L’Angleterre, (nouveau) royaume des vins effervescents

Trois mois auront été nécessaires pour le financement et la préparation du WINE Explorers’ Truck, notre nouveau compagnon de voyage. Autant dire que nous trépignons d’impatience à l’idée de reprendre la route. Pouvoir sillonner le vignoble européen en toute liberté ; une expérience qui s’annonce palpitante !
Avec une cadence de voyage d’un pays exploré tous les douze jours en moyenne, ce véhicule sera à la fois un moyen de locomotion sur-mesure et un outil de travail indispensable pour le projet.

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Notre “carrosse-maison-bureau“ fin prêt, direction l’Angleterre pour le lancement de la tournée Europe, avec en prime un baptême en ferry entre Calais et Douvres.

Une viticulture vieille de 2000 ans

Le saviez-vous ? L’histoire du vin anglais a plus de 2000 ans (1) ! Pourtant, la « viticulture moderne » n’apparaît en Angleterre qu’après la seconde Guerre Mondiale, sous l’impulsion de Ray Barrington Brock. 

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Car bien qu’ayant toujours été un pays de fins connaisseurs (pionniers dans l’importation des fameux « Claret » (2) depuis le XIIème siècle), la qualité des vins n’était pas (encore) au rendez-vous, il faut bien l’admettre.

C’est tout le contraire désormais. Avec 135 vignobles pour 2000 hectares de vignes (3) (la surface viticole ayant littéralement doublée ces sept dernières années) et quelques 6.3 millions de bouteilles en 2014, l’Angleterre se tourne vers le premium. Et avec 70% de vins effervescents, on peut clairement dire que ça pétille dans tous les sens !

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Curieux de mieux comprendre ce phénomène – et le buzz mondial que font aujourd’hui les vins anglais – nous décidons de visiter le sud, entre les comtés d’Hampshire et du Sussex de l’Ouest ;  là où serait née la viticulture.

Un climat similaire à la Champagne

Débarqués du ferry sous une pluie fine (et de gros nuages gris !), direction Exton Park, un domaine relativement nouveau situé au cœur des South Downs, dans la vallée de Meon. Un site où le terroir semble parler pour lui-même.

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« Notre vignoble est le rêve de tout viticulteur. Majoritairement composé de sols de craie similaires à ceux de la Champagne, il offre une grande diversité de sites sur un même domaine », explique Fred Langdale, en charge de la viticulture.
Cerise sur le gâteau, il semblerait que le sud de l’Angleterre ait eu un climat similaire à celui de la Champagne il y a 15 ans. Tous les professionnels que nous rencontrons sont unanimes. Réchauffement climatique oblige ?! Allez savoir… Toujours est-il que les bulles que nous avons eu la chance de déguster nous ont littéralement bluffés…

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« Il y a quelque chose de très spécial – à Exton Park, comme ailleurs dans le sud de l’Angleterre – pour faire parmi les meilleurs vins effervescents », confirme Corinne Seely (4), œnologue du domaine.

Quelques superbes vins effervescents à déguster d’urgence :
La Perfide Blanc de Blancs 2009 du domaine Coates & Seely : quelle finesse !
Blanc de Blancs 2010 du domaine Gusbourne
Rosé NV du domaine Exton Park (70% pinot noir, 30% pinot meunier 30%)
Brut NV du domaine Coates & Seely (65% chardonnay, 35% pinot noir)
Brut Reserve 2010 du domaine Gusbourne (68% chardonnay, 22% pinot noir, 10% pinot meunier)

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Britagne, la «Méthode Britannique »

Notre seconde escale nous emmène chez Coates & Seely, à peine à 1h30 de voiture de Londres. Ce domaine de 12 hectares, majoritairement planté en chardonnay et pinot noir, est né d’une belle histoire d’amitié entre Nicholas Coates, ex-banquier londonien aujourd’hui reconverti en vigneron passionné et Christian Seely, directeur général d’AXA Millésimes ; deux compères de longue date.

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C’est lors d’un dîner au Château Pichon-Longueville, en 2007, que les deux hommes sautent le pas. « Christian avait déjà le business-plan en tête », nous confie Nicholas.
Aux environs de Noël 2008, et après 8 mois de recherches, Nicholas trouve un vignoble à moins de 2 miles de chez lui. L’aventure Coates & Seely peut commencer. Un seul objectif pour les deux hommes : produire des vins effervescents qui puisent dans la tradition de 300 années de grande vinification champenoise, tout en restant fièrement British (5).

