La Corée du sud, pays de vignerons…et de surprises

Quelques jours avant de nous rendre en Corée du Sud, nous lançons une bouteille à la mer sur notre page Facebook : nous n’avons toujours pas de contact dans le pays…
Une chose est sûre, il y a bien une production de vin en Corée du Sud. Pas de quoi s’inquiéter donc, le monde du vin est (tout) petit et les amis sont toujours là pour aider et faire fonctionner leur réseau.

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Mission n°1 : prendre rendez-vous avec des vignerons

Nous venons d’atterrir à Séoul. Maintenant il nous faut simplement prendre notre mal en patience et attendre un peu. Nous en profitons pour visiter la capitale. Quelques quartiers seulement car la ville est immense. Avec 25 millions d’habitants, Séoul est la troisième mégapole la plus peuplée au monde après Tokyo et Mexico.
L’architecture est parfois très surprenante, comme au détour d’une rue commerçante du quartier de Myeong-Dong, où une surprise de taille nous attend. Posée au milieu d’une place, encerclée de buildings tous plus hauts, neufs et modernes les uns que les autres – dans un urbanisme en pleine mutation – trône majestueusement la Cathédrale de Myeong-Dong.

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Quel émerveillement que de tomber nez à nez avec cette belle cathédrale, construite entre 1892 et 1898, symbole de la présence de l’Église catholique romaine en Corée du Sud – où rien que pour Séoul, on compte plus de 1,2 million de chrétiens.
Mais revenons en à nos vignobles. Car ça y est, nous avons les coordonnées de quatre domaines viticoles coréens ! Seulement voilà…il y a comme un léger “souci technique“ dans l’air auquel nous allons devoir faire face : aucun de ces contacts ne parle anglais. Oups… Par chance – et surtout grâce à un ami d’école – nous sommes maintenant en contact avec Ah-Reum Kim, journaliste à WINE REVIEW, le magasine coréen dédié à l’univers de la cuisine et du vin. Quelques coups de fils plus tard et nos rendez-vous sont pris. Merci Ah-Reum !

Langage des signes et visites de vignobles

Voiture de location en main, en route pour la campagne ! Direction le sud, à 300km de Séoul, pour visiter le domaine DuraeAn.

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Arrivés proches du vignoble il semblerait que le GPS soit lui aussi un peu perdu. On demande notre route en montrant l’adresse en coréen sur un morceau de papier. Un homme prend sa voiture et nous fait signe de le suivre. Il nous conduit gentiment au domaine. Sur place un véritable challenge nous attend : nous présenter, nous faire comprendre, collecter des informations…et tout ça sans parler la langue et uniquement avec des signes ! Au final nous comprenons que le domaine DuraeAn produit majoritairement des spiritueux issus de la production de raisins, grâce à un alambic double distillation. Mr Kwon, le propriétaire du domaine, nous explique avec des gestes que le vin n’est pas vendu et qu’il produit très peu. Nous en déduisons qu’il doit faire ça comme hobby et partager sa production avec ses proches.  Il est très fier de nous faire visiter son chai : une centaine de barriques en provenance de France et du Portugal. Et cerise sur le gâteau, il nous fait dédicacer une de ses barriques. Séance photo obligatoire.

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Junete et Grand Coteau, deux domaines fort sympathiques

Mission accomplie. Nous partons le lendemain matin pour Junete, le second vignoble du périple.
Mme Ha, la propriétaire, est toute souriante. Elle nous attendait. Et par chance elle a du wifi. Pourquoi est-ce une chance d’avoir du wifi, me direz-vous ? Parce que nous pouvons communiquer avec elle via Google Translate. Et ça marche plutôt bien ! Le domaine est tout petit : à peine deux hectares exclusivement plantés en campbell early*, un cépage hybride rouge, croisement entre le belvidere et le muscat de Hambourg. Ça donne un vin léger et sur les fruits noirs (cf note de dégustation ci-dessous).
Nous terminons notre visite par un  délicieux déjeuner en plein air avec Mme Ha et son mari. Au menu : poisson séché, chou fermenté, riz blanc et une soupe froide à base de mûres entières et de radis blanc.

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Remontant à présent vers le nord ouest, en bord de mer, nous arrivons au domaine Grand Coteau. Un vignoble de 2,5 hectares qui produit des vins plutôt atypiques, comme un effervescent rouge, un vin de glace issu du campbell early ou encore un vin blanc 100% cheongsoo (un hybride local très aromatique qui tend vers des notes de fruits à chair blanche et d’agrumes). Ici – et comme dans la plupart des vignobles que nous avons croisés sur notre route – la vigne est recouverte par d’immenses filets en plastique en forme de gouttière. Car les conditions climatiques en Corée du Sud ne sont pas des plus propices pour la culture de la vigne : pluie en été, humidité élevée et sols très pauvres. Non sans rappeler le climat taiwanais.

Grand Coteau

Grand Coteau


Dégustation de quelques vins coréens

Résultat, les vins blancs coréens sont dans l’ensemble très légers et les vins rouges manquent cruellement de tannins. Quelques exemples de vins que nous avons pu déguster.
– “M5610 Elevation 2010“ du domaine Grand Coteau
Un vin rosé effervescent 100% campbell early. Nez et bouche de fraise gariguette. Un vin frais et assez sucré, plutôt équilibré mais très court en bouche. (10% d’alcool). Prix caveau : 39 000 KRW (environ 28€).
-“Gubong Red Wine“ du domaine DuraeAn
Un vin rouge 100% gubong (un cépage local), non millésimé, avec une couleur rose-orangée très claire. Un nez sur les fruits rouges et une bouche sucrée. Finale légèrement amère. (12% d’alcool).

