Michael Weder : un vigneron-distillateur Namibien

« Le “secteur » du vin en Namibie est dans sa phase infantile »

Michael Weder @ Kristall Kellerei

Michael Weder @ Kristall Kellerei


WINE EXPLORERS : Quel est votre parcours ? Avez-vous un lien avec le vin ?
MICHAEL WEDER : J’ai une formation en droit du travail et non dans la fabrication du vin. En revanche j’étais depuis des années membre d’un club de dégustation, car j’aime le plaisir de boire un bon verre de vin, et j’ai assisté à deux cours de vinification pour « faire du vin de garage » à l’Université de Stellenbosch (Afrique du Sud).

WE : Comment avez- vous eu cette idée folle de faire du vin en Namibie ?
MW : Quand nous avons eu la chance d’acheter le domaine Kristall Kellerei en Mars 2008, Katrin (ma femme) et moi avions toujours décidé de posséder une entreprise où nous pourrions travailler ensemble. Nous avions également décidé depuis longtemps que cette affaire devrait être à Omaruru, là où se situe le domaine, mais pourquoi – ça je ne peux pas vous le dire. C’était un grand défi pour nous deux et nous l’avons apprécié depuis le début.

WE : Qu’est-ce qui fait la spécificité de Kristall Kellerei ?
MW : L’altitude ici est de 1220m au-dessus du niveau de la mer, ce qui apporte un peu de fraîcheur au vignoble pendant la nuit. Les sols sont sablonneux avec un peu d’argile et ne sont donc pas trop fertiles, ce qui est bon pour les vignes car elles doivent se battre pour trouver des éléments nutritifs en profondeur et sont donc plus vigoureuses. Nous avons environ 2,8 hectares en production actuellement (mais le total sera porté à 6 hectares au cours des deux prochaines années). Le Colombard est le principal cépage blanc planté (avec quelques pieds de Chenin Blanc et de Sauvignon Blanc) et le Tinta Barocca domine pour les rouges (avec un soupçon de Ruby Cabernet, de Cabernet Sauvignon, de Syrah et de Pinotage). La météo est un sacré défi dans la région d’Omaruru : la plupart du temps il fait chaud et sec, avec des précipitations en été,  juste avant les vendanges,  de l’ordre de 280mm. Donc, nous devons être très vigilants avec les dates de récoltes.

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WE : Quelques détails sur vos cuvées ?
MW : Nos deux vins sont des assemblages  de caractère plutôt sec (sans trop l’être non plus). Nous utilisons des cuves en acier inoxydable pour l’élevage des vins, ce qui amène de la fraîcheur, ainsi que des levures françaises pour la fermentation.
Rüppel’s Parrot Colombard, notre blanc, est un assemblage de Colombard (95 %) , plus une touche de Sauvignon blanc et Chenin blanc. Le rouge, Paradise Flycatcher, est un assemblage de Tintat Baroca (30 %), Syrah (25 %), Ruby Cabernet (25 %), Malbec (15%) et Pinotage (5 %).

WE : Quelle est votre stratégie de marché en termes de ventes ?
MW : Actuellement nous produisons trop peu de vin pour penser à exporter (environ 4500 bouteilles). Cela va changer dans les douze prochaines années car nous avons une vision de croissance à moyen-long terme. Actuellement, la plupart de nos ventes ont lieu sur place au caveau, et quelques hôtels et restaurants haut de gamme en Namibie reçoivent également de petites quantités pour leurs cartes des vins.

WE : Vous êtes également très connu pour vos spiritueux. Pourquoi cette diversification en plus du vin ?
MW : Depuis le début nous avons une bonne réputation pour nos spiritueux, et depuis quelques temps nous avons une reconnaissance internationale. Lorsque nous avons acheté Kristall Kellerei la distillation faisait déjà partie du domaine et nous avons décidé de continuer, encore une fois par plaisir et par défi. Distiller des spiritueux reste plus facile à faire que de produire du vin, car vous êtes moins dépendant de problématiques comme les conditions météorologiques, les maladies de la vigne. Et c’est un complément fantastique pour la gamme Kristall Kellerei.

WE : Quelques mots sur vos spiritueux ?
MW : Nous distillons actuellement du Colombard (Nappa), des figues de Barbarie (Matisa), une variété d’oranges nommée “corky monkey-orange“ (Lumela) et un spiritueux à base de pomme-grenade (Granate).

