Palestine, terre de promesses

« La Palestine était riche en vignes bien avant l’Europe et le vin y était produit dans toutes les régions du pays ». C’est avec ces mots, remplis de joie et d’un amour profond pour cette grande terre d’accueil, que nous reçoit Sari Khoury, vigneron et fondateur du domaine Philokalia, aux portes de Bethléem.

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L’OLIVIER, LA VIGNE ET LE BLÉ

Il me tardait de visiter la Palestine. Depuis toujours. Cette patrie viticole pleine de promesses me fascine. Un terroir millénaire pour la vigne – moins connu que la région du Caucase, par exemple – mais où le vin et l’huile d’olive étaient déjà exportés en Egypte il y a 6000 ans, pour leurs qualités reconnues. Ce qui veut dire que le vin y existait bien avant.

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« L’olivier, la vigne et le blé ont été domestiqués depuis 7000 ans en Palestine, notamment dans la vallée du Jourdain, où ces plantes ne poussaient pas naturellement avant », nous raconte Nasser Soumi, artiste et écrivain palestinien, qui a notamment dessiné les étiquettes de Philokalia.

L’histoire agricole du pays est grande. Et celle du vin l’est tout autant, regorgeant de cépages autochtones oubliés, véritables trésors du patrimoine viticole local.

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Aujourd’hui, il existe une dizaine de petits domaines en Palestine, dont la moitié commercialiserait ses vins. Nous avons jeté notre dévolu sur le plus prometteur d’entre eux.

PHILOKALIA, DU RÊVE À LA RÉALITÉ

Faire renaître le vignoble palestinien au travers de cépages autochtones oubliés. Une bien belle idée. Ce fut à l’origine le rêve de deux hommes : Nasser Soumi, reconnu pour ses travaux historiques sur le vin en Palestine, et Pascal Frissant, un vigneron français établi dans la Loire et le Languedoc.

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« Ils ont partagé ce rêve pendant près de 30 ans. Il n’y avait plus qu’à trouver la personne qui aurait l’envie de porter ce projet à bout de bras. J’ai décidé d’en faire une réalité dans ma ville natale », nous raconte Sari Khoury, des étoiles plein les yeux.

Sari est né et a grandi en Palestine. Il a étudié l’architecture aux Etats-Unis, puis à Paris, à l’école des Ponts et Chaussées, avant de devenir un architecte de renom, dans son pays comme à l’étranger.

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S’il endosse la casquette de vigneron une partie de l’année, c’est d’abord par amour du vin et de son pays. « J’aime explorer l’inconnu avec ces cépages oubliés, et en même temps découvrir un peu plus de ma propre culture ». Et bien que Sari ne soit vigneron que depuis peu (c’est son 3ème millésime), il sait exactement où il va, depuis le début. Il a d’ailleurs choisi d’appeler son projet Philokalia, qui se traduit par l’amour du beau, l’amour du bien. Tout un symbole.

TRAVAILLER AVEC DES AGRICULTEURS CONSCIENCIEUX

Les vignobles avec lesquels Sari travaille sont situés dans la région de Bethléem/Hébron, entre 870 et 930 mètres d’altitude, et semblent abriter un patrimoine culturel inestimable.

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Des tests génétiques récents ont révélé environ 23 cépages endémiques, juste dans cette région, avec plus de recherches à faire dans le futur.

Sari s’est entouré uniquement d’une poignée de fermiers, choisis pour des raisons bien précises. Pour leurs techniques de culture viticole ancestrale, non documentée et transmise à l’oral, tout d’abord, mais aussi pour les cépages autochtones qu’ils cultivent. « J’élabore mes vins exclusivement avec des cépages indigènes, sur des vieilles vignes non greffées ».

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Sari paye également les fermiers à l’avance, pour développer avec eux une relation de confiance sur le long terme.

Dans un pays à l’instabilité permanente, où les terres peuvent être confisquées du jour au lendemain et sans motif apparent, c’est aussi une façon de s’entraider et de voir l’avenir ensemble, avec positivisme. « Plus tôt l’aspect financier est réglé, plus tôt on peut se concentrer sur la production et la qualité des raisins », résume Sari.

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Déambulant au milieu de vignes centenaires, poussant naturellement en gobelet sur des sols vierges de tout traitement, au milieu d’oliviers plus âgés encore, je réalise à quel point ce système ancestral est ingénieux.

