madagascar est un pays plein de défis. C’est ce qui le rend si attirant. La viticulture y est possible, Thierry Bernard nous l’a démontré. Il suffit juste d’avoir pour métier sa passion, comme le résume si bien Stendhal.

WineExplorers’ment votre,
JBA

Michael Weder : un vigneron-distillateur Namibien

« Le “secteur » du vin en Namibie est dans sa phase infantile »

Michael Weder @ Kristall Kellerei

Michael Weder @ Kristall Kellerei


WINE EXPLORERS : Quel est votre parcours ? Avez-vous un lien avec le vin ?
MICHAEL WEDER : J’ai une formation en droit du travail et non dans la fabrication du vin. En revanche j’étais depuis des années membre d’un club de dégustation, car j’aime le plaisir de boire un bon verre de vin, et j’ai assisté à deux cours de vinification pour « faire du vin de garage » à l’Université de Stellenbosch (Afrique du Sud).

WE : Comment avez- vous eu cette idée folle de faire du vin en Namibie ?
MW : Quand nous avons eu la chance d’acheter le domaine Kristall Kellerei en Mars 2008, Katrin (ma femme) et moi avions toujours décidé de posséder une entreprise où nous pourrions travailler ensemble. Nous avions également décidé depuis longtemps que cette affaire devrait être à Omaruru, là où se situe le domaine, mais pourquoi – ça je ne peux pas vous le dire. C’était un grand défi pour nous deux et nous l’avons apprécié depuis le début.

WE : Qu’est-ce qui fait la spécificité de Kristall Kellerei ?
MW : L’altitude ici est de 1220m au-dessus du niveau de la mer, ce qui apporte un peu de fraîcheur au vignoble pendant la nuit. Les sols sont sablonneux avec un peu d’argile et ne sont donc pas trop fertiles, ce qui est bon pour les vignes car elles doivent se battre pour trouver des éléments nutritifs en profondeur et sont donc plus vigoureuses. Nous avons environ 2,8 hectares en production actuellement (mais le total sera porté à 6 hectares au cours des deux prochaines années). Le Colombard est le principal cépage blanc planté (avec quelques pieds de Chenin Blanc et de Sauvignon Blanc) et le Tinta Barocca domine pour les rouges (avec un soupçon de Ruby Cabernet, de Cabernet Sauvignon, de Syrah et de Pinotage). La météo est un sacré défi dans la région d’Omaruru : la plupart du temps il fait chaud et sec, avec des précipitations en été,  juste avant les vendanges,  de l’ordre de 280mm. Donc, nous devons être très vigilants avec les dates de récoltes.

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WE : Quelques détails sur vos cuvées ?
MW : Nos deux vins sont des assemblages  de caractère plutôt sec (sans trop l’être non plus). Nous utilisons des cuves en acier inoxydable pour l’élevage des vins, ce qui amène de la fraîcheur, ainsi que des levures françaises pour la fermentation.
Rüppel’s Parrot Colombard, notre blanc, est un assemblage de Colombard (95 %) , plus une touche de Sauvignon blanc et Chenin blanc. Le rouge, Paradise Flycatcher, est un assemblage de Tintat Baroca (30 %), Syrah (25 %), Ruby Cabernet (25 %), Malbec (15%) et Pinotage (5 %).

WE : Quelle est votre stratégie de marché en termes de ventes ?
MW : Actuellement nous produisons trop peu de vin pour penser à exporter (environ 4500 bouteilles). Cela va changer dans les douze prochaines années car nous avons une vision de croissance à moyen-long terme. Actuellement, la plupart de nos ventes ont lieu sur place au caveau, et quelques hôtels et restaurants haut de gamme en Namibie reçoivent également de petites quantités pour leurs cartes des vins.

WE : Vous êtes également très connu pour vos spiritueux. Pourquoi cette diversification en plus du vin ?
MW : Depuis le début nous avons une bonne réputation pour nos spiritueux, et depuis quelques temps nous avons une reconnaissance internationale. Lorsque nous avons acheté Kristall Kellerei la distillation faisait déjà partie du domaine et nous avons décidé de continuer, encore une fois par plaisir et par défi. Distiller des spiritueux reste plus facile à faire que de produire du vin, car vous êtes moins dépendant de problématiques comme les conditions météorologiques, les maladies de la vigne. Et c’est un complément fantastique pour la gamme Kristall Kellerei.