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WE : Comment voyez-vous l’industrie du vin namibien de nos jours ?
MW : Le “secteur » du vin en Namibie est dans sa phase infantile et j’espère que cela va se développer. Les premiers vins ont été faits par les frères catholiques dans les environs de Windhoek – vers 1894 – mais cela a été interrompu en 1978 lorsque le dernier maître de chai est décédé. La deuxième tentative de vinification et de distillation en Namibie s’est faite ici, à Kristall Kellerei, lorsque les premières vignes (Colombard) ont été plantées en 1990 par le premier propriétaire, Helmuth Kluge. Il existe deux autres principaux vignobles, qui tous deux sont également gérés par des vignerons amateurs. D’un côté il s’agit d’un handicap grave en termes de connaissances et de compétences nécessaires à la production de grands vins; mais cela laisse également beaucoup de place à l’innovation.

WE : Quels sont vos projets pour l’avenir à la cave ?
MW : Nous allons augmenter la superficie de plantation du Colombard, notre principale variété, et nous nous amusons aussi avec l’idée de planter quelques cépages peu connus dans un futur proche… Surprise !

Wine Explorers’ment votre,
JBA

 Pour plus d’informations : www.kristallkellerei.com

Quand (désert) Namibien rime avec Vin

Départ de l’aventure namibienne à Upington, dans la Orange River, à la limite entre l’Afrique du Sud et la Namibie. Passage de frontière opéré, en route pour un périple en voiture long de 2600 km !

Sud de la Namibie - 40° degrés dans l'air

Sud de la Namibie – 40° degrés dans l’air


La Namibie est une succession de cartes postales. Un patchwork à ciel ouvert. Des étendues arides du sud, aux dunes de l’ouest – les plus vieilles dunes au monde, datant de plus de 3 millions d’années, en passant par les montagnes du nord et les contrées verdoyantes à l’est, chaque paysage rivalise de beauté et vous laisse rêveur. Le pays compte 2,11 millions d’habitants pour 825 418 km2* (30 fois moins d’habitants qu’en France pour un territoire 20% plus grand)…et cerise sur le gâteau : 4 domaines viticoles !

Difficile de produire du vin lorsque la saison des pluies est en été (principalement janvier-février, à l’approche des vendanges) et qu’il fait en moyenne 40°c…mais loin d’être impossible. La preuve.

1ère étape : Neuras Wine and Wildlife Estate
Bienvenue en plein milieu du désert namibien. A 1200m d’altitude et à 80km des dunes mythiques de Sossusvlei, le domaine Neuras compte un peu moins de 2 hectares de vigne pour une production annuelle de 3000 bouteilles. Neuras fait partie de la fondation Naankuse, qui aide à la préservation et à la réinsertion d’animaux sauvages comme le léopard, et dans laquelle Brad Pitt et Angélina Jolie sont impliqués, leur fille Shiloh Nouvel, étant né en Namibie à Swakopmund. Les vignes furent plantées en 1997 et le premier millésime date de 2001. Deux cuvées : Neuras Shiraz (100% Shiraz) et Namib Red (un  assemblage 80% Shiraz, 20% Merlot). Agréable surprise pour ces deux vins rouges élevés 9 mois en barrique de 2 à 4 vins et titrant à 13,5% d’alcool. La bouche est légère mais le fruit est présent, ce qui donne des vins frais et de plaisir immédiat. Vins à déguster sur place avec une pièce de bœuf namibienne, juteuse et cuite sur la braise !
Plus d’informations : http://www.naankuse.com/neuras-estate-of-naankuse

Neuras Wine and Wildlife Estate

Neuras Wine and Wildlife Estate


2ème étape : Kristall Kellerei Winery
Une sacrée histoire pour ce domaine de 4,5 hectares créé en 1990 par Helmuth Kluge, pionnier de la viticulture moderne en Namibie, et repris en mars 2008 par Katrin et Michael Weder, un couple adorable qui nous a accueilli 3 jours pour que nous puissions expérimenter les vendanges avec eux. Un grand moment ! Nous sommes ici à Omaruru, à 200 km au nord ouest de Windhoek, la capitale. C’est là, à 1400 mètres d’altitude, que la production de vin et la distillation de brandy – à base de raisins mais aussi de plantes – cohabitent en parfaite harmonie. D’ailleurs le Colombard, le cépage dominant du domaine, sert à la production des deux. Leur blanc, Rüppel’s Parrot, un 100% Colombard léger, qui tend vers des notes d’agrumes et de poire, est un parfait rafraîchissement. Le rouge du domaine, Paradise Flycatcher, est un assemblage de Tintat Baroca (30%), Shiraz (25%), Ruby Cabernet (25%), Malbec (15%) et Pinotage (5%). Son nez de pruneau rappelle les arômes du Porto. Un vin qui se laisse boire facilement.
La spécialité maison : MATISA Prickly-Pear, un brandy à base de fleurs de cactus du domaine !
Plus d’informations : www.kristallkellerei.com