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-“Grape Wine Dry 2010“ du domaine Junete
Un vin couleur rouge-pourpre 100% campbell early. Nez de vin cuit avec des fruits noirs (mûre) et de la fraise des bois en finale. Bouche très discrète, un peu chaude. (12% d’alcool). Prix caveau : 15 000 KRW (environ 11€).
– “Icewine 2010“ du domaine Grand Coteau
Une bouteille très surprenante que ce vin de glace 100% Campbell Early. Car les températures de certaines régions montagneuses de Corée du Sud peuvent descendre jusqu’à -15°C en hiver. Couleur orange-tuile. Nez de fraise et de myrtille. Bouche plate, le fruit a disparu. (10% d’alcool). Prix caveau : 52 000 KRW (environ 38€).

Château Mani

Château Mani, le dernier domaine de notre périple coréen – et non des moindres – se situe en plein milieu du pays, dans la région de Chungcheongbuk-do**. Nous y rencontrons Mr Kim Giduk, l’œnologue du domaine, avec qui nous réussissons à échanger quelques mots en anglais. Une fois n’est pas coutume ! Le château est une grande bâtisse de style classique et abrite une cour intérieure dans laquelle on a pour tradition de fouler les raisins aux pieds dans des bassins carrés en pierre pendant les vendanges.

Château Mani

Château Mani


Autre tradition ici, qui n’est pas sans rappeler la coutume et l’histoire d’un célèbre château bordelais : chaque année le domaine fait appel à un artiste différent pour dessiner une nouvelle étiquette. Mais avant de déguster les vins, direction la cave de stockage, un lieu mystique perdu en pleine montagne, à 15 minutes en voiture de Château Mani. Des milliers de bouteilles y dorment sur des étagères le long de grands couloirs taillés dans la roche. Jamais je n’aurais imaginé voir un tel endroit en Corée du Sud. Nous n’y restons pas longtemps car il y fait très froid (à peine 10°C).

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De retour au château nous dégustons deux vins ; probablement les deux meilleurs vins coréens.
-“Château Mani Cult Wine 2009
Un vin rouge issu de muscat bailey A et de cabernet sauvignon. Un joli nez sur la fraise et le cassis. Une belle matière en bouche et un fruit croquant. Quelques tannins qui amènent une bonne structure. Surprenant. Prix caveau : 28 000 KRW (environ 20€).
-“Château Mani NOUVEAU 2013
Un second vin rouge 100% campbell early et élaboré sur le même principe qu’un beaujolais nouveau, avec une macération carbonique. On retrouve des arômes de fraise des bois. Un vin frais et très léger à boire à l’apéritif. Prix caveau : 21 000 KRW (environ 15€).
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Dans l’assiette coréenne : des épices, de l’ail…et du piment

 “Attention à la cuisine coréenne, elle est ultra épicée“ ! On nous avait pourtant prévenu à plusieurs reprises et j’avoue que je n’avais pas pris l’affaire très au sérieux. Car après notre périple en Afrique en début d’année je croyais mon organisme paré à tout plat épicé. Quel naïf…
Les plats qui arrivent sur la table sont tous plus rouges les uns que les autres. Il y a des épices, de l’ail et du piment partout. Dur dur pour un estomac d’européen non habitué… Alors l’astuce est simple : manger du riz blanc en accompagnement pour éteindre les flammes. Plutôt efficace. Et d’ailleurs cela ne nous a pas empêché de nous régaler, bien au contraire.

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En témoigne cet excellent barbecue coréen. Un classique et un must pour les amateurs de viande grillée et juteuse. Bon appétit ! 

WineExplorers’ment votre,
JBA

 

* Le campbell early, produit en Corée du Sud, aux Etats-Unis, au Japon et à Taïwan, est connu comme un raisin de table avec un goût de muscat mais pas comme un cépage propice à l’industrie vinicole car il est très dur à travailler.
**Pour plus d’informations : Château Mani

 Merci à Sébastien Menut et à Ah-Reum Kim pour leur précieuse collaboration. 

Taiwan : quand la vigne pousse entre les rizières et les fruits du dragon

Bienvenue à Taiwan, une jolie petite île de 35 961 km2 au sud est de la Chine et où l’on compte (au moins) autant de scooters que d’habitants.

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Taiwan est un pays où il fait bon vivre et où l’on se sent accueilli à bras ouverts. Et peu importe si la plupart des taïwanais ne parlent pas (encore) bien anglais, les gens dans la rue sont tous d’une extrême gentillesse, prêts à rendre service à chaque instant. Ça fait chaud au cœur.

Il paraît même que la vigne y pousse…
Et oui, le vin made in Taiwan existe bien ! Et son histoire est l’une des plus récentes : la production de vin à la propriété ne remonte qu’à 2002. Avant cette date, il n’était pas autorisé aux viticulteurs et aux particuliers de produire leur vin. Toute production de raisins de vignes devait être vendue au Taiwan Tobacco & Liquor Corporation (TTL), le domaine monopolistique du Gouvernement.

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Un programme sur mesure

Nous sommes accueillis à notre arrivée par toute une équipe de passionnés du vin – vignerons, journalistes et importateurs – qui nous ont concocté une semaine d’exploration des plus alléchantes : visites de domaines, déjeuner avec le vice Gouverneur du Conté de Changhua, élection de “Miss Grappe“, dégustation et apprentissage du service du thé Oolong et découverte du littoral. Un sacré programme.
Mais tout d’abord direction le centre de l’île, dans la région de Changhua, où sont concentrés la plupart des domaines viticoles du pays : une grappe de raisin sur deux à Taiwan provient de Changhua.

