Karibou ! Bienvenue en Tanzanie

On ne peut parler de la Tanzanie sans évoquer la magie des safaris à la rencontre de sa majesté le roi lion, la grandeur de la ville de Daar El Salam ou encore la beauté des plages de Zanzibar…
En revanche, on ne soupçonnerait pas un seul instant que l’on puisse y trouver de la vigne. Et pourtant…la Tanzanie est bel et bien un pays producteur de vin !

Arusha

Arusha


Pour voyager en Tanzanie… mieux vaut avoir un (bon) guide

Il y a différents moyens d’arriver en Tanzanie depuis Maurice. Nous décidons de voler jusqu’à Nairobi (Kenya) et de passer la frontière tanzanienne en bus. Cela nous permet de nous arrêter à Arusha, carrefour stratégique entre Dodoma (la région de production au sud) et le Kilimandjaro, à l’est. Avec du recul je dois admettre que ce fut l’option la plus rapide…mais ça, c’était en admettant que nous ayons pris le bon bus !
Notre guide – avec qui nous avons échangé quelques emails dans un anglais très scolaire – nous indique un bus “partant de Nairobi à 14h et arrivant à Arusha vers 18h30“. Parfait ! Enfin presque… Car il y a deux bus pour arriver à Arusha – mais ça, nous l’avons appris plus tard.
Le 1er est un bus express depuis l’aéroport. Manque de bol, nous prenons l’option n°2 : un mini bus reliant l’aéroport au centre ville, puis un bus pour Arusha – très difficile à trouver, ce qui nous vaut de courir comme des dératés par 35°C, sac de 70L sur le dos, arrivant à 14h pile pour acheter deux tickets, trempés de la tête aux pieds. Sauf que ce bus là, ne part qu’à 17h, va rouler 3 heures de plus que l’express…et nous déposera finalement à Arusha en pleine nuit, à 2h du matin !

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Heureusement, notre guide nous attend toujours au point de rendez-vous. Oui, il est toujours là, au beau milieu de la nuit. C’est un petit miracle.
Le lendemain au petit déjeuner, nous rions de notre mésaventure devant une bonne tasse de café. Il est temps de nous mettre en route pour le vignoble.

Dodoma, là où les missionnaires introduisirent la vigne en Tanzanie

Notre guide nous annonce qu’il y a une production de vin à 40 minutes au sud d’Arusha : le domaine Masika Brand. Un sacré scoop ! Nous décidons d’aller voir de plus près. Arrivés sur place nous sommes accueillis par Erik Zweig, le propriétaire. Tiens, mais où sont les vignes ? Il n’y en a pas, nous explique-t-il, ici ce sont des vins de prune, de banane et de mangue que l’on produit. Fausse piste… Nous prenons tout de même le temps de discuter avec notre hôte, tout en sirotant un verre de vin sucré à base de banane et de citron. Erik nous apprend l’existence d’un vignoble à 5h de voiture à l’est d’Arusha : le Monastère de Sakarani, tenu par des Frères Bénédictins.
L’occasion est trop belle ! Nous prenons contact avec le monastère. Deux jours d’attente à Arusha – où nous tentons quelques sorties en ville et au cours desquelles nous sommes en permanence alpagués par des gens en quête d’un peu de monnaie. Sortir l’appareil photo est impensable dans ces conditions.
Toujours pas de réponse du monastère. Nous décidons de prendre des tickets de bus pour le lendemain. Rien ne vaut une exploration du terrain improvisée. Le soir même, nous recevons une réponse du Frère Célestin: “nous avons en effet un petit vignoble mais nous pensons le fermer définitivement dès cette année car nous sommes trop occupés avec les travaux de la ferme. Nous ne pouvons recevoir personne et nous en sommes désolés“. Petite déception…

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Heureusement nous sommes flexibles et décidons de partir dès  le lendemain à Dodoma, la capitale, où se trouve la région viticole du pays. Départ prévu à 6h du matin avec le guide car il y a plus de 10 heures de trajet pour faire Arusha-Dodoma. Sauf que notre guide n’est jamais venu…or, lui seul peut conduire en Tanzanie, passer les contrôles de police et demander son chemin ! Nous avons attendu pendant 3 jours avant de nous rendre à l’évidence : notre homme avait disparu dans la nature.
Le constat est un peu amer : nous avons « perdu » une semaine et nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre ici, à la recherche d’un nouveau guide, car d’autres vignobles nous attendent ailleurs. Pas de photos de vigne en Tanzanie donc chers lecteurs, nous nous en excusons.
Mais les Wine Explorers sont tenaces ! Après avoir parcouru tous les supermarchés de la ville nous finissons par mettre la main sur quatre bouteilles de vin tanzanien. Un véritable trésor de guerre !