Vendanges @ Kristall Kellerei

Vendanges @ Kristall Kellerei


3ème et dernière étape : la région d’Otavi, territoire des babouins
Nous sommes encerclés de montagnes, à 1300 mètres d’altitude. A la nuit tombée la fraîcheur se fait sentir. Au loin on entend les babouins crier, c’est impressionnant. Devant nous, à seulement 1,5km de distance, deux domaines viticoles se font face.
Tonningii Wynkelder, créé en 1990 et dont les vignes furent plantées en 1998 est le plus vieux domaine d’Otavi. C’est également la ferme du Docteur Boshoff, un homme touchant et proche de la nature. Le matin, le Docteur Boshoff consulte dans son cabiner d’Otavi. C’est une star locale dans la région, tous les africains le connaissent. L’après-midi, il troque sa blouse pour une casquette et file au pas de course dans son domaine, à 10km de là, pour s’occuper de son vignoble, sa 2ème passion, mais également prendre soin de ses poules, de ses cochons et de ses vaches. Il a même recueilli un bébé élan il y a quelques années, auquel il a coupé les bois pour ne pas qu’il blesse sa femme. Car les deux sont inséparables. Un médecin-fermier-vigneron en Namibie… j’adore ! Son vin : 1 petit hectare de Shiraz pour une cuvée unique. “Bien sûr il y a un peu de Cabernet Sauvignon, de Pinotage, de Merlot et de Chardonnay, mais c’est juste pour le plaisir d’expérimenter, je ne les mets pas en bouteilles“, nous raconte-t-il avec humour.

Dr. Boshoff & son élan

Dr. Boshoff & son élan


De l’autre côté de la voie de chemin de fer, au bout d’un chemin envahi par les herbes hautes, se trouve le domaine Montavi, tenu par Laurent Evrard & Stefan and Martha Schulz, un binôme franco-allemand. La semaine ils travaillent et vivent à la capitale. Le week-end, ils prennent la voiture et parcourent les 360 km qui les séparent du domaine, juste pour la passion du vin. Pour le moment leur Syrah, Mourvèdre, Viognier et leur Cabernet –Sauvignon ne sont pas commercialisés. Les vins n’ont même pas d’étiquette ! Ces deux passionnés ont appris sur le tas et s’amusent. “Chaque année nous apprenons un peu plus, nous achetons des équipements supplémentaires. Pas à pas nous évoluons, toujours en prenant du plaisir“, nous dit Laurent. Un jour peut-être, ils commercialiseront. Nous avons passé le week-end avec eux à vendanger le Cabernet Sauvignon et le mourvèdre. Un très bon moment. Un vin de copains. Et scoop pour Wine Explorers : le millésime 2013 sera à la vente au printemps !

La Namibie n’est pas (encore) une grande nation du vin. Mais les apprentis-vignerons que nous avons rencontré nous ont tous démontré une chose: quand on a le coeur sur la main, on peut faire du bon vin !

Paysage désertique Namibie
Un dernier stop à Windhoek pour apprécier une bière chez Joe’s Beerhouse, le spot branchouille et incontournable de la capitale. Une bonne nuit de repos suivi d’un fantastique petit déjeuner en pleine campagne chez Voigtland Guesthouse, à  quelques kilomètres de l’aéroport international Hosea Kutako de Windhoek. Et nous voilà repartis. Direction le Zimbabwe !

 WineExplorers’ment votre,
JBA

 *source : wikipedia

Christophe Durand, un Normand Sud-Africain dans le vignoble

 « J’aime le vin mais il faut qu’il soit bon »

Ancien mannequin professionnel et passionné de karaté, rien ne prédestiné Christophe Durand à la viticulture. Et pourtant. Rencontre avec un autodidacte éclairé.