La vigne ainsi plantée, avec son feuillage protecteur, s’adapte parfaitement aux conditions climatiques arides de la Palestine, où il est impossible d’irriguer. Au final, certains raisins seront plus mûrs que d’autres lors de la vendange.

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Et c’est cet équilibre naturel entre la sur-maturité de certains raisins d’un côté et l’acidité de quelques raisins plus verts de l’autre, qui va donner au vin sa complexité, sa texture en bouche et son caractère unique.

LES JARRES NOIRES DE BETHLÉEM

Rentrer dans le garage de la maison familiale, à Bethléem, où Sari a construit la cave du domaine Philokalia et dans laquelle dorment sagement quelques centaines de litres de vin, me procure un bonheur immense. Tout ici est pensé avec simplicité, ingéniosité et malice.

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« Mon but est de travailler en utilisant des jarres noires pour la fermentation et le vieillissement des cépages palestiniens indigènes, afin de préserver l’équilibre entre ces vins et la cuisine locale, trop épicée pour des vins élevés en barrique ».

Je m’interroge cependant : pourquoi des jarres de couleur noire ? « Autrefois, on conservait le vin et l’huile d’olive dans des jarres noires comme celles-ci. C’est la même terre et la même matière que les jarres classiques. 

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Sauf que la cuisson change : au lieu de 800°C, elle monte jusqu’à 1100°C, ce qui réduit considérablement la porosité de la jarre et lui confère une excellente étanchéité, offrant au vin une protection naturelle contre l’oxydation ».
Les résultats sont incroyables. Pas de doute, Philokalia est sur la bonne voie et met plus que jamais la Palestine sur la carte du vignoble mondial !

La Palestine est une terre merveilleuse, pleine d’espoir, d’humanité et de promesses, notamment viticoles.

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Le potentiel pour de grands vins y est indéniable, en particulier s’ils sont élaborés à partir de cépages autochtones, dont le nom est pour l’instant un secret précieusement gardé. C’est bien normal.
Palestine, nous reviendrons bientôt. Pour ton accueil et tes bons vins.

WineExplorers’ment vôtre,
JBA

 

Merci à Sari Khoury et à sa famille pour leur accueil chaleureux. Merci également à Nasser Soumi pour m’avoir reçu chez lui, à Paris, afin de me raconter plus en détails l’histoire du vin en Palestine. Enfin, merci à Clément Marcorelles, pour m’avoir si gentiment mis en relation avec Sari Khoury il y quelques années.

Le monde est beau et nous sommes tous frères, avec les mêmes droits.

Israël, un parfum de renouveau

Bienvenue en Israël, terre de vin depuis la plus haute antiquité. Un vignoble en pleine mutation ces vingt-cinq dernières années, où apparaissent des dizaines de petites caves produisant quelques milliers de bouteilles chacune, aux côtés d’une poignée de géants, qui dominent l’industrie.

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DE L’OMBRE À LA LUMIÈRE

Le vignoble israélien revient de loin. Au milieu du VIIe siècle, la conquête musulmane marqua un coup d’arrêt brutal pour la viticulture, et ce pendant plus de 1 200 ans. Ce n’est qu’à partir de la fin du XIXe siècle, en 1882 plus exactement, que la culture de la vigne redémarre, sous l’impulsion d’un français, le Baron Edmond de Rothschild (château Lafite).

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Répartie en cinq régions – avec la Galilée au nord, les collines de Judée, entourant la ville de Jérusalem, Samson, située entre les collines de Judée et la plaine côtière, le Néguev au sud (région désertique semi-aride) et la plaine de Sharon, près de la côte méditerranéenne – l’industrie du vin en Israël s’est beaucoup développée en termes de qualité à partir des années 80. Auparavant, il n’existait qu’une quinzaine d’acteurs. Désormais, on estime à environ 250 le nombre de domaines. Bien que 5 grands vignobles dominent toujours le paysage viticole israélien, représentant à eux seuls plus de 80% de la production totale.

RECANATI WINERY, LA BELLE ASCENSION

Fondé en 2000 par Lenny Recanati et Uri Shaked, le domaine Recanati fait partie de ces vignobles à l’ascension fulgurante, qui en l’espace de quelques années seulement, a réussi à se faire un nom sur le marché international.