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Nous arrivons après 3 heures de route depuis Taipei, la capitale. La chaleur et l’humidité à la sortie de la voiture nous saisissent instantanément. Il suffit de quelques minutes pour que nous soyons littéralement trempés de la tête aux pieds.

Des conditions climatiques extrêmes

Il nous faut rapidement nous rendre à l’évidence : faire du vin à Taiwan est un véritable défi, aussi bien technique qu’humain. Et si la vigne pousse entre des cultures de fruits du dragon et des rizières, ce n’est pas un hasard. L’humidité dans l’air est permanente. Il pleut beaucoup et les sols sont détrempés – ce qui est compliqué pour arriver à des maturités de raisins optimales.
À Taiwan il n’y a pas de saison et le climat est tropical. Les hivers sont chauds : 22°C en moyenne, et la vigne ne se repose jamais. Imaginez…on pourrait faire ici jusqu’à 3 vendanges par an. Or normalement il faut que la vigne se repose – et qu’elle soit parfois mise en situation de stress – afin qu’elle puise les meilleures ressources possibles et ainsi produise des raisins vigoureux. Ajoutez à cela les typhons de juillet à septembre. Pas de doute, nous sommes au cœur de la « viticulture extrême ».
Mais faire du vin taïwanais n’est pas impossible. Loin de là. “Il suffit d’être passionné, amoureux du vin, attentif en permanence et travailler sans relâche“, nous confit Hammer Huang, œnologue du vignoble Domaine Croissance Profonde.

JB & Hammer Huang

JB & Hammer Huang


Et si tous les vignerons de l’île ont bien un point commun, c’est la passion pour le vin. Car vous vous en doutez, faire du vin dans de telles conditions est un investissement personnel et financier énorme. À tel point qu’entre 2011 et 2014, 10 domaines sur les 24 existants ont arrêté leur activité et remplacé leurs vignes par des cultures de fruits du dragon. Plus rentable et moins fatiguant : le fruit du dragon est récolté plus de 6 fois par an, demande peu de soins et se vend à bon prix sur le marché japonais.

Dégustation « made in Taiwan »

Nous avons rencontré quelques charmants viticulteurs. Tous travaillent manuellement tout au long de l’année. Il faut dire qu’aucun domaine ne dépasse l’hectare de plantation ! La vigne est conduite en pergola* pour éviter les maladies et il arrive même que l’on protège les grappes avec de petits sachets en plastique – même si généralement cette pratique se fait pour les raisins de table. Nous sommes surpris par la taille des baies qui vont jusqu’à atteindre la circonférence de petites prunes, tellement elle sont gorgée d’eau.

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Certains domaines s’en sorte bien niveau qualitatif, voir avec les honneurs compte tenu du contexte.
4 vins ont retenu notre attention :
-« Black Queen 2013« , du vignoble Domaine Croissance Profonde
Le seul vin du domaine avec seulement 600 bouteilles produites par an ! Sans aucun doute le vin le plus abouti que nous ayons dégusté. Nez de fruits noirs, de vanille et de cacao – 6 mois d’élevage en barriques neuves françaises et américaines. Bouche riche avec beaucoup de tannins. Finale sur le fruit. 14% vol. Prix de vente : 110 USD (environ 82€)
-« Jen Shiang N°1 white 2011« , du vignoble Peng Chiun Ding
Un vin blanc issu de cépages hybrides locaux, créations du propriétaire et qui ne portent pas de noms, mais des chiffres ! Plutôt perturbant. Au final un nez de muscat, de fruits secs et de citron confit. Bouche fraiche et sucrée. Un vin facile à boire, bien pour l’apéro. 12% vol. Prix de vente : 30 USD (environ 22€)

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-« Nature & Dainties red 2012« , du vignoble Peng Chiun Ding & « Imperial red wine Black Queen 2013« , du vignoble Sunshine Unbosom
Des vins rouges 100% Black Queen élevés en cuve inox. Nez de groseille et de bonbon acidulé. Peu de tannins. Croquants et frais en bouche. 12% vol. Prix de vente : autour de 20 USD (environ 15€)

« Miss Grappe 2014 »

Nous terminons cette semaine de découverte des vignobles de la Province de Changhua par un dimanche tout aussi surprenant qu’agréable. Mr Ke Cheng Fang, vice Gouverneur du Conté, souhaite nous rencontrer pour nous exposer la richesse et la diversité de l’agriculture de Changhua.

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Car la Province est réputée dans toute l’Asie pour sa production de fleurs, de raisins, de pomelos et de fruits du dragon. D’ailleurs les fruits que nous dégustons pendant le discours promotionnel sont absolument délicieux.
S’en suit l’élection de « Miss Grappe 2014 », à laquelle nous sommes conviés. Une élection annuelle retransmise en direct à la télévision dans tout le pays et qui met en avant, à sa manière, les vertus de l’agriculture locale. La présentatrice est déchainée. Les Miss défilent et les votes s’affichent au fur et à mesure que les téléspectateurs votent grâce à leur télécommande.