Christophe Durand dans son vignoble à Perdeberg

Christophe Durand dans son vignoble à Perdeberg


WINE EXPLORERS : Avant de porter la casquette de vigneron pour ton domaine, Vins d’Orrance, il semblerait que tu aies eu mille et une vies. Quel parcours t’a amené jusqu’à l ‘Afrique du Sud?
CHRISTOPHE DURAND : J’ai découvert ce magnifique pays qu’est l’Afrique du Sud en 1989 alors que j’y étais mannequin pendant six mois. Je m’étais toujours promis d’y retourner un jour. Ce n’est que quelques années plus tard, à la suite de ma séparation avec ma première épouse, elle même Sud Africaine, que j’ai décidé de tout plaquer afin d’être auprès de ma première fille, Ameena.
Arrivé de ma Normandie natale avec mes gros sabots pour repartir à zéro n’a pas été facile. J’ai donc commencé par décrocher des petits boulots alimentaires, passant de serveur à garde du corps. La vie est faite de belles rencontres et d’opportunités qu’il faut savoir saisir. Ma rencontre au Cap avec Claude Gillet, propriétaire d’une tonnellerie Bourguignonne, fut mon 1er tournant dans le vin et un bouleversement dans ma vie. Croyant en moi, non seulement il me choisit comme son agent sud-africain, mais avant tout, il me transmit sa passion du vin et son amour pour la Bourgogne. Mon engouement et ma curiosité pour le monde de la tonnellerie ont fait que ma société eu un succès immédiat. En seulement trois ans j’avais déjà 10 % du marché.

WE : Qu’est- ce qui t’a poussé à faire ton propre vin?
CD : Au fil de ces trois premières années passées au contact des producteurs Sud Africains, j’ai fait des essais pour le plaisir. Je me suis découvert un style et j’ai eu envie de me lancer en 2000 avec mon premier vin, sous le nom de Cuvée Ameena, prénom de ma première fille qui a maintenant 20 ans. Ne venant pas d’un milieu de vignerons, j’ai dû apprendre vite, très vite, et je me suis découvert une passion qui n’allait plus jamais me quitter. Avec de maigres moyens, j’ai appris sur le tas, beaucoup lu, dégusté, pour me former le palais, regarder de bons vignerons travailler en cave et également écouter tous conseils venant à ma rencontre, les bons et les beaucoup moins bons.

WE : Quelle est ta philosophie concernant le vin que tu produis? Les vins que tu aimes boire?
CD : Dénicher de beaux terroirs et laisser faire la nature, voilà ma philosophie. Travailler dans les vignes, récolter les plus beaux raisins possible et une fois en cave, intervenir le moins possible, simplement en surveillant la vendange, comme on surveille un enfant qui fait ses premiers pas.
J’aime les vins gourmands, gouleyants, qui reflètent leur terroir, les vins sexy de la Bourgogne, les grandes dames Bordelaises, les dentelles rouges de la vallée du Rhône, la précision des grands Alsaciens, la minéralité des Sancerres. J’aime le vin mais il faut qu’il soit bon.

WE : Peux-tu nous parler de tes 3 cuvées?
CD : La Cuvée Ameena issue de vignes de Syrah. La moitié plantée en gobelet, dans la région du Swartland, plus précisément à Perdeberg, un terroir apportant de la structure et des fruits noirs. L’autre moitié venant de la région d’Elgin, plus près de la mer, pour offrir au vin de l’élégance, des épices et du poivre blanc, un arôme que je recherche avant tout dans la Syrah. Les deux parcelles, une fois récoltées, feront leurs fermentations séparément, puis seront assemblées afin de vieillir en fut de chêne français pendant 18 mois.
La Cuvée Anaïs, prénom de ma deuxième fille âgée de 9 ans, est un 100% Chardonnay également issue de deux très belles vignes, l’une à Elguin, l’autre à Franschhoek et qui apportent au vin de l’équilibre, de l’élégance et de la minéralité, avec de belles longueurs.
Le dernier est un Chenin blanc appelé Kama, en l’honneur de mon épouse d’origine Indienne. Ce vin qui en sanscrit signifie  » le plaisir des sens » est issu d’une seule vigne, 100% en gobelet, sur un sol très pauvre et aride permettant au chenin blanc de donner le meilleur de lui même. Ce vin et celui que je chouchoute le plus car plus fragile et sensible à l’oxydation.

