La Pologne, un pays où le vin a un goût de victoire

Quel beau pays… Je suis ému à chaque fois que je repense à notre séjour en Pologne et à la gentillesse de ses habitants.
Touché de plein fouet au siècle dernier par des guerres incessantes, frappé par un génocide sans nom, et avec un régime qui commence tout juste à s’assouplir, le pays est encore en pleine recherche d’identité et se reconstruit peu à peu, tel un phénix renaissant de ses cendres.

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La production de vin y est encore confidentielle. Pourtant, un véritable engouement pour la dive bouteille semble s’emparer de la Pologne.

Une scène viticole émergente

Imaginez : ce n’est qu’à partir de 2009 – après l’adoption d’une loi par le Parlement – qu’il devient légal d’acheter dans le pays du vin issu de raisins polonais… La possibilité pour les vignerons locaux de pouvoir commercialiser leur production et ainsi d’officialiser leur activité.
Une nouvelle ère s’ouvre pour la viticulture polonaise. En l’espace de quelques années, une scène viticole amatrice très animée se développe dans le pays, avec des groupements de petits producteurs, principalement dans les régions de Zielona Góra à l’ouest, de Wrocław au sud-ouest, et de Podkarpacie au sud-est.

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“La productivité se déplace sur la bonne voie“, explique Roman Myśliwiec, président de l’Institut polonais de la Vigne et du Vin(1). Aujourd’hui, on compte environ 400 vignobles amateurs, couvrant un total de 400 hectares(1).
Seuls une dizaine de domaines sont officiellement enregistrés (2). Nous avons rencontré trois d’entre eux.

Adoria Vineyards, un américain dans le vignoble

Né au milieu des vignobles californiens, Mike Whitney vit en Pologne depuis 1995. Ancien directeur financier pour de grandes sociétés, il a envie de s’établir définitivement dans le pays en y rencontrant sa femme. Et souhaite par la même occasion se lancer dans la production de vin.

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Seulement voilà, Mike a dû partir de zéro. Tant sur la partie technique, que pour l’achat de matériel. Un sacré défi qui l’a amené à voyager dans toute l’Europe à la rencontre de fournisseurs pour la construction et l’équipement de son chai.
Après un an et demi de recherches sur près de 300 sites, Mike s’établit en 2005 à Zachowice, au sud, sur des sols argilo-sablonneux. Il plante 3 hectares de pinot noir, chardonnay, riesling et bacchus dans cette ancienne région allemande devenue polonaise au lendemain de la seconde Guerre Mondiale, après que les frontières de la Pologne aient été redéfinies par les Alliés. Tout un symbole.

« Nous n’avons pas fait tout cela par nous-mêmes », explique Mike en toute humilité. « Nous avons eu la chance de travailler avec une grande équipe de professionnels du monde entier sur ce projet, y compris des consultants d’Oregon et de Toscane.

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Au final, Mike est un homme comblé. “Être vigneron est un bon job de papa : je peux moduler mon temps de travail comme bon me semble“, s’amuse-t-il à raconter le soir au dîner, autour de délicieuses pâtes au pesto maison. Un plat idéal pour nous réchauffer en cette fin d’automne. Les vendanges sont à peine terminées et il fait déjà -3°C la nuit. Le chauffage au gaz tourne à plein régime dans le camping car.

Winnice Jaworek, de la métallurgie au vin

“Cette année est un bon cru“, nous confie Lech Jaworek, propriétaire de Winnice Jaworek. Le prêtre est venu bénir les raisins avant la vendange. Une tradition importante en terre catholique.
Lech Jaworek est ingénieur dans la métallurgie. Et c’est un peu par accident s’il a planté ses premières vignes en 2000, juste à côté de son entreprise de métallurgie.