Au déjeuner, Nicholas nous raconte avec amusement l’histoire de la «Méthode Britannique », autrement marquetée ‘Britagne‘. Un acronyme entre les mots “British“ et “Champagne“, reflétant bien là l’humour de nos amis britanniques.

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Après tout, qu’est-ce qui est préférable ? Faire « un vin effervescent de qualité française », ou un vin de type « Champagne », questionne Nicholas. « Un certain nombre de vins effervescents anglais battent régulièrement les vins français en dégustation à l’aveugle. Le temps était venu d’inventer un mot générique pour notre propre effervescent anglais », explique-t-il en souriant.
Comme quoi les rivalités amicales (et éternelles) entre français et anglais ne s’arrêtent pas qu’au rugby. Et c’est de bonne guerre !

Gusbourne Estate, une ambition affichée

“Produire les plus grands vins effervescents au monde“, voilà l’ambition affichée par Andrew Weeber, fondateur du domaine Gusbourne, créé en 2004.

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Avec l’expertise de personnalités clés comme Ben Walgate (PDG), Charlie Holland (œnologue), ou encore de Laura Rhys MS (en charge des ventes et qui a rejoint l’équipe en début d’année), Gusbourne est bien parti pour jouer dans la cour des grands. « Même s’il nous faudra être patients », confie Ben. Une grande partie des vignes étant encore très jeune. Affaire à suivre de près, les débuts sont déjà très prometteurs…

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Nous terminons le séjour par un dîner chez Ben. Emy, sa femme, a préparé un succulent chili avec un guacamole maison. Nous mangeons dehors, autour d’un délicieux feu, au fond de leur jardin, en dégustant quelques « craft beers » locales…une fois n’est pas coutume. Après le repas, direction le pub du village pour une dernière pinte. Une coutume incontournable ! « Tous les villages d’Angleterre ont au moins un pub », explique Ben.

L’occasion de rappeler que bien que les vins effervescents soient plus que jamais au cœur du débat, l’Angleterre reste avant tout le royaume de la bière.

WineExplorers’ment votre,
JBA

  


Merci aux domaines Exton Park, Coates & Seely et Gusbourne pour leur accueil chaleureux. Merci à Gérard Basset pour ses précieuses recommandations de domaines. Merci à Laura Rhys pour avoir partagé avec nous ses précieuses connaissances en vin.
Enfin, merci à vous tous qui avez participé au financement du WINE Explorers’ Truck : le groupe VIDELOT, le Château Calon Ségur, le Château Lafon-Rochet, le Château La Conseillante, ainsi que tous les amis et proches du projet à qui nous nous ferons un immense plaisir, une fois le projet terminé, d’offrir quelques contreparties bien méritées.

 

(1) Des fouilles archéologiques auraient révélé des amphores et des coupes de vin en bronze datant du 1er siècle avant Jésus Christ dans le sud de l’Angleterre.
(2) Les fameux « French Claret », importés depuis le XIIème siècle sous l’impulsion d’Henry II – Roi d’Angleterre, sont des vins d’une couleur rouge légère, entre la couleur d’un bordeaux et celle d’un rosé. Ils ont fait la fortune de Bordeaux à cette époque.
(3) Il y a actuellement 135 établissements vinicoles dans le pays, pour 470 vignobles et 1 884 hectares de vignes.
(4) Corinne Seely est une œnologue brillante, qui a d’abord fait ses armes au Château Lynch Bages, où elle a fait partie de l’équipe qui a créé le premier vin blanc de ce domaine, avant d’être l’œnologue du Domaine de Chevalier, l’un des plus jolis vignobles du bordelais en matière de vins blancs.
(5) Un vin effervescent anglais qui se revendique « Britagne » doit au minimum être élaboré à partir de pinot noir, pinot meunier et chardonnay, réaliser sa seconde fermentation en bouteille (plus un certain nombre d’autres techniques de viticulture et de vinification qui doivent être rigoureusement respectées). Ces vins seront donc désignés comme étant faits selon la «Méthode Britannique ».

Pour plus d’informations sur les vins anglais : www.englishwineproducers.com.

Bali, évasion garantie

Lors de mes études à Bordeaux, je me souviens avoir entendu dire au cours d’une dégustation, qu’il existait une production de vin à Bali. « Impossible ! », m’étais-je écrié à l’époque, l’endroit est trop humide. Et pourtant…

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L’« Île des Dieux », comme on la surnomme, n’est pas qu’un haut lieu touristique mondial. Elle peut aussi réserver de bien jolies surprises côté vin. Nous voilà donc partis pour une semaine d’exploration inédite et aux airs de vacances…pour notre plus grand bonheur !