WE : En quoi ta rencontre avec Claude Gilois, fondateur de Vins du Monde, puis de Chasseur de Crus, a-t-elle été le grand tournant de ta vie dans le vin?
CD : Ma rencontre avec Claude Gilois, que j’aime appeler mon “père Spiritueux“, a tout déclenché. C’est lui qui ma découvert, via mes vins. Il a commencé à m’importer en France en 2003, et de fil en aiguille, grâce au bouche à oreille, nous nous exportons aujourd’hui dans 14 pays. Il m’a guidé, exposé au monde du vin, m’a fait rencontrer beaucoup de grandes personnalités de ce milieu, ce qui était pour moi une opportunité unique, n’étant pas issu d’un milieu viticole. Il m’a aidé à affirmer mon style et à ne pas changer de cap. Je lui dois beaucoup.

Christophe Durand & Claude Gilois - Waterfront, Cape Town

Christophe Durand & Claude Gilois – Waterfront, Cape Town


WE
 : Ta plus grande émotion sur un vin Sud-Africain? Sur un vin du monde en particulier?
CD : Ma première grande émotion sur un vin Sud-Africain… un Cabernet Sauvignon 1998 de chez Neil Eliis, parfaitement réussi avec des raisins de Stellenbosch. Pour le reste, Ornellaia 1992 ou encore un Charmes Chambertin 1949 de chez Laporte, et plus récemment, un Château Clinet 2007. Je ne cesse de découvrir ce monde passionnant qu’est celui du vin…

WE : Peux-tu nous en dire plus sur ta nouvelle cave en plein centre de Cape Town?
CD : Nous étions, mon épouse  et moi, à la recherche d’un local dans le centre de Cape Town depuis quatre ans, afin de pouvoir y produire et élever nos vins, mais également de pouvoir les proposer à la dégustation et à la vente sur place. Chose qui n’était pas toujours évidente auparavant car je louais un local chez un autre producteur.
Nous avons par bonheur déniché un endroit vieux de 300 ans faisant partie du bâtiment Heritage Square, officiellement daté de 1771, en plein centre de la ville. C’est une chance inouïe d’avoir mis la main sur ce lieu chargé d’histoire grand de 320m2 et doté d’une fraîcheur naturelle avec une température constante de 20 degrés (murs épais de 60cm) Nous pouvons y trouver les traces d’anciennes cheminées, portes ou encore fours.

WE : Des projets futurs?
CD : Comme on dit en Anglais, “the sky is the limit“… Cette année je rentre de la Roussane, un cépage rhodanien passionnant, et l’année prochaine je commence à produire du Pinot Noir, avec l’étiquette du domaine.

Wine Explorers’ment votre,
JBA

 Plus d’informations sur Vins d’Orrance : www.vinsdorrance.co.za

5 coups de cœur d’Afrique du Sud !

(hors Pinotage)

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1-    Strandveld Sauvignon Blanc 2013, domaine Strandveld
M93A9051_EDT
100% Sauvignon Blanc
Un domaine viticole situé à Elim, région la plus au Sud de l’Afrique et dont les vignes sont ce que l’on appelle « front de cap », c’est à dire qu’elles font face à l’océan (les vignes du domaine Strandveld sont en moyenne à 6 km de la mer). L’air marin apporte de la fraîcheur à la vigne.
J’aime à rêver – c’est un avis très personnel mais que j’ai déjà vérifié sur 3 millésimes sur ce vin (2009, 2010 et 2013) – que cet air chargé d’iode donne aux vins, surtout les blancs, un léger côté salin.
Dégustation : un nez d’herbes fraîches et d’asperge, caractéristique du clone SB316, parfois vu comme un défaut, mais qui en réalité est une merveille de pureté. Très belle fraîcheur en bouche, de la longueur. C’est souple et ça termine sur de la poire et des agrumes. Ça donne envie de manger des poissons grillés, des plats grecs… Un régal !
Œnologue : Conrad Vlok, au domaine depuis 2004.
Prix départ caveau : 98 rant (environ 6.90€)
Plus d’informations : www.strandveld.co.za