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Le moment est sympathique. Si on m’avait dit un jour que je verrai défiler des Miss Taïwanaises avec des grappes de raisin cousues dans la robe et le chapeau…

Le Oolong – la Rolls des thés

Remis de nos émotions, nous partons à la découverte du Oolong, une variété taïwanaise d’arbustes unique, qui donne des thés aux parfums de fruits exotiques. Produire un sachet de thé Oolong est un véritable travail de fourmis : seules les jeunes pousses de chaque arbuste sont récoltées deux fois par an, c’est à dire l’équivalent de 3 à 5 feuilles par arbuste ! Imaginez le nombre d’arbustes nécessaires pour une tasse de thé…

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Ici chaque service du thé est un rituel, une sorte de témoignage de gratitude envers ce noble produit, bu et apprécié aux quatre coins du monde. Une première eau est versée à 90°C sur le thé pour ouvrir les feuilles, puis jetée. Idem dans chaque tasse, pour réchauffer le contenant. Puis place à la dégustation. On laisse l’eau chaude infuser environ une minute – à l’appréciation du maître, et on boit le thé très chaud, à 42°C. L’opération est répétée une dizaine de fois, puis on change les feuilles de thé pour continuer la dégustation. Ça sent bon la mangue, l’ananas et le fruit de la passion…

JB, Zhang Jia-xian & Ludo

JB, Zhang Jia-xian & Ludo


Nous apprenons que c’est la fermentation des feuilles qui donne de la puissance au thé et modifie ses parfums. Par exemple le thé vert est un thé non fermenté – ou très peu, jusqu’à 15%. À l’inverse le thé noir est un thé fermenté entre 80 et 100%. Plus le thé est fermenté, plus son parfum est subtile et développe des notes de terre mouillée et de sous bois.
Vous l’aurez compris le Oolong est un bien rare et précieux. Il aime pousser sur des terroirs montagneux, à plus de 1500m d’altitude. Alors pour mieux comprendre la culture de ce thé unique, nous passons la nuit en pleine montagne, au milieu d’une plantation, en compagnie de Mr Zhang Jia-xian, producteur aussi humble que talentueux. Une fois n’est pas coutume, nous dinons à la belle étoile en sirotant deux vins rouges italiens : un Langhe Rosso 2010 du domaine Mustela et un Nebiollo d’Alba 2010 de chez Negretti. Un petit air de Paradis.

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En clôture de ce moment magique, nous déjeunons le long du littoral et apprécions quelques produits de la mer. L’occasion de faire deux nouvelles expériences culinaires : manger des tous petits crabes entiers – c’est bon, croquant et ça fond sur la langue. La seconde expérience est un peu plus aventurière : je croque un œil de poisson…bien moins appétissant – c’est visqueux et cartilagineux…le 2ème œil restera au fond de la soupière !

Avant de quitter Taiwan pour la suite de l’aventure Wine Explorers, impossible de ne pas conclure sur les Xiao Long Pao, une spécialité inventée par Din Tai Fung – une chaine de restaurants taïwanaise très célèbre en Asie (originaire de Shanghai).

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Les Xiao Long Pao sont parmi les meilleurs raviolis au monde. Ce sont des pâtes fraiches farcies à la main avec une préparation à base de porc et de soupe, que l’on accompagne d’un brin de gingembre frais et que l’on trempe dans une sauce à base de vinaigre et de soja fermenté. Une explosion de saveurs et de textures en bouche, entre le chaud de la soupe et la fraicheur du vinaigre, le croquant du gingembre et le ravioli fondant en bouche. Nous ne nous en sommes pas encore remis… À déguster de toute urgence !

WineExplorers’ment votre,
JBA


*pergola : pour plus d’informations, cf article sur le Japon

Merci à Mr Sanza Bulaya, Mme Daisy Hu, Mr Hammer Huang, Mr Yusen Lin et Pr Liang-Chih Chen pour nous avoir si gentiment accueillis.

Et pendant ce temps la à Hong Kong

Petit détour fin mai par Hong Kong – bien que la vigne ne pousse pas (encore) ici – pour participer à Vinexpo Asia-Pacific, le salon incontournable dans l’industrie des vins et spiritueux en Asie, où nous avons pu glaner de précieux contacts pour la suite de l’aventure Wine Explorers !

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Nous en profitons pour interviewer Guillaume Deglise (Directeur Général de Vinexpo), Yang Lu (Corporate Wine Director pour le groupe Shangri-La Hotel), Debra Meiburg MW (écrivain, conférencière et éducatrice dans le vin) et Eddison Leung (Responsable des Achats chez Watson’s Wine).
Ces quatre acteurs clés du secteur des vins et spiritueux nous livrent ici leur point de vue sur le marché du vin à Hong Kong et en Chine. Ils nous parlent de la place que l’on accorde aujourd’hui à la notion de « terroir » dans le monde du vin – une problématique au cœur des préoccupations actuelles. Enfin, en toute amitié et avec humour, nos quatre invités partagent leur ressenti sur le projet Wine Explorers.
Interviews croisées…

WINE EXPLORERS : Hong Kong, centre névralgique et stratégique du vin en Asie ?