WE : Quelques mots sur vos spiritueux ?
MW : Nous distillons actuellement du Colombard (Nappa), des figues de Barbarie (Matisa), une variété d’oranges nommée “corky monkey-orange“ (Lumela) et un spiritueux à base de pomme-grenade (Granate).

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WE : Comment voyez-vous l’industrie du vin namibien de nos jours ?
MW : Le “secteur » du vin en Namibie est dans sa phase infantile et j’espère que cela va se développer. Les premiers vins ont été faits par les frères catholiques dans les environs de Windhoek – vers 1894 – mais cela a été interrompu en 1978 lorsque le dernier maître de chai est décédé. La deuxième tentative de vinification et de distillation en Namibie s’est faite ici, à Kristall Kellerei, lorsque les premières vignes (Colombard) ont été plantées en 1990 par le premier propriétaire, Helmuth Kluge. Il existe deux autres principaux vignobles, qui tous deux sont également gérés par des vignerons amateurs. D’un côté il s’agit d’un handicap grave en termes de connaissances et de compétences nécessaires à la production de grands vins; mais cela laisse également beaucoup de place à l’innovation.

WE : Quels sont vos projets pour l’avenir à la cave ?
MW : Nous allons augmenter la superficie de plantation du Colombard, notre principale variété, et nous nous amusons aussi avec l’idée de planter quelques cépages peu connus dans un futur proche… Surprise !

Wine Explorers’ment votre,
JBA

 Pour plus d’informations : www.kristallkellerei.com

Christophe Durand, un Normand Sud-Africain dans le vignoble

 « J’aime le vin mais il faut qu’il soit bon »

Ancien mannequin professionnel et passionné de karaté, rien ne prédestiné Christophe Durand à la viticulture. Et pourtant. Rencontre avec un autodidacte éclairé.

Christophe Durand dans son vignoble à Perdeberg

Christophe Durand dans son vignoble à Perdeberg


WINE EXPLORERS : Avant de porter la casquette de vigneron pour ton domaine, Vins d’Orrance, il semblerait que tu aies eu mille et une vies. Quel parcours t’a amené jusqu’à l ‘Afrique du Sud?
CHRISTOPHE DURAND : J’ai découvert ce magnifique pays qu’est l’Afrique du Sud en 1989 alors que j’y étais mannequin pendant six mois. Je m’étais toujours promis d’y retourner un jour. Ce n’est que quelques années plus tard, à la suite de ma séparation avec ma première épouse, elle même Sud Africaine, que j’ai décidé de tout plaquer afin d’être auprès de ma première fille, Ameena.
Arrivé de ma Normandie natale avec mes gros sabots pour repartir à zéro n’a pas été facile. J’ai donc commencé par décrocher des petits boulots alimentaires, passant de serveur à garde du corps. La vie est faite de belles rencontres et d’opportunités qu’il faut savoir saisir. Ma rencontre au Cap avec Claude Gillet, propriétaire d’une tonnellerie Bourguignonne, fut mon 1er tournant dans le vin et un bouleversement dans ma vie. Croyant en moi, non seulement il me choisit comme son agent sud-africain, mais avant tout, il me transmit sa passion du vin et son amour pour la Bourgogne. Mon engouement et ma curiosité pour le monde de la tonnellerie ont fait que ma société eu un succès immédiat. En seulement trois ans j’avais déjà 10 % du marché.

WE : Qu’est- ce qui t’a poussé à faire ton propre vin?
CD : Au fil de ces trois premières années passées au contact des producteurs Sud Africains, j’ai fait des essais pour le plaisir. Je me suis découvert un style et j’ai eu envie de me lancer en 2000 avec mon premier vin, sous le nom de Cuvée Ameena, prénom de ma première fille qui a maintenant 20 ans. Ne venant pas d’un milieu de vignerons, j’ai dû apprendre vite, très vite, et je me suis découvert une passion qui n’allait plus jamais me quitter. Avec de maigres moyens, j’ai appris sur le tas, beaucoup lu, dégusté, pour me former le palais, regarder de bons vignerons travailler en cave et également écouter tous conseils venant à ma rencontre, les bons et les beaucoup moins bons.

WE : Quelle est ta philosophie concernant le vin que tu produis? Les vins que tu aimes boire?
CD : Dénicher de beaux terroirs et laisser faire la nature, voilà ma philosophie. Travailler dans les vignes, récolter les plus beaux raisins possible et une fois en cave, intervenir le moins possible, simplement en surveillant la vendange, comme on surveille un enfant qui fait ses premiers pas.
J’aime les vins gourmands, gouleyants, qui reflètent leur terroir, les vins sexy de la Bourgogne, les grandes dames Bordelaises, les dentelles rouges de la vallée du Rhône, la précision des grands Alsaciens, la minéralité des Sancerres. J’aime le vin mais il faut qu’il soit bon.