2-    Kama Chenin Blanc 2013, du domaine Vins d’Orrance
M93A7352_EDT
100% Chenin Blanc
Un très joli chenin blanc tout droit venu du Swartzland, région réputée pour son climat plus continental (plus frais), offrant des vins élégants et sur le fruit.
Dégustation : nez de fruits exotiques (ananas, passion), très agréable ; pêche blanche, petites notes d’abricot en finale. Joli gras en bouche, ample. Une belle fraîcheur. De la longueur. Une amertume en finale qui soutient bien le vin. Délicieux. Pourquoi pas une salade de langoustine ou un carpaccio de thon en accompagnement.
Œnologue/propriétaire : Christophe Durand. Son 1er millésime remonte à 2004.
Prix départ caveau : 100 rant (environ 7€)
Plus d’informations : www.vinsdorrance.co.za

3-    Morkel Malbec 2010, du domaine Bellevue
M93A7333_EDT100% Malbec
Domaine situé dans la région de Stellenbosch – probablement la région viticole la plus connue en Afrique du Sud, Bellevue possède de jolis sols d’argile et de grès. La particularité du domaine est d’être entouré d’arbres, les “Blue gum“, qui dit-on ici, donnent aux vins des parfums de cassis.
Dégustation : nez de cassis, de myrtille et d’eucalyptus, un peu mentholé en finale. Un gout de bonbon au cassis très délicat en bouche. Des tannins fins et souples. Frais. Très joli. De la longueur. Irait très bien avec un lapin aux pruneaux.
Œnologue/propriétaire : Dirk Morkel
Prix départ caveau : 95 rant (environ 6.65€)

Plus d’informations : www.bellevue.co.za

4-    Trilogy 2010, du domaine Warwick
M93A7538_EDTAssemblage de Cabernet Sauvignon (60%), Cabernet Franc (30%) et Merlot (10%)
Warwick, domaine membre de la “Biodiversité et des Initiatives autour du Vin“, se situe également dans la région de Stellenboch.
Dégustation : nez de fruits rouges (groseille) qui tend vers le cassis. Légèrement herbacé au. Très joli vin aux tannins souples et charnus. Vin de garde. Fraîcheur et équilibre en bouche. A carafer aujourd’hui et à boire dans les 10 prochaines années. A associer avec un rôti de bœuf aux girolles par exemple.
Œnologue : Nic Van Aarde ; Propriétaire : Mike Ratcliffe
Prix départ caveau : 275 rant (environ 19.25€)
Plus d’informations : www.warwickwine.com

5-    Integer Syrah 2007, du domaine Hoopenburg
M93A9456_EDT100% Syrah
Hoopenburg se situe sur la route de Stellenbosch, à 30 minutes de Cap Town. Bénéficie d’un microclimat tempéré apportant de la fraicheur aux vins.
Dégustation : nez de fleurs (violette) et de réglisse avec des épices très subtiles en finale. Intense et frais en bouche. Tannins souples, amples. Assez long. Fruit charnu avec des épices soutenues (poivre gris). Nous l’avons dégusté avec un civet de biche mariné…sublime !
Œnologue : Helanie Olivier, depuis aout 2013
Prix départ caveau : 110 rant (environ 7.70€)
Plus d’informations : www.hoopenburgwines.co.za

Bon…impossible de me limiter à 5 vins…pas après avoir bu un Crystallum Paradisum !

Crystallum Paradisum 2011, domaine Crystallum
Paradisum 2011
Le vin est un assemblage de Shiraz (50%), Grenache (38%) et Cinsault (12%), produit dans la région de Walker Bay
Dégustation : arômes de cerises, fraises, mûres et un soupçon de cuir, clous de girofle et la cardamome en finale. Grande intensité, de la saveur en bouche, avec des tanins bien intégrés et une finale équilibrée et rafraîchissante. Belle profondeur. A boire dans les 2-3 prochaines années.
Propriétaires/œnologues : Andrew et Peter-Allan Finlayson, fils du légendaire vigneron sudafricain Peter Finlayson, qui fut le premier à planter du Pinot Noir dans la valley de Hemel-en-Aarde.
Prix moyen constaté sur le web 
: environ 39€
Plus d’informations www.crystallumwines.com

Wine Explorers’ement votre,
JBA

 

Braai vs Pinotage

« Le monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n’en lisent qu’une page« , disait St Augustin.
L’Afrique du Sud est la première page de notre livre…pour le moment.

Un peu d’histoire pour commencer…important pour comprendre la culture de la vigne.