Deux domaines : Dowico & Cetawico

Nous décidons d’improviser une dégustation dans un hôtel de la ville, où nous demandons deux verres à vin par personne, histoire de ne pas mélanger le blanc et le rouge. Soyons professionnels. La terrasse qui surplombe l’établissement est le lieu adéquat pour une dégustation en règles.

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Dowico (Dodoma Wine Company)
Imagi Dry White 2013 : notes de pomme et de fruits à chair blanche. Finale sur le coing. Très léger aromatiquement. A boire frais. 11% alcool.
Dodoma Natural Sweet White 2013 : un nez de rhubarbe aussi surprenant qu’agréable. Le même parfum délicieux que la tarte tiède sortant du four de ma grand-mère. La bouche est courte et sucrée. Finale sur la pomme. 8.5% alcool.
Imagi Dry Red 2013 : 11.5% ; se rapproche au nez d’un Bdx. Assez équilibré. Nez de fruits noirs, cuir et un peu de poivron (léger). Bouche courte qui manque de fruit; finale plutôt amer.
Cetawico (Central Tanzanian Wine Company)
Chenin blanc 2009 : couleur or qui indique que le vin semble bien oxydé. Nez de cire d’abeille et d’acacia. Bouche légèrement sucrée et assez courte.
Une autre cuvée existe en rouge : Sharye, un assemblage de Syrah, Aglianico, Marzemino et Teroldego.

Avec du recul, je citerai ici la devise du pays – si bien appropriée à notre mésaventure: Hakuna matata ! Ce qui signifie : “pas de problème, tout va bien“.
Il faut toujours relativiser les choses. La Tanzanie  est un pays magnifique et nous reviendrons, parole d’explorateurs. Les vins sont légers et sans grande complexité mais qu’importe, nous avons pris du plaisir avec cette dégustation improvisée. Et la prochaine fois, nous irons directement à Dodoma.
Mais pour l’instant cap sur le Kenya et la Rift Valley, où de nouvelles explorations palpitantes nous attendent !

WineExplorers’ment votre,
JBA

 

*Prix public des quatre vins: 12 000 TSH, soit environ 5.30€/bouteille

Maurice fait du vin…de fruits

Quoi ? Comment ? Wine Explorers fait aussi dans les vins de fruits ?!?
Non, chers lecteurs, soyez rassurés. Wine Explorers est bel et bien le premier recensement mondial des pays producteurs de vins « issus de raisins ». Et cela nous occupe déjà beaucoup.
Seulement voilà… Il se trouve qu’il y a eu de la vigne à Maurice – dans les années 90 ! Nous n’en n’avions pas de réelle confirmation, alors en explorateurs curieux que nous sommes et à seulement quelques kilomètres à vol d’oiseau de là – nous étions à La Réunion – nous décidâmes d’aller vérifier par nous même !

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Un vin “made in Maurice“ ?

Arrivés à Maurice, nous menons l’enquête auprès de la famille Oxenham, acteurs majeurs dans la production, l’importation et la distribution de vins et spiritueux à Maurice. Steve Oxenham, l’œnologue du groupe, nous confit que Maurice fut un terrain d’expérimentation pour le vin issu de raisins, tout d’abord avec l’importation de raisins séchés d’Afrique du Sud, remplacés dans les années 60 par des moûts de raisins concentrés.
Mais qu’en est-il de la vigne ? « Début des années 90, des sucriers ont planté par erreur des raisins de cuve au lieu de raisins de table », nous raconte Steve. Du Cabernet sauvignon, du Merlot, du Muscat, du Chenin et un peu de Sauvignon blanc. L’occasion d’essayer de faire du vin “made in Maurice“ ! Mais l’expérience ne sera que de courte durée.