Un vignoble aux conditions climatiques extrêmes

Imaginez un instant : un territoire au climat tropical, où l’on peut vendanger jusqu’à 3 fois par an, où le vignoble n’a pas de période de dormance, où il fait 23°C en hiver et où les pieds de vigne ne vivent pas plus de 12 ans, faute d’un labeur incessant… Bienvenue à Bali, seule et unique région viticole d’Indonésie !

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Bien que son histoire soit jeune, puisqu’elle a débuté en 1994 avec le domaine Hatten Wines, le vin « made in Bali » existe bien !
Mais alors, pourquoi donc faire du vin dans de telles conditions ? « Premièrement parce que l’importation de vin reste complexe en Indonésie. Et surtout parce que les touristes veulent déguster des vins locaux », nous confie James Kalleske (1), l’œnologue d’Hatten Wines.

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Et force est de constater que la qualité des vins balinais est au rendez-vous. « Ce n’est plus une question en 2015 ; les vins sont techniquement bien faits. C’est plutôt une question d’acceptation du goût de nos vins, car les cépages sont différents, comme le belgia », ajoute Maryse LaRocque (2), en charge du développement à Hatten Wines.

Quelques vins balinais à déguster sur place :
Moscato d’Bali du domaine Sababay Winery (100% Muscat de Saint Vallier (3))
Aga White NM (100% belgia) du domaine Hatten Wines
White Velvet du domaine Sababay Winery (100% Muscat de Saint Vallier)
Pino de Bali du domaine Hatten Wines (60% belgia, 40% Alphonse Lavallé ; vieilli 5 ans en Solera (4))

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Sababay Winery, le nouveau venu balinais

Initié il y a à peine cinq ans, Sababay Winery est à la fois un rêve d’enfance et une initiative citoyenne pour Evy Gozali. « Nous avons fait le choix de travailler avec les fermiers locaux pour l’achat des raisins, afin de leur permettre de mieux vivre », nous raconte-t-elle. Comment? En achetant leur production 5000 roupies le kilo (contre 500 auparavant) et en mettant en place des aides pour que les enfants puissent être scolarisés.

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Dans un souci de développement organique, il est également demandé aux fermiers d’avoir au minimum une vache par vignoble, pour la production de compost.
Une belle démarche quand on connaît la fragilité de l’écosystème balinais. Car bien qu’à l’esprit des gens Bali évoque avant tout des paysages dignes des plus belles cartes postales – plages de sable blanc, reliefs volcaniques couverts de forêts ou encore rizières à flanc de colline – n’oublions pas qu’une grande majorité des Balinais vit encore dans des conditions précaires.

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Pour l’anecdote, certains fermiers avec lesquels Sababay Winery travaille sont musulmans (5) et cultivent la vigne sans connaître le produit final, puisqu’ils ne boivent pas de vin ! Il est donc compliqué de leur faire comprendre que les raisins ne doivent pas être cultivés au rendement, comme les raisins de table. « L’astuce : leur faire goûter des échantillons de jus de raisin », raconte Evy.

Vivre Nyepi à Bali

Nyepi, une célébration aussi belle qu’émouvante et que nous ne sommes pas prêts d’oublier. Egalement appelé « Jour du Silence Hindou », Nyepi correspond au nouvel an balinais.

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Une fois par an, il faut chasser de l’île les esprits maléfiques. Par chance, nous assistons aux célébrations. D’immenses statues ornées de divinités monstrueuses (les ogoh-ogoh), toutes plus grandes, décadentes et terrifiantes les unes que les autres, paradent dans les rue de Bali à la nuit tombée, au son des percussions traditionnelles.
S’en suit une longue procession sur la plage, où les ogoh-ogoh sont décapitées puis brûlées dans d’immenses feux de joie.

Puis vient Nyepi. Une journée de recueillement où chacun est invité à rester chez soi. Sans bruit, dans le silence et la pénombre ; pendant 24h à partir du lever du jour. Les démons ne doivent pas être tentés par un retour auprès des humains…

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Quant à nous, nous en profitons pour nous couper du travail le temps d’une journée et apprécions les joies de la piscine du Brown Feather Hotel. Une fois n’est pas coutume.