Les racines de l’industrie du vin sud-africaine remontent au XVIIème siècle, plus exactement en 1659, lorsque le fondateur de Cape Town, Jan van Riebeeck, y produisit le premier vin. Sa venue dans le pays était liée aux explorations de la Compagnie Hollandaise des Indes qui établit un point d’alimentation au Cap.

Domaine Kaapzicht en été

Domaine Kaapzicht en été


Cependant le boom de l’industrie du vin n’est que très récent en Afrique du Sud. En 1918, des producteurs dans le Western Cape fondèrent la « Koöperatieve Wijnbouwers Vereniging » (KWV), afin d’augmenter la production et la qualité des vins. Mais les quotas de production n’ont été aboli que dans les années 1990. Avant la fin de l’apartheid dans les années 1990, l’Afrique du Sud était très isolé. Quand l’apartheid a été aboli, les boycotts de produits sud-africains ont été abandonnés et les marchés d’exportation mondiaux ce sont ouverts.
«Les vrais changements en termes de production et de vinification n’ont pas plus de 20 ans», selon Olivier Helanie, oenology au domaine Hoopenburg, à Stellenbosch. «Nous avons parcouru un long chemin. Les viticulteurs sud-africains de nos jours ont généralement fait leurs armes à l’étranger et redoublent d’innovation. Nous nous inspirons de nombreuses influences, de ce que les gens créatifs ont tendance à faire, et nous réussissons aujourd’hui à produire des vins élégants qui expriment vraiment notre terroir unique. », ajouta Helanie.
En 2012, l’Afrique du Sud a produit 870,9 millions de litres de vin, devenant le 9ème plus grand pays producteur de vin au monde. Les exportations sont en augmentation chaque année. En 2013, les vignerons d’Afrique du Sud ont exporté 525,7 millions de litres, en battant le précédent record de 2012 de 26%, selon Chris Mercer (Decanter, lundi 13 janvier 2014).

Un zest de géographie…aussi très important.

Régions Viticoles d'Afrique du Sud (copyright SAWIS)

Régions Viticoles d’Afrique du Sud (copyright SAWIS)


Deux points essentiels à retenir.

Il n’y a pas encore ici de « système d’AOC » comme en France. Les régions viticoles de l’Afrique du Sud sont définies dans le cadre du décret sur le “vin d’origine » (Wine of Origin, abrévié WO) datant de 1973. Tous les vins sud-africains considérés comme « vin d’origine“ doivent être composés entièrement de raisins issus de leur région de production. En conséquence, le “vin d’origine » ne place pas ses critères de sélection sur des éléments comme les cépages autorisés, les méthodes de palissage, les techniques d’irrigation ou encore les rendements. Il ne fait que diviser les régions viticoles en quatre catégories.
La plus vaste et la plus générique des catégories concerne les unités géographiques (comme la région de Western Cape), à l’intérieur desquelles se trouvent les régions (comme Overberg), elles mêmes divisées en districts (comme Walker Bay, Stellenbosch, Paarl ou Swartland), avec en leur sein des circonscriptions (comme Elgin).
L’Afrique du Sud étant située à l’extrémité du continent africain et la plupart des régions viticoles étant à proximité de l’Atlantique ou de l’océan Indien, beaucoup de régions bénéficient d’un climat plutôt méditerranéen, qui se caractérise par un ensoleillement important et de la chaleur sèche. Dans de nombreuses régions viticoles l’irrigation est indispensable à la culture de la vigne.
Pour plus d’informations: http://www.wosa.co.za/sa/

Maintenant que vous avez quelques informations entre les mains pour devenir des experts sur les vins sud-africains, nous allons parler de ce qui nous a marqué le plus pendant notre séjour: le braai et le pinotage. Deux belles découvertes de la culture sud-africaine, et qui vont très bien de paire !

Braai = Amis, Viande & Vin (ou bière)

Braai @ L'Avenir Wine Estate

Braai @ L’Avenir Wine Estate


Chaque Braai est un moment unique. Une expérience sociale. Une douce façon de se détendre après une longue journée de travail, autour d’un feu, en discutant avec vos amis, toujours un verre à portée de lèvres. Braai signifie « barbecue » en afrikaans et les traditions qui l’entourent peuvent être considérablement différentes de notre barbecue européen.
Selon Helanie Oliver, «utiliser du gaz, c’est tricher. L’utilisation de charbon de bois est commun, principalement en raison de sa commodité, mais l’utilisation du bois pour le feu est le recours traditionnel à la préparation d’un braai. En prime cela contribue à éradiquer les plantes sauvages indésirables, au profit de la préservation de la biodiversité. Pour la culture: la floral du Cap, hors plantes tropicales, est la plus diversifiée au monde. La grande majorité de la région du Cap est abrite une étonnante diversité d’espèces végétales endémiques».