de gauche à droite : Steve, Dean & Alan Oxenham

de gauche à droite : Steve, Dean & Alan Oxenham


Le climat de Maurice ne se prête pas à la vigne : durée d’ensoleillement trop courte et vendanges en pleine saison des pluies… « Avec du recul, on se rend compte que ça n’était pas un hasard si les colons plantèrent massivement de la canne à sucre à Maurice et plutôt de la vigne au Cap. Ils avaient bien compris les problématiques liées à ces deux types de plantations », nous raconte Steve en souriant. L’expérience vin à Maurice n’aura duré que 5 petites années…
Légère déception pour Wine Explorers, mais de courte durée rassurez-vous. Car si Steve est œnologue du groupe Oxenham, c’est parce qu’il y a bien une production de vin à Maurice…de fruits : ananas et lychee ! Les Oxenham sont d’ailleurs les seuls à en produire sur l’île.* Nous décidons donc de faire de Maurice “l’exception qui confirme la règle“ en vous expliquant ici comment se fabrique le vin de fruits ; le processus de fabrication étant très proche de l’élaboration d’un vin blanc traditionnel.

Comment fait-on du vin d’ananas et de lychee ?

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Nous sommes invités à assister à la fabrication du vin d’ananas. Les fruits sont récoltés mûrs, coupés à la main – on retire juste la tête – puis broyés mécaniquement. Du grand spectacle !
Le moût ainsi obtenu est immédiatement levuré afin de démarrer la fermentation alcoolique. Macération à froid (10°) en cuves inox avec les levures pendant 2-3 jours. Un peu de pigeage (action de mélanger le raisin dans la cuve pour améliorer sa macération). Ensuite on presse pour récolter le jus. La fermentation est suivie d’une chaptalisation (ajout de sucre), pour augmenter le degré d’alcool final et arriver à un vin titrant à 12% vol. Après un léger sulfitage le vin est stabilisé, filtré et embouteillé.

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Les lychees, quant à eux, sont pelés, dénoyautés puis légèrement broyés. L’extraction du jus est complexe car il ne faut surtout pas écraser le noyau : son amertume est telle que cela viendrait déstabiliser l’équilibre du vin final. Tout se fait à la main ! Le processus qui s’en suit est similaire au vin d’ananas, depuis la fermentation jusqu’à la mise en bouteille.

Des vins que l’on aimerait voir sur davantage de tables

La démonstration une fois terminée, nous dégustons les vins. Ils sont tout simplement fascinants ! Des vrais vins de gastronomie dans lesquels on retrouve la pureté et la gourmandise de l’ananas et du lychee. Il serait d’ailleurs facile, à l’aveugle, de se laisser piéger par le vin de lychee en le confondant avec un Gewürztraminer Alsacien…c’est dire.
Alan Oxenham, directeur marketing du groupe, en profite pour nous raconter une anecdote : « si vous buvez un verre de vin d’ananas après avoir pris un bain de mer, le sel que vous avez sur les lèvres amplifiera le goût de l’ananas et vous offrira des parfums encore plus intenses ».

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Sérieusement ? Devant notre air dubitatif, Dean Oxenham, 4ème génération à travailler pour le groupe, ajoute en souriant : « lorsque j’étais enfant, la seule façon pour moi de manger de l’ananas, c’était d’emporter quelques tranches sur ma planche de surf, et une fois dans l’eau, de les tremper dans la mer avant de les manger – comme on trempe une tartine dans le café le matin ».
L’idée nous paraît aussi folle que géniale. Nous décidons de tester par nous même. Et ça tombe bien, nous sommes hébergés à Trou aux Biches, au Nord de l’île, dans un très joli bungalow qui fait face à la mer. Nous voilà donc enfilant palmes, masque et tuba ; partis pour une virée sous marine, à la découverte de la faune et de la flore locales.

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Revenus de notre promenade aquatique, les yeux remplis d’images de poissons arlequins, de coraux et autres poissons clowns (j’ai cru apercevoir Némo), les lèvres gorgées d’iode, nous goûtons avec délice un verre de vin d’ananas bien frais. Oh surprise ! Le sel de mer vient se marier à merveille avec l’ananas et sublime ses parfums… Une équation improbable qui rappelle la magie des plats salés-sucrés…

Les vins de fruits de Maurice n’ont pas fini de faire parler d’eux, c’est une certitude !
Les rhums non plus d’ailleurs, parole de Ludovic. Avis aux amateurs…

WineExplorers’ment votre,
JBA

 *Pour plus d’information : www.oxenham.mu