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En 1995, après le changement de gouvernement, on lui fait comprendre que soit il achète les 120 hectares de propriété annexe avec tous les bâtiments et terrains, soit il ne prend rien mais abandonne son business. Pour ne pas perdre son entreprise, il n’a pas d’autre choix que de tout acheter. Mais que faire de tout ce terrain ? C’est là, qu’il a l’idée de créer un vignoble de 15 hectares sur cette ancienne terre viticole du XIVe siècle (à l’époque où les moines importaient des pieds de vigne pour faire le vin de messe). Une bien belle idée !

Pour l’heure, l’équipement est précaire et l’étiquetage des bouteilles se fait encore à la main. Dans l’attente de cuves inox, une chambre froide est improvisée avec beaucoup de malice. Du papier bulle recouvrant les grandes cuves pendant la fermentation.

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Mais les bâtiments sont magnifiques et semblent faits pour accueillir un véritable chai. Nul doute que cette ancienne ferme du XVIIIe siècle, avec ses briques rouges typiques au charme fou, ne devienne rapidement un lieu de dégustation reconnu.

Les cépages interspécifiques – ici solaris et regent – semblent donner de meilleurs résultats que le riesling et le pinot noir, car ils sont plus résistants. Et le brandy au miel de la maison, fait dans une colonne simple à distiller, réchauffe l’âme et régale les papilles.

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Quelques vins polonais dégustés lors de notre périple :
Chardonnay 2014, du domaine Adoria Vineyards
Metoda Tradycyjna NV, du domaine Adoria Vineyards (65% riesling, 35% bacchus)

Moscato 2013, du domaine Jaworek (100% muscat)
Marszalek 2014, du domaine Krokoszówka Górska (100% Maréchal Foch)
-et une curiosité : le vin cuit au miel Miodowe, du domaine Jaworek

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Krokoszówka Górska, le vin nature

Des milliers de jeunes polonais émigrent chaque année pour aller chercher du travail en Angleterre ou en Allemagne. Le travail de la terre se meurt. Tel est le constat sans appel que nous dresse Marek Górscy. À contre-courant d’une époque où le costume et la cravate sont plus à la mode que les bottes et le sécateur, Marek décide de quitter la bureautique pour devenir vigneron en 2005.

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“Aujourd’hui je ne regarde plus mon ordinateur au travail, je me lève et je contemple la nature“.
L’homme prend son temps et renoue avec ses racines. Ni collage, ni filtration, ni sulfite. Marek veut faire des vins « propres ». Avec un hectare de vigne et une production de 6 500 bouteilles, il réussit tout juste à dégager un revenu. Qu’importe. Cette liberté n’a pas de prix.

Le fait de rejoindre l’UE lui a permis – comme à d’autres jeunes vignerons en reconversion – de recevoir des formations sur la viticulture et l’œnologie.

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Marek nous sert un délicieux café polonais pour nous réchauffer. Cela nous fait penser au café turc. “Les températures peuvent descendre jusqu’à -20°C en hiver !“.
Faire du vin en Pologne reste un défi de taille.

WineExplorers’ment vôtre,
JBA

 

Merci aux domaines Adoria Vineyards, Jaworek et Krokoszówka Górska pour leur accueil chaleureux. Merci à mon ami Marc-Antoine Brekiesz pour sa précieuse mise en relation avec un traducteur polonais. Et enfin, un très grand merci à Rafał Kisielewski, pour nous avoir accompagnés dans nos recherches et pour nous avoir mis entre de bonnes mains lors de notre voyage en Pologne.

(1) Source : Polskiego Instytutu Winorośli i Wina
(2) Parmi la dizaine de domaines officiellement enregistrés dans la pays, on compte : Adoria Vineyards, Winnica Jaworek, Krokoszówka Górska, Winnica Maria Anna, Winnica Płochockich, Winnica Stara Winna Góra, Winnica Miłosz, Winnica Jura, Winnicy Golesz ou encore Winnica Wzgórza Trzebnickie
(3) http://www.krakowpost.com/