WE : Peux-tu nous parler de tes 3 cuvées?
CD : La Cuvée Ameena issue de vignes de Syrah. La moitié plantée en gobelet, dans la région du Swartland, plus précisément à Perdeberg, un terroir apportant de la structure et des fruits noirs. L’autre moitié venant de la région d’Elgin, plus près de la mer, pour offrir au vin de l’élégance, des épices et du poivre blanc, un arôme que je recherche avant tout dans la Syrah. Les deux parcelles, une fois récoltées, feront leurs fermentations séparément, puis seront assemblées afin de vieillir en fut de chêne français pendant 18 mois.
La Cuvée Anaïs, prénom de ma deuxième fille âgée de 9 ans, est un 100% Chardonnay également issue de deux très belles vignes, l’une à Elguin, l’autre à Franschhoek et qui apportent au vin de l’équilibre, de l’élégance et de la minéralité, avec de belles longueurs.
Le dernier est un Chenin blanc appelé Kama, en l’honneur de mon épouse d’origine Indienne. Ce vin qui en sanscrit signifie  » le plaisir des sens » est issu d’une seule vigne, 100% en gobelet, sur un sol très pauvre et aride permettant au chenin blanc de donner le meilleur de lui même. Ce vin et celui que je chouchoute le plus car plus fragile et sensible à l’oxydation.

WE : En quoi ta rencontre avec Claude Gilois, fondateur de Vins du Monde, puis de Chasseur de Crus, a-t-elle été le grand tournant de ta vie dans le vin?
CD : Ma rencontre avec Claude Gilois, que j’aime appeler mon “père Spiritueux“, a tout déclenché. C’est lui qui ma découvert, via mes vins. Il a commencé à m’importer en France en 2003, et de fil en aiguille, grâce au bouche à oreille, nous nous exportons aujourd’hui dans 14 pays. Il m’a guidé, exposé au monde du vin, m’a fait rencontrer beaucoup de grandes personnalités de ce milieu, ce qui était pour moi une opportunité unique, n’étant pas issu d’un milieu viticole. Il m’a aidé à affirmer mon style et à ne pas changer de cap. Je lui dois beaucoup.

Christophe Durand & Claude Gilois - Waterfront, Cape Town

Christophe Durand & Claude Gilois – Waterfront, Cape Town


WE
 : Ta plus grande émotion sur un vin Sud-Africain? Sur un vin du monde en particulier?
CD : Ma première grande émotion sur un vin Sud-Africain… un Cabernet Sauvignon 1998 de chez Neil Eliis, parfaitement réussi avec des raisins de Stellenbosch. Pour le reste, Ornellaia 1992 ou encore un Charmes Chambertin 1949 de chez Laporte, et plus récemment, un Château Clinet 2007. Je ne cesse de découvrir ce monde passionnant qu’est celui du vin…

WE : Peux-tu nous en dire plus sur ta nouvelle cave en plein centre de Cape Town?
CD : Nous étions, mon épouse  et moi, à la recherche d’un local dans le centre de Cape Town depuis quatre ans, afin de pouvoir y produire et élever nos vins, mais également de pouvoir les proposer à la dégustation et à la vente sur place. Chose qui n’était pas toujours évidente auparavant car je louais un local chez un autre producteur.
Nous avons par bonheur déniché un endroit vieux de 300 ans faisant partie du bâtiment Heritage Square, officiellement daté de 1771, en plein centre de la ville. C’est une chance inouïe d’avoir mis la main sur ce lieu chargé d’histoire grand de 320m2 et doté d’une fraîcheur naturelle avec une température constante de 20 degrés (murs épais de 60cm) Nous pouvons y trouver les traces d’anciennes cheminées, portes ou encore fours.

WE : Des projets futurs?
CD : Comme on dit en Anglais, “the sky is the limit“… Cette année je rentre de la Roussane, un cépage rhodanien passionnant, et l’année prochaine je commence à produire du Pinot Noir, avec l’étiquette du domaine.

Wine Explorers’ment votre,
JBA

 Plus d’informations sur Vins d’Orrance : www.vinsdorrance.co.za