Guillaume Deglise

Guillaume Deglise


GUILLAUME DEGLISE : Hong Kong est un marché extraordinaire. C’est “le“ hub pour les marchés asiatiques avec la proximité de la Chine et surtout avec l’arrêt des taxes d’importation, depuis février 2008, qui en fait une plateforme incontournable. Et puis, on a une proximité des autres marchés d’Asie du sud qui sont en train de se développer avec des rythmes de croissance à deux chiffres, ce qui est assez unique. C’est la zone aujourd’hui qui draine toute l’attention.
EDDISON LEUNG : Hong Kong est la fenêtre de la Chine. Ici le vin est très actif depuis une vingtaine d’années et on fait face à une audience de consommateurs très sophistiqués, allant plus facilement vers des grands vins parce qu’ils ont l’éducation et le pouvoir d’achat. L’achat moyen est entre 60 et 120 euros.
DEBRA MEIBURG MW : Hong Kong a souvent été l’une des villes transitaires pour la Chine. Une fois que le gouvernement de Hong Kong a supprimé la taxe sur le luxe, le vin est lui même devenu un produit de luxe. Et il n’y a pas d’autres métropoles dans le monde qui ait osé ça. Le marché du vin a littéralement explosé. Cela a été chaotique au début. Mais au final, cela a inspiré les Médias à créer des études de marché et des guides pour aider les consommateurs.

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WE : La Chine est-elle un marché mature ?

YANG LU : Le marché du vin en Chine est phénoménal depuis 4 à 5 ans. Cependant, le marché chinois n’est pas aussi grand que les gens le pensent. Nous avons beau avoir 1.5 milliard d’habitants en Chine, la consommation de vin est encore très faible. En général, le vin est plus perçu comme un produit de luxe en Chine, un mode de vie. Pour certains, c’est déjà devenu un produit d’investissement. J’espère que le vin va toucher plus de consommateurs réguliers. La finalité du vin est d’abord de pendre du plaisir, autrement on passe à côté de quelque chose.
GUILLAUME DEGLISE : La Chine est très loin d’être mature et on a toutes les raisons de penser qu’elle n’en n’est qu’à ses débuts. Au niveau de la distribution le potentiel est énorme : cela concerne avant tout les grandes villes. Mais avec le développement d’autres villes qui ont déjà des millions d’habitants, on peut espérer une très forte distribution. La consommation par habitant n’est que de 1,5 litre en Chine. Elle est de 50L en France, 45L en Italie, et autour de 30L aux Etats Unis. Et puis il y a l’émergence de ce que l’on appelle la “middle class“ : des consommateurs nouveaux qui arrivent avec un pouvoir d’achat assez élevé et qui peuvent se faire plaisir avec des vins de tous horizons.
DEBRA MEIBURG MW : Le vin a été un tel succès en Chine parce que c’est un luxe abordable. Peut-être de moins en moins abordable ces derniers temps, mais le vin offre un sens de plaisir, un sens de l’accomplissement. Je peux acheter cette boisson très spéciale et la partager avec mes amis. Vous ne pouvez pas partager une Ferrari avec vos amis, mais vous pouvez partager une bouteille de vin avec une table pleine d’amis, et tout le monde prendra du plaisir. La Chine est aujourd’hui le cinquième plus grand producteur de vin au monde  –  c’est un peu difficile de sortir des statistiques, car la Chine importe beaucoup de vin en vrac, qui est ensuite mélangé avec la production locale –  mais cela va certainement aider à éduquer les consommateurs chinois.

Eddison Leung

Eddison Leung


EDDISON LEUNG
 : La Chine est un marché en croissance avec une grande amélioration depuis 4 ans. Aujourd’hui la zone d’achat se situe entre 10 et 30 euros. Alors qu’il y a 2-3 ans c’était plutôt autour de 10 euros et moins. La Chine est un grand producteur de vin, ce qui n’est pas une menace pour les importations, bien au contraire. Pour le moment 80 % des vins consommés sont des vins domestiques. Il y a beaucoup de potentiel.

WE : Acheter du vin en Chine, est-ce avant tout fashion ou également par passion ?

DEBRA MEIBURG MW : En Chine le vin a commencé principalement comme un signe de réussite, un signe de succès, une signature de luxe. Mais le marché gagne en maturité maintenant, et nous avons des connaisseurs sérieux et sincères qui achètent le vin. Et je pense que parfois nous comprenons mal la Chine, pensant que les gens servent du vin pour montrer leur richesse. Mais en fait, ce que je vois, ce sont des gens qui servent du vin pour montrer à leurs amis leur respect.
YANG LU : À ce stade, le vin est encore un produit de mode en Chine. Et il n’y a rien de honteux à ce sujet. C’est un nouveau marché, en particulier la Chine continentale. Si vous regardez le Japon il y a 20 ans, ou les États-Unis il y a 30 ans… c’est la même chose : les gens commencent à boire du vin parce que c’est un produit élégant et à la mode. Une chose très importante : étudier. Plus nous allons étudier, plus nous allons apprendre. Et plus nous apprendrons, plus nous pourrons profiter de tous ces vins incroyables du monde entier. Et nous y arrivons très vite.
EDDISON LEUNG : Il y a un peu des deux. Plus pour le fashion d’abord, c’est la réalité. Et il en va de même pour tous les autres produits de luxe à Hong Kong et en Chine. Ça vient toujours comme ça pour l’apprentissage ici : la marque d’abord et ensuite la passion.

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WE : Les 5 pays/régions producteurs de vin à surveiller de près dans les prochaines années ?