Livre Braai Masters

Livre Braai Masters

“Braai Day“ est une célébration du riche patrimoine culturel de l’Afrique du Sud et de son passe-temps national, le braai. Il vise à réunir tous les Sud-Africains en les encourageant à participer à une activité amusante et concrète partagée par toutes les ethnies. Elle est célébrée chaque 24 Septembre (journée du patrimoine de l’Afrique du Sud).
Nous avons eu la chance d’expérimenter plusieurs Braais avec des amis pendant notre séjour, à Stellenbosch, Paarl et dans la région d’Orange River. Cela a toujours été un moment fantastique !

Pinotage, un cépage rouge made in Afrique du Sud

Pinotage - Stellenbosch

Pinotage – Stellenbosch


Le Pinotage est pour l’industrie du vin sud-africain ce que la Tour Eiffel est pour le tourisme français: une signature. Le Pinotage est un cépage rouge résultant d’un croisement entre le Pinot Noir et le Cinsault (aussi connu sous le nom « Hermitage » en Afrique du Sud) et créé en 1925 par Abraham Izak Perold, le premier professeur de viticulture à l’Université de Stellenbosch. Il représente 6% de la production totale de vin d’Afrique du Sud ainsi que plus de 95% de la culture du Pinotage dans le monde. En outre le Pinotage est également cultivé au Brésil, Canada, Israël, Nouvelle-Zélande, États-Unis et Zimbabwe. C’est un composant obligatoire dans les « Cape blends« , des vins rouges avec une proportion de Pinotage mélangée à d’autres cépages (30-70% du vin final).
Les vignes sont aussi vigoureuses que leur parent Cinsault et faciles à cultiver, avec des maturations précoces et des niveaux de sucre élevés. Le Pinotage peut être cultivé par le système en treillis ou gobelets. Les vieilles vignes de Pinotage sont principalement plantées en gobelet et il semblerait que cela apporte une plus grande concentration en fruits et de la profondeur au vin. Le raisin est naturellement riche en tanins qui peuvent être réduits avec des temps de macération limités. Cependant la réduction du temps de contact avec les peaux peut également réduire les arômes de mûre et de prune, caractéristiques du Pinotage.

2 délicieux Pinotages que nous avons eu la chance de déguster:
Compo_Bouteille_Pinotage1_SouthAfrica
Pinotage Grand Vin 2012, de L’Avenir Estate
Vient de la région de Stellenbosch. Nez de petits fruits. Fumé, cuir et épices avec des notes florales distinctes. Bouche harmonieuse avec des tanins élégants, belle fraîcheur. Fruits noirs en bouche avec des notes de prune juteuse. Bien équilibré. Bon à boire maintenant après un carafage de deux heures minimum, mais aussi du potentiel de garde. Va très bien sur des viandes au grill et sur tout type de braai en général ! 3000 bouteilles produites/an.
Œnologue : Dirk Coetzee
Prix départ caveau : 250 rand (environ 17.5€)
Plus d’informations : www.larochewines.com

Le Vin de François 2011, du Chateau Naudé
Produit en quantité limitée et fait à partir des meilleurs exemples de Pinotage trouvés dans les vignobles du Cap, le Vin de François est le summum de la gamme Château Naudé. Provient de sept producteurs de Stellenbosch et Bot River. Complexe nez de mûres et de prunes avec une touche de réglisse. Frais et juteux en bouche, tanins souples et assez présents pour récompenser une garde prolongée. Va très bien avec un gâteau au chocolat.
Propriétaire/Œnologue: François Naudé
Prix constaté en vente aux enchères : jusqu’à 5 200 rand pour une caisse de 12 (environ 30€ la bouteille)
Plus d’informations : www.levindefrancois.com

Merci Afrique du Sud pour ton accueil chaleureux. Maintenant, il ne nous reste plus que 91 pages – pays – à écrire et nous serons en mesure de compléter notre « livre de vie autour du vin »…. 

JBA