Visite matinale des vignobles

Le lendemain, un chauffeur vient nous chercher à l’aube. Nous partons visiter l’un des vignobles d’Hatten Wines. Bali dort encore. Il fait nuit noire et l’atmosphère a quelque chose de mystique. Pas une âme qui vive dans les rues, hormis quelques tribus de macaques crabiers (6).

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L’instant a quelque chose de surréaliste, comparé à la densité incessante du trafic qui règne ici les 364 autres jours de l’année.
Il est 7h du matin lorsque nous arrivons sur place. Le soleil se lève à peine. Pourtant, il fait déjà 28°C et 100% d’humidité dans l’air! Les vignes sont belles et d’un vert étincelant. D’ailleurs ici, c’est simple, la vigne ne perd pas ses feuilles… Après la vendange, une petite taille en vert suffit et la vigne repart aussitôt (7) ! De quoi donner le tournis.

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Nous terminons le séjour avec une superbe visite du Bali Safari & Marine Park, le temps de faire ami-ami avec un orang-outan et d’admirer le spectaculaire « Bali Agung show », une fresque grandeur nature reconstituant l’histoire de l’île…à couper le souffle.

 

WineExplorers’ment votre,
JBA

 

Merci aux domaines Sababay Winery et Hatten Wines pour leur accueil chaleureux, ainsi qu’aux établissements Brown Feather Hotel et Plataran Ubud pour l’hébergement dépaysant qui nous a été offert. Merci tout particulièrement à Evy Gozali de Sababay Winery et à Maryse LaRocque du domaine Hatten Wines, pour leur aide précieuse dans l’organisation de notre séjour. Enfin, merci à Ibu Yoke de nous avoir fait visiter le Bali Safari & Marine Park depuis les coulisses.


(1) James Kalleske, l’œnologue d’Hatten Wines, n’est autre que le neveu de notre ami David Kalleske (domaine Rockford Wines, Barossa). Le monde du vin est décidément microscopique !
(2) Maryse LaRocque est également secrétaire de l’Asian Wine Producers Association ; association qu’elle a montée avec Denis Gastin.
 (3) Muscat de Saint Vallier : croisement interspécifique obtenu par Seyve-Villard entre le « 12 129 Seyve-Villard » et la « panse précoce de Provence ».
(4) La solera est un système de vieillissement du vin utilisé en Espagne.
(5) Il y aurait 5 % de musulmans à Bali. On appelle ces Balinais musulmans « Bali Slam »
(6) Le macaque crabier est un singe catarhinien de la famille des cercopithécidés, originaire d’Asie du Sud Est et très présent sur l’île de Bali…
 (7) On garde beaucoup de feuillage pour une meilleure photosynthèse et donc plus de tannins et une meilleure concentration.

La Nouvelle-Zélande, un monde à part

Deux ans que Ludo m’en parle. Matin, midi et soir ! La Nouvelle-Zélande… Sa 3ème patrie de cœur. Là, où il a pris quelques unes de ses plus belles gifles visuelles par le passé. Il me tardait donc d’y aller. Pas (que) pour qu’il me laisse en paix, soyez-en certains.

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Côté transports, nous décidons d’innover et louons une voiture avec tente intégrée sur le toit. Le concept à l’air aussi sympathique qu’excitant : éviter les inconvénients du gabarit d’un camping-car tout en étant libres de dormir où bon nous semble. Montre en main, la tente se déplie et s’installe en moins d’une minute. On devrait être bien…

Cultures organiques et biodynamiques ont le vent en poupe

C’est par l’île du sud que nous commençons le périple, ralliant Picton en ferry depuis Wellington.

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Dès notre arrivée, nous sommes frappés par la préservation de la nature et la volonté de nombreux domaines de cultiver la vigne en biodynamie.
Chez Seresin Estate, domaine intégralement certifié biodynamique et organique, nous profitons d’une magnifique promenade en calèche dans le vignoble pour découvrir avec surprise et émerveillement des poules, des moutons, des vaches et même quelques cochons, flânant au gré de leurs envies entre les rangs de vigne. Ils apportent le meilleur compost possible à la terre, tout en la nettoyant des mauvaises herbes. Un vrai travail d’orfèvre, 100% écolo !

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À Felton Road, plus au sud, ce sont des préparations aux noms dignes des potions d’Harry Potter que nous découvrons : “bouse de corne“, “silice de corne“, ou encore “préparation 507“. « Des éléments essentiels au renforcement des sols et qui sont le fondement même de la biodynamie », nous confie Blair, l’œnologue du domaine. Même les coquilles d’œufs sont gardées pour la vigueur du vignoble, elles sont pleines de calcium ! Pour notre plus grand plaisir, Blair nous offre 6 œufs fraîchement pondus. L’omelette du soir s’annonce royale.