EDDISON LEUNG : 5 pays dans lesquels je vois un grand potentiel à suivre…
-l’Uruguay, le Mexique et l’Amérique du Sud en général
-la Slovénie et la Grèce
-et bien évidemment le plus important pour moi, la Chine
GUILLAUME DEGLISE :
-l’Autriche, pas assez connue encore, ou connue seulement des grands amateurs
-l’Uruguay, c’est LA nouvelle destination en Amérique du sud
-les vins de Loire, en France : l’équilibre parfait
-la Géorgie, où il y a une très belle histoire et des vins encore très méconnus
-le Sud Tyrol en Italie, qui fait des vins extraordinaires, surtout des blancs
YANG LU :
-la Vallée du Rhône, en France ; aussi bien nord que sud
-l’Allemagne pour ses rieslings
-l’Afrique du Sud
-Washington State (USA)
-et la Chine bien sûr.
DEBRA MEIBURG MW : Il faut considérer l’influence asiatique parce que c’est le marché qui présente la plus forte croissance et qui a certainement le plus de potentiel. Donc ce qui va intéresser l’Asie :
-certainement l’Afrique du Sud
-l’Italie sans aucun doute
-le Chili, qui a fait un travail considérable sur ce marché
-la Nouvelle Zélande
-et la Chine elle-même.

Debra Meiburg, MW

Debra Meiburg, MW


WE : Que vous évoque la notion de “terroir“ ?

GUILLAUME DEGLISE : Je crois en la notion de terroir pour les grands vins. Aujourd’hui on peut faire du vin dans beaucoup de pays, et Wine Explorers nous en apporte la preuve. Il faut aussi s’interroger sur les nouvelles techniques. Prenons un millésime comme 2013 à Bordeaux, jugé un petit peu difficile. Les vins sont quand même sacrément bons pour un millésime difficile. Il y a 25 ans ça aurait été compliqué. Aujourd’hui avec les nouvelles techniques on peu faire des vins d’excellente qualité dans des grands terroirs même dans des années difficiles. Et on peut certainement faire des vins de qualité – moyenne mais acceptable – dans des pays un peu nouveaux ; avec des terroirs qui sont mal maitrisés par exemple. La notion de terroir est très importante pour les grands vins et il faut qu’elle soit défendue ; comme avec les systèmes d’appellations en Europe par exemple. C’est capital.
YANG LU : Le terroir est un sujet complexe. Je crois en la notion de terroir, mais je n’en parle pas tous les jours. Je pense que le mot est sur-utilisé, mal utilisé  et presque devenu un terme marketing. Mais ne vous méprenez pas, je crois au terroir ! Le terroir est unique et dispose d’un avantage exceptionnel : la diversité.
En chinois, le terroir est appelé « Tian Di Ren », trois mots en chinois :
-Tian signifie CIEL, et se rapproche de la notion de climat: pluie, ensoleillement…
-Di signifie la TERRE : l’altitude, les sols, les sous-sols, la profondeur…
-et Ren, le facteur HUMAIN. Les hommes qui font le vin, ceux sont eux les véritables maîtres du vin.
Donc pour moi le terroir se résume à trois mots chinois « Tian Di Ren » : le ciel, la terre et l’homme.
DEBRA MEIBURG MWQuand je pense au terroir, je pense à la climatologie. Je pense aussi au sol et au site géographique : la pente, l’exposition, la relation entre le site et le soleil. Et très naturellement il faut y inclure l’homme. Car à la fin de la journée, même si les vignerons s’amusent à dire que le vin se fait lui-même, c’est tout simplement faux. Il faut un contact et une main bienveillante sur le vin, pour l’aider pleinement à exprimer le site, le sol et le climat. Tous ces paramètres sont importants.

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WE : Cela sous-entend-til qu’un “grand vin“ soit exclusivement un vin de terroir ?

GUILLAUME DEGLISE
 : Il faut associer grand vin et patrimoine/histoire.
La grande différence aujourd’hui entre Bordeaux et la Chine, c’est 300 ans. Ce n’est pas vraiment une question de terroir. C’est une histoire, un patrimoine, une connaissance des sols…une tradition. L’histoire restera toujours l’histoire.
DEBRA MEIBURG MW : Vous pouvez faire un vin buvable n’importe où dans le monde, mais pour faire un grand vin, il faut un grand terroir. Il en va de même pour la production de masse : on peut produire des vins corrects, voire bons, mais il semble difficile de faire un vin premium de classe internationale lorsque l’on parle de gros volumes.

WE : Si demain vous aviez la possibilité d’acheter un vignoble, où le verriez-vous ?

EDDISON LEUNG : Si j’ai la possibilité d’acheter un vignoble, j’achèterai à Bordeaux, je suis fasciné par l’histoire de la région bordelaise.
DEBRA MEIBURG MW : Je pense que ça serait l’une des décisions les plus difficiles à prendre dans ma vie. L’Afrique du Sud devra être sur ma liste, et bien sur la Sonoma (Californie – USA), ma région d’enfance.
YANG LU : En France, à Saint Joseph. Juste sur la bute de Tournon. J’en rêve tous les jours.
GUILLAUME DEGLISE : En Provence, dans le sud de la France.

Yang Lu

Yang Lu


WE : Que vous évoque le projet Wine Explorers ?

GUILLAUME DEGLISE : Wine Explorers  est un projet très novateur déjà, parce que  personne n’a encore fait cela. Et en même temps, on est un petit peu jaloux parce qu’on aimerait être une petite mouche sur la caméra pour savoir exactement ce que vous vivez. Ce qui me passionne dans ce projet, c’est que l’on est dans un monde où il faut aller hyper vite, où l’on veut vendre tout très vite. Et vous, vous prenez 3 ans pour aller rencontrer les gens, leur poser des questions, et revenir vers nous avec quelque chose de frais et de vraiment nouveau.
EDDISON LEUNG : C’est un projet unique, ambitieux et très courageux. On rêve tous de faire un tel projet, mais c’est toujours difficile à mettre en place. Je partage un très grand enthousiasme et une grande passion pour Wine Explorers.
YANG LU : J’espère que vous pourrez mener ce projet à terme et je vous soutiens beaucoup. D’un autre côté, je vous envie beaucoup, parce que pour moi, si l’on aime le vin, si l’on veut étudier le vin, il faut aller à la source, dans le vignoble, pour parler avec les vignerons, ceux qui font le vin. Et c’est ce que vous allez faire ces 3 prochaines années. Cela va être un grand voyage.
DEBRA MEIBURG MW : Ca va être le meilleur road trip au monde ! Pouvoir passer du temps avec les producteurs de vin autour du monde va être une expérience incroyable. Et prendre le temps comme vous le faites avec le projet Wine Explorers va permettre d’aller en profondeur dans la connaissance. Et cela va offrir une source nouvelle d‘éducation pour le monde du vin. J’espère que vous me laisserez conduire le van !