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La cave, située à une heure au nord de Tel Aviv, travaille avec 90 hectares de vignobles sous contrat, dans tout le pays, sur quelques uns des plus jolis terroirs, comme les hauteurs du Golan et les collines de Judée. Reconnu pour travailler des cépages méditerranéens tels que la petite sirah, le marselan et le carignan, Recanati s’appuie également sur des variétés internationales comme le cabernet sauvignon, le sauvignon blanc, le chardonnay et le chenin blanc, apparues en Israël dans les années 70-80.

En compagnie de Gil Shatsberg, l’œnologue du domaine, nous visitons une nouvelle parcelle de 3 hectares, plantée par Recanati il y a un an dans le nord du pays, à moins d’1km de la frontière libanaise et à seulement 15 km de la mer.

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Un endroit magnifique, à 650m d’altitude, avec une brise fraîche venant de la mer, où ont été plantées les variétés locales argaman(1) (rouge) et marawi (blanc). Il nous tarde déjà de goûter le résultat de cette nouvelle production!

TZORA VINEYARDS, L’ART DE L’ASSEMBLAGE

Créé en 1996 dans les collines de Judée, à l’ouest de Jérusalem, Tzora Vineyards est un domaine incontournable d’Israël. Situé à 700 mètres d’altitude, ce vignoble de 20 hectares est surprenant.

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J’y ai ressenti une grande énergie en provenance des sols. Ces derniers, très anciens et riches en roches fossiles, ont été divisés en méso-climats. Un travail méticuleux qui a permis de reconnaître différents terroirs sur un même site, afin d’y planter les bons cépages au bon endroit : syrah, cabernet sauvignon, merlot, petit verdot, sauvignon blanc et chardonnay (il y a même une touche de gewürztraminer).

« Je crois aux assemblages de cépages internationaux » , confie Eran Pick MW, l’œnologue et directeur du domaine, qui excelle dans cet exercice.

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Un travail pointilleux, qu’il aime réaliser avec le consultant français Jean-Claude Berrouet (auparavant directeur technique de Petrus). Résultat : de superbes vins avec beaucoup de fraîcheur, de profondeur et d’équilibre, même pour les vins blancs. Superbe!

UNE NOUVELLE VAGUE DE VIGNERONS

Nous en parlions en préambule, le vignoble israélien voit éclore ces dernières années de nombreux talents. Des petites structures pour la plupart, qui ne manquent pas d’idées.

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Comme chez Kadma, un domaine familial aussi petit que charmant, établi en 2010 à Kfar Uriah, dans les contreforts de la Judée. C’est actuellement la seule cave d’Israël à utiliser de grands fûts en argile dans le processus de production du vin, en provenance de Géorgie (à ne pas confondre avec les qvevri géorgiennes, qui elles, sont enterrées).

Le fruit d’une recherche approfondie, en collaboration avec le professeur Amos Hadas (auteur de Vigne et vin dans l’archéologie de l’ancien Israël) et le Dr Arkadi Papikian, un producteur de vin israélien reconnu.

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« La fermentation dans ces fûts d’argile confère au vin des arômes et des saveurs uniques », nous explique Lina Slutzkin, la fondatrice et propriétaire de Kadma : résine, tabac, fruits noirs et bois précieux. Des vins frais et juteux, qui se marient bien avec la viande grillée locale. Le vignoble israélien n’a pas fini de nous surprendre.

L’objectif est maintenant de comprendre quelle sera la prochaine étape de développement de cette industrie vinicole en plein boom et au potentiel certain. Investir dans les cépages autochtones, pour donner plus d’identité au vignoble local, pourrait être l’une des clés.

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« Pour autant que je sache, l’objectif principal est d’éduquer les jeunes Israéliens à aimer le vin, afin que l’industrie ait un avenir solide sur lequel s’appuyer« , témoigne Itay Gleitman, journaliste chez Haaretz. Affaire à suivre.

WineExplorers’ment vôtre,
JBA

 

Merci aux domaines Recanati, Tzora Vineyards et Kadma, pour leur accueil chaleureux. Enfin, merci à Itay Gleitman, journaliste chez Haaretz, pour ces précieuses informations sur le vignoble israélien.

(1) Argaman est un croisement entre les cépages rouges Souzão (Portugal) et Carignan (France).