Felton Road

Quant à Waimea, dans la région de Richmond, ce sont les peaux des raisins que l’on conserve pour le compost d’hiver.
Un vent de vert souffle sur la Nouvelle-Zélande et l’on s’en réjouit. D’ici à 2020, le gouvernement souhaiterait même que 20% des domaines soient certifiés organiques (1). Affaire à suivre.

Central Otago, un terroir unique sur le 45ème parallèle

Ludo ne s’était pas trompé, ce pays regorge de paysages plus beaux les uns que les autres. Central Otago, seul climat de type continental de la Nouvelle-Zélande, car longeant le 45ème parallèle sud (2), restera pour moi l’endroit le plus fou du voyage.

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Rippon Vineyard en est l’illustration parfaite. Entouré des montagnes de Glendhu Bay et plongeant dans le lac de Wanaka, c’est sans doute l’un des plus beaux vignobles que nous ayons visités jusqu’à présent. Après une réunion à l’aube, à laquelle nous assistons avec les employés, Nick –  fils des propriétaires et œnologue de la maison – nous raconte le terroir du domaine depuis le guidon de sa mobylette Honda. « Le schiste est la roche mère de Central Otago, complétée par de l’argile, offrant sols très complexes. Et pour compléter le tableau, les vents anabatiques (3) du lac amènent de l’air frais à la vigne, ce qui en fait un environnement plus tempéré ». Des cépages tels que le riesling et le pinot noir semblent donner les meilleurs résultats ici. Alors que Nick a passé plusieurs années à étudier et travailler en Bourgogne, y compris un passage à la DRC (4), il ajoute : « Le travail que nous faisons à Rippon est basé sur ce que nous apprenons de la terre elle-même».

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Il faut pourtant être prudent et rester à l’écoute de la météo à Central Otago. Car dans cette région du monde, « le climat peut se révéler extrême, avec des températures atteignant facilement les 38 à 40° C en été, contrastant avec de forts gels et de la neige en hiver », nous explique-ton au domaine Peregrine Estate, un domaine voisin et très talentueux.

Quelques coups de cœur pour cette première partie de voyage :
MARAMA 2012, du domaine Seresin Estate (100% sauvignon blanc)
« Block 3 » 2013, du domaine Felton Road (100% pinot noir)
Emma’s Block 2012, du domaine Rippon Vineyard (100% pinot noir)
Pinnacle 2012, du domaine Peregrine Estate (100% pinot noir)
Trev’s Red 2013, du domaine Waimea (71% cabernet franc, 27% syrah, 2% viognier) 

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Sauvignon blanc, poissons et océan

Cette visite sur l’île du sud s’achève à l’Est. Nous longeons l’océan Pacifique depuis Pegasus Bay. Le temps d’une pause à Kaikoura, nous faisons connaissance avec quelques lions de mer venus se dorer la couenne au soleil sur les rochers. Le courant passe bien et nous sympathisons immédiatement.

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Quittant à regret nos charmants compagnons, nous mettons le cap sur Cloudy Bay – dans la région de Marlborough – où une superbe dégustation de vins accompagnée des huîtres de la baie nous attend. Petites, charnues et délicatement iodées, ces huîtres au parfum de noisette se marient à merveille avec les notes d’agrumes du sauvignon blanc du domaine.
La diversité des crustacés et des poissons de la baie laisse d’ailleurs rêveur. Arrêtez-vous par exemple au domaine Rock Ferry, quelques rues plus loin. Et laissez-vous séduire, le temps d’un déjeuner, par un Tarakihi (5) aux graines de sésame grillées sur la peau. Renversant.

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Avant de repartir, direction le Clos Henri. Jeune domaine créé par la famille Bourgeois (domaine Bourgeois à Sancerre), le lieu nous a plu par la volonté des propriétaires, de trouver au sauvignon blanc et au pinot noir, un second terrain d’expression qui puisse faire écho à celui de Sancerre. Mission réussie : les vins sont purs, racés et d’une grande finesse.

Détour incontournable par l’île du nord

Moins connue que d’autres régions viticoles néozélandaises, la Wairarapa regorge de petits producteurs méritant l’attention du public. Nous y rencontrons David Boyd, propriétaire de Lynfer Estate. Arrivé en Nouvelle Zélande il y a 26 ans comme militaire de carrière, rien ne le prédestinait à devenir viticulteur. Jusqu’au jour où il apprend qu’un de ses collègues vient d’acheter un domaine. « Et pourquoi pas moi? », se dit-il. Un rêve qui devient réalité en 2009.