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En conclusion de cet article nous souhaitons vous montrer une autre facette de Hong Kong. Un visage que l’on montre moins, mais qui est d’une rare beauté : la jungle montagneuse. Car si Hong Kong est surnommée la “ville en 3D“, c’est parce que l’espace habitable est rare : 80% du territoire est fait de montagnes. Et le climat humide du territoire abrite une flore riche et tropicale.
Nous avons eu la chance de faire quelques treks durant notre séjour. Ça grimpe, c’est haut, on transpire…mais les paysages sont des cartes postales à ciel ouvert.
Amoureux de randonnées sauvages : Hong Kong est fait pour vous ! 

WineExplorers’ment votre,
JBA

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*Merci à Matthieu Naudy d’avoir été notre guide et de nous avoir fait découvrir Hong Kong sous un autre jour.

Coco Farm & Winery – 2 Grandes Dames pour un projet merveilleux

Nous vénérons la Tradition et essayons sans cesse la Révolution“, IKEGAMI CHIEKO

Dans notre article sur les vins japonais nous avons parlé du domaine Coco Farm & Winery, un exemple touchant d’œnotourisme et d’intégration de travailleurs handicapés (les étudiants).

IKEGAMI CHIEKO (à gauche) & MACHIKO OCHI (à droite)

IKEGAMI CHIEKO (à gauche) & MACHIKO OCHI (à droite)


Focus sur ce vignoble fondé par Noboru KAWATA en 1984 à Ashikaga (préfecture de Tochigi) et aujourd’hui dans les bonnes mains de ses deux filles : Ikegami Chieko, responsable du Domaine, et Machiko OCHI, responsable du Centre.

WINE EXPLORERS : Pouvez-vous nous parler de votre parcours pour commencer ?

IKEGAMI CHIEKO : Je suis née le 15 octobre 1950. Après avoir été diplômée de la Tokyo Women’s University, j’ai commencé à travailler pour SOSHISHA, une maison d’édition en 1972. Un jour, j’ai décidé de prendre des cours d’oenologie au Tokyo Agriculture College et j’ai trouvé ça passionnant. Je suis donc entrée naturellement à Coco Farm & Winery en avril 1984.
Depuis 1989, je suis vice présidence de Coco Farm & Winery, et en 2009 j’ai été nommée chef exécutif par la Tokyo Agriculture University. Je suis également Gouverneur en Chef de COCOROMI GAKUEN (un centre de bien-être social) et membre de l’Union Japonaise des Œnologues.
MACHIKO OCHI : Je suis la 2ème fille de Noboru KAWATA. Je suis née le 23 janvier 1956. A l’université j’ai été majeure de promo en protection sociale, j’adorais ça. J’ai tout de suite intégré COCOROMI GAKUEN. Et jusqu’à ce que je prenne le relais à la suite de mon père (Chef Administrateur de COCOROMI GAKUEN), je travaillais dans la vigne en tant que vigneronne.

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WE
: Comment est né le domaine Coco Farm & Winery ?

IKEGAMI
: Quand Noboru KAWATA (fondateur de COCOROMI-GAKUEN) était enseignant dans une classe spécialisée pour jeunes enfants handicapés, il constata que ses étudiants semblaient toujours nerveux devant le bureau de l’école, mais qu’au contraire ils se comportaient de manière très différente dans la montagne.
Ils chantaient et semblaient remplis de joie. Et parce que leurs capacités intellectuelles étaient altérées, les familles de ces étudiants pensaient à l’époque qu’ils ne pouvaient rien faire. Ils ne se souciaient donc pas de leurs besoins. Mais l’idée de notre père était complètement à l’opposé.
Pour ces étudiants aux capacités intellectuelles retardées, seule une tonne de travail à la ferme – et même s’ils devaient travailler dur – pouvait mettre en avant leurs capacités. Il créa le vignoble de manière à ce que les étudiants aient de la joie à vendanger et à se retrouver dans la vigne une fois par an : pour qu’ils puissent être fiers de leur vie et réaliser qui ils étaient.
MACHIKO : si notre père a choisi le raisin parmi bien d’autres fruits, c’est parce qu’il pouvait se transformer en vin ! Il a toujours adoré le vin pour le plaisir de le partager aves ses amis.

WE : Que font vos étudiants au domaine Coco Farm & Winery ?

MACHIKO
 : Les étudiants réalisent une multitude de travaux tout au long de l’année :
1. Ils entourent de papier toutes les grappes de raisin pour les protéger.
2. Coupent l’herbe dans tout le vignoble.
3. Elaguent les arbustes.
4. Effeuillent la vigne.
5. Prennent soin des jeunes pousses.
6. Récoltent le raisin dans des paniers.
7. Taillent la vigne.
8. Aident à la pulvérisation de produits dans le vignoble.
9. Pressent les raisins.
10. Travaillent sur la ligne d’embouteillage.
11. Aident au conditionnement pour l’expédition.
12. Prennent des notes… et bien plus encore!

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WE
 : Les touristes sont-ils sensibles au fait que ce soient des personnes handicapées qui travaillent au domaine ?

MACHIKO : La moitié des gens n’a pas remarqué ou ne se soucie pas d’eux. L’autre moitié est très impressionnée par le fait qu’ils travaillent.
IKEGAMI : Chacun a des réactions différentes. Mais au final, c’est toujours une chose passionnante que de travailler dans un vignoble pour obtenir des raisins d’une qualité toujours plus élevée, que les gens aient un handicap ou non.

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Ce vignoble dans les montagnes, au nord d’Ashikaga, est un défi physique à travailler : une pente raide de 38 degrés d’inclinaison moyenne ! Nous avons testé, c’est vraiment raide. Pourquoi, me direz-vous? “C’est parce qu’à l’époque il n’était pas possible d’obtenir des terres agricoles sur un terrain plat, mais uniquement sur les pentes abruptes des montagnes“, confie Machiko.

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Cependant, l’exposition sud-ouest offre de très bonnes conditions pour le mûrissement des raisins. Et les fortes pentes permettent un drainage efficace des eaux de pluie entre mi-juin et mi-octobre. Car il tombe ici entre 1100 et 1200mm par an ! Et pour les étudiants cet exercice d’endurance est des plus bénéfiques : “ils apprennent la patience, cela leur permet de travailler avec les saisons et les amène parfois à l’improvisation pour travailler les sols pentus, ce qui est très stimulant“, ajoute Ikegami.
Qui plus est, ce sont d’excellents sols pour la culture de la vigne : un mélange de graphique, basalte et schiste datant du Jurassique.

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Et lorsqu’ils ne sont pas aux travaux de la vigne, les étudiants s’occupent de transporter les rondins de bois sur le chemin qui mène de la ferme à la lisière de la forêt. Car c’est sur ce bois – d’abord humidifié, puis rangé en colonnes de tronçons bien alignés en pleine nature – que va se développer le shiitake, ce délicieux champignon japonais qui accompagne à merveille, soupes, viandes et poissons.

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WE : L’oenotourisme est très développé sur le domaine. Est-ce l’un des principaux facteurs de succès de Coco Farm & Winery ?

IKEGAMI : A l’origine de tout, le vin a une relation très forte avec la nourriture. Il doit rester quelque chose de très amusant pour que les gens qui viennent dans le vignoble et à la cave, aient envie de s’asseoir au restaurant et de commander du vin. D’autre part, COCOROMI GAKUEN est un centre de bien-être social dans lequel il n’est pas courant d’avoir un quelconque amusement. Il serait donc très agréable que de nombreux clients visitent COCOROMI GAKUEN, non seulement pour leur confort, mais aussi pour profiter de l’environnement lié au vin.
Et nous devons toujours garder à l’esprit que la visite des vignobles ne doit pas être seulement un élément pécuniaire ; nous devons continuer à améliorer la qualité du vin et satisfaire nos clients avant tout. L’oenotourisme est un point important, mais c’est l’harmonie générale qui règne sur le domaine qui fait notre force.

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WE : Rencontrez-vous des difficultés liées au fait de travailler avec des personnes handicapées ?

MACHIKO : Nos étudiants sont très honnêtes et en même tant très rigides. Nous savons donc toujours comment se comporter avec eux de la bonne façon. Ce sont des personnes fantastiques.

WE : Pourquoi avoir une telle diversité de produits dans votre gamme (une vingtaine de vins) ?

IKEGAMI : Coco Farm & Winery essaye toujours d’écouter « la voix» des raisins. Pour voir quel type de vin les raisins veulent devenir.
Nous n’utilisons donc pas de levures de cultures. La fermentation se fait uniquement avec des levures naturelles. Nous vénérons ce que les raisins veulent devenir. Le nombre de vins dans la gamme se décide naturellement. Et nous avons quelques produits dans la gamme maintenant ! Principalement issus de Muscat Bailey A, Norton, Tana, Riesling Lion*, Cabernet Sauvignon et Petit Manseng.

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WE : Vos deux vins qui ont le plus de succès ?

IKEGAMI : NOVO, notre effervescent premium, élaboré avec du Riesling Lion selon la méthode champenoise traditionnelle.
Et DAIICHI GAKUSHOU (“premier mouvement”), un rouge issu du Muscat Bailey A – l’un des principaux cépages japonais. Levures naturelles, pas de filtration et un élevage long. Ce vin est le premier pas dans le jugement de la viticulture japonaise.

WE : Allez-vous augmenter le nombre d’étudiants dans les prochaines années ?

MACHIKO : Oui. Même si je ne suis pas sûre que nous puissions le faire. Les étudiants deviennent âgés et les nouveaux étudiants présentent des troubles du comportement bien plus sévères.

WE : Un nouveau vin prévu pour agrémenter encore votre offre ?

IKEGAMI : Je ne sais pas si nous allons bientôt créer un nouveau vin pour compléter la gamme, mais ça pourrait bien arriver. “Nous vénérons la Tradition et essayons sans cesse la Révolution “.

WineExplorers’ment votre,
JBA

*Le Riesling Lion est un cépage blanc issu du croisement entre la variété japonaise Koshu Sanjaku et le Riesling. Avec les mêmes parents, existe aussi le cépage Riesling Forte.

Pour plus d’informations : http://cocowine.com