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Aujourd’hui, l’armée occupe 3 jours de la semaine de David. Il est vigneron le reste du temps. « D’ici 10 ans, je serai viticulteur à temps plein », nous confie t-il. Sa cuvée « Pinot Noir 2013 » est déjà prometteuse.

Remontant vers Auckland, nous nous arrêtons à Mission Estate, dans la région d’Hawke’s Bay. Fondé en 1851 par les missionnaires catholiques, c’est l’un des plus vieux domaines de Nouvelle-Zélande. « La région est plus chaude et propice aux cépages syrah, merlot et cabernet sauvignon », nous explique Steve, le chef de la viticulture.

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Quelques coups de cœur pour cette deuxième partie de voyage:
Trig Hill Riesling 2010, du domaine Rock Ferry
Chardonnay 2013, du domaine Cloudy Bay
Home Block Pinot Noir 2008, du domaine Margrain Vineyard
Clos Henri Sauvignon Blanc 2013, du Clos Henri
Jewelstone Syrah 2013, du domaine Mission Estate

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Waiheke Island, un petit coin de paradis

À seulement 30 minutes d’Auckland en ferry, se trouve l’île de Waiheke. Un petit coin de paradis perdu et préservé, avec ses plages sauvages et sa culture baba-cool. Les gens vivent ici hors du temps.
Sur seulement 19,3 km de long, l’île ne compte pas moins de 20 domaines, comme Te Whau, où Tony Forsyth, ancien sociologue londonien, est venu y changer de vie.

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Avec 25% de pente sur tout le vignoble et un travail à la main obligatoire, pas sûr que la retraite soit de tout repos… Qu’importe, Tony est passionné. « Quand on aime ce que l’on fait, le reste importe peu », aime-t-il à dire. Sa cuvée « Chardonnay 2014 » est remarquable.

Nous terminons le séjour sur Waiheke en apothéose avec une verticale (6) mémorable au domaine Te Motu, en compagnie de Paul Dunleavy. Au programme, pas moins de neuf millésimes : 2014, 2013, 2012, 2004, 2005, 2006, 1997, 1999 et 1998. Les millésimes 98 et 99, assemblages de cabernet sauvignon et de merlot, sont à leur apogée et d’une rare finesse. Aucun doute, on joue ici dans la cour des très grands.

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La veille du départ, nous sommes invités par Nicolas Goldschmidt, directeur du master de l’OIV, à animer une conférence conjointe sur Auckland. L’occasion de présenter le projet au master et à la presse. Une très belle dégustation Nouvelle-Zélande vs France, animée par Gérard Basset, vient conclure la soirée. Le vin est beau quand il est partagé de la sorte.

WineExplorers’ment votre,
JBA

Merci aux domaines Waimea, Rippon Vineyard, Felton Road, Peregrine, Pegasus Bay, Rock Ferry, Cloudy Bay, Seresin Estate, Clos Henri, Margrain Vineyard, Lynfer Estate, Mission Estate, Te Whau et Te Motu pour leur accueil chaleureux. Merci à Nicolas Goldschmidt, directeur de l’OIV MSc, à Gérard Basset et à l’équipe de Glengarry pour avoir permis cette belle conférence sur Auckland. Merci enfin à Leafyridge pour la mémorable dégustation d’huiles d’olive qu’ils nous ont organisée lors de notre passage à Lynfer Estate.

 

(1)  Pour plus d’informations : http://www.ruralnewsgroup.co.nz/wine-grower/wg-opinion/editorial/an-organic-experience
(2) le 45ème parallèle sud ne touche qu’une partie de la Nouvelle-Zélande et de la Patagonie. Le reste du parallèle passant sur l’océan.
(3) Un vent anabatique est un vent ascensionnel d’une masse d’air le long d’un relief géographique dû au réchauffement de celui-ci.
(4) DRC : abréviation commune pour évoquer le très célèbre Domaine de la Romanée-Conti.
(5) Le Tarakihi est un poisson local et le troisième plus consommé en Nouvelle-Zélande.
(6) Une verticale est une dégustation mettant côte à côte plusieurs millésimes d’un même domaine sur un même vin.


Pour plus d’informations sur les vins de Nouvelle-Zélande : http://www.nzwine.com.